‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 179 sur 260 · I. — Articulation occipito-atloïdienne · texte numérisé non relu

I. — Articulation occipito-atloïdienne

Préparation. — Ouvrir le cr.âne et enlever l’encéphale ; détacher par un trait de scie transversal toute la partie de la tête qui est au-devant de la colonne cervicale ; abattre par un autre trait de scie la partie postérieure du crâne, en laissant intact le contour du trou occipital. Disséquer les petits muscles qui recouvrent les ligaments, et les exciser avec ménagement au niveau de leurs insertions, afin de mettre ceux-ci complètement en évidence.

L’articulation occipito-atloïdienne est une double arthrodie.

A. Surfaces articulaires. — Elles sont représentées : du côté de l’occipital, par la partie inférieure de ses condyles; du côté de l’atlas, par ses apophyses articulaires supérieures.

Les surfaces condyliennes, l’une et l’autres convexes, regardent en bas et en dehors. Leur direction est oblique d’arrière en avant et de dehors en dedans, de telle sorte que leur grand axe, suffisamment prolongé, viendrait se croiser sur la partie moyenne de l’apophyse basilaire. La distance qui sépare leur extrémité postérieure varie peu. Mais il n’en est pas de même pour l’espace compris entre leur extrémité antérieure ; j’ai vu celui-ci se réduire à 10 millimètres, et s’élargir chez quelques individus très exceptionnels, au point d’égaler 26 et même 28 millimètres. Dans le premier cas, les surfaces articulaires affectent

ARTJIROLOGIE.

une direction très convergente; dans le second, elles deviennent à peu près parallèles. En général, l’intervalle qui sépare en avant les deux condyles est d’un centimètre et demi. — Une ligne transversale rasant leur partie antérieure passe au-devant du trou occipital ; une autre ligne rasant leur partie postérieure passerait au niveau ou immédiatement en arrière du centre de cet orifice.

Lés surfaces articulaires supérieures de l’atlas sont concaves, tournées en haut et en dedans, allongées et dirigées dans le même sens que les condyles de l’occipital. Mais elles présentent un peu moins de longueur que ceux-ci. Leur partie moyenne est aussi plus étroite.

Parallèle de V articulation occipito-atloïdienne chez l’homme, les mammifères et les oiseaux.

Fig. 214. — Partie inférieure de l'occipital. — 1. Trou occipital. — 2, 2. Condyles de cet os. — 3. Apophyse basilaire — 4, 4. Apophyses jugulaires. — 5, 5. Échancrure contribuant à former le trou déchiré postérieur.

Fig. 215. — Face supérieure de l’atlas; lif/ament transverse divisant le trou rachi-

ARTICULATION OCCIPITO-ATLOIDIENNE.

Une couche mince de cartilage recouvre les quatre surfaces articulaires qui offrent à l’état frais une courbure très régulière. Pour prendre de cette courbure une notion exacte, il convient d’isoler les deux condyles et de les rapprocher l’un de l’autre par leur bord interne; ainsi rapprochés, ils formeront une saillie hémisphérique un peu allongée d’avant en arrière. D’une autre part, si après avoir isolé les deux surfaces articulaires de l’atlas, on les rapproche également par leur bord interne, on constatera qu’elles forment une cavité hémisphérique aussi.

Les surfaces ainsi juxtaposées représentent en définitive des segments de sphère; les supérieures forment une tète, et les inférieures une cavité de réception ; les deux articulations réunies constituent une énarthrose.

Ces considérations nous expliquent les différences que présente l’articulation occipito-atloïdienne dans la série des vertébrés ; et sous ces différences, si tranchées au premier coup d’œil, elles nous conduisent à retrouver un type unique de conformation.

Chez tous les mammifères, comme chez l’homme, il existe deux condyles ou deux articulations latéralement situées et divergentes en arrière.

Mais chez les oiseaux, les deux condyles soudés l’un à l’autre constituent une saillie unique, hémisphérique, située sur la partie antéro-inférieure du trou occipital. Les deux surfaces atloïdiennes, soudées aussi par leur bord interne, constituent une cavité dans laquelle cette saillie ou tête se trouve reçue. Dans la seconde classe des vertébrés, l’articulation occipito-atloïdienne, unique et médiane, offre donc tous les carac-

dien en deux anneaux secondaires. — 1. Partie postérieure du trou rachidien destinée à la moelle épinière et à ses enveloppes. — 2. Partie antérieure de ce trou, dans laquelle est reçue l’apophyse odontoïde. — 3, 3. Ligament transverse, complétant en arrière l’anneau qui reçoit cette apophyse. Par ses extrémités, ce ligament s’attache au tubercule de la face interne des masses latérales de l’atlas. — 4, 4. Arc antérieur. — 5. Tubercule de cet arc. — 6, 6. Arc postérieur. — 7, 7. Apophyses articulaires supérieures de l’atlas.

