‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier BichatChapitre 47 sur 56 · DE L’INTESTIN RECTUM · texte numérisé non relu

DE L’INTESTIN RECTUM

§ Ieï. Disposition . Organisation extérieure .

Le rectum , dernière portion du conduit intestinal, occupe la partie postérieure du bassin. Il s’étend depuis le détroit supérieur de cette cavité , endroit oùil répond au côté interne du muscle psoas gauche, jusqu’à la partie inférieure du coccyx. Dirigé un peu obliquement de gauche à droite dans son origine, il se trouve presque toujours placé sur la ligne médiane par sa moitié inférieure; souvent même il y correspond en entier : premier caractère qui le rapproche des organes de la vie extérieure, avec lesquels il a plusieurs autres rapports. Sa forme est cylindrique, plus régulière que celle du colon, et

DE TA DIGESTION

permet assez facilement de le diviser, suivant sa longueur, en deux moitiés égales. Moins volumineux pour l’ordinaire que le colon, il est susceptible d’une ampliation excessive, comme on le voit dans certaines accumulations stercorales. Toujours il s’élargit un peu au-dessus de son ouverture inférieure.

Fixe. et immobile à sa place , le rectum a des rapports constans et invariables. En devant, ces rapports diffèrent suivant le sexe. Chez l’homme, il répond à la vessie, et spécialement à son bas-fond. Séparé, en haut, de cet organe par le repli que forme entre eux deux le péritoine , il lui répond ensuite immédiatement par l’intermède d’un tissu cellulaire lâche (i), dans l’intervalle des deux vésicules séminales, qui l’en séparent un peu plus en dehors; en bas, il est écarté du col de la vessie par toute l’épaisseur de la glande prostate.

Chez la femme, le rectum n’a aucun rapport avec la vessie. En haut, il répond à la matrice, dont il est séparé de même par un repli du péritoine interposé entre ces deux organes en forme de cul-de-sac. Plus bas, il adhère à la partie postérieure du vagin, non

(i) Cet adossement du rectum et de la vessie, qui constitue Itt cloison recto-vésicale , 11’a lieu que dans un très-petit espace ; puisque le cul-de-sac formé par le repli du péritoine qui s’enfonce entre ces deux organes se trouve à deux ou trois lignes de la face postérieure de la prostate , et que ses rapports ne changent que très-peu, quelle que soit la distension du rectum ou delà vessie, disposition qu’il importe de prendre en considération i dans l’opération dite taille recto-vésicale. {Note ajoutée.)

point par un tissu cellulaire lâche, mais par un lacis vasculaire très-considérable, et même par une sorte de continuité de substance qui ne permet guère de les isoler l’un de l’autre (i).

En arrière, le rectum répond au sacrum et au coccyx, dont il est séparé par un repli péritonéal large en haut, étroit en bas, nommé méso-rectum , et par les vaisseaux et nerfs hypogastriques.

Sur les côtés , le rectum n’a de rapports immédiats qu’avec le tissu cellulaire abondant et graisseux du bassin.

La surface externe du rectum, lisse, polie, blanchâtre, ne présente aucune de ces bosselures irrégulières que l’on remarque sur le colon. Ceci tient à la disposition des fibres longitudinales, uniformément distribuées sur le contour de l’intestin, et non réir nies en forme de bandelettes. Ces fibres, fort rapprochées les unes des autres, paraissent en dehors sous l’aspect de stries parallèles et verticales, ce qui donne au rectum une apparence assez analogue à celle de l’œsophage vu à l’extérieur. On remarque de plus sur celte surface des anastomoses vasculaires très-nombreuses, formées par les artères hémorrhoïdales.

La surface interne, muqueuse, ressemble beaucoup à celle des autres intestins. Ce qui la distingue, ce sont des plis longitudinaux formés par la membrane interne, remarquables surtout inférieurement,

et nommés ordinairement colonnes du rectum . Ces

(i) C’esiii cette sorte de cloison qifon donne le nom de cloi son rccto~vaginale$

DE LA DIGESTION. 48 y

piîs résultent j comme dans l’oesophage , delà contraction des fibres circulaires. On observe aussi quelquefois de petits replis transverses, semi-lunaires, adhérens à l’intestin par leur bord convexe inférieur, et présentant en haut un bord concave libre et flottant d’où résultent de petites cavités ou lacunes muqueuses. Ces replis ne sont nullement corn stans pour le nombre : souvent on n’en trouve aucun (1).

