CHAPITRE II DES ARTÈRES
SECTION L— CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
On donne le nom à-'arlércs (1) aux vaisseaux qui naissent des venlricules du cojur et qui, de cet organe, conduisent le sang dans toutes les parties de l'organisme.
(1) Artère, de àr.p, air; ropeïv, rjiirder. La composition de ce mot atteste l'erreur dans laquelle étaient tombes les anciens, qui, trouvant ces vaisseaux habituellement vides cl béants sur le cadavre, s'étaient imagine qu'ils coutenaicjit de l'air pendant la vie.
ANGÉIOLOGIE.
Il y a deux syslénics artériels.
ILy a deux systèmes d'artères : l'un, qui a son origine au ventricule droit, se ramifie dans les poumons; l'autre, qui naît du ventricule gauche, se distribue à tous les organes do l'économie. Le premier a pour tronc primitif l'artére pulmonaire, le second, l'artère corle.
Ces deux systèmes arlcriels, qui sont tout à fait distincts chez l'adulte, communiquent largement entre eux chez le fœtus.
Les grâéralités dans lesquelles nous allons entrer, s'appliquent plus particulièrement à l'aorte et ;ï ses divisions.
Forme giïuéralii du système artiriel.
Dases de la nomenclature des artères.
Limites naturelles.
Limites artiiicielles.
Lois générales d'origine des artère!.
A. — Idée g^énérale iln système artériel.
Les artères représentent une succession non interrompue de canaux déplus en plus étroits, qui naissent tous d'un tronc commun. On peut, sous ce rapport, comparer l'ensemble du système artériel à un arbre, dont le ti'onc serait figuré par l'aorte, et dont les branches, les rameaux, les ramuscules, etc., seraient représentés par les divisions qui naissent successivement de ce vaisseau.
Comme, d'autre part, l'ensemble des divisions artérielles l'emporte de beaucoup, en capacité, sur l'aorte, un peut avec autant de raison envisager le système artéi'iel comme un cûne, dont la base serait dans toutes les parties du corps, et le sommet tronqué, à l'aorte (1).
L'élude générale des artères présente à considérer leur nomenclature, leur origine, leur trajet, leur direction, leurs rapports, leurs anastomoses, leur terminaison et leur texture.
a. Nomenclature. La nomenclature des artères laisse peu de chose à désirer, sous le rapport de la précision ; les dénominations sont déduites l^du nom des parties auxquelles se distribuent les artères : artère thyroïdienne, linguale, pharyngienne, etc.; 2° de leur situation : artère fémorale, radiale ; 3° de leur direction : artère circonflexe, coronaire.
La distinclion des artères repose tantôt sur des limiles naturelles, tantôt sur des limites artificielles. On peut considérer comme limites naturelles, d'une part, le point d'origine, d'autre part, le point de division d'une artère : telles sont les limiles de l'artère iliaque primitive et de l'artère carotide primitive. Les limites artificielles ont pour objet d'établir, dans un mûme tronc artériel, des sections qui permettent d'en exposer les rapports avec plus d'exactitude. C'est ainsi que nous verrons l'artère du membre supérieur porter successivement les noms de sous-clavière, axillaire ft brachiale.
b. Origine. 1,'origine (2) commune du système artériel est l'aorte, qui naît du ventricule gauche. Quant à la manière dont les autres artères naissent successivement de l'aorte, 1" tantôt deux artères d'un volume égal ou à peu près égal naissent de l'extrémité d'une artère plus volumineuse, et semblent être le résultat de la bifurcation de celte dernière; les artères qui offrent ce mode d'origine peuvent être désignées sous le nom à'artères terminales. 2° Tantôt les artères nais-
(I ) Haller a rduiii tontes les évaluations comparatives qui ont été faites entre les troncs principaux etl'ensemljle de leurs divisions respectives. (Elem. phi/s., 1. 1, p. 151 à lG3.i Suivant Yicrordt, le caiiljre total des capillaires serait à celui de l'aorte comme 8(i0 : i ; suivant Donders, il serait comme 500 : 1. Il importe de se souvenir que les lumières de deux vaisseaux sont entre elles comme les carre's de leurs diamèli'es.
(2) Le mot origine ne doit pas être pris ici dans le sens propre etrlgoin-cux ; les artères ne se développent pas du cœur vers les extrémités.
DES ARTÈRES
seni de l'un des points de la circonférence d'un vaisseau plus volumineux; on peut appeler coUatémles les artùres qui présentent ce mode d origine ^ es artùres principales se bifurquent à l'union des grands segments du corps, tandis que c'est J le trajet de ces segments qu'elles émettent des branches
arlùres terminales, en général, suivent à peu prcSs la direction de l'arlùi. qui leur a donné naissance, et s'écartent l'une de l'aulre --^"^^ " sion dicliotomique ou par bifurcation est la plus fréquente Q-"^ ^ J^/^^^^ verture de l'angle de bifurcation, elle est évidemment favorable au couis du sang qui, d'une part, conservant sa direction primitive, ne perd rien de sa force d impulsion, et qui, d'autre part, est facilement divisé en deux colonnes distinctes par l'aréle tranchante ou éperon qui occupe l'angle de séparation.
