BES N A 11 1 K Ë S
élevee , la postérieure ayant la meme position que dans le cas précédent ; alors une plus grartde portion de l’extrémité de la partie moyenne du cartilage nasal se trouve cachée par celle élévation antérieure des fîbro-carlilages des ouvertures. La différence est très— manifeste lorsqu’on compare un nez camard à un nez aquilin , où cette extrémité n’est presque pas cachée. La base est oblique en avant et en bas quand l’extrémité antérieure des fibro-cartilages est abaissée , la postérieure demeurant aussi dans le même état : alors l’extrémité de la partie moyenne du cartilage nasal n’est point embrassée par les deux fibro-cartilages des ouvertures de la base. Ainsi ces trois différentes directions, horizontale, oblique en haut, et oblique en bas , ne supposent ni une différence de longueur dans les fibro-cartilages des ouvertures nasales , ni une différence dé forme et d’étendue dans la cloison. Tout lient à la position élevée, abaissée ou moyenne de l’ extrémité antérieure des premiers , ce qui établit quelque différence dans l’a largeur des portions fibreuses qui les unissent.
Voilà les variétés générales de la base du nez. Il en est d’autres qui appartiennent à la pointe de cette basé , à son milieu ou à sa partie postérieure. Quand l’ extrémité antérieure des fibro-cartilages des ouvertures nasales est recourbée en haut , il en résulte le nez retroussé , ce qui est fort différent du nez camard, dans lequel celte même extrémité ne se recourbe point, mais se trouve plus haut , par l'inclinaison générale du cartilage. Quand les branches de chaque fibro-cartilage se réunissent à angle' aigu, et que tous deux sont dans cet endroit parfaitement
contigus l’un à l’autre , la pointe du nez est trèsétroite , et il en résulte le nez effilé. Quand leurs branches se réunissent sous une forme convexe et qu’eux-mêmes sont fort écartés, le nez a un volume désagréable. Quand la rainure qui sépare les deux fîbro-cartilages est profonde , une fente très-sensible se manifeste au milieu du nez.
Dans le milieu de la base du nez, on observe des rapports différens entre le bord de la cloison et celui des ailes : tantôt ils sont au même niveau , ce qui est la disposition la plus régulière ; souvent l’aile est plus élevée et la cloison plus basse. On voit alors paroître cette dernière , dont la couleur rougeâtre est trcs-sensible. Rarement la cloison est plus élevée que l’aile. Toutes ces différences dépendent absolument du rapport qu’ont entr’elles les deux branches des fibro-cartilages des ouvertures nasales ; car ce sont elles qui forment , comme je l’ai dit , et l’aile du nez et le bas de la cloison.
En arrière , la base offre une épaisseur trèsvariable , ce qui tient surtout à la peau et au tissu cellulaire , et très-peu au fibro-carlilage des ailes.
La portion moyenne du nez varie surtout en direction et en largeur. La direction la plus régulière a lieu quand la ligne saillante antérieure , formée par la réunion des trois portions du cartilage nasal , est parfaitement droite dans son obliquité , et se continue , sans changer de direction , /avec la ligne passant sur les os du nez. Souvent une saillie interrompt cette rectitude ; elle a lieu tantôt au point de ré u- y mon des os et du cartilage , tantôt sur le cartilage lui-même. D’autres fois , au lieu de saillie , on trouve
DES NARINES
une dépression au point d’union des cartilages et des os , ou vers l’endroit où le cartilage nasal s’enfonce par son extrémité dans l’intervalle des fîbro-cartilages des ouvertures , ou même encore deux dépressions aux deux endroits à-la-fois.
Les variétés de largeur du dos du nez dépendent surtout du bord antérieur du cartilage nasal plus ou moins épais en devant , suivant la manière dont sa portion moyenne se réunit à ses portions latérales et antérieure.
La partie supérieure du nez est la moins variable de toutes , à cause de sa structure osseuse. La voûte des os peut cependant offrir en cet endroit plus ou moins de largeur , suivant la largeur particulière de ceux-ci. Elle peut varier dans son articulation avec le coronal, laquelle présente tantôt une continuité parfaite de direction entre le front et le nez , tantôt se fait à angle plus ou moins obtus. L’enfoncement qui a lieu dans le dernier cas dépend souvent beaucoup de la saillie plus ou moins grande que fait en haut la bosse nasale.
ARTICLE DEUXIÈME
Des Narines et de leur Membrane.
§ 1er. Remarques générales sur ces cavités.
Je renvoie à l’Ostéologie pour les détails particuliers sur la portion solide des cavités nasales. Rappelons seulement ici quelques considérations générales sur ces cavités.
ÉT DE LEURS DÉPÎÈNfcPANÔES. 5/j.5
Les narines ont une forme très-irrégulière. Divisées en deux moitiés égales par une cloison en partie osseuse et en partie cartilagineuse , cloison que forme en arrière la lame ethmoïdale jointe au vomer , et en devant le cartilage nasal , elles présentent une étendue différente suivant leurs diamètres. L’antéro-postérieur paroît le plus considérable lorsqu'on l’examine inférieurement ; il se rétrécit en haut. Le perpendiculaire , très-long dans le milieu , diminue en avant et en arrière. Le transversal , beaucoup plus étroit que tous les autres, offre , de bas en haut, une largeur toujours décroissante et réduite enfin à quelques lignes, au niveau delà lame criblée de Fetlimoïde ; ce qui tient à l’obliquité de la paroi externe des narines.
La direction des cavités nasales est légèrement oblique en arrière et en bas ; ce qui dépend principalement de leur paroi inférieure , et un peu de l’inclinaison que présente le corps du sphénoïde.
En haut , les exilés nasales offrent une espèce de voûte formée dans le milieu par la lame criblée de l’ethmoïde , en devant par les os du nez , en arrière par le sphénoïde, sur lequel se voit l’ouverture des sinus qui appartiennent à cet os et qui sont creusés dans son corps. En bas , la portion horizontale des os maxillaires et palatins forme les mêmes cavités. En dedans la cloison les sépare. En dehors , on trouve plusieurs anfractuosités dépendantes de l’ethmoïde et du cornet inférieur. Ce sont , de haut en bas , la lame plane , et derrière elle le cornet; supérieur , le méat supérieur , le cornet moyen ; la lame oblique appartenant à l’ethmoïde , le méat moyen et le cornet inférieur , enfin le méat inférieur. On observe dans le méat supérieur «• 35
546 DES NARINES
l’ouverture des cellules ethmoïdales postérieures; dan»
le moyen, celle des cellules etlmioïdales antérieures ,
qui communiquent dans les sinus frontaux , et celle
du sinus maxillaire ; dans l’inférieure , celle du canal
nasal.
§ II. Membrane pituitaire.
Une membrane muqueuse recouvre toutes ces parties. C’est elle qui constitue essentiellement l’organe de l’odorat. Etendue sur toutes les éminences des narines , elle s’enfonce dans leurs cavités les plus profondes. Elle naît, en devant, de la peau ; et se continue , en arrière , avec la surface muqueuse du pharynx.
Conformation de la Pituitaire.
Pour la bien concevoir , il faut la supposer partir d’un point , et la suivre dans son trajet. Prenons-la à la paroi inférieure des cavités nasales. Elle remonte de cet endroit sur la cloison jusqu’à la voûte supérieure , et ne forme aucun repli dans ce trajet , dans lequel on la détache avec facilité de dessus les os comme de dessus les cartilages.
Parvenue à la voûte , elle se réfléchit dans le milieu sur la lame criblée , la tapisse et en ferme tous les trous , en sorte que les nerfs olfactifs vienrrtwit se terminer à sa surface extérieure. En devant, elle revêt, dans la même réflexion , la surface postérieure des os du nez , passe sur les deux ou trois petits trous qui s’y trouvent , et y reçoit les vaisseaux qui les traversent. En arrière, elle se prolonge sur le corps du
sphénoïde , s’enfonce dans les sinus de cet os , el les revêt en entier. A l’entrée de ces sinus, elle forme un repli qui rétrécit singulièrement cette entrée dans certains sujets, mais qui , dans d’autres, la laisse plus libre.
Elle se porte ensuite sur la région externe , tapisse en même temps la lame plane et le cornet supérieur, et se réfléchit au-dessous de ce dernier pour s’enfoncer dans le méat supérieur. Le repli qu elle forme dans cet endroit est assez lâche , descend un peu plus bas que le bord du cornet , et rétrécit par conséquent l’entrée du méat. Ce repli se prolonge aussi plus en arrière que le cornet , qu'il remplace jusqu’au corps du sphénoïde ; en sorte quelles deux feuillets qu’il forme se correspondent , sans aucun intermède osseux , dans celle partie postérieure. Ils s’y trouvent appliqués sur le trou sphéno-palalin qu’ils bouchent , et par lequel la pituitaire reçoit des vaisseaux et des nerfs. Un prolongement du périoste de la fosse sphéno-nmaxillaire passe par ce trou , et vient se confondre avec la lame fibreuse de la pituitaire. Parvenue dans le méat supérieur , cette dernière le revêt et s’enfonce dans les cellules elhmoïdales postérieures, quelle tapisse également. Sortie de ce méat, elle s’étend sur la surface convexe du cornet moyen, se réfléchit sur son bord libre en formant un repli également assez lâche, mais qui n’augmente pas sensiblement l’étendue du cornet en arrière, ou il se termine par une pointe qui se confond avec le reste de la pituitaire. Cette membrane se porte de là dans le méat moyen. En le tapissant , elle se prolonge , par une ouverture souvent très-étroite , dans le sinus
548 ' t> F S NAK1NE5
maxillaire, quelle revêt en entier. Le repli quel le forme autour de cette ouverture concourt singulièrement à la rétrécir. Cette ouverture est plus près de la partie antérieure que de la postérieure du méat. Ordinairement on ne la voit point en enlevant le cornet moyen ; il faut détruire encore une espèce de lame osseuse placée antérieurement , et que revêt aussi la pituitaire. Cette lame , cachée par le cornet moyen , cache ellemême l’ouverture, qiu se trouve au has d’une espèce d’enfoncement quelle concourt à former. La large ouverture qu’on voit sur l’os maxillaire isolé est houcliée en partie par les os voisins ; mais elle reste encore très-sensible sur une tête articulée et sèche. La pituitaire la bouche en passant sur elle , en sorte qu’en cet endroit il n’y a point.d’intermédiaire osseux entre le nez et le sinus , et que deux feuillets de la pituitaire y sont seulement appliqués l’un contre l’autre : l’externe appartient au sinus , l’interne aux narines. C’est au-devant de cette portion d’ouverture bouchée par la pituitaire qu’est le trou dont nous avons parlé. Au-dessus , on en voit un autre plus ou moins évasé , et par lequel la pituitaire s’engage d’abord dans les cellules ethmoïdales antérieures, puis dans les sinus frontaux : elle ne forme aucun repli autour de cette ouverture. Sortie du méat moyen, cette membrane va revêtir le cornet inférieur , sur lequel elle est plus lâche que sur le précédent , et au has duquel elle forme, surtout en arrière , un repli qui descend plus que lui , et qui l'élargit par conséquent. Ce repli est très-disposé à s’engorger. Il se perd en arrière sur la pituitaire, et finit la saillie du cornet. Il est beaucoup plus écarté
en cet endroit du repli appartenant au cornet moyen, cpie celui-ci ne l’est du repli du cornet supérieur ; ce qui donne beaucoup plus de largeur en arrière au méat moyen qu’au supérieur. Du cornet inférieur , la pituitaire se réfléchit dans le méat inférieur , le revêt, en se continuant par le canal nasal avec la conjonctive. Quelquefois un repli très-marqué et circulaire rétrécit singulièrement en cet endroit l’orifice du canal nasal membraneux : d’autres fois ce repli est moins marqué ; j’ai vu varier beaucoup sa disposition.
Du méat inféi ieur , la pituitaire se réfléchit sur la paroi inférieure des cavités nasales , d’ou nous l’avons supposée partir.
En devant , cette membrane tapisse le nez* En arrière , elle sort par les ouvertures nasales postérieures , pour aller se continuer avec la membranepharyngienne , en passant supérieurement sous le corps du sphénoïde , inférieurement sur le voile du palais. En dedans de ces ouvertures , les deux membranes pituitaires se réunissent sur le bord postérieur de la cloison. En dehors , elles forment , avant de quitter l’ouverture nasale , un repli perpendiculaire libre , plus ou moins saillant. C’est derrière ce repli, et à l’union de la voûte du pharynx avec la paroi externe des cavités nasales , que la pituitaire tapisse la portion cartilagineuse de la trompe d’Eustache en formant au-dessus d’elle un enfoncement ou culde-sac assez profond.
Organisation de la Pituitaire.
La pituitaire , analogue aux autres membranes muqueuses parle fluide qu’elle fournit, par le ca—
rion qui la constitue, en diffère pour l’épaisseur, qui est beaucoup plus grande chez elle. Sa couleur varie dans divers points de son étendue : tantôt elle est blanche , tantôt elle paroît rouge. Mais la rougeur est son attribut le plus constant dans les cavités nasales ; il la distingue de presque toutes les autres , où cette couleur est moins habituelle et moins intense. Sous le rapport de cette couleur , elle tient le premier rang dans le système muqueux , avec la membrane de l’estomac , avec celle des intestins grêles , etc. Son épaisseur, peu marquée dans le nez , augmente beaucoup dans les cavités natales, et diminue de nouveau dans les sinus.