Le rectum se continue immédiatement en haut avec le colon iliaque; en bas, il se termine par l’anus j ouverture allongée d’avant en arrière , placée à peu près à un pouce au-devant du sacrum et du coccyx. Cette ouverture appartient aumuscle sphincter cutané qui l’environne. Dans sa plus grande dilatation, elle est un peu plus étroite que la cavité du rectum , vu l’augmentation de largeur que cette cavité présente inférieurement,

§ IL Organisation intime du Rectum , ljT]

Le rectum n’est point pourvu de membrane séreuse dans toute son étendue. Le péritoine, après avoir recouvert en partie la face postérieure de la

(1) M. Ribes dit n’avoir jamais vu de rides longitudinales dans le rectum , mais seulement des plis transversaux qui s’effacent pendant la dilatation de cet organe. Il n’a point rencontré non plus les lacunes , mais seulement trois ou quatre dépressions diri i gées un peu en liant, situées à quatre ou cinq lignes au-dessus de la marge de l’anus, et n’offrant aucune ouverture particulière,,

( Note ajoutée . )

vessie chez l’homme, ou en entier celle de la matrice chez la femme , se réfléchit de bas en haut vers le tiers inférieur du rectum, sur lequel il remonte aussitôt en l’embrassant en devant et sur les côtés. Cet intestin en est donc absolument privé en bas. En arrière , le péritoine l’abandonne bientôt : ses deux feuillets se rapprochent sans se réunir, et constituent par leur ensemble le méso-rectum , repli lâche qui soutient le rectum en lui permettant une certaine mobilité, et qui se continue supérieurement avec le méso-colon iliaque. Près du sacrum , les deux feuillets s’écartent tout-à-fait , et se portent isolément sur les parties latérales de l’excavation du bassin qu’ils tapissent. Un intervalle assez considérable se trouve entre eux, le sacrum et le rectum; il est rempli par un tissu cellulaire très-lâche, par les vaisseaux hémorrhoïdaux, et par une grande partie du plexus hypogastrique.

Il est une foule de circonstances dans lesquelles le péritoine abandonne le rectum en grande partie. Telle est la. dilatation excessive de la matrice , soit dans l’état naturel par la présence du fœtus, soit dans les maladies organiques nombreuses dont elle est susceptible. Augmentée alors de diamètre, indéfiniment prolongée dans l’abdomen, elle emprunte nécessairement pour se recouvrir la portion péritonéale de tous les organes qui l’environnent, et spécialement celle du rectum qui l’avoisine immédiatement. Telle est aussi chez l’homme la dilatation de la vessie qui, dans les rétentions d’urine, acquiert une capacité double ou triple de celle que nous lui trouvons ordinairement, et dépouille le rectum par

DE LA DIGESTION

le même mécanisme. Il y a cependant entre ces deux cas une différence remarquable : la matrice , recouverte en devant et en arrière par le péritoine; soulève et entraîne nécessairement cette membrane en se dilatant; tandis que la vessie, appliquée immédiatement en devant contre les parois abdominales, tend plutôt, lorsqu’elle s’agrandit, à s’introduire entre ces parois et le péritoine quelle repousse en arrière. Les muscles abdominaux prêtent en devant à son augmentation de volume, et sa partie postérieure est toujours la seule sur laquelle le péritoine doit s’étendre; tandis que la matrice doit toujours, et dans quelque état quelle se trouve ^ être entièrement recouverte par cette membrane.

Ainsi, la dilatation de la matrice est une cause plus efficace de locomotion pour la membrane séreuse, que la dilatation de la vessie; et on doit en conclure que le rectum est moins facilement dépouillé du péritoine chez l’homme que chez la femme: d’autant plus que l’extrême développement de la matrice est un phénomène naturel et fréquent, tandis que l’extrême développement de la vessie est un accident rare et morbifique.

La tunique musculeuse forme la partie essentielle du rectum. Elle a les caractères d’analogie les plus marqués avec celle de l’œsophage. Son épaisseur est beaucoup plus grande qu’aux autres intestins; mais les longitudinales prédominent sensiblement dans les deux tiers supérieurs de l’organe , tandis que les circulaires se trouvent presque seules dans le tiers inférieur, c’est-à-dire près de l’ouverture qui communique au dehors. Gomme à l’œsophage, les fibres

r/|9<> AEPAïlElf m Lk vm ORGANIQUE.'

longitudinales forment le plan extérieur tant qu’elles existent, et ce n’est qu’en les écartant qu’on trouve les fibres circulaires subjacentes à elles. Gomme à l’œsophage , les fibres longitudinales et circulaires sont blanchâtres dans la plus grande partie du conduit, tandis que les fibres circulaires inférieures acquièrent progressivement la couleur rougeâtre des muscles extérieurs. Enfin, comme l’œsophage commence par un plan de fibres soumises à l’influence cérébrale, et formant, selon les anciens anatomistes, le muscle œsophagien , de même le rectum finit par le muscle sphincter cutané, parfaitement semblable à tous ceux de la vie extérieure pour la structure , les propriétés et les fonctions. Les fibres du sphincter cutané se continuent en effet immédiatement avec celles qui terminent la tunique musculeuse du rec*tum , et qui constituent le sphincter interne des anciens anatomistes.

