‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 4)Chapitre 19 sur 219 · VOLUME ET POIDS DU CORPS · texte numérisé non relu

VOLUME ET POIDS DU CORPS

C'est surtout dans le cours de la première année que le poids du corps augmente avec rapidité.

Dans les années suivantes, il continue à s'accroître, mais dans une proportion beaucoup moins grande, ainsi que Ta très bien démontré Quételet par une longue série d'observations résumées dans les conclusions suivantes :

1'' L'homme offre un poids plus considérable que celui de la femme. Cependant, vers l'âge de douze ans, il y a sous ce rapport égalité entre les deux sexes, phénomène qui parait se rattacher à la puberté. Car, lorsque celle-ci approche, le poids augmente beaucoup plus rapidement; et comme elle arrive plus tôt chez la femme, celte précocité a pour résultat de faire disparaître momentanément la prédominance que présentait le sexe masculin.

2"" L'homme, qui atteint le maximum de sa taille à trente ans, n'arrive au maximum de son poids qu'à quarante. Celui-ci commence à diminuer à cinquante. A quatre-vingts, il a baissé de 6 kilogrammes, et la taille de 7 centimètres.

3^ La femme n'acquiert le maximum de son poids qu'à cinquante ans. Celui-ci commence à décroître à cinquante ou soixante ; à quatre-vingts, il a subi une réduction de 6 à 7 kilogrammes, et la taille est réduite aussi de 7 centimètres.

4* Quand l'homme et la femme sont parvenus à leur complet développement, ils pèsent à peu près vingt fois autant qu'au moment de la naissance, tandis que la taille est seulement un peu plus que triplée.

5" Un an après leur naissance, les enfants ont triplé leur poids ; il leur faut ensuite six ans pour doubler celui-ci, et treize pour le quadrupler.

6** Immédiatement avant la puberté, l'homme et la femme pèsent la moitié du poids qu'ils auront apïès leur complet développement.

Nous avons vu que la taille offre des variétés individuelles très grandes. Elles sont bien minimes cependant, si on les compare à celles que présente le poids du corps. En France, celui-ci peut s'élever jusqu'à IGO et même 180 kilogrammes; ce n'est que dans quelques cas bien exceptionnels qu'il dépasse un peu cette extrême limite à laquelle le poids moyen se trouve déjà triplé. — Mais, en Angleterre, on a observé des individus chez lesquels il devient plus considérable. Les Transactions philosophiqties pour l'année 1746 font mention de deux frères dont l'un pesait 233 kilogrammes, et l'autre 240 ; on rapporte que, ce dernier voulant un jour monter à cheval, le pauvre animal plia sous le poids du cavalier, eut les reins rompus et expira sur place (1). Le colosse qui

(1) Is. Geoffroy Saint- H i lai re, Traite de tératologie, t. 1, p. S63.

iS DU CORPS HUMAIN EN GÉNÉRAL.

fui présenté au roi George II en 1724 pesait 285 kilogrammes ; Edouard Brigt, 298; et cet autre Anglais dont le tronc mesurait i'",29 d'une épaule à l'autre, 317. Chez ce dernier, le poids moyen se trouvait quintuplé.

Chez d'autres individus, le poids se montre au contraire considérablement réduit. Dans cette catégorie vient se ranger toute la série des nains. La plupart d'entre eux ne pèsent pas au delà de 20 kilogrammes, chiffre qui représente à peine le tiers du poids ordinaire. Quelques-uns cependant ont offert un poids beaucoup plus petit : celui de Lucius, dont l'empereur Auguste fit faire la statue, ne dépassait pas 8 kilogrammes ; celui d'Hopkin, dont Browing a rapporté l'histoire, était de 6 seulement.

Si nous opposons ce poids de 6 kilogrammes à celui de 317 mentionné plus haut, on voit avec surprise que l'homme le plus léger est au plus lourd comme 1 est à 52, tandis que l'homme le plus petit est au plus grand comme 1 est à 5, différence énorme dont on trouverait peu d^'exemples dans les espèces animales.

ARTICLE II

Le corps comprend dans sa constitution des parties liquides et des parties solides. Le rapport des unes aux autres a beaucoup préoccupé les physiologistes de toutes les époques. Quelles sont les premières? quelles sont les secondes ? comment se groupent ces dernières?