Un feuillet fibreux , qui n’est que le périoste ou le périchondre des cavités nasales , se joint au feuillet muqueux pour former la membrane pituitaire , qu’il faut ranger par conséquent dans la classe des fibro— muqueuses , au moins si l’on a égard à sa disposition la plus générale. Cette composition , que les anatomistes ont négligée ,, se voit très-facilement sur les cornets et surtout sur la cloison. On peut facilement briser celle cloison ,. et l’enlever par parties , sans intéresser la portion fibreuse qui lui appartient, parce que cette portion adhère beaucoup plus fortement au feuillet muqueux qu’a l’os ; ce qui est l’inverse des autres portions du périoste , qui sont très-unies à l’os et irespeu aux parties voisines.
La pituitaire étant ainsi enlevée , on a une membrane très-épaisse blanchâtre , solide, dense et résistante du côté des os , spongieuse , molle et rouge du côté des cavités. Malgré celle différence dans l'apparence extérieure et dans la nature des deux
ET DE LEURS DEPENDANCES. 55ù
feuillets de la pituitaire , il est presque impossible de les séparer , tant leur union est grande.
Le feuillet muqueux , épais , spongieux et mou , est formé d’un corion très-prononcé qui lui donne celte épaisseur. L’état spongieux et commefongueux s’observe surtout sur les cornets , et particulièrement à leur bord libre. La plupart des anatomistes ont admis des glandes dans la membrane pituitaire , ne pouvant expliquer autrement la sécrétion qui s’y opère. Je les admets aussi avec eux , principalement fondé' sur l’analogie , puisque par-toutoù un fluide semblable à celui de cette membrane est séparé , ce sont des glandes qui le fournissent.. Mais presque jamais ces organes ne peuvent être découverts ici , tant leur petitesse est grande. Quelquefois cependant la couche fibreuse étant enlevée , on voit dans le tissu de la pituitaire dre petites granulations , mais tellement serrées les unes contreies autres , qu’il est difficile de bien les distinguer^ On diroit que dans cette membrane les. glandes muqueuses , qui ailleurs sont plus ou moins écartées , se réunissent au point de former une véritable couche glanduleuse , identifiée avec son tissu qu’elle épaissit sensiblement-» On ne sauroit révoquer en doute l’existence d’une membrane semblable, mais plus marquée , au voile du palais, à la voûte palatine, etc. D’ailleurs, on trouve de petites ouvertures très-sensiblessur toute la surface libre de la pituitaire» Irrégulièrement disposées, elles ont un aspect semblable à* celui de piqûres d’épingles, et sont probablement les. orifices des follicules glanduleux contenus dans l’épaisseur de la membrane».
DES NARINES
Il n’y a point de papilles bien sensibles sur la pituitaire , dans quelque endroit qu’on l’examine. Elle diffère sous ce rapport d’une grande partie des membranes muqueuses. Son tissu fongueux n’est inégal à sa surface libre qu’à cause des petites ouvertures dont j’ai parlé.
Le système capillaire de cette membrane est très-* prononcé et très-superficiel ÿ ee qui, aux moindres secousses, l’expose aux hémorrhagies par rupture. Sou-, vent il s’engorge par plus de sang : cet engorgement précède les hémorrhagies actives par exhalation- En effet, de nombreux exhalans s’ouvrent à la surface de la pituitaire, et versent très-souvent du sang sans aucune solution de continuité antécédente, soit que ces hémorrhagies aient un caractère actif, soit que ce caractère soit purement passif. En général , excepté dans les sinus , le système capillaire de la pituitaire , d’où, naissent ces exhalans , contient habituellement une assez grande quantité de sang.
) Variétés d.’ organisation de la Pituitaire dans ses diverses parties.
Outre la structure générale que je viens d’indiquer, la pituitaire offre des différences remarquables dans, ses diverses parties. On ne peut guère penser que cette membrane soit la même dans sa région supérieure ou ethmoïdale , et dans sa région inférieure, puisque c’est spécialement en haut qu’elle est sensible à l'impression des odeurs. Mais l’inspection anatomique ne démontre aucune différence dans ces deux endroits. Je remarque seulement que , sous le rapport,
BT DE LEURS DEPENDANCES. 555 <îe là sensation , il y a une disposition differente entre îa langue organe du goût , et les cavités nasales siège de l’odorat. A la langue , les papilles antérieures, sont très-differentes de celles de la base , ce qui correspond à la plus grande susceptibilité de la pointe pour les saveurs. Dans les cavités nasales , aucune disposition anatomique ne répond à. la différence trèsmarquée de susceptibilité entre la région supérieure et l’inférieure.
A l’ ouverture antérieure, la différence de structure est très-réelle. La pituitaire est moins constamment rouge dans le nez que dans les cavités nasales, ainsi que je l’ai dit. Elle ne présente pas d’apparence fongueuse. Sa ténuité est beaucoup plus grande , et cependant sa densité plus marquée ; souvent des poils en naissent.
A l’ouverture postérieure, la pituitaire n’offre rien qui la distingue du reste de son étendue.
Dans les sinus , elle perd beaucoup de sa couleur rouge : son système capillaire semble n’y contenir presque point de sang dans l’état naturel ; tandis que dans le coryza il s’en charge d’une quantité telle, que la surface des sinus ressemble à celle de l’intérieur des cavités nasales. Son épaisseur augmente aussi dans ce cas ; mais dans l’état ordinaire elle est si peu marquée , surtout dans les sinus sphénoïdaux et dans les cellules ethmoïdales , qu’on la prendroit , dans ces. endroits , pour une portion de l’arachnoïde. Cette membrane est aussi, dans les sinus, plus lisse, et moins fongueuse sur sa surface libre. Lorsqu’on la soulève , on ne trouve point , sur la face adhérente , le tissu, fibreux et dense' dépendant du penoste , que nous a.xons indiqué sur celte face dans, les cavités nasales;
554 des narines
ou du moins , si ce tissu existe , il n’est pas sensible. Du reste, l’adhérence de la pituitaire aux os est très-peu marquée dans les sinus. Le maxillaire ou tout autre étant à découvert en dehors , cette membrane se détache avec une extrême facilité: on diroit quelle n’est qu’appliquée sur leurs parois : cependant , en l’enlevant , on voit quelques prolongemens se rompre.
La membrane des sinus paroît jouir d’une sensibilité animale moindre que celle des narines : aussi concourt-elle moins à l’odorat. Ces cavités sont des réservoirs que l’air remplit, et où, chargé des particules odorantes , il sert à prolonger les sensations r qui fuiroient trop vite si l’air de l’inspiration et de l’expiration en était l’unique agent à son passage par les narines-
Propriétés de la Pituitaire.
La pituitaire jouit d’une vive sensibilité animale ; propriété qu’il faut ici , comme en bien d’autres parties , considérer sous deux rapports. En effet , elle a d’abord un mode particulier , mode qui est lié à la distribution du nerf olfactif, et en vertu duquel celte membrane est le siège de l’odorat. Mais outre ce mode particulier de sentir , la pituitaire jouit encore du sentiment général commun à toutes les parties douées de sensibilité animale. Celte distinction devient manifeste dans la paralysie de l’odorat , où la sensibilité animale propre est seule détruite , et où , tandis cjue les odeurs ne font aucune impression , les corps étrangers introduits dans les narines chatouillent péniblement par leur contact mécanique.
ET DE LEITxS DÉPENDANCES. 555
La pituitaire ne jouit d’aucune contractilité animale. Elle n’a non plus aucune espèce de contractilité organique sensible. Comment se fait-il donc que Je mucus amassé dans les sinus se vide si facilement dans les cavités nasales ? Certainement dans une foule d’altitudes , dans la station, par exemple, pour le sinus maxillaire, ce mucus est obligé de remonter contre sa gravité ; et cependant les paroismembraneuses des sinus n’abandonnent point leurs surfaces osseuses respectives pour comprimer ces fluides. Le mouvement du mucus dans les sinus me paroît un phénomène très-difficile à concevoir , et se rapproche de celui que nous offre certains animaux où des fluides circulent , sans agens d’impulsion, dans des vaisseaux osseux.
La sensibilité organique de la pituitaire est trèsmarquée; c’est elle, ainsique la contractilité organique insensible , qui préside à la sécrétion du mucus. Ce fluide épais , visqueux et blanchâtre , portant le type général des fluides muqueux , mais ayant cependant un caractère particulier , paroît se séparer en plus grande quantité sur la pituitaire des narines que sur celle des sinus , où cependant on en trouve habituellement. Exposé au contact d’un air humide , il se putréfie moins;J|acilement que la plupart des autres fluides animaux. L’air sec Je dessèche, et le réduit à l’elat d’une croûte jaunâtre , plus ou moins consistante. Celte action de l’air , poussée moins loin que la dessiccation , l’épaissit , et augmente de beaucoup sa viscosité. Ce phénomène y est remarquable après un séjour un peu prolonge dans les narines. Leau ne le dissout qu’avec une extrême difficulté;
556 des narines
le plus souvent il y est indissoluble , lors même qu’elle est très-chaude. L’action d’un feu modéré le dessèche comme l’air ; à un feu plus ardent , il brûle en se boursoufflant un peu , et il reste un résidu noirâtre : les acides agissent diversement sur lui ; l’alcali fixe le décompose. Je renvoie, du reste, sur ce point aux ouvrages des chimistes modernes qui se sont spécialement occupés de ce mucus.
Les propriétés , soit animales, soit organiques de la pituitaire, sont fréquemment mises en jeu sympathiquement. Mises en action directement , elles exercent de puissantes influences sympathiques sur les autres parties. L’éternuement et la toux dépendant des irritations de la pituitaire , en sont une preuve. Dans les syncopes , peu de parties sont plus favorables pour réveiller , par l’excitation partielle qu’on dirige sur elles , Faction générale des autres organes qui étoit engourdie : une odeur forte fait pleurer ; une nauséabonde excite Faction de l’esto^ mac, et détermine le vomissement , etc. , etc.
ARTICLE TROISIÈME
Développement des Organes de F Odorat*
Fl est peu de parties aussi différentes dans le premier âge de ce qu’elles seront par la suite , que les. organes de l’odorat.
§ Ier. État de ces organes dans le premier âge *
Nous avons vu combien il y avoit de variétés dans le liez des adultes ; au contraire, le nez du fœtus et de
ET DF, LEURS DEPENDANCES. 55j
l'enfant a presque par-tout la meme forme , les mêmes caractères et la même étendue ; en sorte qu’il seroit impossible de juger par comparaison ce que seia le nez dans la suite par ce qu il est chez 1 enfant. A cet âge , il est toujours remarquable par sonaplatissement , qui ] qi donne , jusqu a un certain point , le caiactere de ce qu’on nomme chez l’adulte nez épate. Cet aplatissement donne lieu à plus de saillie dans ses parties latérales. L’uniformité du nez et sa différencede forme d’avec ce qu’il sera par la suite coïncident et avec l’uniformité générale de la face à cet âge, et avec la différence qui la distingue de la face de 1 adulte; en sorte que jamais on ne peut, dans un homme fait, reconnoître les traits qui nous ont frappés dans cet homme lorsqu’il étoit dans la première enfance.
A la base , la rainure qui sépare le fibro-cartilage des ailes d’avec le fibro-cartilage des ouvertures , est plus profonde , parce que la saillie qui répond au premier est beaucoup plus marquée. Le second est encore très- peu prononcé , et comme membraneux. Leur réunion forme antérieurement une saillie plus volumineuse et plus arrondie , ce qui dépend aussi du tissu cellulaire. Les oùverturës antérieures sont fort étroites en proportion du volume des parties molles , soit parce que la peau est plus épaisse , soit parce que le tissu cellulaire plus dense est aussi plus abondant proportionnellement que par la suite. Ce rétrécissement, qui fait que moins d’air est admis, coïncide avec celui des narines , que cet air doit traverser.
Le milieu du nez offre rarement ces saillies et ces enfoncemens qui se manifesteront dans la suite. Sa partie supérieure , remarquable par son aplatisse-
DES PfÀRtN K S
ment, l’est aussi par renfoncement constant qui le sépare du coronal ; ce qui tient beaucoup au défaut de développement des sinus. La voûte que forment les os du nez est extrêmement évasée transversalement , et son bord inférieur forme une saillie qui dépasse sensiblement le niveau du cartilage nasal. Cet evasement transversal de la voûte correspond à la largeur générale du nez , et la cause en partie.
Les muscles du nez sont peu développés, aussibien que tous ceux de la face.
L’ouverture postérieure des cavités nasales eslremarquable chez le fœtus par son peu d’étendue et par sa direction. On est frappé, au premier coup d'œil, du peu de hauteur qu’elle présente , et de sa disproportion manifeste avec le voile du palais, qui la dépasse de près d’un tiers en arrière , lorsqu’il se relève pour s’appliquer sur la voûte du pharynx. D’un autre côté , l’inclinaison des apophyses plérygoïdes en avant détermine une grande obliquité , daus ce sens , de ces memes ouvertures.
Les cavités nasales elles-mêmes sont remarquables , en général , chez le fœtus , par leur peu de développement. On a vu dans l’Ostéologie la démonstration de cette vérité pour les parties osseuses : j’ai observé que le diamètre perpendiculaire est alors le plus petit de tous , par le défaut de sinus ; que c’est uniquement par comparaison avec celui-ci que le diamètre longitudinal paroît avoir beaucoup de longueur , quoiqu’il soit réellement plus court proportionnellement Û cause delà direction oblique des apophyses plérygoïdes ; enfin, que le diamètre transverse olfre à-peuprès la même étendue , relativement à 1 âge , qu’il doit
ET DE LEURS DEPENDANCES. 55g
avoir dans la suite , parce que c’est moins en largeur qu’en hauteur que les sinus maxillaires, se développent. A ces premières notions générales nous allons ajouter quelques détails particuliers.