Unie au péritoine supérieurement par un tissu cellulaire lâche, la tunique musculeuse se trouve, en bas, plongée dans la graisse abondante qui garnit de tous côtés la partie inférieure du bassin.

La tunique muqueuse, analogue à celle de tout le conduit intestinal, offre seulement un peu plus d épaisseur, lin aspect plus rougeâtre et plus fongueux, un enduit muqueux habituel plus abondant. On } voit les rides longitudinales dont nous avons déjà parle, et que détermine la contraction des fibres circulaires dans l’état de vacuité de l’intestin. On n y trouve point de rides transversales, parce que les fibres longitudinales, qui seules les déterminent > ne se contractent qu’au moment de l’excré-

DÉ LA ÏHOESTîOlL ^ 491

tion. Parcourue par un très-grand nombre de vaisseaux, la membrane muqueuse est fort sujette aux engorgemens, aux hémorrhagies, aux tumeurs polypeuses et sanguines. Un tissu dense la sépare de la tunique musculeuse comme partout ailleurs ; des glandes muqueuses se remarquent aussi entre ces membranes.

Aucun intestin ne reçoit autant de vaisseaux que le rectum, proportionnellement à son volume. Trois sources les lui fournissent. La première est Fartère mésentérique inférieure, terminée dans Fintervalle des feuillets du méso-rectum, sous le nom d 'hémorrhoïdale supérieure . La seconde est Fartère hémorrhoïdale moyenne, propre au rectum, et naissant isolément du tronc hypogastrique. La troisième est Fartère honteuse interne, dont la branche inférieure ou périnéale fournit au sphincter plusieurs rameaux nommés hëmorrlioïdaux inférieurs .

Les nerfs du rectum lui viennent en partie du système cérébral, en partie de celui des ganglions. C’est à lui que se distribue principalement le plexus hypogastrique. Quelques rameaux lui sont fournis par les nerfs sacrés. Les nerfs honteux se distribuent en partie aux muscles sphincters.

D’après ces détails, on voit que le rectum participe aux caractères des organes des deux vies, et semble comme placé sur les limites de l’une et de l’autre, analogue sous ce point de vue au pharynx, et surtout à l’œsophage Ce rapprochement entre les organes de la déglutition et l’organe principal de l’excrétion mérite le plus grand intérêt dans les considérations physiologiques.

§ III. Fonctions des gros . intestins .

La structure cle tous ces organes indique partout d’une manière plus ou moins marquée, que l’excrétion est leur fonction essentielle. Dès leur origine, on voit reparaître les fibres longitudinales peu prononcées et presque milles dans 1 intestin grêle , où l’absorption doit principalement s’opérer. Ces fibres , très-multipliées et disposées sous la forme de bandelettes fortes et épaisses , raccourcissent le tube intestinal par leur contraction, et bâtent ainsi la progression des matières qu’il contient. C est en effet à l’excrétion cpie sont presque uniquement destinés les intestins cæcum et colon. Les matières qui leur sont transmises ont fourni aux vaisseaux absorbans presque toute la substance nutritive qu’elles pouvaient donner; et s’il se fait encore quelque absorption dans la suite de leur trajet, comme certains faits paraissent le prouver , elle est de peu d’importance.

Mais c’est surtout dans le rectum que l’on reconnaît la structure la plus favorable pour l’excrétion : les fibres longitudinales y sont multipliées et uniformément répandues; un fluide muqueux abondant lubrifie la membrane interne pour accélérer le cours des matières. Lorsqu’elles sont accumulées, leur présence détermine une irritation dont l’effet le plus immédiat est la contraction successive des fibres circulaires, qui les poussent inférieurement, tandis que les fibres longitudinales, raccourcissant l’intestin de haut en bas, diminuent la longueur du

DE LA DIGESTION. /jQO

trajet qu’elles ont à parcourir pour arriver à l’ouverture destinée à les transmettre au dehors.

La description du péritoine se placerait assez naturellement à la suite des organes digestifs, auxquels cette membrane semble appartenir; mais comme elle recouvre aussi plusieurs des organes sécréteurs et génitaux , nous croyons ne devoir la décrire que quand ces derniers organes seront connus.

Page 1