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ÉPAISSEUR DES PAROIS DU CRANE

F. — Épaissear des parois da erëùie. Rapport de «es deax (aMeo. Canaux velneiix dn dlploé.

L'épaisseur des parois du cràue varie pour les diverses parties de celte cavité. Sur la voûte, elle est en général de 5 niillimètres ; sur les parties latérales, elle se réduit à 3 ou 4, et sur certains points à 2, à i et même à un demi-millimètre. — Inférieurement, elle atteint 1 centimètre au niveau de la bosse nasale, 12 à 15 millimètres sur les protubérances occipitales, 15 à 18 sur l'apophyse basilaire et le corps du sphénoïde, 18 à 20 sur la base des rochers. Mais sur d'autres points, particulièrement sur les bosses orbitaires et sur les fosses occipitales inférieures, les parois du crâne sont d'une extrême minceur. Elle diffère donc, sous ce point de vue, non seulement pour les principales régions de la cavité, mais pour chacune des parties qui composent ces régions ; et dans chaque partie, elle se modifie même d'un pointa un autre. Les deux tables du crâne, en un mot, restent rarement parallèles ; en multipliant les coupes pour étudier leur direction relative, on les voit incessamment se rapprocher ou s'éloigner l'une de l'autre. Pour se rendre compte de ce défaut de parallélisme, il importe de les considérer séparément.

FiG. 41. — Canaux veineux des parois du crâne.

1, 1. Canaux veineux d'un crAnedc vieillard dont la plupart des os étaient soudés; ces canaux qui cheminent d<in8 Tépaisseur du diploé se continuent entre eux. — 2, 2. Canaux veineux dépendant du frontal. — 3, 3, 3. Canaux parcourant le pariéal. — 4, 4. Canaux compris entre les deux tables de Toccipital. — 5. Tronc commun de tous les canaux qui précèdent. — 6. Ce même tronc traversant le trou mastoïdien pour aller s'ouvrir dans la moitié terminale des sinus latéraux.

La table interne, appliquée à la surface de l'encéphale, en suit tous les contours ; elle se déprime au niveau des parties saillantes, et se soulève au niveau des parties rentrantes ; elle se moule, en un mot, sur tous les organes qu'elle embrasse, aussi fidèlement que pourraient le faire les diverses substances à l'aide desquelles on prend des empreintes. Si cette première couche formait à elle seule tout le crâne, elle traduirait assez exactement au dehors le volume et la forme des parties sous-jacentes. Mais deux autres couches la recouvrent, et toutes deux offrent une disposition bien différente; l'une et l'autre semblent avoir pour usage défaire disparaître ces inégalités.

La couche spongieuse, ou le diploé, divisée en une multitude d'îlots, remplit toutes les dépressions qu'elle rencontre sur son trajet et rétablit ainsi le niveau entre les parties rentrantes et saillantes. La table externe, en s'élalant sur elle, achève de tout niveler.

Cette table, accessible à nos sens, ne correspond donc pas à la table profonde; elle ne se moule pas sur elle; elle ne la reproduit pas; elle la masque, au contraire. C'est en vain que celle-ci s'imprime avec tant d'exactitude sur la surface des hémisphères ; de toutes les saillies qui la recouvrent, rien ne transpire au dehors. Le diploé et la table externe, en s'étendant sur elle comme une cire molle, dérobent à nos regards ses plus grandes comme ses moindres ondulations. Comparez la surface concave et la surface convexe de la voûte du crâne, la partie interne et la partie externe de ses parois latérales, la partie supérieure et la partie inférieure des voûtes orbitaires, vous verrez d'un côté une configuration en harmonie avec celle des hémisphères cérébraux, de l'autre une surface unie qui en diffère complètement.

Bien que le crâne laisse entrevoir la forme générale de l'encéphale, il n'exprime donc aucun des détails qu'on remarque sur sa périphérie. En présence de ce fait, qui n'a pas suffisamment fixé l'attention des anatomistes, la doctrine de Gall, considérée dans ses applications, reste frappée de nullité. La crânioscopie n'a pour base qu'une erreur anatomique ; car elle suppose que la table externe se moule sur l'interne, comme celle-ci se moule sur le cerveau. Or la première ne se moule pas sur la seconde; elle la masque, au contraire, au point d'en faire disparaître toutes les inégalités.