T es artùres collatérales se séparent ordinairement à angle aigu, mais quelquefois aussi à angle droit et même à angle obtus. Ces deux dernières dispositions, et surtout la dernière, sont défavorables au cours du sang. Il faut bien remarquer que, parmi les artères qui suivent un trajet rétrograde par rapport au tronc qui les fournit, il en est un grand nombre qui naissent néanmoins a angle ai-u Tandis que le calibre des artères terminales est assez exactement proportionné à celui de l'artère qui les fournit, il n'existe aucun rapport constant e^tre le calibre des artères collatérales et celui des troncs dont elles émanent; a 1 appui de cette dernière proposition, nous citerons, comme exemple, les spermatiques, comparées à l'aorte.
11 est à remarquer que le calibre d'une artère principale ne diminue pas en proportion des branches qu'elle fournit; comparez l'aorte, au moment bù elle pénètre dans l'abdomen,et au moment où elle vase diviser en iliaques primilives(t).
c Variétés anatomiques.- Aucun système d'organes n'est plus sujet aux variétés anatomiques que les artères. Ces variétés portent tantôt sur l'origine des artères, tantôt sur leur trajet ; jamais elles n'ont trait à leur terminaison (2). L'étude de ces variétés est d'une haute importance en chirurgie, soit qu'il s'agisse de faire la ligature des artères, soit que l'on veuille pratiquer des opérations dans le voisinage de ces vaisseaux.
d. Trajet. Les artùres principales sont, en général, parallèles au grand axe des régions qu elles traversent, et aux organes qui composent ces régions; les artères secondaires, tertiaires, etc., affectent des directions extrêmement variées, et qui ne sont soumises à aucune loi déterminée.
Les artères principales sont reclilignes, d'une manière générale ; elles offrent cependant de légères inflexions. Ces inflexions, qui donnent à ces vaisseaux une longueur plus considérable que celle du membre auquel ils appartiennent, s'effacent quand le membres s'allonge, et préviennent, par conséquent, les tiraillements fort nuisibles auxquels les artères seraient exposées sans cette circon-
(1) Suivant Valentiii, la surface de section de l'aorte abdominale, au niveau de sa bilurcatlon, n'est inférieure que de 0,3IC centimètre carré à celle de l'aorte tlioracique, tandis que les sections des branches que, fournit l'aorte dans son trajet sous-diaphragmatique, présentent une surface totale de 0,8G5 centimètre carré.
(2) Tandis que l'origine des nerfs exerce une si grande influence sur leurs fonctions, le lieu d'origine des artères parait, sinon sans importance, au moins fort secondaire; personne, de nos jours, ne partage à cet égard l'opinion de Wallher, qui considérait l'origine des artères d'un organe commf intimement liée à sa manière d'élie et à ses fonctions.
Mode d'origine des artères terminales.
Mode d'origine des artères collatérales.
ncmurqu»
sur la diminution du calibre des artères.
Les variétés portent sur l'origine et sur le trajet.
Trajet des artères.
Les artères principales sont reclilignes.
Leurs inflexions dans certaines attitudei.
ANGÉIOLOGIE.
Flexuosités artérielles.
Usage des flcxuosilés arlériellcs.
Les ncxuosités atténuent l'impétuosité du cours du sang.
Flexuosités acquises.
Elles résultent du progrès de râee.
Les courbures artérielles augmentent à chaque systole du coMir.
slanec, et les déchirures qui pourraient en être le résultai. On peut constater l'utilité des courbures artérielles en examinant comparativement l'état des artères pendant re-vlension et pendant la flexion des membres thoraciques et abdominaux.