Fig. 216. — Les deux condyles de l'occipital détachés de Vos par un irait de scie parallèle à leur face interne. — 1, 1. Ces deux condyles juxtaposés par leur face interne. Ainsi rapprochés, ils forment une saillie hémisphérique un peu allongée d’avant en arrière. Cette saillie est l’analogue de celle qu’on observe chez les oiseaux.

Fig. 217. — Les deux apophyses articulaires supérieures de l’atlas détachées également par un trait de scie appliqué sur leur partie interne. — 1, 1. Ces apophyses rapprochées et formant par leur juxtaposition une cavité comparable à celle qu’on observe sur la partie antérieure et médiane de l’atlas des oiseaux. — 2. Extrémité postérieure des apophyses articulaires. — 3. Leur extrémité antérieure.

Fig. 218. — A. Extrémité postérieure de la tête d'un oiseau. — 1, 1. Parties latérales de l’occipital. — 2, 2. Sa partie supérieure. — 3, 3. Sa partie inférieure. — ' 4, 4. Trou occipital. — 5. Saillie hémisphérique située sur son contour.

B. Première vertèbre ou atlas du même oiseau, vue par sa face supérieure. — 1. Trou rachidien de cette vertèbre. — 2. Cavité hémisphérique située sur la partie médiane de l’arc antérieur, remarquable par sa grande épaisseur. — 3. Apophyse occupant la moitié antérieure de cet arc; elle est l’analogue du tubercule qu’on observe chez l’homme et les mammifères.

ARTHR0L0G1E.

tères d’une véri|ible énarthrose. C’est dans celte énarthrose que se passe le mouvement de rotation de la tête; c’est à lui que l’oiseau est redevable de la faculté de regarder en arrière et de placer la tête sous son aile.

Dans les sauriens, les chéloniens, les ophidiens, la plupart des reptiles en un mot, il n’y a aussi qu’un condyle articulé avec la partie inférieure et médiane de l’atlas; même disposition dans les poissons. Pour les trois classes inférieures des vertébrés, l’articulation occipito-atloïdienne n’est donc pas double et latérale, mais unique et médiane. — Ce fait général comporte quelques exceptions. Dans les batraciens, par exemple, on observe deux condyles, ou plutôt deux articulations placées à droite et à gauche du plan médian. D’une autre part, dans un grand nombre de reptiles, comme les lézards, les tortues de mer, le tubercule unique qui tient lieu des deux condyles offre un sillon sur la ligne médiane. Or ce sillon est évidemment un premier vestige d’une tendance vers la dualité. Chez les mammifères de l’ordre le plus inférieur, les cétacés, ce sillon se creuse davantage, prend les caractères d’une échancrure, et les deux condyles apparaissent parfaitement distincts, mais sont très rapprochés, et représentent chacun une moitié d’hémisphère. Dans l’hippopotame, on retrouve la même échancrure médiane, le même rapprochement des condyles semi-hémisphériques. A mesure qu’on remonte des ordres inférieurs aux supérieurs, l’échancrure s’agrandit, surtout en arrière ; les deux condyles s’écartent progressivement, et prennent une direction plus ou moins divergente.

En descendant l’échelle des vertébrés, on voit donc les deux articulations occipito-atloïdiennes, d’abord rejetées à droite et à gauche et très écartées, se rapprocher pour constituer une articulation unique et médiane. Si l’on remonte cette échelle, c’est un phénomène inverse qui se produit : d’abord unique et médiane, celle-ci se dédouble, et ses deux moitiés s’écartent de plus en plus. Ce dédoublement chez les mammifères et chez l’homme a pour avantage de concilier la solidité avec la mobilité.

Chez l’oiseau, la tête est d’une extrême légèreté. La surface par laquelle elle s’unit au rachis pouvait être unique et médiane; cette surace pouvait être étroite et très mobile; le ligament qui l’attache à l’atlas pouvait être faible et peu tendu. Toutes ces conditions qui favorisent la mobilité aux dépens de la résistance se trouvent ici en harmonie parfaite avec le poids presque nul qu’elle présente.

Chez les mammifères, où le crâne augmente considérablement de volume, où la face s’allonge, où la tête acquiert un poids relativement énorme, une articulation unique, médiane et très mobile n’offrait plus des conditions suffisantes de solidité ; de là son dédoublement destiné à la consolider. Ce qu’elle gagne du côté de la résistance, elle le perd du côté de la mobilité. Pour racheter cet inconvénient, la nature a transporté le mouvement de rotation de la première sur la seconde vertèbre.

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