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Marche de russification dans les os larges

Les os larges sont peu nombreux, puisqu'on n'en compte que treize dans le squelette, huit à la tète et cinq au tronc. Dans ce nombre, il en est quatre, les deux pariétaux et les deux omoplates, qui ont pour origine un seul point d'ossification primitif; le frontal et le vomer naissent chacun par deux points primitifs; les temporaux et les os iliaques par trois points ; l'occipital par cinq et le sternum par six. Le sphénoïde est particulièrement remarquable sous ce point de vue; il ne présente pas moins de douze points d'ossification primitifs.

Parmi ces treize os, il en est sept dont le développement s'opère exclusivement aux dépens de leurs points primitifs. Les six autres possèdent un ou plusieurs points complémentaires; ce sont : le sternum

(1) HuDtcr, Œuvres complètes, traduites par Kichclut, 1. IV, p. -ill.

(2) Flourens, Théorie expérimentale de la formation des os, 1817, p. 23

qui n'en possède qu'un, le sphénoïde qui en ca deux, les omoplates qui en ont quatre, et les os iliaques qui en ont cinq.

Les points primitifs se développent suivant deux modes très différents. Dans les os larges, qui ont pour origine un cartilage, comme ceux du tronc, le point primitif représente un petit disque nettement limité, dont la circonférence s'agrandit graduellement, en conservant toujours un contour régulier, d'une épaisseur égale à celle du centre. — Dans les os qui ont pour origine le tissu conjonctif, comme ceux de la voûte du crâne, le point primitif affecte d'abord la forme d'un réseau dont les mailles se resserrent progressivement, puis finissent par se combler. De ce réseau naissent des irradiations ou aiguilles osseuses, comparées par les anciens aux dents d'un peigne, irradiations qui s'allongent de plus en plus. A mesure que ces aiguilles se prolongent et s'écartent, d'autres s'avancent dans leurs intervalles. L'os prend ainsi peu à peu plus de largeur, d'épaisseur et de solidité.

En s'étendant par voie de rayonnement, ces os se rapprochent. Arrivés au contact, ils continuent encore à rayonner; on les voit alors se pénétrer par leur circonférence, les parties saillantes de l'un étant reçues dans les parties rentrantes de l'autre, et réciproquement. Leur mode de développement a donc pour effet de leur permettre de s'unir en s'engrenant par leurs bords.

Vers le sixième mois de la vie intra-utérine, tous les points primitifs des os larges ont paru; et quelques-uns, comme ceux du crâne, ont déjà pris un remarquable développement. A la naissance, ces derniers sont assez développés pour se toucher par leurs bords et même par leurs angles. Ils ne sont plus séparés les uns des autres qu'à l'union des deux pariétaux avec les deux moitiés du frontal, où ces quatre points d'ossification restent encore séparés par un espace membraneux de forme losangique appelé fontanelle antérieure.

En examinant avec attention les os larges existant à cette époque, on remarque qu'ils ne sont constitués que par leur couche moyenne; les tables destinées à recouvrir celle-ci n'ont pas encore paru. Il existe seulement un premier vestige de la table externe; c'est pourquoi leurs surfaces sont alors inégales, rugueuses, criblées de dépressions qui représentent autant de petites cellules ou aréoles. Les os larges, sous ce point de vue, diffèrent beaucoup des os longs.

Les points complémentaires se développent tardivement. La principale épiphyse de l'omoplate se montre, il est vrai, de quinze à dix-huit mois. Mais toutes les autres épiphyses n'apparaissent que de douze à seize ans. Parmi celles-ci, les plus remarquables sont celles qui occupent le bord des os, d'où le nom d'épiphyses marginales (margo, bord) qui leur a été donné, Elles sont aux os larges ce que les épiphyses termi*

nales sont aux os longs. C'est aux dépens du cartilage compris entre elles et les points d'ossification primitifs que l'os acquiert toute l'étendue superficielle qu'il doit avoir. Mais la face profonde ou osléogénique du périoste restant le point de départ de couches nouvelles qui se superposent, il continue pendant quelque temps encore h augmenter d'épaisseur.

c. Marche de l'ossiiication dans les os courts.