Dans la cloison , la lame etlimoïdale , encore cartilagineuse est confondue avec le milieu du cartilage nasal, et paroît former avec lui un corps continu. Le voilier est déjà très-prononcé , et présente la structure osseuse.
Dans le côté externe , les cornets ont une disposition particulière , dépendant du peu de hauteur générale des cavités. On ne leur trouve point la largeur considérable qu’ils ont chez l’adulte , mais la longueur prédomine sensiblement chez eux ; ce qui répond aussi à l’étendue du diamètre longitudinal. Cet excès de longueur proportionnelle est frappant en ouvrant les narines. Les cellules ethmoïdales n’existent pas encore, l’os étant presque tout cartilagineux ; mais on en trouve déjà les traces et les premiers rudimens. Les sinus maxillaires , sphénoïdaux et frontaux , ne sont pas encore prononcés.
Quant à la membrane pituitaire , elle a moins de densité , parce que le système fibreux , qui concourt principalement à la lui donner , est peu marqué dans le jeune âge. Sa délicatesse, sa ténuité, l’abon-* dance de son système vasculaire , la distinguent alors. En général , toutes les parties supérieures du corps ont beaucoup de vaisseaux chez l’enfant : aussi celte membrane est-elle chez lui le siège de fréquentes hémorrhagies. Les affections catarrhales ysonlprédominantes.
La région supérieure des fosses nasales , formée par la lame criblée de l’ethmoïde , est assez pro-
56o DKfc NARINES
noncée chez le foelus , mais beaucoup moins que le plancher ou la partie inférieure tic ces cavités. Cependant l’état des nerfs olfactifs forme un contraste frappant avec cette disposition générale. Ces nerfs ont un volume souvent proportionnellement plus grand que les optiques, ou toujours au moins égal ; ce qui ne se trouve nullement en rapport avec l’état des organes auxquels ils vont se rendre , et des fonctions auxquelles ils concourent. Pourquoi ces nerfs ne suivent-ils pas , comme les artères de la partie , la proportion du développement ? pourquoi l’olfactif n’est-il pas plus petit que l’optique , comme les narines sont moins développées que l’œil? Je l’ignore ; niais j’observe seulement que par-tout le système nerveux de la vie animale nous offre la
même disposition. 11 est indépendant , par son volume , de l’accroissement des parties où il se rend ; tandis que les artères sont constamment, par le leur, dans la dépendance des organes quelles arrosent.
D’après l’état des organes de l’odorat chez le fœtus , on voit que cette fonction est peu développée au moment de la naissance , et pendant long-temps peu exercée. L’expression de la face propre à l’enfance dépend surtout du défaut des sinus. C’est aussi principalement le développement de ces cavités qui doit être remarqué après la naissance. Elles ne sont pas toutes alors dans le même état : déjà l’on trouve quelques tracés du sinus maxillaire et des cellules etbmoïdales , qu’on n’en rencontre aucune des sinus frontaux et sphénoïdaux. Le maxillaire n’augmente point d’une manière sensible avant l’éruption des dents. Son développement coïncide avec le leur ;
et de leurs dépendances. 56 î
mais celui de ce sinus se fait très-lentement , tandis qne celui des dents est rapide. De là la lenteur avec laquelle l’expression générale de la face change ; tandis que ce changement seroit très-prompt s’il suivoit exactement l’éruption des dents.
Les sinus frontaux et les sphénoïdaux ne paroissent qu’après les maxillaires , et lorsque les dents sont sorties. On n’en trouve aucun vestige jusqu’à une époque assez éloignée de la naissance.
En comparant la marche toujours, lente et graduée du développement des sinus , avec le changement souvent brusqué et rapide de la voix à l’époque de la puberté ; en remarquant surtout que ces sinus restent chez les eunuques comme chez les autres individus tandis que leur voix devient très-différente à l’époque de la castration , on se convaincra que l’absence de ces cavités a peu d’influence sur le timbre vocal particulier à l’enfance , que leur développement ne concourt que peu à celui que prend la voix de l’adulte , et qu’ elles ne jouent, sous ce double rapport, qu’un rôle très-secondaire.
Tant que les sinus n’existent pas , il n’y a aucun vesligede la portion membraneuse qui doit les tapisser. On conçoit assez bien comment la nutrition produit la formation de leur cavité, par l’absorption de la substance osseuse qui en occupoit la place. Mais comment une membrane qui n’exisloit pas et dont il n’y avoit aucun rudiment dans l’os se forme-t-elle en même temps que la cavité se creuse ? C’est ce qu’il est impossible d’expliquer ; car ce phénomène se rallie peu à la plupart de ceux que nous montre la nutrition. Dans ceux-ci , nous voyons par-tout l’accroissement
562 des narines et de leurs dépendances.
d’un organe déjà existant, mais non la formation d’un organe nouveau.
§ II. État des organes de V Odorat dans les âges
suie ans.
L’àge adulte n’apporte aucun changement remarquable dans les cavités nasales. Les sinus vont toujours en s’agrandissant à mesure que l’on avance en âge. Chez le vieillard, leur amplitude est considérable. La pituitaire perd à cet âge sa rougeur et augmente en densité ; elle devient moins sensible, soit que l’action du nerf olfactif diminue, soit que l’habitude .ait usé sa sensibilité. Cependant je ferai ici une remarque qui me paroît de quelque importance : c’est que tandis que les surdités et les cécités séniles sont très-fréquentes, la perte du goût et celle de l’odorat sont très-rares chez le vieillard. Pourquoi ? Sans doute parce que ces deux sens sont spécialement liés à la vie organique , indépendamment dé leur connexion avec la vie animale : or , la première est , comme je l’ai montré ailleurs, presque la seule qui reste au vieillard. Quand ses rapports avec ce qui l'entoure sont déjà détruits, il digère encore, et trouve du plaisir à pourvoir aux besoins de cette fonction; elle est, ainsi que les autres organiques, une des dernières qui l’abandonnent.* Or, les sens qui lui sont spécialement relatifs dévoient suivre la meme loi.
DE LA BOUCHE
Le goût commence les fonctions digestives, et il est en même temps un de nos moyens de communication avec les corps extérieurs. Son organe spécial est la langue ; mais il paroît que diverses parties de la bouche peuvent aussi y concourir un peu. Cette considération, les rapports nombreux de fonctions que la langue entretient avec les divers organes de celte cavité, la place qu’elle y occupe , tout m’engage , en exposant les agens du goût , à décrire la bouche en totalité, quoiqu’en bien des endroits elle soit étrangère à ce sens : car comme je l’ai observé , la nature ne s’astreint à aucune division rigoureuse ) elle réunit différentes fonctions sur le même organe, et il faut presque toujours, en adoptant une classification quelconque, y rencontrer quelques exceptions.
ARTICLE PREMIER
De la Bouche considérée en général.
§ Ier. Conformation générale.
La bouche occupe le bas de la face. Elle est circonscrite en devant par les lèvres, en arrière par le voile du palais et par le pharynx, en haut par la voûte palatine, en bas par la langue et par la membrane de la bouche, sur les côtés par les joues. Sa direction
564 13 E LA BOUCHE
horizontale se rapporte chez l’homme à la station hipède, et prouve, comme tant d’autres parties de sa disposition organique, sa destination pour cette attitude. En effet, dans la station quadrupède, la houche seroit perpendiculaire au sol , et y réponclroit par son ouverture faciale, ce qui gêneroit ses fonctions ; tandis que chez l’animal à qui celte position est naturelle ,’ la même cavité a une direction oblique, à cause* de l’inclinaison générale de la tête, inclinaison dépendante des condyles de l’occipital.
La grandeur de la houche doit être considérée suivant ses divers diamètres. Le perpendiculaire est impossible à estimer. Presque nul dans l’état d’occlusion complète, où la cavitç est à-peu-près remplie par la langue , il augmente plus ou .moins suivant le degré d’ouverture. Celui d’avant en arrière est plus fixe ; il a une étendue en partie constante, et déterminée par la longueur de la voûte palatine , mais qui cependant peut être augmentée par les mouvemens dont les lèvres et le voile du palais sont susceptibles. Le transverse , mesuré par l’écartement des joues , peut varier selon les degrés de cet écartement ; mais il est toujours déterminé dans une partie de son étendue par la largeur de la voûte palatine. Ces deux derniers diamètres sont peu différens l’un de l’autre pour l’étendue , ce qui concourt beaucoup à donner à la face l’expression qui la caractérise chez l’homme. Chez la plupart des animaux , au contraire, le diamètre d’avant en arrière prédomine toujours , ce qui tient à la longueur de la voûte palatine, déterminée elle-même par l’étendue plus grande des cavités nasales, et correspondante à celle de la mâchoire in-
férieure. Tous ces diamètres varient chez les divers individus. Souvent la constitution organique cause ces variétés: ainsi la face est tantôt aplatie, tantôt allongée en devant ou transversalement , ce qui dépend beaucoup de l’état des portions osseuses qui entourent la bouche , quoique l’état des parties molles , et surtout le volume des lèvres et des joues, y concoure sensiblement. On n’aperçoit entre la stature et la bouche aucun rapport direct de grandeur ; rien n’est même plus fréquent que d’observer une face et -une bouche très-grandes chez un sujet de fort petite taille la plupart des nains en sont la preuve. Mais , d’un autre côté , celte raison inverse est loin d’être constante. Les variétés de la bouche dépendantes de la disposition des parties osseuses restent toujours les mêmes ; celles cpti tiennent à l’état des parties molles peuvent changer suivant l’embonpoint , la maigreur , ou d’autres causes analogues. Une remarque bien importante , au sujet des premières , c’est que l’étendue des cavités osseuses qui logent chez l’homme , les organes de l’odorat et du goût , est toujours en rapport inverse avec l’étendue de la cavité du crâne , et par conséquent avec le volume du cerveau.. Au contraire , dans les variétés qui nous occupent, la grandeur du cerveau et du crâne est en rapport direct avec celle des cavités et des organes de la vue et de l’ouïe , qui sont les sens de l’intelligence.. Quand les cavités nasales et orale s’allongent , lacérébrale se rétrécit : c’est l’angle facial qui , comme je l’ai dit ailleurs , mesure ce » rapport inverse. Cette observation mérite d’être placée à côté d’une autre que j ai laite plus haut, et où j’ai montré que
DE LA BOUCITE
]e développement des organes de ces deux derniers sens suit toujours la même proportion que celui du cerveau , tandis que celui des organes du goût et de l’odorat n’est point dans le même rapport.
La forme de la bouche est à-peu-près ovale. Elle est de terminée en devant par la mâchoire inférieure, dont le milieu est arrondi ; en arrière, par le voile du palais qui, vu antérieurement, paroît aussi un peu arrondi et concave , à cause de la fixité que lui donnent latéralement ses piliers , tandis que son milieu, très-mobile, se déjette un peu postérieurement.
Des parties communes et des parties propres entrent dans la structure de la bouche. Une membrane muqueuse forme la partie commune. Les lèvres , la langue , le voile du palais , etc. , etc. , forment les
parties propres.
§ II. De la Membrane muqueuse de la Bouche
en général.
Cette membrane , considérée dans sa disposition extérieure, recouvre les diverses parties de la bouche à la manière des membranes séreuses sauf la différence de sa continuité avec la peau , et par conséquent de son ouverture antérieure. Il faut donc pour la décrire la prendre à un point déterminé , et ia suivre dans son trajet. En la supposant partir du rebord libre de la lèvre inférieure , on voit qu’elle tapisse d’abord cette lèvre en arrière , qu’elle se réfléchit ensuite sur le corps delà mâchoire , et y forme à l’endroit de la symphyse un petit repli plus marqué
ET DK SES DEPENDANCES* ,5Gy
en bas qu’en haut où il se perd insensiblement sur la lèvre , et qu’on nomme le frein . Elle remonte ensuite jusqu’au niveau des dents ; et parvenue auprès de leurs alvéoles, elle envoie dans chacune un prolongement qui la recouvre et affermit 1 implantation des racines dentaires , ou plutôt elle se continue a\ec la membrane du follicule alvéolaire dont la lame interne reste interposée à la dent et aux parois de l’alvéole ,. comme je l’ai démontré dans Y Anatomie générale. Dans les espaces inter-alvéolaires , cette membrane recouvre simplement le rebord de la mâchoire. Prolongée sur la surface postérieure du corps de cet os, elle y forme, au niveau de la symphyse, un second repli plus ou moins étendu , en recouvrant l’attache des génio-glosses. Ce repli se nomme le frein de la langue , parce qu’il appartient à cet organe et borne ses mouvemens , quelquefois même les gêne assez pour empêcher la prononciation et la succion*' Fixé assez solidement à l’os , ainsi que le précédent , il se prolonge sur la surface inférieure de la langue jusque près de sa pointe. Sur les côtés, cette membrane muqueuse tapisse deux saillies plus on moins considérables , que forment au-dessous de la partie antérieure dé la langue les glandes sublinguales avec les conduits excréteurs desquelles elle se continue; ensuite elle se déploie sur le devant de la surface inférieure de la langue, et remonte sur ses bords pour s’étendre sur sa surface supérieure jusqu’à sa base, où elle se continue au milieu avec celle qui revêt Fépiglotte , en formant les trois replis dont j’ai parlé en traitant de ce fibro-cartilage ; sur les côtés avec celle do plvarynx.