Les canaux veineux du crâne présentent de si grandes différences individuelles qu'il est difficile d'en donner une description générale. Situés presque tous sur la voûte, ils peuvent être divisés en frontaux, pariétaux et occipitaux. — Ceux qui ont pour siège le frontal se dirigent de haut en bas vers les arcades orbitaires. — Ceux qui appartiennent à l'occipital, peu développés aussi, se portent de bas eu haut vers la suture lambdolde. — Ceux des pariétaux, plus considérables, plus longs et plus sinueux que les précédents, convergent oixlinairement vers deux troncs

priiicipaax qui chemiiienr de haut en bas et qui communiquent par une ou deux anastomoses antéro-postérieures. Ils présentent à leur origine, sur les côtés de la suture bipariétale, des communications très nombreuses avec les veines périostiques ; le trou pariétal est traversé par une veine qui se continue souvent avec ces sinus.

Chez l'adulte les canaux frontaux, pariétaux et occipitaux restent indépendants. Dans la vieillesse, ils se prolongent à travers les soudures des os de la voûte, et fmissent par ne former qu'un seul système.

En même temps que ces canaux se prolongent au travers des sutures pour entrer en communication, ils s'élargissent et deviennent de plus en plus manifestes. Leur calibre, très minime chez l'enfant et souvent aussi chez l'adulte, est donc en raison directe de l'âge. Il existe toutefois à cet égard de très grandes variétés selon les individus: chez quelques-uns, jusque dans l'âge le plus avancé, les canaux veineux conservent un médiocre calibre ; chez d'autres, ils arrivent à des dimensions relativement énormes.

Dans la vieillesse et souvent aussi dans l'âge adulte, on voit se produire sur la dure-mère de petites tumeui^ essentiellement veineuses et comme variqueuses qui détruisent la table interne, ainsi que le diploé, et qui entrent en relation avec les canaux veineux. Quelquefois ces tumeurs se multiplient ; les parois du crâne sont alors criblées de fossettes irrégulières et taillées à pic pour la plupart.

G. — Dëveloi^i^eBieiii du erAne.

Le crâne, dans le cours de son développement, et même après sa complète évolution, subit de très notables modifications. Pour le connaître sous ses divers aspects, il importe de le considérer chez le fœtus, le nouveau-né, l'adulte et le vieillard.

Le système nerveux central au début de son développement est représenté par un long tube qui forme la moelle épinière et qui se termine supérieurement par trois ampoules. Ces trois ampoules constituent l'encéphale ; elles sont recouvertes d'une mince enveloppe qui a reçu le nom de crâne membraneux; dans cette première période le crâne, extrêmement mince, est formé par un tissu conjonctii embryonnaire.

1° Apparition du crâne et modifications qu'il subit pendant la durée de la vie intra-utérine.

Mais bientôt sa moitié inférieure est envahie par la chondrine ; elle se transforme en cartilage, lequel se moule sur la partie correspondante de l'encéphale et se compose d'une seule pièce. Ce cartilage est extrêmement mince et transparent; lorsqu'on le fait macérer dans l'eau, il prend une belle couleur rouge. C'est à ses dépens que se formeront l'ethmoîde, le

sphénoïde, la moitié inférieure des temporaux et les deux tiers inférieurs de Toccipital. — La moitié supérieure ou la voûte du crAne reste à l'étal celluleux; elle donnera naissance au frontal, aux pariétaux, à la portion écailleuse des temporaux et au tiers supérieur de Toccipital.

Au quarantième ou quarante-cinquième jour on voit naître les deux arcades orbitaires. Le point osseux propre à chacune d'elles s'étend: d'une part, vers le front, de l'autre vers l'orbite, c'est-à-dire tout à la fois vers la voûte et vers la base. A la fm du deuxième mois, la portion moyenne ou cérébelleuse de l'occipital se montre ; elle est suivie de près par les apophyses articulaires et basilaire de cet os, et ensuite par le point qui doit constituer son tiers supérieur.

Dans la première moitié du troisième mois, la portion écailleuse des temporaux commence à se développer à droite et à gauche. — Dans la seconde, le pariétal apparaît sur la voûte, et le sphénoïde sur la base du crAne. L'ossification ne s'étend donc pas de proche en proche; elle procède en quelque sorte par voie d'opposition: îiinsi les premières molécules osseuses se déposent sur l'extrémité antérieure du crâne, puis d'autres molécules se déposent sur son extrémité postérieure; elles se montrent ensuite aux deux extrémités du diamètre transversal ; et un peu plus tard aux deux extrémités du diamètre vertical. De ces deux extrémités opposées, celle qui fait partie de la voûte s'ossifie la première. Hais comme l'ossification se montre tour à tour sur les points diamétralement opposés, il en résulte que la voûte et la base peuvent être considérées comme s'ossifiant simultanément.