Un grand nombre d'artères présentent des flexuosités très-prononcées, que maintient, suivant la remarque de Haller, le tissu cellulaire ambiant, et qui sont en rapport avec certaines conditions particulières des organes auxquels elles se distribuent. Ainsi, 1" on rencontre des artères très-flexueuses dans les parties qui sont soumises à des alternatives de dilatation et de resserrement considérables; telles sont les flexuosités des artères coronaires du cœur, coronaires des lèvres. 2° D'autres flexuosités ont pour but de permettre, sans tiraillements des vaisseaux, des déplacements considérables des organes auxquels ils se rendent : telles sont les flexuosités des artères intestinales, utérines. 3° Les flexuosités, en augmentant la longueur d'une artère dans un espace donné, agrandissent l'étendue de la surface sur laquelle peuvent naîlre des branches collatérales : les courbures de la maxillaire interne, de l'ophthalmique ont évidemment cet avantage; c'est très-probablement au même genre d'utilité que se rattache la courbure de l'aorte. 4" Les flexuosités existent encore dans des parties où elles semblent avoir pour avantage d'atténuer la force et la rapidité du cours du sang : on ne peut méconnaître cette destination dans les courbures des artères carotides internes et vertébrales. Bichat, il est vrai, a objecté que, dans un système de canauv communiquants et toujours pleins, la courbure de ces canaux n'influait en rien sur la vitesse des liquides qui les parcourent. Mais ce principe, vrai quand on l'applique à un système de tubes rigides, est complètement faux quand il s'agit de canaux élastiques, tels que les artères. Dans ce dernier cas, en effet, une portion de la quantité de mouvement s'épuise contre les courbures, qu'elle tend à redresser : d'oii déperdition de force, et conséquemment diminution de la vitesse. 5° 11 est des flexuosités qui sont acquises. Au premier rang des flexuosités de cet ordre, se placent celles qui sont le résultat du progrès de l'âge. Elles proviennent de l'allongement des artères, qui s'établit lui-même par le mécanisme suivant : à chaque contraction des ventricules, les artères, sous l'influence de l'ondée sanguine chassée par le cœur, s'allongent en môme temps qu'elles se dilatent; pendant la diastole ventriculaire, elles reviennent à leurs dimensions primitives, en vertu de leur élasticité. Or, chez les vieillards, par suite de changements survenus dans l'organisation des parois des vaisseaux, cette élasticité s'affaiblit et se perd ; et dès lors l'action intermittente du cœur se traduit dans les artères par une dilatation et un allongement permanents, ainsi qu'on le voit dans l'aorte abdominale, les iliaques primitives, l'humérale, la radiale, qui présentent, chez presque tous les vieillards, des inflexions tout à fait étrangères à l'enfant et à l'adulte. C'est à tort qu'on a dit qu'à chaque systole du cœur, il y avait redressement ou tendance au redressement des courbures. Bien au contraire, les courbures augmentent. Si l'on observe l'artère temporale pendant la systole ventriculaire, on voit manifestement cette augmentation de courbure (1). Quand on injecte une artère, on viTit à chaque coup de piston les
(I) La tciidniice an redressement ne se maniresle vdrilahlonieiit que (l;iii.s la crosse de l'aorte - mais il fnut observer que les eonditions dans lesquelles se trouve ce segment de vaisseau, sont uniques dans rorganismc ; il présente, en ellef, une de ses extrémités libre en quelque snrir, m qui permet ini allnnsnmenl avec diminulion do rnurbiire.
DES AinÈlUîS.
arlùres devenir plus flexueuses. S'il y avait redressement des artères, ce ne serait pas du côté de la convexité des courbures qu'on observerait constamment les dilatations elles concrétions calcaires.
On peut rattacher aux flexuosités acquises celles qu'on voit survenir dans les artères collatérales après l'oblitération du tronc principal (1 )•
Les tlexuosités des artères sont de deux ordres : 1° la flexuosite serpentine ou en zigzag 2° la flexuosité en pas de vis. Les premières sont les plus fréquentes ; les se°condes s'observent surtout dans les artères ovariques ou testiculaires, dans les artères utérines et quelquefois dans les artères faciales.
e. Anastomoses. Dans le cours de leur trajet, les artères communiquent entre Des dn.rcllespar des branches, qui tantôt unissent l'un à l'autre deux troncs différents, -^P-" et tantôt font communiquer ensemble deux parties d'un mûme tronc. Ce mode „osos. de communication porte le nom d'anastomose (àvà, <tto\u.=c). 11 y a des anastomoses Anastomode plusieurs genres : 1° Y anastomose par inosculation ou par arcade, dans laquelle ^'^^'-^^^ deux vaisseaux qui viennent en sens opposé, s'abouchent par leur extrémité et • euiation: forment une arcade ; 2° l'anastomose par communication transversale, qui a heu Par comentre deux troncs parallèles, au moyen d'une branche perpendiculaire k leur " direction : les artères cérébrales antérieures sont unies de cette façon par 1 ar- sale; tère- communiquante antérieure, etc.; 3° l'anastomose par convergence, établie 3» Par conentre deux artères qui se réunissent à angle aigu, pour constituer un vaisseau ^«'•s™"plus considérable; c'est ainsi que les deux vertébrales se confondent pour former le tronc basitaire.
Les anastomoses par inosculation ou par arcade, qui constituent la voie de i-^^^^nastocommunication la plus habituelle, établissent le long des gros troncs artériels ^^.^^^^^ une voie collatérale non interrompue, qui peut suppléer le tronc principal, voie coila- L'existence de ces anastomoses, la faculté qu'ont les artères de se développer ^f^^J^^f;^ d'une manière en quelque sorte indéfinie, ont inspiré aux chirurgiens 1 heureuse audace de tenter la ligature des troncs artériels les plus volumineux.