Proportion des parties liquides et solides

Pour déterminer ce rapport, on a fait dessécher le corps entier, puis on a comparé le poids qu'il présentait avant et tiprès la dessiccation. Chaussier, ayant placé dans un four un cadavre qui pesait 120 livres, l'a vu réduire à 12 livres. Un autre cadavre qui pesait 180 livres, étant passé à l'état de momie, n'en pesait plus que 15, au rapport de Sénac. De ces faits on a cru pouvoir conclure que les parties solides ne représentaient, dans le premier cas, que la dixième partie du poids du corps, dans le second la douzième seulement. — Mais cette interprétation ne saurait être acceptée. Les parties solides, en effet, contiennent une grande quantité d'eau qui fait essentiellement partie de leur constitution, et dont on ne peut les priver sans les faire passer à l'instant même

PROPORTlOiN DES PARTIES SOLIDES ET LIQUIDES. 49

de l'état de corps organisés à Félat de corps inorganiques. D'une autre part, les parties liquides renferment des matiérse salines qui se précipitent par le seul fait de Tévaporation.

Ce procédé a donc le double inconvénient de réduire considérablement le poids des parties solides et de ne pas faire disparaître complètement les parties liquides. Ce n*est pas à lui, par conséquent, qu'il faut recourir pour la détermination de leur rapport.

Le procédé de Chaussier étant repoussé, pour trouver le rapport cherché il fallait s'adresser aux liquides, les extraire et les peser. Au premier rang parmi ceux-ci se place le sang, au second le chyle et la lymphe, au troisième les produits de sécrétion et d'exhalation tels que le lait, la salive, la bile, le suc gastrique, le suc intestinal, l'urine, le sperme, etc.; or la plupart de ces liquides sont trop peu abondants pour être collectés.

Les recherches entreprises jusqu'à ce jour ont eu pour but à peu près exclusif de déterminer le poids du sang relativement à celui du corps. Pour arriver à ce résultat, deux modes principaux d'évaluation ont été mis en usage; d'une part, on a extrait le sang d'un animal le plus complètement possible, puis on a estimé son poids relatif; de l'autre, on a recueilli ce liquide chez les individus morts d'hémorrhagies et l'on a aussi comparé son poids à celui de l'organisation entière.

De très nombreuses observations ont été faites par ces deux procédés. Mais elles ne sont pas aussi concluantes qu'on aurait pu le désirer. Fréd. Hoffmann évaluait la masse totale de ce liquide à 28 livres chez un homme de poids ordinaire, et Quesnay à î27, c'est-à-dire à la cinquième partie environ de ce poids. Haller se range à leur avis (1). P. Bérard, s'appuyant sur l'ensemble des faits observés, estime que sa quantité s'élève à la huitième partie environ du poids total (2). Malgaigne, qui a soumis ces mêmes faits à une très judicieuee critique, en conclut que la masse sanguine serait de 5 kilogrammes dans le sexe masculin, de 4 l/:2 dans le sexe féminin, et ne représenterait que la quatorzième partie du poids du corps, estimation plus rigoureusement déduite que la précédente, mais elle est un peu trop fiiible, le poids moyen du corps étant de 0!2 kilogrammes chez l'homme et de 55 chez la femme; dans l'un et l'autre sexe, elle en représente donc en réalité la douzième partie, évaluation plus approximative que les précédentes.

Or, si le sang, duquel partent tous les liquides sécrétés et exhalés, dans lequel viennent se déverser le chyle et la lymphe, ainsi que tous les liquides absorbés, si le sang, qui surpasse de beaucoup à lui seul toutes les autres humeurs, ne représente en moyenne que la douzième partie

(1) HaUer, Elenienla phijsioLy t. 11, p. 5.

(2) P. Bérurd, Traité de physiologie, i. III, p. 13.

;iU bV CORPS HUMALN EN GÉNÉRAL

du poids du corps, il faut admettre en définitive que les parties liquides sont en très petite minorité dans Téconomie animale, et que celle-ci est essentiellement constituée par des parties solides.

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