Les points osseux qui répondent à l'une et à l'autre s'accroissent du reste avec la même rapidité. Ceux de la bsise, étant plus nombreux et plus rapprochés, arrivent plus tôt au contact. Ceux de la voûte, qui sont moins multipliés et très espacés, se rencontrent à une époque plus tardive. A la naissance, les premiers, contigus pour la plupart et déjà solidement unis entre eux, forment un plan résistant; les seconds, se touchant seulement par leurs bords, peuvent se mouvoir les uns sur les autres.

Chez l'enfant naissant, la base du crâne n'est cependant pas complètement ossifiée. La lame criblée de l'ethmoïde et l'apophyse qui la surmonte sont encore cartilagineuses; la lame quadrilatère du sphénoïde et la partie postérieure de son corps le sont aussi. Les autres parties ont subi la transformation osseuse ; cependant elles ne sont pas soudées et restent très distinctes les unes des autres.

2° Du crâne à la naissance.

Les os de la voûte, extrêmement minces, représentent autant de Limes flexibles, élastiques et mobiles; ils se touchent par leurs bords, mais sont encore séparés au niveau de leurs angles. Une membrane fibreuse.

DÉVELOPPEMENT ])V CHANE.

très résistante, les unil entre eux. Cette membrane se compose de trois couches : 1" d'une couche moyenne fibreuse représentant les derniers restes du crâne membraneux, se continuant avec la circonférence des os, et destinée à s'ossifier de proche en proche; S** d'une couche externe ou périostique; 3** d'une couche interne dépendante de la dure-mère. Ces trois couches adhèrent et constituent pour les os de la voûte un puissant moyen d'union qui s'élargit au niveau des angles : c'est à ces espaces membraneux qu'on a donné le nom de fontanelles.

Il existe d'abord six fontanelles: deux médianes, deux latérales droites et deux latérales gauches. Les médianes, de même que les latérales, se distinguent en antérieure et postérieure.

La fontanelle médiane antérieure est la plus étendue. Elle répond à l'union des pariétaux avec les deux moitiés du frontal et présente la figure d'un losange à bords curvilignes et rentrants. Chez le nouveau-né, le grand axe du losange, dirigé d'arrière en avant et de haut en bas, est de4 à 5 centimètres. Le petit axe ou l'axe transversal varie de 2 1/2 à 4. Ses côtés supérieurs sont représentés par l'angle antérieur des pariétaux, et les inférieurs, d'une longueur double, par le bord interne des deux moitiés du frontal. L'angle que forment les premiers est obtus. L'angle

Fie. i2. — Le crâne à La naissance^ ime supérieure.

Fir,. i3. — Le même crânes vue latérale.

FiG.42. — 1, 1. Les deux moitiés du frontal. — 2. Pariétal.— 3. Les deux pariétaux, se juxtaposant par leur bord supérieur, mais ne présentant encore aucune trace des dentelures par lesqueUcs ils s*engrènoront plus tard. — 4, i. Union de cet os 'avec les deux moitiés du frontal. — 5. Fontanelle antérieure, offrant la fipure d'un losange. — 6. Son angle antéro-inférieur, très aigu. —7. Son angle postéro-supérieur, beaucoup plus ouvert. — 8, 8. Ses angles latéraux. — 9. Occipital. — 10. Union de cet os avec les deux pariétaux. — 11. Angle supérieur de l'occipital, comblant l'angle rentrant que lui présentent les pariétaux.

FiG. 43. — 1. Frontal. — 2. Pariétal. — 3. Temporal. — 4. Occipital. — 5. Dernier vestige de la fontanelle postéro-inférieure, située au point de convergence des trois os qui précèdent. — (î. Grande aile du spbénoïde. — 7. Fontanelle anléro-iiiférieure située «lu point d'union de cet os avec le pariétal et le temporal; à la naissance elle a presque entièrement disparu. — 8. Cercle tympanal. — 9. Trou occipital.

formé par les seconds esl toujours très tiifju. — Chacun des os conconranl à circonscrire celle fontanelle offre une assez grande mobilité.