Lès anastomoses par inosculation ont quelquefois pour usage de régulariser la Autre utiiw distribution du sang et de répartir l'origine des artères sur une étendue plus " considérable. Ainsi, à l'aide de quelques arcades successives, on voit l'artère mésentérique supérieure fournir à toute la longueur de l'intestin grûle des rameaux qui s'y portent perpendiculairement.
f Forme. Les artères représentent des cylindres réguliers lorsqu'elles n'émettent Forme dos
aucune branche, et des cônes tronqués, ou mieux une succession de cylindres décroissants, lorsqu'elles s'épuisent graduellement par l'émission d'un certain nombre de rameaux. Cette forme cylindrique se conserve même après la mort, r.onséquenlorsque le sang cesse de distendre les artères, ce qui tient à l'épaisseur considé- Table et à la structure des parois artérielles ; jointe à la laxité du tissu cellulaire lindriquu ambiant, elle leur permet d'échapper à une foule de lésions; ainsi, les artères humérale, fémorale, ghssent sur la téte de l'humérus et du fémur quand ces os se déplacent ; ainsi, les artères carotides échappent quelquefois, contre toute probabilité, à l'instrument tranchant dirigé sur la région du cou qu'elles occupent.
(1) 11 est des flexuosités qui dépendent d'un vice de conformation, ou qui sont la suite d'une déviation, d'une fracture. Dans un cas de fracture du col du fémur, l'artère fémorale décrivait à l'aine des innexions très-prononcées; il en élail du même dans un cas de luxation du fémur, avec raccourcissement considéralile. i/aortc devient très-flexucuse dans les cas de gibliosilé.
ANGÉIOLOGIE.
Rapport, des artères :
1" Avec les
Et avec les articulations.
" Avec les
muscles;
Muscles satellites.
Arcades (ibreuses.
3» Avec la peau ;
fj. Bapports. Les grosses artères du tronc sont situées dans la profondeur des cavités splanchniques, celles des membres sont Irès-superficiellcs au niveau de la racine de ces derniers; plus tard elles deviennent profondes.
Les artères ont des rapports : 1° avec les os, qui leur servent de support, et qu'elles avoisincnt plus ou moins immédiatement. Voyez l'aorte, appliquée sur la colonne vertébrale ; voyez encore les artères des membres, qui, à leur sorlie du tronc, s'appuient sur les os correspondants, y impriment en quelque sorte leur passage par une dépression, et peuvent y Cire comprimées facilement.
(Voy. OsTliOLOGlE.)
Les rapports des artères avec les articulations sont la source d'inductions pratiques importantes. Les artères occupent toujours le sens de la flexion; et comme, dans un membre, les grandes articulations se flécbissent alternalivement en avant et en arrière, les artères se dévient pour aller cbercher en quelque sorte le côté de la flexion. Voyez l'artère fémorale devenir poplitée; voyez encore la brachiale, placée d'abord dans le creux de l'aisselle, se dévier en avant pour gagner le pli du bras. En vertu de cette disposition, les artères sont protégées par la situation habituelle et en quelque sorte instinctive de nos membres.
D'une autre part, la situation des artères au voisinage des articulations, le défaut de flexuosités des artères à leur niveau, expliquent la déchirure des vaisseaux par l'effet d'une luxation, et souvent aussi par des efforts immodérés de réduction.
2° Avec les muscles. Les muscles sont les organes essentiellement protecteurs des artères, qu'ils séparent ordinairement de la peau. En se juxtaposant, ils laissent entre eux de grands espaces celluleux, destinés aux artères principales, et au milieu desquels ces vaisseaux trouvent un abri contre les lésions extérieures.
La direction générale des artères est donc parallèle à celle des muscles, et parmi ces derniers, il en est toujours un dont la position et le trajet, faciles à déterminer, marquent avec assez de précision la position et le trajet de l'artère principale de la région; on peut donner à ce muscle le nom de muscle satellite de l'artère; c'est ainsi que le couturier est le muscle satellite de l'artère fémorale, le sterno-cléido-mastoïdien, celui de la carotide primitive, le biceps huméral, celui de l'artère humérale, etc.
Pour passer d'une région dans une autre, quelquefois une artère est obligée de traverser un muscle ou de passer au-dessous de lui, en le croisant plus ou moins obliquement ; dans l'une et l'autre circonstance la contraction du muscle aurait pour effet d'exercer sur le vaisseau une compression assez puissante pour entraver le cours du sang, si une disposition spéciale, extrêmement ingénieuse, ne prévenait cet inconvénient; elle consiste dans une sorte d'arcade fibreuse jetée au-dessus de l'artère, arcade dont les deux extrémités s'insèrent sur les côtés du vaisseau et dont la convexité fournit des insertions aux muscles, de telle sorte que la contraction musculaire, loin de gêner la circulation, la favorise au contraire, en soustrayant l'artère à toute cause de compression.