D E I, A BOUCHE
Tel est en bas le trajet de la membrane de la bouche ; voici celui qu’elle parcourt en haut : si on la reprend au bord libre de la lèvre supérieure , on voit qu’en recouvrant cette lèvre en arrière, elle forme entr’elle et l’union des os maxillaires un repli ou frein qui , assez adhérent à ces os par sa partie supérieure qui est très-sensible, se prolonge ensuite en se perdant insensiblement sur la lèvre supérieure. De là cette membrane se réfléchit sur ces os jusqu’au rebord alvéolaire supérieur , sur lequel elle se comporta comme sur l’inférieur , pour aller recouvrir la voûte palatine dont elle bouche le trou antérieur et les deux trous postérieurs qui transmettent à sa surface externe des vaisseaux et des nerfs, et plus en arrière la surface intérieure du voile du palais , sur le bord libre duquel elle se continue avec la pituitaire.
Enfin la même membrane, reprise à la commissure ou à la réunion dès lèvres, va tapisser les joues, au milieu desquelles elle s’enfonce dans le conduit de Sténon , qu’elle revêt dans toute son étendue , ou plutôt avec la membrane duquel elle se continue, Ensuite elle se porte sur les branches de la mâchoire en formant un repli perpendiculaire au niveau de leur bord antérieur ; et parvenue sur les côtés du voile du palais , elle se replie de nouveau deux fois presque perpendiculairement , pour former par ces deux replis les piliers de ce voile , et se continuer ensuite avec la membrane pharyngienne.
En haut et en bas, cette membrane forme , en se réfléchissant des lèvres sur les gencives , deux espèces de culs-de-sac, coupés chacun au milieu par le hein
E T* DE S ES DÉPENDANCES. 56f)
cle la lèvre correspondante , et embrassant le contour des deux mâchoires.
La structure de la membrane muqueuse de la bouche est analogue à celle des autres de même genre qui tapissent les cavités intérieures. Mais elle offre plusieurs variétés suivant chacun des organes de la bouche sur lesquels elle se déploie. Ces variétés seront indiquées quand nous traiterons clc chaque organe en particulier. Je remarquerai seulement iei qu’un caractère général d’organisation de cette membrane est de présenter presque par-tout une grande quantité de glandes muqueuses, lesquelles sont très-grosses et tellement rapprochées en certains endroits , qu’elles forment véritablement une couche distincte , comme au voile du palais , à la voûte palatine , etc. Celte disposition générale, sur laquelle je reviendrai en détail, est d’autant plus frappante pour le médecin, que la membrane de la bouche est moins sujette aux catarrhes que bien d’autres où ces glandes muqueuses sont à peine sensibles, comme la pituitaire, la bronchiale, etc. Outre ce caractère général d’organisation , la membrane de la bouche en offre un autre qui du reste est commun à presque toutes les origines du système muqueux : c’est d’avoir un épiderme extrêmement distinct. Les excoriations des lèv res , de la langue , des joues , du palais , etc. , l’immersion dans l’eau bouillante , l’approche d’un feu vif et la macération prouvent incontestablement ce caractère organique , qui s’affoiblit peu à peu et disparoît à mesure* qu’on s’enfonce dans la profondeur des surfaces muqueuses.
CE LA SOUCHE
article deuxième.
Des Lèvres et de l} Ouverture faciale de la
Bouche .
On peut considérer dans la bouche six régions ou parois, 1 une anterieure, l’autre postérieure, deux latérales , une supérieure et une inférieure. A chacune de ces régions se rapportent différens objets , qui sont , i°. en devant , l’ouverture antérieure de la bouche , et les lèvres qui la bornent ; 2°. en arrière , son ouverture postérieure , surmontée par le voile du palais ; 5°. sur les côtés, les joues; 4°haut , le palais ; 5°. en bas , la langue , organe spé-< cial du goût.
§ Ier. Des Lèvres. Conformation.
Deux voiles mobiles terminent la bouche en devant : ce sont les lèvres , organes destinés nonseulement à former la face , mais encore à concourir utilement , par leurs mouvemens , soit à la préhension des alimens , soit à la prononciation des sons , soit enfin à l’expression générale de la face. Placées au-devant de l’une et l’autre mâchoires, elles ont une épaisseur fort variable suivant les peuples et les individus. Très-volumineuses chez les nègres , surtout près de leur bord libre , elles forment deux plans obliques qui, se réunissant à l'ouverture de la bouche, se trouvent là presque au niveau avec le sommet du nez. Chez les blancs, elles sont beaucoup plus minces et leur direction est plus droite. Mais il est impossible de fixer toutes les nuances de conforma-
ET DE SES DÉPENDANCES. 5jl
tion quelles présentent dans les divers sujets. Le peintre s’attache spécialement à les remarquer , parce quelles influent beaucoup sur les traits de la physionomie.
La lèvre supérieure, un peu plus saillante que l’autre pour l’ordinaire , soit par sa structure propre , soit par la conformation des os maxillaires plus saillans eux-mêmes , offre en devant et au milieu une rainure qui répond à la ligne médiane. Cette rainure ou dépression, assez large et variable en étendue, dépend de l’adhérence plus forte que contracte di&s cet endroit la peau avec les muscles auxquels un tissu cellulaire dense l’unit. En arrière , cette lèvre est recouverte par la membrane muqueuse, qui y forme au milieu le repli triangulaire dont nous avons parlé.
La lèvre inférieure présente en devant et sur la ligne médiane une légère saillie disposée verticalement comme la dépression de l’autre. Un enfoncement transversal assez étendu la sépare d’avec le menton. En arrière , cette lèvre est recouverte par la membrane muqueuse , qui lui forme aussi un frein triangulaire comme je l’ai dit, et qui est beaucoup plus court que l’autre. On voit par l’endroit où la membrane la quitte pour se porter sur la mâchoire, que celte lèvre , plus courte que la précédente , monte bien moins haut que celle-ci ne descend bas. Cependant la différence n’est pas si sensible qu’entre les deux paupières.
Les lèvres se réunissent de chaque côté par deux angles aigus que l’on nomme commissures . Une dépression légère marque ce point de réunion. Aucun tissu fibreux 11e fortifie ces commissures > qui sont
5^2 DE LA BOUCHE
entièrement musculeuses , de là la facilite' de leur élargissement ; tandis qu’aux commissures palpébrales une substance cartilagineuse d’un côté , un tissu fibreux de l’autre , empêchent toute dilatation , au moins subite , comme celle qui arrive à la bouche. Les usages respectifs des deux ouvertures indiquent la raison de celle différence. C’est sans doute à cause d’elle qu’il existe aux lèvres des muscles dilatateurs , tandis qu’aux paupières on n’en trouve point.
Leg|ebord libre des lèvres, qui est le point de continuité entre la peau et la membrane muqueuse , est plus ou moins épais, plus ou moins saillant et renversé en dehors : d’où il résulte que cette membrane y est tantôt fort apparente dans l’occlusion la plus complète , tantôt ne présente qu’une ligne rouge dans la même circonstance. Plusieurs rides dirigées selon l’épaisseur de la lèvre pàroissent ici sur cette membrane, et sont l’effet naturel du resserrement dont l’ouverture de la bouche est Je siège fréquent. L’épiderme est très-prononcé sur cette partie membraneuse , et souvent l’action du froid ou toute autre cause le fait soulever par desquamation. Aucune des origines du système muqueux ne présente ce fait d’une manière aussi marquée. C’est toujours le rebord libre de la lèvre inférieure qui fait le plus de saillie en dehors, ce qui tient à la dépression transversale très-marquée qu’on trouve entre cette lèvre et le menton.
Organisation des Lèvres.
Couche dermoïde. La structure des lèvres présente plusieurs couches distinctes. La première, der-
moïde , remarquable pas sa ténuité , l’est aussi par les poils qui la recouvrent en plus ou moins grande quantité, et qui y forment la barbe. Ces poils multipliés , .surtout à la lèvre supérieure qu’ils recouvrent en entier, y composent deux rangées obliques réunies à angle au-dessous du nez, et prolongées jusqu’aux commissures. Peu nombreux à la lèvre inférieure, ils en occupent principalement la partie moyenne. J’ai fait remarquer dans Y Anatomie générale , que la barbe est, dans l’espèce humaine, l’attribut caractéristique du mâle, et que, sous ce rapport, elle mérite plus que toutes les autres parties du système pileux l’attention des physiologistes.
Couche musculaire. Au-dessous de la couche dermoïde on trouve la musculaire réunie à la première par un tissu cellulaire dans lequel peu de graisse s’amasse. Formée en grande partie parle muscle orbiculaire , elle l’est encore en haut par les releveurs communs , les releveurs propres , les petits zygomatiques et le labial-nasal ; en bas par les deux abaisseurs de la lèvre inférieure. Aux commissures cette couche , plus épaisse , ge compose spécialement* des buccinateurs , des abaisseurs de l’angle , des canins et des grands zygomatiques.
Couche muqueuse. Subjacentc à la musculaire, celle-ci en est séparée par une multitude de glandes muqueuses très-volumineuses, arrondies, et saillantes le plus souvent au travers de la membrane sur laquelle s’ouvrent les orifices de leurs conduits excréteurs. Cette portion de membrane de la bouche est remarquable par sa rougeur, moindre cependant que «elle de la pituitaire , par le petit nombre de papilles
DE L A BOUCHE
qu’on y voit, par l’épiderme qui y resté encore trèsdistinct , par le peu d’épaisseur de son corion , etc. Le défaut ou la petite quantité de graisse du tissu cellulaire sous-cutané des levres détermine l’uniformilé d’épaisseur qu’on trouve presque toujours aux lèvres , lesquelles ne changent presque pas , quel que soit l’embonpoint où la maigreur du sujet.
§ II. De l Ouverture faciale de Ici Bouche.
L’ouverture faciale de la bouche résulte de l’intervalle qui sépare les deux lèvres. Sa direction est transversale. Elle varie en grandeur dans ses mouvemenS , en sorte qu’il peut y avoir . une différence dé plus du double depuis son état ordinaire jusqu’à sa plus grande dilatation. Latéralement, elle s’agrandit des deux côtés ; dans le sens perpendiculaire , ce n’est que par l’abaissement de la mâchoire inférieure. La mastication et la production des sons sont les causes principales de son élargissement. Elle peut se .rétrécir au point de n’offrir qu’une petite saillie ovalaire dont les bords sonfalors ridés et dé jetés en devant. Aucune ouverture extérieure n’est susceptible d’un plus grand nombre de mouvemens : aussi aucune n’a un aussi grand nombre de muscles qui viennent s’y rendre , de ceux surtout qui peuvent dilater.
Indépendamment de ces variétés, qui tiennent aux mouvemens , il en est d’autres qui dépendent de la conformation. L’ouverture de la bouche est naturellement plus ou moins rétrécie. La différence peut être , dans les divers individus , de plus d’un tiers ,
L’écartement transversal ou perpendiculaire quelle est susceptible d’acquérir est subordonné à cette disposition primitive.
Nous attachons beaucoup de prix à une petite .bouche , comme à un petit pied , tandis qu’une large ouverture des paupières, propre à faire ressortir les yeux, nous flatte. Mais ici il y a plus un goût de convention et d usage , qu’un goût fondé sur le beau absolu. Ce qui le prouve , c’est qu’il varie chez les divers peuples , et que dans les ouvertures ou dans les parties extérieures saillantes , telle disposition plaît aux uns qui est choquante pour les autres. Le beau absolu est loin de tous les extrêmes ; d’ailleurs , comme je l’ai dit en parlant du nez, ce n’est point dans une partie isolée qu’il réside , c’est dans l’ensemble , c’est dans la justesse des proportions. 11 est telle figure où une petite bouche seroit déplacée. La mode a étendu son empire de nos costumes à notre habitude extérieure elle-même. Nous nous sommes créé , sous ce rapport, un beau relatif. Qui ne sait qu’indépendamment du goût personnel , telle coupe de physionomie plaît généralement à une époque, et ne pique plus à une autre ; c’est comme la teinte des cheveux. Or , parmi ces variétés sans nombre du beau relatif , variétés qui portent sur le nez, la bouche, les yeux , les mains, les pieds , les oreilles , etc. , dans les divers peuples et dans les divers âges , le beau absolu reste invariable ; il nous frappe par-tout où nous le trouvons. Chez tous les peuples , dans tous les âges , quelle que soit 1 influence de 1 opinion dominante sur le beau relatif, l’Apollon, la Vénus, etc. seront toujours indépendans de celle opinion.
U E LA BOUCHE
ARTICLE TROISIÈME
Du Voile du palais , et de V Ouverture pharyngienne de la Bouche.
La Louche est bornée f postérieurement par le voile du palais , organe presque analogue aux lèvres pour la structure , de forme à-peu-près quadrilatère , et étendu depuis la voûte palatine jusqu’au-dessus de l’ouverture pharyngienne de la bouche , qui le sépare de la base de la langue.
§ Ier. Du Voile du palais. Conformation.