Parmi ces [os, ceux qui occupent la ligne médiane sont rapidement envahis par les sels calcaires. Tous les points d'ossification primitifs des vertèbres ont paru à la fin du quatrième mois. Les os courts situés à droite et à gauche de cette ligne sont en général plus tardifs dans leur développement. La plupart d'entre eux ne commencent à s'ossifier que de la première à la cinquième année.

Les os courts médians, qui naissent par trois points primitifs, ont en outre cinq points complémentaires. Les os courts latéraux se développent par un seul point primitif et ne possèdent aucun point complémentaire; le calcanéum seul présente une épiphyse.

La marche de l'ossification dans les os courts est d'autant plus rapide que les points primitifs ont été plus lents à paraître. Les latéraux, qui se montrent longtemps après les médians, arrivent à leur complète évolution bien avant ceux-ci. Sur ces derniers, les épiphyses ne se forment que vers la cinquième année et se soudent à seize ou dix-sept ans.

Arrivés au terme de leur ossification, ces os continuent à augmenter de volume, par suite de la superposition de couches nouvelles émanées de la face profonde du périoste. Mais à mesure qu'une couche nouvelle se forme, l'ancienne est en partie absorbée, de telle sorte que le tissu osseux passe presque aussitôt de l'état compact à l'état spongieux.

L'étude des phénomènes qui se passent dans les os longs, les os larges et les os courts, pendant la longue durée de leur développement, démontre donc, en définitive, qu'ils sont soumis à un mouvement continu de composition ei de décomposition. Nulle part ce double mouvement n'est plus accusé que dans le tissu osseux. De plus, il offre ici ce caractère exceptionnel que chacun des actes qui le constituent affecte un siège spécial, le premier occupant les parties superficielles, et le second les parties profondes. Pour le mettre en évidence, il suffit de colorer les os d'un jeune animal en mêlant à ses aliments de la racine de garance pulvérisée.

Belchier, chirurgien anglais, dînant chez un teinturier, avait remarqué qu'un os de porc frais était rouge. Il apprend que cette coloration était due à la racine de garance ; et quelque temps après il mêla de la poudre

de cette racine à la nourriture d'un jeune coq ; ses os prirent en effet une couleur rouge.

L'observation du chirurgien anglais ayant attiré l'attention de Duhamel, cet observateur nourrit à son tour plusieurs animaux avec des aliments auxquels était mêlée de la garance; il obtint des résultats analogues. Ses expériences et celles qui ont été faites après lui par un grand nombre d'auteurs nous ont appris :

1" Que la racine de garance pulvérisée communique une coloration rouge à tous les os, et aux os seuls ;

2° Que lorsqu'on a soumis un jeune animal au régime de la garance, si on le sacrifie quelque temps après, les os longs, transversalement divisés, présentent sur la surface de section un cercle blanc qui répond au canal médullaire, et un cercle rouge qui répond au périoste ; le premier représente l'ensemble des couches qui existaient avant l'expérience et le second, l'ensemble des couches qui se sont formées pendant la durée de celle-ci ;

3** Si après avoir mis l'animal au régime de la garance, on le remet au régime ordinaire, pour reprendre ensuite la garance et revenir encore au régime habituel, la surface de section présente quatre cercles : un cercle blanc intérieur, un cercle rouge, un second cercle blanc, puis un second cercle rouge, lesquels correspondent chacun au régime auquel l'animal a été soumis;

4** La coloration des os est d'autant plus vive et d'autant plus rapide que l'animal est plus jeune;

5* Cette coloration, alors même qu'elle est très intense, n'est jamais tout à fait complète. Dans les couches rouges on aperçoit çàet là des particules blanches, et dans les couches blanches des particules rouges : fait important signalé surtout par MM. Brûlé et Hugueny. Il démontre, ainsi que le font remarquer ces auteurs, qu'indépendamment du travail de résorption en vertu duquel disparaissent des couches entières, il se produit sur une multitude de points des résorptions partielles ;

6° Chez les animaux adultes, les os ne se colorent plus, ou du moins se colorent à peine et seulement dans quelques-unes de leurs parties.

