VERTÈBRES FACIALES
Cette atrophie est surtout très sensible sur les apophyses transverses. Comparez les apophyses jugulaires, mastoïdes et orbitaires externes, aux apophyses transverses des vertèbres dorsales : d’un côté se présente une saillie qui déborde considérablement l’arc postérieur, de l’autre une saillie perdue en quelque sorte sur le contour de cet arc.
Du parallèle qui précède, il résulte : 1° que les vertèbres crâniennes sont conformées sur le même type que celles du rachis; 2° que le crâne fait partie de la colonne vertébrale, et qu’il constitue pour cette colonne une sixième région, ou région céphalique.
Parallèle du crâne et du coccyx. — Situés aux deux extrémités de la colonne vertébrale, le crâne et le coccyx diffèrent à la fois beaucoup des vertèbres moyennes, et beaucoup surtout l’un de l’autre.
Les vertèbres coccygiennes ont pour caractère distinctif leur extrême atrophie ; elles ne sont plus représentées que par leur corps, qui est luimême très rudimentaire, et qui se réduit sur la dernière aux proportions d’un simple globule.
Les vertèbres crâniennes sont caractérisées par l’énorme étendue de leur arc, par l’ampleur du trou rachidien, par la petitesse du corps.
Entre ces deux ordres de vertèbres, l’opposition est donc complète. — Celles du coccyx sont atrophiées, et celles du crâne extrêmement développées. — Sur les premières l’arc a disparu; du trou rachidien, il ne reste aucun vestige. Sur les secondes, l’arc est gigantesque et le trou rachidien ne l’est pas moins. — D’un côté, le corps constitue toute la vertèbre; de l’autre, il n’en représente plus qu’une très minime partie.
B. — Vertèbres faciales.
Ces vertèbres ont été l’objet de recherches qui ont donné naissance à des opinions très diverses. Faire l’histoire de toutes ces opinions, ce serait en quelque sorte tracer le tableau des égarements auxquels peuvent conduire les études philosophiques, lorsqu’elles n’ont pas les données de l’observation pour guide et pourpoint de départ.
Le nombre des vertèbres faciales varie selon les anatomistes. Gœthe en reconnaissait trois. Quelques auteurs, parmi lesquels je mentionnerai Spix et E. Geoffroy Saint-Hilaire, en ont décrit deux. Oken, qui n’avait vu, en 1807, que les trois vertèbres crâniennes, s’attacha à prouver, en 1820, qu’il existe aussi une vertèbre faciale. Son opinion a généralement prévalu. Presque tous les observateurs semblent s’accorder aujourd’hui pour admettre cette vertèbre, qui a été tour à tour appelée ethmoïdale , nasale , vomèrienne. Elle aurait pour corps le vomer; pour lames , les deux moitiés de la lame criblée de l’ethmoïde; pour apophyse épineuse, les os du nez. Les apophyses transverses feraient défaut.
Après avoir lu tout ce qui a été écrit sur cette vertèbre, et l’avoir attentivement considérée, je dois avouer que le moment ne me semble pas encore venu de l’inscrire au nombre des acquisitions positives de la science. Jusqu’à présent aucun fait concluant ne nous autorise à penser que la colonne vertébrale s’étend au delà de la partie antérieure du crâne. Voyant cette colonne s’effiler à son extrémité inférieure, beaucoup d’auteurs ont cru devoir admettre qu’elle s’effilait et s’atrophiait aussi en se prolongeant dans la face. Poursuivre ce prolongement a été leur rêve.
Abordant résolument un problème pour la solution duquel ils n’avaient pas des données suffisantes, on les a vus alors entasser erreurs sur erreurs, et tomber dans de tels écarts, que l’anatomie philosophique en a subi pendant quelque temps une sorte de déconsidération. Il n’est peut-être pas un seul point de la science qui ait provoqué une pareille explosion de recherches purement spéculatives. Oken, en faisant appel à l’induction comme moyen d’étude, avait porté l’emploi de cette méthode jusqu’à l’abus; mais Carus, après lui, le porta jusqu’à l’égarement le plus étrange, et Spix jusqu’au délire.
Ce dernier auteur admet, avec l’école des philosophes de la nature, que tout est dans tout, que la partie reproduit le tout ! Il voit dans le squelette de la face une reproduction de tout le squelette : les fosses nasales répètent le thorax, la bouche répète la cavité abdominale; les maxillaires supérieurs répètent les membres thoraciques, l’inférieur les membres abdominaux; les arcades alvéolaires supérieures les mains, les arcades alvéolaires inférieures les pieds; les dents répètent les ongles! A la vue d’un si merveilleux spectacle, son imagination s’exalte; il est transporté d’enthousiasme, s’élance à toute vapeur dans le vaste empire des hypothèses; et croyant voir alors dans le squelette de la face une répétition de l’univers entier, il profère ces paroles qui semblent n’avoir pu tomber que de la bouche d’un visionnaire :
« La tête représente une sphère parfaite, semblable aux sphères des corps célestes; les sutures qu’on y voit ne sont-elles pas les lignes de démarcation des climats et des diverses zones? Si l’on compare la tête de l’homme à la planète qu’il habite, la région qui s’étend de l’occiput au front représentera celle qui, dans le globe terrestre, va du pôle à l’équateur. L’os basilaire sera l’axe, la suture lambdo'ide le cercle polaire, la suture coronale le cercle tropique, la suture sagittale le méridien. L’occiput lui-même pourra être assimilé à la zone polaire ! le pariétal à la zone tempérée!! la région du front à la zone torride ! ! ! »
Ainsi parlaient les philosophes de la nature; ainsi s’expose à parler celui qui, trop dédaigneux de l’observation et trop confiant en lui-même, ne veut accepter pour guides que l’induction et l’inspiration.
STERNUM
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