Ce voile offre deux surfaces, l’une antérieure, l’autre postérieure ; quatre bords, deux latéraux, l'un supérieur., l’autre inférieur. En devant , on voit , sur la ligne médiane , une saillie longitudinale dépendante du releveur de la luette. En arrière , sa surface n’en présente aucune sensible , et- n’a rien de remarquable. En haut , il est fixé au bord de la voûte palatine , et présente beaucoup d’épaisseur. En bas , il est libre et flottant dans fouverture du pharynx. Une saillie moyenne , que l’on nomme la luette , divise ce bord libre surla ligne médiane. Cette saillie est àpeu-près conique , plus ou moins allongée , suivant les contractions de son releveur , et quelquefois d un volume très-considérable dans ses engorgemens. Sur ses côtés , le bord inférieur du voile du palais forme deux espèces d’échancrures qui dépendent surtout de sa présence. Les bords latéraux de ce voila
ET DE SES DÉPENDANCES. Sj'j
se continuent avec la langue et avec le pharynx par deux replis membraneux et musculeux , que l’on nomme ses piliers. Tous deux sont réunis à leur origine • mais ils s’écartent en descendant, en sorte que
l’antérieur, obliquement dirigé, vient se terminer sur les côtés de la base de la langue, et que le postérieur, presque perpendiculaire , va se perdre sur les côtés du pharynx. Un espace triangulaire résulte de leur éloignement , et contient la glande amygdale.
Organisation du Voile du Palais.
Couche muqueuse. Une double surface muqueuse enveloppe le voile du palais. Elle est formée en devant par la membrane palatine, en arrière par la pituitaire. Toutes deux se réunissent sur son bord inférieur et sur la luette ; mais chacune conserve encore son caractère propre. La portion palatine offre une rougeur moins marquée : ce qui dépend du moindre développement de son système Gupillaire , ou plutôt de la moindre quantité de sang qui y stagne habituellement ; car , dans certaines angines , cette rougeur devient très-grande. Des glandes multipliées sont subjacentes à cette portion , et forment réellement une couche particulière entr’elle et les muscles. Cette couche est remarquable par son épaisseur, qui est plus grande que celle de la couche glanduleuse de la surface interne des joues , avec laquelle elle se continue , et qui concourt beaucoup à donner de l’épaisseur au voile du palais. Celte épaisseur est double au moins de celle de la surface muqueuse : elle égale celle de la couche musculaire. Quand on
5jS ne la loucïik
la met à découvert , les grains glanduleux deviennent très-apparens ; de petits intervalles cellulaires les séparent -, ils sont jaunâtres j leurs orifices excréteurs sont peu sensibles ; et, à cet égard, je remarque que ce peu d’apparence contraste avec l’apparence des excréteurs de la pituitaire, dont les glandes sont à peine sensibles.
La portion pituitaire de la membrane muqueuse du voile du palais est plus rouge ; le système capillaire y est très-prononcé ; elle est plus sujette aux hémorrhagies ; on y voit beaucoup moins de glandes muqueuses qu’en devant. Dans plusieurs angines , où le devant du voile du palais étoit très-enflammé , j’ai trouvé sa partie postérieure intacte : l’inflammation *e bornoit au bord inférieur. On doit remarquer que la disposition des glandes muqueuses sur le voile du palais se trouve en rapport avec la déglutition. C’est, en effet , la portion palatine que les alimens louchent toujours lorsqu’ils soulèvent Je voile pour traverser l’isthme du gosier. Une plus grande quantité de fluide muqueux étoit donc nécessaire dans ce sens pour favoriser leur passage. La luette est entourée de ces glandes. La surface muqueuse du voile du palais est une des parties de la bouche qui jouissent de la sensibilité la plus marquée. Cette propriété est encore plus apparente à la luette , destinée pour ainsi dire à reconnoître la nature des alimens avant que la déglutition s’en opère , et à exciter , par ses rapports sympathiques , un soulèvement des organes gastriques, quand ils ne sont point suffisamment imprégnés de salive.
Couche musculaire. Au-dessous de l’enveJoppe muqueuse , on trouve la couche musculaire , formée
ET DE SÈS DÉPENDANCES. SÿC)
dans le milieu par le releveur de la luette , sur les côtés par les deux péristaphylins internes , qui s’épanouissent dans le voile. Dans l'épaisseur du pilier antérieur se trouve le glosso-staphylin ; le pharyngostaphylin occupe le pilier postérieur ; tous les deux , en s’épanouissant dans le voile , augmentent la couche musculaire.
Couche fibreuse. Les péristaphylins internes , immédiatement subjacens à la portion pituitaire de la couche muqueuse , sont séparés de la portion palatine par une couche fibreuse, résultant de l’épanouissement aponévrotique que les deux péristaphylins externes forment après leur réflexion. Celte couche fibreuse, peu dense, mais à fibres distinctes, se fixé au bord de la voûte palatine , forme la portion fixe du voile du palais , dans lequel elle est remarquable jusqu’à la moitié de son étendue de haut en bas. C’est par conséquent dans le premier sens que le voile du palais a la structure la plus solide.
§ II. Ouverture -pharyngienne de la Bouche .
. L’ouverture pharyngienne de la bouche a une forme à-peu-près quadrilatère. Bornée en haut par la voûte palatine durant la déglutition , elle l’est par le voile lorsque celui-ci est abaissé. Sur les côtés , les piliers de ce voile et la glande amygdale la terminent. En bas , la base de la langue lui correspond ; mais comme cet organe peut se porter plus ou moins en arrière , souvent c’est son milieu qui se trouve audessous de l’ouverture. La grandeur de celle-ci n’est jamais comparable à celle de l’ouverture faciale , et
DE LA BOUCHE
aucun mouvement ne peut la porter au même degré de dilatation , surtout sur les côtés , où les apophyses ptérygoïdes forment deux barrières immobiles , qui contrastent avec la dilatabilité des commissures de l’ouverture faciale. L’étendue de haut en bas est plus sujette à varier, soit à cause du voile , soit à cause de la base de la langue. J’observe cependant que l'augmentation que peut acquérir dans ce sens l’ouverture pharyngienne est moindre qu’il ne le semble d’abord : car il est rare que le voile s’élève pendant que la base s’abaisse ; l’un et l’autre descendent ou montent presque toujours en même temps , en sorte que l’ouverture reste à-peu-près la même. Le vomissement est peut-être le cas où la dilatation est la plus grande. 11 résulte de ce que je viens de dire , que les alimens susceptibles d’être introduits sous une masse assez considérable par l’ouverture faciale ne peuvent être que graduellement transmis par la pharyngienne. Le rétrécissement de cette ouverture se fait , de haut en bas par l’élévation de la base de la langue ou par l’abaissement du voile du palais , et transversalement par la contraction verticale des piliers , quand ils élèvent la base de la langue. Il y * celte différence entre le mode d’action qui augmente verticalement l’ouverture faciale, et celui qui agrandit la pharyngienne , qu’ici les bords supérieurs et inférieurs de l’ouverture concourent activement à cet agrandissement , tandis que dans l’autre c’est seulement la partie inférieure qui se meut pour le procurer , la partie supérieure restant immobile.
§ III. Des Glandes Amygdales .
Les amygdales occupent l’intervalle des deux piliers du voile du palais , bornées en haut par la réunion de ces piliers, en bas par la base de la langue, où elles paroissent continues avec les glandes muqueuses de cet organe , en devant par le glosso-staphylin , en arrière par le pharyngo-staphylin. Leur figure trèsvariable présente un corps plus étendu suivant son diamètre vertical que dans tout autre sens; ce qui les a fait comparer à une amande. On trouve ces glandes divisées en plusieurs lobes , qui sont tantôt continus, tantôt séparés les uns des autres. Leur couleur est grisâtre , leur tissu pulpeux , mou et analogue à celui des glandes muqueuses de la langue. Leur disposition extérieure et intérieure mérite une attention particulière : en effet , aucune glande n’en présente de semblable. Les auteurs n’ont point exactement indiqué celte disposition. En examinant ces glandes du côté de l’ouverture pharyngienne de la bouche , on voit sur leur surface externe diverses petites ouvertures qui conduisent dans de petites cavités disposées en forme de cellules, et qui occupent l’épaisseur de la glande du côté interne. Ces cellules soûl plus marquées Supérieurement, et varient pour la forme et pour la disposition. Tantôt elles sont entièrement isolées, tantôt et le plus souvent elles communiquent par diverses ouvertures , en sorte qu’en cet endroit la glande paroit etre comme areolaire. La membrane de la bouche tapisse ces cellules ainsi que les proïongemens qui les séparent , lesquels appartiennent au tissu
582 DE LA BOUCHE
même de la glande. Elle s’y introduit par les orifices extérieurs dont nous parlions tout-à-l’heure. Ces cellules doivent être considérées comme des réservoirs où le fluide de l’amygdale séjourne quelque temps avant de s’écouler dans le pharynx. Dans leur fond s’ouvrent les conduits excréteurs, tandis que d’un, autre côté elles communiquent avec la bouche par les orifices extérieurs. Pour les bien voir, il faut porter dans ces orifices une sonde à panaris , et inciser dessus avec le scalpel. Quand on est arrivé dans l’une, on cherche un orifice qui mène dans la voisine , et ainsi successivement. Dans certains sujets , elles sont extrêmement apparentes ; dans d’autres , on les distingue moins bien , vu leur affaissement sur elles-mêmes ; mais elles n’en existent pas moins. On peut habituellement en faire sortir le fluide par pression. Dans les angines tonsillaires , ce fluide s’épaississant souvent beaucoup reste dans ces cellules , y forme une fausse membrane, qui paroît à l’extérieur par les orifices dont j’ai parlé , et dont les prolongemens font paroître la glande plus ou moins blanche. Cette fausse membrane ne s’enlève qu’avec difficulté et successivement, parce que ses diverses parties se tenant toutes dans ces cellules n’en sortent qu’avec peine.
On ignore la nature du fluide fourni par l’amygdale. Il paroît être très-analogue et même identique aux fluides muqueux. Il se sépare en plus grande quantité à l’instant du passage des alimens par l’isthme du gosier.
ARTICLE QUATRIÈME
Des Joues.
§ Ier. Conformation et Organisation.
Les joues , situées sur. les côtés de la face , irrégulières dans leur forme, variables en grandeur suivant les individus , ne forment point un organe particulier et distinct , .mais résultent de la réunion de plusieurs tissus qui se trouvent appliqués les uns sur les autres. En dehors , elles n’ont point de limites précises. Celles qu’on leur assigne ordinairement dans ce sens sont en haut la pommette , en bas la hase de la mâchoire inférieure , en avant la commissure des lèvres, en arrière la saillie du masseter. Du côté de la bouche , au contraire , elles sont bornées exactement en haut et en bas par le repli de la membrane muqueuse , qui les abandonne pour se porter sur les os maxillaires, en arrière par les piliers du voile du palais, en devant par la partie interne de la commissure.
L’épaisseur des joues, très-variable, comme l’on sait, dépend presqu’entièrement de la graisse qui y est accumulée, et qui, plus ou moins abondante, sépare, par un plus ou moins grand intervalle, la bouche de l’extérieur de la face.
L’organisation des joues nous offre une couche dermoïde , une musculaire et une muqueuse.
Couche dermoide. Elle est plus fine dans sa structure que la plupart des autres parties de la peau. Peu recouverte de pods , dont elle est même totalement dépourvue dans son milieu , elle est remarquable en
584 de la bouche
cct endroit par son système capillaire, qui est plus prononce que dans les autres parties de la face , et où, dans l’état de santé et dans la jeunesse, il y a habituellement une assez grande quantité de sang. Ce fluide est susceptible d’ètre augmenté ou diminué accidentellement, en sorte que par là le système capillaire facial devient un moyen involontaire d’expr ession pour les affections de 1 ame, soit que , comme dans les passions gaies, comme encore dans la colère, la fureur, etc., son engorgement momentané produise la rougeur vive par laquelle les joues se distinguent alors des autres régions de la face , qui cependant acquièrent aussi un peu cette couleur, soit que, comme dans les affections tristes, il survienne une pâleur plus ou moins subite. On sait que le système capillaire facial joue un grand rôle dans les maladies, soit en se pénétrant de plus de sang, soit en se vidant de ce fluide. Il est remarquable par l’extrême facilité avec laquelle les injections le pénètrent sur le cadavre : pour peu que nos injections grossières aient bien réussi chez les enf’ans , il noircit entièrement. Pourquoi ce système se remplit-il spécialement de sang clans les affections du poumon, comme on le voit dans la phthisie , dans la péripneumonie, etc. , tandis que, dans les maladies du cœur , ce sont plutôt les capillaires des lèvres, du bout du nez, qui se colorent è Je l’ignore. Ce système capillaire est uniquement cutané; au-dessous les couches suivantes ne reçoivent pas plus de sang.
Couche musculaire. Au-dessous des légumens, on trouve une couche musculaire externe, si l’on peut donner ce nom au grand zygomatique, seul muscle superficiel absolument propre à la joue, et au mas-
seler, qui concourt un peu à la former en arrière. Beaucoup de graisse est subjacente au grand zygomatique. Cette graisse est d’autant plus abondante -et plus molle qu’on approche davantage du buccinateur. Sa couleur est jaunâtre auprès de ce muscle. Un tissu cellulaire fort lâche la contient. Elle favorise beaucoup les mouvemens du buccinateur et des autres muscles voisins, et concourt à augmenter l’étendue du diamètre transversal de la face. Ce tissu cellulaire s’infiltre de sérosité moins souvent que Celui des membres, quoique cela lui arrive quelquefois. L’extrême rapidité avec laquelle la graisse y est absorbée et exhalée, suivant les circonstances, est digne de remarque. L’absorption est l’effet assez prompt de beaucoup de maladies , et une exhalation nouvelle la répare en peu de temps dans la convalescence : aussi c’est toujours sur la face que les maladies portent leur influence principale. Trèssouvent l’on ne peut guère j uger par l’état de celle-ci de l’embonpoint général de l’individu , parce qu’en augmentant ou en diminuant dans cette partie , elle reste la même dans les autres, ou réciproquement. Cette grande quantité de graisse et de tissu cellulaire qui se prolonge aussi un peu sur le grand zygomatique lui-même, lait que, moins adhérente aux muscles subjaoens , la peau se ride moins par sa contraction , que celle des paupières par la contraction du palpébral.