3" Avec la peau. Les artères volumineuses sont séparées de la peau tantôt par le tissu cellulaire sous-cutané et l'aponévrose superficielle seulement, tantôt par ces parties et par une ou plusieurs couches de muscles. Quelques artères d'un moindre calibre sont sous-cutanées : telles sont les collatérales des doigts. F.es artères du cuir chevelu sont intermédiaires à la peau et à l'aponévrose épicrdnienne dans toute leur étendue. On conçoit l'importance de ces rapports pour diriger la compression.
-DES ARTÈRES
4» Avec les veines. Les artères sont presque toujours en rapport immédiat avec les veines qui leur correspondent. Les troncs artériels, tels quelaorte, les grosses artùresdu cou et de la racine des membres, ne sont accompagnés que d'une seule veine, qui généralement est plus superficiellement située que l'artùre ; les artères plus petites présentent deux veines satellites ; dans ce dernier cas, l'artère est toujours intermédiaire aux deux veines.
•6" Avec les nerfs. Les artères servent de support aux plexus nerveux des organes delà vie nutritive; on pourrait même quelquefois considérer ces plexus nerveux comme une tunique accessoire de cet ordre de vaisseaux. D'autres nerfs, sans être aussi immédiatement liés aux artères, ont avec ces vaisseaux un rapport constant, qu'il importe de connaître, soit pour les éviter, soit pour diriger l opérateur d'ans kur ligature. On pourrait admettre pour ciiaque artère un nerf satellite, avec cette circonstance que les artères changent de nerf satellite toutes l'es fois qu'elles changent de direction. Ainsi le nerf crural est le satelUte de Tarière fémorale, et le nerf scialique, celui de l'artère poplitée.
6° Les artères principales des membres sont pourvues d'une gaine fibreuse, qui leur appartient en commun avec les veines, et souvent avec les nerfs satellites.
Une sorte d'atmosphère celluleuse, dans laquelle sont plongés tous ces organes, les sépare les uns des autres. La laxilé de ce tissu cellulaire, qui favorise la dilatation et le déplacement des artères, permet d'isoler ces vaisseaux à l'aide d'instruments mousses et inoffensifs. Comme c'est à travers cette gaine celluleuse qu'arrivent aux parois artérielles les vaisseaux nourriciers, on conçoit l'inconvénient d'un isolement trop étendu du vaisseau dans la ligature des artères.
h. Terminaison des artères. Les divisions des artères ne sont pas aussi multipliées qu'on pourrait le croire au premier abord. Leur nombre, à partir de l'aorte, ne s'élève pas au delà d'une vingtaine.
La ierminaison des artères a lieu dans l'épaisseur des organes. Le nombre et le volume des artères qui se distribuent dans chaque organe, sont en rapport avec l'activité de ses fonctions; les organes chargés d'une sécrétion sont bien plus riches en vnisseaux artériels que ceux qui sont bornés aux fonctions nutritives. Quant à la terminaison proprement dite des artères, je me contenterai de dire ici que les artères aboutissent au système capillaire, par l'intermédiaire duquel elles se continuent avec les veines. La disposition des dernières ramifications artérielles présente, dans chaque organe, une disposition spéciale,sur laquelle nous avons déjà appelé raltenlion(Voy.Splanchnologiei. Déjà aussi nous avons signalé le mode particulier suivant lequel se terminent les artères dans les organes érectiles.
4" Avec Im veines;
5» Avec les ntrfi;
6» Avec les gaines aponévro tiques
Atmosphère celluleuse des artères.
Le nombre dcsdivisiuns artérielles est trèï-limité.
Terminaison des artères.
B. — Textnre «les artères.
Trois tuniques superposées constituent les parois de tous les vaisseaux, à l'exception des capillaires, savoir : une externe, une moyenne et une interne. Ce qui distingue les artères, en particulier, c'est la grande épaisseur de leur tunique moyenne, composée de plusieurs couches dont les éléments sont généralement disposés transversalement.
t° Tunique externe. Généralement nommée tunique celluleuse {cellulosa propria de Tunique et daller), se continuant en quelque sorte avec le tissu cellulaire ambiant, et que Scarpa considère, mais à tort, comme ne faisant point partie intégrante des artères.
ANGÉIOLOGIE.
Elle est constituée par un tissu filamenteux, aréolaire, comme feutré, qui ne s'infiltre jamais de graisse ni de sérosité. Elle seule résiste à la constriction des ligatures, qui divisent plus ou moins complètement les autres tuniques. Elle se compose exclusivement de tissu conjowiif cl de fibres élastiques fines.