La matière colorante de la garance permet donc de suivre en quelque sorte pas à pas la superposition des couches nouvelles à la périphérie des os, et la destruction des couches anciennes sur les parois des canaux médullaires. Ace double mouvement, qui a pour but l'accroissement et l'agrandissement de ceux-ci, s'ajoute un autre travail intime, d'une nature analogue, qui se passe dans tous les points de leur épaisseur et qui se lie à la nutrition.

Le mouvement d'accroissement cesse de trente-cinq à quarante ans. Le mouvement nutritif se ralentit sous Tinfluence de Tàffe.

E. — Phéa«iiièaea qnt mm prodaUeat dans les •• «|irès leur «•■iplet éé^etoppeneat.

Lorsque les os ont acquis leur plus grande épaisseur, le travail de reproduction qui avait pour siège la périphérie de Tosse trouve suspendu d'une manière complète et définitive. Mais le travail de résorptiou s'opérant aux dépens des parties profondes continue et se prolonge jusqu'au terme de l'existence. De là des modifications d'abord à peine sensibles, qui présentent plus d'importance à mesure que nous avançons en âge.

Dans les os longs, la résorption s'opère à la lois sur les parois du canal médullaire et aux deux extrémités de ce canal, c'est-à-dire sur le tissu compact et sur le tissu spongieux. Il en résulte que tous les canaux médullaires augmentent progressivement de cîilibre et de longueur. J'ai comparé les fémurs de trois femmes dont Tune avait vingt-huit ans, l'autre soixante et dix, et la plus âgée quatre-vingt-douze : chez la première, l'épaisseur des parois du canal médullaire, dans sa partie moyenne, était de 5 à 6 millimètres ; elle se trouvait réduite à 4 chez la seconde, et à 2 chez la troisième. Chez cette dernière, le canal médullaire, d'une capacité énorme, s'étendait en bas jusqu'au niveau de la poulie fémorale, et en haut jusque dans le col du fémur.

Dans les os larges, il se passe des phénomènes analogues, et non moins accusés. C'est d'abord sur le tissu spongieux que s'exerce l'absorption; les trabécules de ce tissu s'amincissent; les cellules deviennent plus grandes ; elles communiquent plus largement. A soixantequinze ou quatre-vingts ans, ce travail de destruction s'étend du tissu spongieux à la face correspondante des deux tables de l'os qui s'amincissent et en même temps se rapprochent, d'où une diminution d'épaisseur. Le rapprochement graduel des deux tables est surtout remarquable dans les os du crâne; il s'opère aux dépens de la table externe qui se porte vers l'interne. Cependant sur la partie inférieure du frontal un phénomène inverse se produit; la table interne, moulée sur le cerveau restant immobile, c'est la table externe qui se porte en avant, d'où l'agrandissement indéfini des sinus frontaux.

Dans les os courts, le tissu spongieux devient le siège d'une raréfaction semblable. Ils perdent ainsi une partie de leur résistance et se déforment d'autant plus qu'ils ont à supporter un poids plus considérable. On peut constater celte déformation sur les vertèbres et plus particulièrement sur les dernières qui se dépriment en avant: d'où l'abaissement de la taille et l'incurvation du tronc dans la vieillesse. En se rapprochant, leurs faces supérieure et inférieure s'élargissent, et donnent ainsi naissance à une double saillie circulaire, inégale et

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nigueuse, qui suffit au premier aspect pour dénoter Tàge avancé de l'individu auquel elles ont appartenu.

En résumé, [pendant leur développement, le mouvement de composition remportant sur le mouvement de décomposition, les os acquièrent une solidité croissante.' Dès qu'ils sont parvenus au terme de leur évolution, le mouvement de décomposition existant seul, commence à les contre-miner de toutes parts; ils se raréfient de plus en plus, et leur solidité diminue [en raison de celle raréfaction : ainsi s'expliquent la légèreté et la fragilité des os chez le vieillard.

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