Au-dessous de cette graisse, on trouve la couche musculaire profonde, formée en entier par le muscle buccinateur, qui, recouvert d’abord par la branche maxillaire, puis par de la graisse, devient d’autant
DE LA BOUCHE
plus superficiel qu’on approche davantage de la commissure à laquelle il se termine.
Couche muqueuse. Plus mince que dans les autres parties de la bouche, elle est remarquable par la multitude de glandes placées entr’elle et le buccinaleur : on les nomme glandes buccales. On voit aussi sur cette membrane , près de la troisième dent molaire supérieure , l’orifice du conduit salivaire parotidien, orifice marqué ordinairement par une saillie distincte , un peu blanchâtre, mais . qui quelquefois est peu apparente. Cette membrane ne se ride point autant par le mouvement des joues que par celui des lèvres , parce qu’elle adhère moins fortement au muscle buecinateur qu’aux labiaux.
ARTICLE CINQUIÈME
Du Palais .
§ Ier. Conformation et Organisation.
Le palais compose la paroi supérieure de la bouche sa forme est à-peu-près parabolique, un peu plus étendue en longueur qu’en largeur. La concavité qu'il présente dépend surtout de la saillie du rebord alvéolaire. Horizontal dans l’attitude directe de la tête , il s’incline un- peu en arriére dans les cas les plus ordinaires , parce que la face se dirige presque toujours un peu en haut. Sa structure osseuse le rend absolument immobile par lui-même , ce qui est nécessaire pour offrir à la langue un point d’appui fixe dans les mouvemens de déglutition et d’articulation des sons.
( ET DE SES DÉPENDANCES. 5Sj
Le palais est composé essentiellement de deux parties, l’une . osseuse et l’autre membraneuse.
Portion osseuse. C’est cette portion qui détermine sa forme. 11 faut y distinguer le rebord dentaire et alvéolaire, et la voûte palatine proprement dite. Le rebord dentaire forme une saillie parabolique qui est la limite du palais. On y voit l’ouverture des alvéoles. Il appartient en entier aux os maxillaires supérieurs , et surmonte la rangée des dents qui protège la voûte palatine. Celle-ci , formép par la portion horizontale des maxillaires et des palatins , inégale dans toute son étendue, a d’autant moins d’épaisseur et plus de largeur qu’on l’ examine plus eu. arrière.
Membrane muqueuse. Elle a une structure différente sur le rebord dentaire et sur la voûte. Celle du rebord dentaire doit être examinée en devant et en arrière de ce rebord, et forme ce qu’on nomme les gencives. On ne peut bien en concevoir la Structure si oir ne remonte tout de suite à l’état du fœtus. Les auteurs n’ont point indiqué exactement dette structure. Chez le fœtus , et avant l’éruption des dents, on trouve le double rebord alvéolaire garni d’un tissu "particulier , dense, fibreux, blanchâtre, très -épais et très -résistant. Ce tissu recouvre les alvéoles et les bouche exactement ^ ainsi que les germes dentaires qu’elles renferment. Il représente une espèce de couche parabolique , étendue sur chaque rebord , en ayant à-peu-près la largeur, et ne se prolongeant presque point, ni du côté de la région faciale des os maxillaires , ni du côté de la région palatine ; en sorte qu’à cet âge
DE L A DOUCHE
le rebord alvéolaire est uniquement tapissé par la membrane de la bouche eu devant et en arrière ; il ' n’y a point de gencives dans ces deux sens ; il n’en existe que sur les alvéoles . Mais lorsque les dents sortent, elles percent ce tissu qui s’oppose à elles, et le forcent de se déjeter antérieurement et postérieurement ; en sorte que dès ce moment il forme devant et derrière les dents les deux bourrelets saillans que nous voyons chez l’adültê , et que nous y nommons les gencives. Quelquefois j’ai vu ce tissu se déjeler uniquement en arrière à l’époque de l’éruption, et alors un nouveau semble se former antérieurement : il paraît même se porter toujours plus dans le premier que dans le second sens. Dans tous les cas , c’est sa perforation par la dent , et non son déplacement , qui excite cette vive douleur qu’éprouvent alors les enfans ; de là aussi les accidens qui surviennent à cette époque. Par-tout où nous voyons des tumeurs ou des excroissances soulever, distendre et rompre même le tissu muqueux , nous n’observons point ces phénomènes terribles qui accompagnent souvent l’éruption. Je suis persuadé que la nature particulière , l’organisation propre , le mode de vitalité distinct de ce tissu , y concourent beaucoup, et que si la seule surface muqueuse de la bouche tapissoit les alvéoles, les enfans n’é prouveraient jamais ces accidens. Cependant , audelà de l’éruption } ce tissu est très-peu sensible ; c’est lui qui forme les espèces de cloisons triangulaires qui séparent les dents à leur racine : or, on ■sait que les dentistes coupent sans presque aucune douleur ces cloisons.' Ce tissu , quoique dur et résistant , est très-susceptible de s’engorger , et même de
ET DE SES DÉPENDANCES. 58ÿ
devenir fongueux; il présente -surtout ce phénomène dans le scorbut. C’est en vertu de son organisation propre que cette portion de surface muqueuse de la bouche reçoit presque exclusivement l’influence de cette maladie, le reste demeurant intact. L’usage du mercure paroît aussi se porter sur elle. Elle adhère intimement à la surface muqueuse , au point de ne pouvoir en être séparée : mais on ne sauroit douter quelle n’en soit distincte ; la simple inspection le prouve, chez le foetus surtout. Elle fortifie les alvéoles , en augmente un peu l’épaisseur , et concourt à fixer les dents en les entourant. On ne trouve -dans son tissu aucune glande. Peu de fluide paroît être rejeté en cet endroit par la surface muqueuse. On y rencontre des vaisseaux sanguins ; le sang se porte dans les capillaires en plus grande quantité dans certains cas , et alors ce tissu saigne avec une extrême facilité.
Sur la voûte palatine , on ne trouve que la membrane muqueuse , plus dense et moins rouge qu’ailleurs. Elle y offre une saillie moyenne plus marquée chez le fœtus que chez l’adulte , et qui est la trace de la ligne médiane. En cet endroit , elle a plus d’épaisseur en devant et près le rebord alvéolaire. Quelques saillies transversales se remarquent aussi souvent. Des glandes muqueuses très-prononcées se trouvent entre l’os et celte membrane muqueuse qui se prolonge sur le tissu des gencives et le recouvre pour se porter ensuite du côté des lèvres. Ces glandes sont d’autant plus nombreuses qu’on les examine plus près du voile. Cette membrane se continue en arrière avec celle.de ce repli ; elle présente sur le palais une adhérence remarquable avec le périoste; elle s’unit intimement
5go de la bouChe
avec lui , et lorme par là une espèce de membrane fibro-nmq ueuse. C’est celte adhérence qui la rend immobile , incapable de glisser sur la surface à laquelle elle appartient ; disposition avantageuse pour servir de point d’appui dans la pression exercée par * la langue sur les ahmens lors de la déglutition. L union de ces deux membranes se fait par des prolongemens détachés de l’une et de l’autre, et entre lesquels restent des intervalles pour recevoir les glandes muqueuses , qui sont très-apparentes , comme je l’ai dit. Dans ces intervalles rampent aussi des vaisseaux et des nerfs très-marqués.
ARTICLE SIXIÈME
De la Langue et de ses dépendances.
La langue , organe essentiel au goût , ne lui appartient pas en totalité ,• sa partie supérieure seule y concourt. Deux parties doivent être examinées dans cet organe. L’une , située au-dessous de lui , solide et résistante , est destinée à lui donner un point d’appui fixe , et à fournir des attaches à plusieurs des muscles qui la meuvent. Cette partie solide est l’os hyoïde. On 11e peut évidemment l’isoler de la langue dans la description. L’autre partie, molle et presque entièrement musculaire , forme la langue proprement dite.
§ 1er. De l’Os lipoïde .
L’os hyoïde , situé entre la base de la langue et le larynx , offre une forme parabolique, une direction horizontale telle , que ses deux extrémités sont en
ET DE SES DÉPENDANCES. 5gr
arrière et sa convexité en avant. On le divise en corps et en branches.
Corps. Epais , transversalement aplati , et recourbé sur lui-même , il présente en devant une surface oblique , divisée plus ou moins régulièrement par une saillie cruciale , et donnant successivement attache de devant en arrière aux digastriques , stylo-hyoïdiens, mylo-hyoïdiens , génio-byoïdiens et hyo-glosses. En arrière, on y voit une surface concave, un peu inclinée en bas , séparée de l’épiglotte par un tissu jaunâtre et assez dense , et donnant attache , vers sa partie inférieure , à la membrane thyro-hyoïdienne qui embrasse la glande épiglottique. Des deux bords qui terminent ces surfaces , l’un , supérieur , épais , est le point principal d’attache des fibres de l’hyo-glosse qui se prolonge un peu sur les surfaces elles-mêmes; l’autre, inférieur, plus mince, n’oîïre dans le milieu aucune insertion musculaire ; mais en dehors il fournit celle des sterno-hyoïdiens, omoplat-hyoïdiens et thyro-liyoïdiens. Le corps de l’os hyoïde se termine de chaque côté par une facette qui s’unit avec une semblable qu’offre chaque extrémité au moyen d’un cartilage intermédiaire. Ce cartilage ne disparoît que très-tard , et le plus souvent il reste toujours.
Branches. Les branches , ou encore les grandes cornes de l’os hyoïde , sont beaucoup plus longues que le corps. Aplaties en sens inverse , plus larges en devant qu’en arrière , un peu recourbées en dedans , elles donnent attache en haut à 1 hyo-glosse et au constricteur moyen du pharynx ; en bas , à la membrane thyro-hyoïdienne , en
DE LA BOUCHE
dehors à une partie du thyro-hyoïdien et à 1’annean fibreux, du digastrique , quand cet anneau existe. En dedans , la membrane pharyngienne recouvre ses branches.
De leurs deux extrémités, l’une antérieure , plus large, se continue avec le corps, et.se trouve surmontée d’une éminence à-peu-près pyramidale , courte , inclinée en arrière et en haut , communément nommée petite corne de l’hyoïde. Recouverte en avant par l’hyo-glosse, cette éminence donne attache vers sa base à quelques fibres du génio-glosse , et se trouve en cet endroit unie à la portion cartilagineuse qui joint la branche avec le corps de l’os hyoïde , ce qui lui donne une espèce de mobilité. A son sommet , cette éminence est embrassée par le ligament stylo-hyoïdien qui s’y termine. L’extrémité postérieure de l’os hyoïde est libre , et offre un tubercule arrondi auquel se fixe le ligament tliÿrohyoïdien.
L’os hyoïde contient beaucoup de tissu spongieux dans son corps , et moins dans ses branches ; une lame mince de tissu compacte recouvre ce tissu. Cet os se développe par cinq points : un pour le corps, un pour chaque branche , et un pour chacune des éminences qu’on nomme petites cornes. D’abord séparés par une portion cartilagineuse assez large , ces points osseux primitifs se rapprochent peu à lieu de chaque côté , et il ne reste plus enfin enlr’eux que cette lame cartilagineuse mince, qui subsiste le plus communément pendant toute la vie , et qui permet aux trois parties latérales de l’hyoïde une certaine mobilité des unes sur les autres.
ET DE SES DÉPENDANCES. 5ç)5
L’os hyoïde , indépendamment des muscles nombreux qui s’y attachent et qui Je fixent , est retenu encore par divers liens ligamen taux. En bas, la membrane thyro-hyoïdienne et le ligament de même nom l’attachent au larynx, dont ils associent les mouvemens aux siens ; en sorte que cet os est tellement disposé, qu’intermédiaire par sa position à cette cavité et à la langue , il est un centre commun nécessaire aux mouvemens de la totalité de tous deux. Il n’a point de fonctions qui lui soient propres, si je puis parler ainsi ; ce n’est point à lui que sont relatifs les mouvemens qu’il exécute ; il ne se meut que pour faire mouvoir le larynx ou la langue. Outre ces ligamens inférieurs que nous avons décrits en traitant du larynx, il en a un supérieur qui le fixe à la hase du crâne. Il ne tient à la langue que par les fibres musculaires de cet organe , et par un tissu cellulaire particulier dont je vais parler bientôt.
Ligament stylo-hyoïdien. Ce ligament, que nous n’avons point encore décrit, part de l’apophyse styloïde , descend obliquement en avant et en dedans , et vient se fixer aux petites cornes de l’hyoïde. Il est plus ou moins apparent suivant les individus , et se trouve fréquemment parsemé de granulations osseuses plus ou moins considérables. Il joue un rôle important dans les mouvemens du larynx , qu’il empêche de trop se déprimer. En effet , cette cavité ne peut descendre sans entraîner l’os hyoïde : or , celui-ci ne pourroit être retenu par la langue , qui est mobile comme lui; mais ce ligament, qui se fixe à la base du crâne, ne lui permet de céder que jusqu’à un n. 38
î> È LA LOUCHÉ
certain point. On sait que le larynx est susceptible de descendre plus ou moins suivant les divers individus , et que ces variétés de mouvemens coïncident même avec les variétés de la voix. Or, il est probable que la longueur différente de ce ligament est une des causes essentielles qui influent sur ces différences de mouvemens.