2" Tuniqw. propre ou tunique moyenne. C'est à elle surtout que les artères doivent leurs propriétés caractéristiques. Sa couleur jaune et son élasticité lui avaient l'ait donner les noms de tunique jaune, tunique élastique; elle mérite plutôt celui de tunique musculo-clastique (1). Elle est extensible et élastique dans le sens de sa longueur et dans le sens de son diamètre; elle est fragile, se déchire avec la plus grande facilité parles tractions exercées suivant sa longueur, et se coupe sous la ligature. Son épaisseur est proportionnellement moins considérable dans les grosses artères que dans les petites.
Deux éléments principaux entrent dans la constitution de cette tunique, l'élément élastique et l'élément musculaire. Les proportions dans lesquelles ces deux éléments se rencontrent, varient avec le volume des artères ; d'une manière générale, on peut dire que l'élément musculaire devient d'autant plus abondant que le calibre de l'artère devient plus petit; au voisinage des capillaires, la tunique moyenne des artères est exclusivement formée de fibres musi;ulaires ; dans les grosses artères, l'élément élastique l'emporte de plus en plus à mesure que l'on approche du cœur.
L'élément musculaire des artères est constitué par des fibres-cellules qui mesurent de 0'""',05 à 0'°'",07 de longueur et dont le grand diamètre est transversal. Englobées dans la masse de la substance élastique, là où celle-ci prédomine, ces fibres-cellules, en s'accumulant, forment des faisceaux volumineux ou môme des couches continues, superposées, qui donnent aux petites artères l'aspect rougeâtre qui les caractérise.
L'élément élastique de la tunique moyenne des artères se présente sous des aspects très-divers; dans celles d'un calibre moyen, il forme des réseaux de fibres Élastiques entourant les fibres-cellules musculaires, ou formant des couches distinctes, qui alternent avec les précédentes; dans les troncs, cet élément est représenté par une substance amorphe, disposée en lames élastiques fenétrées ou par des réseaux serrés de grosses fibres élastiques, dans les mailles desquels apparaissent les éléments musculaires.
3° Tunique interne. C'est une pellicule transparente, d'une excessive ténuité, qui est en rapport direct avec le sang et se continue, au niveau des orifices du cœur, avec l'endocarde; elle est composée de deux couches distinctes, d'un épilhélium et d'une membrane élastique. L'épithélium est formé de cellules coniques, pûles, à noyau ovulaire ou fusiforme, et disposées sur un seul plan. Constant chez le nouveau-né, l'épithélium disparaît fréquemment dans la suite, d'une manière plus ou moins complète, et dans un grand nombre d'artères. La couche élastique de la tunique interne est formée d'une substance amorphe, plissée longitudinalement, d'un aspect strié et généralement fenôtré. Souvent des fibres élastiques en réseau recouvrent sa surface externe ; fréquemment aussi elle est doublée de lames élastiques plus ou moins nombreuses.
4° Vaisseaux et nerfs. Des vaisseaux artériels et veineux se distribuent dans l'é-
(1) Tous les expérimentateurs ont observé que, cliez un animal qui meurt d'héniorrlingie, les artôres, pendant les derniers moments de la vie, perdent une partie notable de leur calibre, qu'elles recouvrent imniédiatenient après la mort.
DES ARTÈRES
naisseur des parois de toutes les artùres d'un cerluin volume ; ils portent le nom de rasa vasorum. Ceux des gros troncs proviennent des artères voisines, quelquefois du vaisseau môme qu'ils sont chargés de nourrir. Les vasa vasorum artériels se ramifient en cheminant dans la tunique celluleuse, et y forment un réseau capillaire qui se prolonge dans la tunique moyenne. Les couches internes de cette dernière, ainsi que la tunique interne, sont complètement privées de
vaisseaux. , , i
Les vasa vasorum veineux des parois artérielles vont se rendre dans les vemes
les plus voisines. .
Les artères reçoivent-elles des nerfs, ou bien les plexus nerveux qui les accompagnent vont-ils se distribuer intégralement à l'organe auquel se porte le vaissea^u? 11 m'a paru que plusieurs filets du grand sympathique se perdaient dans l'épaisseur de l'artère aorte, et il est probable que la môme disposition existe à l'é-ard des artères moins considérables. Le mode de terminaison de ces nerfs est° encore peu connu. Un grand nombre d'artères servent de support à des plexus nerveux très-riches ; il est possible que quelques filets de ces plexus pénètrent dans les tuniques de ces vaisseaux.
Vasu vasorum.
N'erts.
PRÉPAnATION DES ARTÈRES.