§ II. De la Langue.
La langue occupe la partie inférieure de la bouche , bornée en devant par la mâchoire , en arrière par l’épiglotte qui lui est continue, en haut parla éavité de la bouche qui la sépare de la voûte palatine , en bas par l’os hyoïde et par le pharynx. Sa grandeur est extrêmement variable. Susceptible de s’allonger et de se resserrer beaucoup suivant l’action diverse deses muscles, elle est plus étendue tantôt en longueur, tantôt en largeur , tantôt en épaisseur. Sa forme toujours symétrique , plus ou moins arrondie en devant , où elle se termine en pointe mousse , large et comme tronquée en arrière ’, varie également suivant les mêmes circonstances.
Conformation générale de la Langue.
Considérée en haut , la langue présente une surface libre recouverte par la membrane muquehse de la bouche. Un sillon léger et superficiel , trace sensible de la ligne médiane qui partage tous les organes de la vie animale, la sépare en deux parties. Sur ce sillon se trouve en arrière et près la base un enfoncement de forme yariable , toujours véritable cul-de-sac , ou
ÊT DÉ S'ES DEPENDANCES. Üg!j
aboutissent divers follicules muqueux , et que l’on nomme le trou borgne. Ce trou manque dans plu-1 sieurs sujets; dans d’autres on le voit à peine. Toujours il n’est qu’une disposition de forme extérieure dans la langue , et il ne remplit aucun usage. De chaquè côté de la ligne moyenne linguale part en arrière un sillon obliquent peu profond, qui forme sur cetteligne un angle avec le sillon opposé , puis se prolonge plus ou moins loin en avant , de manière à représenter avec lui un V dont l’écartement seroit en devant. Ces deux sillons , variables dans leur forme et leur disposition , dépendent de la saillie que forment les glandes muqueuses qui occupent la base de la langue, et qui s’élèvent plus que les papilles placées au-devant. Le reste de la surface linguale supérieure offre un grand nombre d’inégalités , dont nous indiquerons la disposition en parlant de la structure de l’organe.
Inférieurement, la langue est fixée dans son milieu , avec la mâchoire par les muSeles génio-glosses , et avec l’os hyoïde par les hyo-glosses. Ses côtés sont libres et recouverts par la membrane muqueuse , qui se réfléchit sur eux , après avoir abandonné le bord alvéolaire , et forme , comme je l’ai dit , au-devant des génio-glosses un repli plus ou moins allongé que l’on nomme le frein. Toute cette partie de la membrane est lisse et sans inégalités ; elle est presque entièrement étrangère au goût.
Lesbords qui séparent lesdeux surfaces linguales sont plus épais en arrière , très-minces en devant. On y voit très— sensiblement, etsans enlever la surface muqueuse, la limite qui sépare 1 organisation de la portion supé-
5g6 de La bouche
rieure d’avec celle de la portion inférieure de cette surface. De petites saillies parallèles les unes aux autres et séparées par de petits sillons s’élèvent de la portion inférieure , qui est lisse et sans inégalités , montent perpendiculairement sur le bord , et vont , arrivées à la face supérieure , se continuer avec les papilles. Ces saillies, qui coupent ainsi les bords latéraux de la langue , sont plus ou moins apparentes suivant les sujets : toujours elles m’ont paru plus marquées en arrière qu’en avant où elles disparoissent presque en totalité.
La pointe ou le sommet de la langue est libre et arrondi. Sa largeur varie suivant les divers individus , et surtout suivant les mouvemens de l’organe.
La base de la langue tient à l’épiglotte par trois replis de la membrane de la bouche , dont un moyen et deux latéraux , nommés improprement ligamens de l' épiglotte , et dont nous avons parlé ailleurs. Très-épaisse au niveau du trou borgne , cette base s’amincit ensuite peu à peu en s’approchant de l’os hyoïde , et présente enfin , lorsqu’elle vient s’appuyer sur lui, un amincissement tel, qu’en aucun endroit la langue n’en offre un semblable. Cette disposition tient surtout aux muscles de cet organe, qui n’envoientà sa base qu’un trèspetit nombre de fibres appartenant à l’hyu-glosse et qui vont s’attacher à 1’, hyoïde. Entre ces fibres et la surface muqueuse qui se réfléchit sur l’épiglotte , on trouve un tissu cellulaire dense , jamais graisseux , dispose en forme de membrane, et qui est intermédiaire à la langue, à laquelle il tient d’une part, et à l’hyoïde, sur la concavité duquel il se fixe d’autre part. Ce tissu cellulaire dense , qui mériteroit autant le nom de liga-
ment que plusieurs autres liens auxquels divers anatomistes ont donné ce nom , n’a réellement rien de fibreux. 11 occupe souvent un espace d’un pouce. Les fibres du génio-glosse et de la base de la langue , qui ne vont pas jusqu’à l’hyoïde , s’y fixent en devant , et il sert ainsi à les attacher en arrière à cet os , comme je l’ai dit . Voici donc le rapport de la base de la langue avec ce dernier. Il y a pour moyen d’union , en bas les fibres du génio-glosse qui vont jusqu’à son corps , au milieu ce tissu cellulaire membraneux , en haut la surface muqueuse qui se réfléchit de celte base sur l’épiglotte. Ces trois couches étant minces, donnent à cet endroit de la langue la disposition indiquée plus haut.
Organisation de La Langue.
La langue est en partie musculaire , et en partie membraneuse. Sous le premier rapport , elle exécute divers mouvemens ; sous le second seulement , elle sert aux sensations de saveur.
Portion musculaire. Les muscles de la langue sont extrinsèques ou intrinsèques. Les premiers sont les stylo-glosses , nés de l’apophyse slyloïde , et terminés sur les bords de la langue; les hyo-glosses, étendus verticalement entre les branches de l’hyoïde et ces mêmes bords ; les génfo-glosses , qui , de l’apophyse géni , vont par des fibres divergentes se terminer sur tout le milieu de la surface inférieure.
Le muscle intrinsèque de La langue offre d’abord deux plans parallèles occupant chaque côté de sa su i face inferieuie , et que les anatomistes ont nommes seuls les muscles linguaux ; ensuite un amas de
5Ç)S DELA. BOUCHE
fibres charnues , irrégulièrement disposées, et entreci oisees en toute sorte de directions , a la manière des muscles organiques. Ce muscle forme essentiellement le corps de la langue, et se remarque surtout au niveau du trou borgne , endroit auquel il donne beaucoup d’épaisseur. J’ai parlé dans la Myologio de la disposition doses divers plans charnus.
Membrane muqueuse . Après avoir tapissé les gencives de la mâchoire inférieure, la membrane générale de la bouche abandonne le bord alvéolaire, et se réfléchit pur la glande sublinguale, qu’elle recouvre immédiatement , et qui la sépare du stylo - hyoïdien ; puis elle remonte sur les côtés du génio-glosse , et parvient ainsi à la surface inférieure de la langue , qu’elle tapisse de côté et en devant , et d’où elle se porte ensuite sur la surface supérieure. Dans le premier sens , elle n’a rien de particulier ,■ et son organisation est la même que celle de la membrane du reste de la bouche ; mais dans le second , elle mérite un examen spécial. J’ai indiqué la limite du changement de son organisation, qui présente ici les caractères suivans; i°. l’épiderme, quoique mince , y est cependant assez marqué , et se détache assez facilement dans plusieurs circonstances , etc. 20. Audessous on trouve , selon les auteurs , un corps muqueux ou réticulaire assez prononcé. Mais quelque soin que l’on prenne , on ne découvre réellement autre chose qu’un entre - croisement vasculaire ramifié dans les intervalles des papilles , et donnant à la langue la couleur rouge qu’on lui observe. 5°. Le corion , très - mince dans la partie inférieure et sur les bords de la langue , présente sur celle surface su-
ET DE SES DÉPENDANCES. 5gg .
périeure une épaisseur qui se trouve dans peu de divisions du système muqueux : son adhérence avec le tissu charnu est extrême ; ils sont vraiment identifiés l’un à l’autre. Je crois meme qu’aucune membrane muqueuse ne présente ce phénomène d’une manière aussi marquée : car toutes s’enlèvent plus ou moins facilement de dessus leur tissu musculaire subjacent. 4°- A la surface de ce corion se voient des éminences multipliées qui sont de forme et de nature diverses.
On distingue trois sortes d’éminences. Les unes occupent la hase de la langue , se prolongent plus sur les côtés qu’en devant, et sont bornées par les deux sillons dont j’ai parlé , et qui représentent un V. Elles font une saillie plus ou moins considérable ,* ce qui fait paroître la surface de la langue extrêmement inégale à leur niveau. Leur forme est très-irrégulière. Arrondies en général, elles sont sphériques, ovales, etc. , avec ou sans appendice ; leur presque totalité fait saillie sous la surface muqueuse , le tissu charnu de la langue ’ n’étant point creusé pour les recevoir. On reconnoît facilement que ce sont des glandes - muqueuses de même nature que celles du voile du palais, de la voûte palatine , des lèvres, de l’intéi'ieur des joues, etc. Ces glandes s’ouvrent sur la langue par des conduits excréteurs très-sensibles. Quelques-unes ont autour d’elles un petit repli circulaire de la surface muqueuse , lequel leur forme une espèce de cul-de-sac antécédent , au fond duquel s’ouvre l’excréteur. On voit presque par-tout, par le secours de la loupe , l’orifice de celui-ci, qu’il s’ouvre ou non dans un cul-de-sac. Les latérales et postérieures de ces glandes tau client
600 D'E LA BOUCHE
en bas 1 amygdale , et chez plusieurs sujets continuent leur saillie avec la sienne.
Les deux autres espèces d’éminences sont irrégulièrement entremêlées dans les deux tiers antérieurs de la langue : on les nomme les papilles. Les unes , tuberculeuses a leur sommet , soutenues par une partie plus étroite , blanchâtres dans toute leur etendue , sont plus volumineuses et plus rarement disséminées. Les secondes , plus petites , sont coniques, tres-pomtues à leur sommet , et extrêmement multipliées. Celles-ci forment vraiment sur les deux tiers antérieurs de la langue une espèce de plan terminé en arrière par l’espèce de V qui formé la limite des glandes muqueuses. Dans ce plan , les papilles sont rangées avec plus de régularité en arrière qu’en avant. Pressées les unes contre les autres, elles laissent souyent entre] les , d’espace en espace, divers intervalles en s’écartant. Ces intervalles ne paroissent pas tenir à l’organisation; ils se forment accidentellement , et disparoissent ensuite. Ce sont les crevasses qu’on voit sur la langue dans certaines maladies ; leur fond est rouge parce que la membrane muqueuse y est à nu ; les papilles en s’écartant en forment les bords qui sont blanchâtres. Dans l’état de santé , on voit souvent de petites fentes analogues , mais moins sensibles. Ces fentes sont irrégulières, plus fréquentes en avant qu’en arrière ; quelquefois elles représentent des espèces de circonvolutions. Dans le plan que forment les papilles coniques , se trouvent disséminées celles à tubercules; elles sont isolées par des espaces plus ou moins grands. Leur forme arrondie à leur sommet., leur volume un peu plus
grand, servent à les distinguer. Sont-elles de nature différente des précédentes, ou n’y a-t-il entre elles que des différences de forme ? Je l’ignore.
Les auteurs Représentent communément les papilles comme des terminaisons nerveuses. Je crois bien qu’elles jouent un rôle essentiel dans la perception des saveurs, puisque cette perception est bien, plus parfaite à la pointe où elles sont plus nombreuses, qu’à la base où les glandes muqueuses existent presque seules. Mais je ne crois pas qu’on puisse jamais montrer les nerfs les formant par leur épanouissement. Celte opinion est un reste de cette anatomie des parties insensibles à laquelle on a fait jouer un si'grand rôle, et que je voudrois proscrire entièrement, parce que là où les sens ne nous guident pas, là se trouve presque toujours l’erreur quand nous voulons prononcer. Contentons-nous d’observer ce qui nous frappe, sans vouloir deviner ce qui nous échappe. Or, en suivant cette marche , nous voyons cette partie de la langue douée d’une sensibilité animale propre , et qui est nécessaire pour la perception des saveurs/ Cette sensibilité étant perdue, comme il arrive quelquefois , la sensibilité animale générale reste , et les excitans mécaniques , chimiques , irritent également la langue ; c’est comme pour l’odorat.
Cette surface papillaire de la langue est spécialement le siégé de cet enduit blanchâtre plus ou moins visqueux qui revêt la langue dans les embarras gastriques. En examinant alors attentivement cet organe , on voit que cet enduit est , en général , beaucoup moindre a là base, où il n’y a ‘que des glandes muqueuses; ce qui, au premier coup-d’œil, paroît difficile
6oa
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à concevoir. Chaque papille est entourée de cet enduit; elle est blanchâtre ; quand on le racle , elle se nettoie , mais bientôt il se reproduit. Il fait à leur égard les fonctions d’un épiderme extrêmement épais f qui amortit leur sensibilité , et détermine par là la perte du goût , qu’il faut bien distinguer de la perte de l’appétit. C’est l’estomac qui appète les alimens , qui nous fait éprouver le besoin de les prendre ; c’est la langue qui nous donne le sentiment agréable de leur présence. Quoique distinctes l’une de l’autre, la perte de l’appétit et celle du goût coïncident presque toujours : c’est un effet de ce rapport immédiat qui unit l’estomac à la langue , et qui fait que , le premier étant affecté, l’autre s’en ressent aussitôt : c’est une sympathie d’un genre particulier que je compare à celle des mamelles avec la matrice , des testicules avec le larynx , etc. L’enduit blanchâtre dont se couvre la langue est un phénomène rarement essentiel, mais presque toujours sympathique et dépendant de l’état de l’estomac. Qu’est-ce qui' forme cet enduit ? Sont-ce les glandes muqueuses de la base de la langue ? Mais pourquoi alors ne se trouve-t-il pas spécialement à leur niveau? pourquoi les papilles en sont-elles toujours particulièrement entourées ? Est-ce que ces papilles elles-mêmes le fournissent , ou bien vient-il des vaisseaux exhalans , naissant du réseau capillaire qui serpente entre elles? Bien certainement les matières saburrales ne s’élèvent pas de l’ estomac pour venir le former ; car 1’cescfphage en est exempt. Dans les fièvres adynamiques , au lieu de cet enduit, c’est une croûte noirâtre que la langue présente. Eh bien , c’est surtout au niveau des pa-
ET DE SES DÉPENDANCES. Go5
pilles que cette croûte existe; 1’œsopliage ni l'estomac ne la présentent point ; elle est moins sensible sur la base , vers l’épiglotte , dans un grand nombre de sujets. Si les fonctions les plus faciles à observer dans leur trouble morbifique offrent tant d’obstacles , que ne sont pas celles dont nous ne voyons jamais les organes en activité !
ARTICLE SEPTIÈME
Développement de la Bouche.
§ Ier. Etat de la Bouche dans le premier âge.
Chez le fœtus , la bouche est , en général , plus développée proportionnellement que les cavités nasales , mais bien moins que les yeux et les oreilles. Ce développement paraît surtout être relatif à celui de la langue. Il « est pas le même dans tous les sens. Le diamètre transverse de la bouche est alors fort étendu proportionnellement à l’antéro-postérieur, qui est fort court : on en trouve la raison dans l’état des os qui forment en haut et en bas cette cavilé. En effet, la voûte palatine, assez largë transversalement, est peu étendue d’avant en arrière, vu la direction oblique des apophyses ptérygoïdes, direction causée elle-même par le définit de développement des sinus maxillaires. D’un autre côté , la mâchoire inférieure , qui ne répond à ce diamètre que par sa base , offre à la même époque ses deux angles très— obtus et beaucoup plus antérieurs que dans les âges suivans ; ce qui concourt a diminuer le diamètre aiUero-poslyncur de la bouche, et p%K— conséquent à
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faire paroître plus large le transversal, qui est réellement proportionné à ce qu’il sera par la suite. L’absence des dents diminue beaucoup le diamètre vertical , quand les mâchoires sont rapprochées ; ce qui concourt spécialement à celte expression particulière et caractéristique de la face du fœtus, extrêmement rétrécie en bas , tandis que les orbites lui donnent beaucoup d’étendue en haut. Cette expression ne permet point d’établir de pronostic sur ce que sera la face de l’adulte , d’après ce qu’elle est en sortant du sein de la mère.
La membrane muqueuse de la bouche est beaucoup plus mince et plus fine que par la suite. Ses vaisseaux sont plus multipliés. Sans doute elle fournit moins de fluide ) cependant celui qu’on y trouve au moment de la naissance prouve qu’il s’en accumuloit une certaine quantité avant celte époque.
Le fœtus a les lèvres fort longues proportionnellement aux mâchoires , qui sont peu formées encore , et surtout fort peu étendues en hauteur, parce qu’aucune dent n’a poussé. On les trouve toujours fermées et appliquées l’une contre l’autre avant la naissance. Le rebord libre des lèvres est violet , comme toutes les parties au travers desquelles on peut voir alors la couleur du sang du fœtus. L’ouverture faciale est à-peu-près proportionnée à ce qu’elle doit être dans la suite.
Le voile du palais et la luette, fort développés chez, le fœtus, correspondent à une ouverture nasale fort rétrécie par le défaut de développement des sinus. Au lieu d’être perpendiculaire, cette ouverture, comme je l’ai dit plus haut , a une direction oblique
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en avant et en bas , direction qui est due à celle des apophyses ptérygoïdes sensiblement inclinées alors. Cette obliquité, jointe au défaut de largeur dans l'ouverture et à l’étendue du voile du palais, explique très-bien la facilité du mouvement d’élévation de celui-ci chez l’enfant nouveau-né. En effet, lorsque par la suite l’ouverture devient très-évasée et en même temps verticale, il faut que le voile du palais, vertical aussi en sens opposé lorsqu’il est abaissé , change deux fois de direction avant de s’appliquer contre elle, c’est-à-dire, qu’il devienne d’abord horizontal dans la moitié du trajet qu’il parcourt, pour prendre ensuite dans l’autre moitié la même direction que l’ouverture. Mais quand celle-ci est étroite et en même temps très-oblique et presque horizontale , le voile du palais n’a guère que la moitié du trajet à faire pour l’oblitérer entièrement . De là plus de facilité dans la succion , à l’âge où elle est le seul moyen de préhension dés alimens.
Les piliers du voile du palais sont très développés ainsi que lui- même. Tout cela est en rapport soit avec la base de la langue, dont le volume est déjà considérable , soit avec la voûte palatine beaucoup plus large alors qu’elle n’est longue. La base de la langue ne répond pas au voile du palais comme chez l’adulte; elle se trouve en partie au-delà de lui et dans le pharynx par conséquent. La raison en est que le bord postérieur de la voûte est , comme je l’ai dit , plus en devant, à cause de la direction oblique des apophyses ptérygoïdes : d’où il résulte que la langue, déjà volumineuse, disproportionnée par conséquent aux os , est forcée de se porter en arrière-
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Les amygdales sont alors assez prononcées , mais ïeùf forme n’est pas la même. Elles font plus de saillie en dedans parce qu’elles sont plus arrondies ; on n’y voit point aussi sensiblement ce réseau formé par l’entre-croisementdes brides qui communiquent d’une cellule à l’autre. Ces cellules elles-mêmes, affaissées les unes sur les autres, sont très-peu apparentes, malgré la plus exacte dissection. Quoique ces glandes soient plus développées que les glandes muqueuses du reste de la bouche , et qu’elles soient en général trèssensibles , elles n’ont cependant pas un usage trèsmarqué pendant les premiers temps qui suivent la naissance , époque à laquelle l’aliment fluide et toujours nécessairement le même , nécessite moins de sécrétion pour lubrifier les passages à l’instant de la déglutition .
La voûte palatine , plus large proportionnellement que longue, est quelquefois accidentellement séparée sur la ligne médiane, ce qui augmente encore sa largeur ; mais cette séparation qu’accompagne presque toujours le bec-de-lièvre disparoît peu à peu par la suite. J’ai observé plus haut que le tissu qui , après l’éruption dentaire , doit former les gencives, offre alors deux couches étendues sur chaque arcade alvéolaire, devant et derrière laquelle il doit se déjeter à la pousse des dents. Ce tissu, de nature particulière, blanchâtre, dur et résistant, e$t d’autant plus épais que l’on se rapproche plus des premiers mois; il s’amincit à mesure qu’on s’avance vers l’époque de l’éruption.
Les joues ainsi que les lèvres ont, chez le foetus, plus de longueur que l’espace quelles occupent n a d’étendue. Cela tient à l’absence des dents. De la en
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partie la saillie quelles forment en dehors chez l'enfant , saillie qui détermine un peu l’expression particulière quelle a à cet âge. Mais celle saillie est bien plutôt due à la grande quantité de graisse quelle renferme. On y trouve une partie de cette graisse accumulée en forme de boule très-arrondie, placée au milieu de la joue , isolée de toute la graisse environnante , et se trouvant comme enkystée. Celte portion globuleuse n’est presque que la graisse seule sans tissu cellulaire j elle est ferme et solide. Son existence est constante. J’en ai parlé dans Y Anatomie générale.
La langue a un volume considérable proportionnellenfent aux os qui l’entourent. Ce développement prércoce est en rapport avec celui des organes gastriques , avec celui de l’estomac spécialement. On diroitqu’ily a la même proportion sous ce rapport entre ces deux parties , qu’entre le cerveau et l’œil ou l’oreille. L’association de leurs fonctions explique ce fait. On peut remarquer ce développement de la langue suivant ses deux diamètres transverse et longitudinal ; celui-ci est le plus étendu , en sorte que la langue dépasseroit les mâchoires si sa base ne se reportoit pas en partie au-delà de l’isthme du gosier. L’épaisseur de cet organe est alors très-grande. Les papilles antérieures sont déjà développées en raison exacte de l’âge. Les muqueuses le sont moins; et au lieu des saillies inégales et irrégulières quelles offriront dans la suite , on trouve à leur place des lignes obliquement dirigées de dehors en dedans et en arrière , jusqu’aux environs du trou borgne où elles se réunissent sur la ligne médiane en formant plusieurs V embrassés les uns par les autres avec assez de régularité. J?arla suite, il n’en reste qu’un
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qui indique, comme je l’ai dit, la limite des glandes muqueuses avec les papilles. Quelquefois le frein de la langue est trop court , ce qui gêne ou empêche la succion , et on est oblige d’en couper une partie. Mais ce vice de conformation est beaucoup plus rare que beaucoup de gens ne le pensent , et l’opération de sa section est rarement indiquée.
On voit , d’après ce qui vient delre dit , que dans la bouche du fœtus toutes les parties molles sont plus développées proportionnellement que les os; c’est même le défaut de développement de ceux-ci qui fait ressortir celui des premières. Je remarque que ce développement porte surtout sur les lèvres , les joues, le voile du palais et la langue. La face ne commence à prendre l’expression qu’elle doit toujours conserver , que quand l’équilibre est établi efttre les os et les parties molles.
Au moment de la naissance , la bouche entre en mouvement comme les autres parties ; mais ce mouvement, quoique dans la classe de ceux de la vie animale, n’a besoin d’aucune espèce d’éducation, comme ceux des muscles locomoteurs, par exemple, qui sont long-temps incertains et vacillans. Destinés à la succion , par laquelle l’enfant doit se nourrir tout de suite, ces mouvemens ont, dès cet instant, toute la perfection qu’ils doivent avoir, et l’enfant, conduit par un véritable instinct , telle aussi bien la première fois qu’après un long exercice. Ainsi les muscles inspirateurs exercent-ils tout de suite avec autant de précision leurs mouvemens qu’ils les exerceront toujours.
§ II. État de la Bouche dans les âges subans.
La bouche conserve jusqu’à l’éruption des dents les principaux caractères qui la distinguent chez le foetus. Ces caractères s’effacent ensuite peu à peu. L’accroissement de cette cavité porte principalement sur le diamètre longitudinal, qui augmente beaucoup par le développement de la voûte palatine , dû principalement à celui dos sinus et des mâchoires. Le diamètre transversal augmente moins relativement. Les dents, sorties de leurs alvéoles , donnent plus d’étendue au diamètre vertical , ce qui fait cesser la disproportion de longueur des joues. En un mot, le développement de la bouche consiste principalement dans le rapport qui s’établit entre les parties molles, qui , plus prononcées antécédemment , croissent alors moins vile proportionnellement , et les os. qui , plus l’étrécis jusque là , augmentent plus précipitamment de volume.
La bouche de l’adulte nous offre l’état que j’ai indiqué dans la description , laquelle porte toujours sur cet âge.
Chez le vieillard , le rapport des parties molles et des os de la bouche change en partie par la chute des dents , ce qui rétrécit un peu le diamètre vertical , et donne lieu aux rides et à la flaccidité des joues, dont la longueur excédante n’est point, comme chez l’enfant, compensée par l’abondance de la graisse. Cependant comme, d’un autre côté, les sinus restent très-dé veloppés, et qu’ils semblent même s’agrandir à mesure qu’on avance en âge, la face s’éloigne moins de
6l© DE LA BOUCHE ET DE SES DEPENDANCES, ^expression de celle de l’adulte ; jamais elle n’a d’analogie avec celle du fœtus. Aprèsla cliutedes dents, cette substance dure , blanchâtre et résistante , qui recouvrait les alvéoles avant l’éruption, qui, à cette époque, s’étoit déjetée devant et surtout derrière elles pour former les gencives , se rapproche de nouveau. Chacun des trous dont elle étoit percée pour les dents s’efface par l’effet de la contractilité de tissu : c’est comme quand les artères s’oblitèrent parce que le * sang n’y coule plus. Cette oblitération des ouvertures dentaires ramène sur les alvéoles les deux portions antérieure et postérieure de celte substance. Celles-ci se réunissent sur les alvéoles , dont les parois se rapprochent d’ailleurs peu à peu , et qui disparaissent à la fin ; elles y forment de nouveau un rebord plus ou moins épais , qui les boucherait entièrement si elles restoient ouvertes , et qui , augmentant de densité par l’effet de la mastication , finit par remplacer les dents. Sous le rapport de cette substance , les rebords alvéolaires du vieillard sont donc à-peu-près disposés comme ceux du fœtus.