Préparer une artère, c'est l'isoler des parties voisines, en conservant ses rapports. On
Préparation
pourrait, à la rigueur, étudier le plus grand nombre des artères sans autre préparation des artères, qu'une dissection attentive; mais pour disséquer les divisions artérielles un peu fines, il est besoin du secours des injections.
La matière de l'injection que je crois la plus convenable, est composée ainsi qu'il suit: Matière de
l'injection.
10 Suif 9 parties.
2° Térébentliine ' partie.
30 Noir d'ivoire délayé avec de l'essence de térébenthine. 2 parties.
Pour les injections à conserver :
ç^j.Q 1 partie.
Suif.! 3 parties.
Vermillon, indigo, ou bleu de Prusse (quantité suffisante),
préalablement délayé dans l'essence de térébenthine.
n convient de faire précéder l'injection générale par une injection de térébenthine ou de vernis à l'alcool, coloré avec les matières ci-dessus.
Pour faire une injection très-pénétrante, on peut employer la gélatine, qu'on a soin de colorer, soit avec du noir ne fumée, soit avec du vermillon ; mais ce mode d'injection n'est nullement propre à la conservation des pièces.
Pour une injection générale, placer le tube dans l'aorte; scier le sternum à sa partie moyenne dans toute sa longueur, en tenir les deux fragments à distance, au moyen d'une petite pièce de bois en chevalet; ouvrir le péricarde; prendre garde de confondre l'artère pulmonaire avec l'aorte; soulever l'aorte à l'aide d'une ligature; inciser la paroi antérieure; introduire le tube.
Les injections générales peuvent encore être laites en plaçant le tube dans une grosse artère, l'artère carotide primitive, par exemple ; ce mode d'injection a l'avantage de permettre l'injection du cœur et des artères cardiaques, et d'éviter la mutilation de la crosse de l'aorte.
Les injections partielles pratiquées sur un sujet entier sont préférables aux injections générales, surtout lorsqu'on omploic des iiinllôres facilement solidifiables, le suif, par
Injections générales
IrijectiouG parlielles.
tl
ANGÉIOLOGIE,
exemple. Il est bien entendu qu'une condition indispensable pour le succès de ces injections partielles, c'est l'isolement prdaluLle du système artériel qu'on veut préparer. Cet isolement s'opère par des ligatures, immédiatement appliquées sur les grosses artères qui ont des comumnications avec celles qu'on se propose d'injecter.
SECTION II. — DliS ARTÈRES EN PARTICULIER
L'artère pulmonaire est la veine artiSrieuse des anciens.
Son origine.
Sa division.
Cordon qui est le vestige du canal artériel.
Ses valvules sigmoïdes.
Vari-5t4s dans le nombre des valvules.
Des trois festons d'origine de l'artère pulmonaire.
Direction.
Rapports.
i' Du Ironc pulmonaire gauche.
A — Artère pulmonaire.
Prëparnlion. Pour injecter l'artère pulmonaire, le tube à injection sera introduit dans l'une des veines-caves, et une ligature appliquée sur l'autre.
L'artère pulmonaire, nommée par les anciens veine artérieuse, parce que, offrant tous les atlrlbuls extérieurs des artères, elle renferme du sang noir, s'élend depuis le ventricule droit jusqu'aux deux poumons. Elle naît du prolongement infundibuliforme du ventricule droit, et se porte en haut et à gauche, en croisant l'aorle, au-devant de laquelle elle est située, et qu'elle embrasse par sa concavité; parvenue au cûté gauche de cette artère, après '28 ou 30 millimètres de trajet, elle se divise en deux troncs, qui se portent transversalement, l'un à droite, pour le ponmon droit, l'autre à gauche, pour le poumon gauche, et s'y terminent en se divisant. De l'embranchement des troncs pulmonaires droit et gauche naît un cordon, vestige du canal artériel du fœtus, qui suit la direction première de l'artère, et qui va se porter à la concavité de la crosse de l'aorte, un peu au-dessous de l'origine de l'artère sous-clavière gauche.
A son origine, l'artère pulmonaire est recouverte, en dehors, par les fibres les plus élevées de l'inl'undibulum du ventricule droit ; à l'intérieur, elle est pourvue de trois valvules sigmoïdes, soupapes mobiles, qui, en s'abaissant, interceptent complètement la lumière du vaisseau. Il n'est pas rare de rencontrer quatre valvules sigmoïdes, dont une très-petile, à l'origine de l'artère pulmonaire. J'ai vu un cas dans lequel il n'y avait que deux valvules, mais assez considérables pour obturer le vaisseau. Il est bien remarquable que de semblables variétés anatomiques s'observent bien plus rarement pour les valvules sigmoïdes de l'aorte.
Une dissection attentive permet de reconnaître que l'artère pulmonaire est découpée, à son origine, en trois festons correspondants aux valvules sigmoïdes, et qu'elle tient au tissu du cœur i° par sa membrane interne, prolongement de celle qui tapisse les cavités droites du cœur; 2° par un prolongement fibreux détaché des zones fibreuses, et qui va se fi.ver au bord convexe des trois festons et dans leurs intervalles anguleux.
Rapports et direction de l'artère pulmonaire. Convexe en avant et à gauche, l'artère pulmonaire est recouverte par le feuillet séreux du péricarde, dont elle est souvent séparée par du tissu adipeux ; concave en arrière et à droite, elle répond à l'aorte, qu'elle embrasse. Les deux auricules, la droite et la gauche, correspondent à ses parties latérales.
Le tronc pulmonaire yauc/ie aune longueur d'environ 3 centimètres; il répond, en arrière, à la bronche gauche, dontilestquclquefois séparé par l'artère bronchique, et médialement à l'aorte. En avant, le feuillet séreux du péricarde le recouvre, excepté au voisinage des poumons, où les veines pulmonaires viennent se placer au-devant des divisions du tronc artériel.
Le tronc pulmo7iaire droit après de 4 centiraètresde longueur; il répond, en avant, à la veine-cave supérieure et à la partie ascendante de raorte,raaismédiatemenf,
DES ARTÈniîS.
carie feuillclséreux du péricarde rcvûtct l'aorle et la porlioii correspondante du tronc pulmonaire, lin arrière, il répond à la bronche droite et passe au-dessus de l'oreillette droite.
Développement. Chez le fœtus, le cordon fibreux que nous avons vu partir de l'embranchement des deux troncs pulmonaires, est remplacé par un canal, ca- 7ial artériel, dont le calibre égale à peu de chose prés celui de l'artère pulmonaire, et dont la direction est lu mûme, tandis que les troncs pulmonaires droit et gauche sont alors trûs-petits. A la naissance, le sang provenant du ventricule droit passe en enlier dans les poumons, et cesse de traverser le canal artériel, qui s'oblitère.
i" Du li'onc pulmonaiiT droit.
l)u caniil avtérici.
Artère aorte.
Préparation. L'aorte peut être étudiée sans le secours des injections. Pour l'étudier sur le sujet injecté, il faut prolonger jusqu'au piibis la section médiane qui a été nécessaire pour l'injection ; désarticuler les cla\'i::nles ; écarter fortement, jusqu'à produire la fracture de quelques côtes, la moitié droite de ia moitié gauche du thorax; maintenir l'écartement à l'aide d'une pièce de bois en chevalet; couper en travers les parois abdominales; renverser le poumon gauche à droite.
L'aorte (du mot grec àojiT-/i, artère), arteria magna, arte^iarum omiiium mater, origine commune de toutes les artères du corps humain, naît du ventricule gauche, et se termine, en se bifurquant, au niveau delà quatrième vertèbre lombaire.
Situation. Elle est profondément située dans les cavités thoracique et abdominale, le long de la colonne vertébrale, qui lui sert tout à la fois de support et de moyen de protection. Dans les animaux chez lesquels l'aorte se prolonge au delà du tronc, la colonne vertébrale l'accompagne, en lui fournissant une gaîne ou un canal osseux, distinct du canal delà moelle épinière.
Direction. Immédiatement après son origine, l'aorte se projette à droite, pour se porter presque aussitôt en haut, en décrivant une légère courbure dont la convexité est à droite et en avant, et la concavité à gauche et en arrière. Sortie du péricarde, elle change de direction, se recourbe brusquement, pour se porter presque horizontalement de droite à "gauche et d'avant en arrière, sur la partie latérale gauche de la colonne vertébrale, au niveau de la troisième vertèbre dorsale; là, elle se recoui'be une troisième fois, et devient verticale et descendante. Parvenue au diaphragme, elle s'incline un peu à droite, pour gagner la ligne médiane et traverser l'anneau, ou plutôt le canal que lui forment les piliers du diaphragme. A partir de ce point jusqu'à sa terminaison, elle occupe la partie moyenne de la colonne lombaire (Voy. /îy. 2, 14 et i'6).
Variétés de direction. 11 n'est pas fort rare de voir l'aorte se recourber à droite, au lieu de se recourber à gauche. Cette disposition peut coïncider avec la transposilion générale des viscères thoraciques et abdominaux ou en être indépendante.
Calibre. I,e calibre de l'aorte n'est pas le mL^me dans les différents points de sa longueur (t); il va en diminuant progressivement de haut en bas, mais
(I) Ainsi le calibre de l'aorte h son origine, comparé au calibre delà même artère à sa tcrminaisow, est en général comme 5 esta .i; d'autre part, le tronc qui résulterait de la réunion des branches collatérales fournies par l'aorte, serait d'un calibre de beaucoup supérieur il celui de ce vaisseau.