La figure, les dimensions et la direction de cette fontanelle médiane antérieure sont autant de données utilisées dans la pratique des accouchements pour déterminer avec précision la situation du fœtus.

h^ fontanelle médiane postérieure esl un espace angulaire compris entre les deux pariétaux et l'angle supérieur de Toccipital. Cet angle s'élevanl progressivement, Tespace membraneux qui le surmonte se réduit de plus en plus, puis s'efface à peu près complètement vers la fin du neuvième mois de la grossesse. La fontanelle médiane postérieure n'existe plus, par conséquent, à la naissance ; à cette époque du moins on n'en trouve plus que le vestige. Chez le nouveau-né, l'angle de l'occipital remplit entièrement l'angle rentrant des pariétaux. Mais les trois os, au lieu d'être unis et immobiles comme ils le seront plus tard, se meuvent les uns sur les autres. L'occipital, situé sur un plan plus déclive que les pariétaux, bascule autour d'un axe transversal, et lorsqu'on presse son angle supérieur, celui-ci tend à s'engager sous les deux pariétaux. La bifidité que présente cet angle n'est pas ordinairement sensible au toucher et ne saurait, dans aucun cas, simuler l'angle caigu ou inférieur de la fontanelle antérieure, ainsi que l'ont pensé quelques auteurs.

La fontanelle latérale antérieure^ située dans la fosse temporale, sépare la grande aile du sphénoïde de l'angle correspondant du pariétal. Elle offre tantôt une figure quadrilatère et très souvent une figure triangulaire ; dans ce dernier cas, elle se prolonge en arrière, entre le pariétal et la portion écailleuse du temporal. Ses dimensions sont peu considérables. A la naissance on en trouve à peine un dernier vestige.

La fontanelle latérale postérieure occupe le point vers lequel convergent le pariétal, le temporal et l'occipital ; elle est plus petite que la précédente, et irrégulièrement triangulaire. De même que celle-ci, elle disparait à la fin du neuvième mois de la grossesse.

Chez le nouveau-né, les os du crâne se composent d'une seule couche qui représente le diploé sous sa forme primitive. Les deux tables se formeront plus tard, l'une aux dépens du périoste, l'autre aux dépens de la dure-mère. La première qui apparaît est la table externe, dont on aperçoit un vestige au niveau des bosses pariétales.

Les os de la voûte sont plus vasculaires que ceux de la base. La différence qu'ils présentent sous ce point de vue est remarquable. Pour la constater, il suffit d'enlever le périoste et la dure-mère et de les examiner par transparence ; on voit alors que sur les os de la voûte il existe à leur centre un riche réseau vasculaire, dont les mailles s'étendent jusqu'à leur circonférence, en s'allongeant de plus en plus, au point de devenir presque parallèles.

Le périoste, relativement plus épais que chez Tadulte, n'oiïre qu'une faible adhérence, en sorte que, dans les accouchements laborieux, il peut se détacher sur la convexité de la voûte, soit mécaniquement par suite des mouvements communiqués aux téguments, soit à la suite d'épanchémcnts sanguins sous-périostiques qui le décollent en s'étendant, soit sous rinfluence simultanée de ces deux causes. On obseiTe souvent de semblables décollements sur les enfants mort-nés.

C'est aux dépens de la couche celluleuse sous-périostique que se forme la table externe des os. — La dure-mère, remarquable alors par sa grande vascularité, préside à la formation de la table interne. Son adhérence n'est pas plus prononcée que celle du périoste ; on peut même la décoller plus facilement, parce qu'elle offre plus de résistance.

3"* Modifications que subit le crAne, de la naissance à l'âge adulte.

Chez l'enfant, les os du crâne continuent à s'étendre. Ceux de la base se complètent successivement par la soudure de leurs divei*s points d'ossification, qui sont tous fusionnés à six ou sept ans. Ceux de la voûte, moins avancés dans leur développement, continuent de marcher à la rencontre les uns des autres ; leurs angles s'allongent et ne tanlent pas à se rencontrer. Nous avons vu qu'ils se rencontrent déjà à la fin de la grossesse pour la fontanelle postéro-supérieure. Les dernières traces des fontanelles latérales s'effacent dans les premiers mois qui suivent la naissance. L'antéro-supérieure persiste plus longtemps; elle disparait de deux ans à deux ans et demi.

Lorsque tous les espaces membraneux se trouvent comblés, les bords et les angles des os de la voûte commencent à s'entre-croiser par les aiguilles de leur circonférence ; ils se pénètrent réciproquement. Parvenus au fond des angles rentrants qui les reçoivent, les rayons osseux perdent leur forme régulière ; on voit naître de leurs parties latérales des dentelures de second ordre, extrêmement variables dans leurs dimensions et dans leur configuration. Après s'être parallèlement entre-croisés, ces rayons se pénètrent sur les côtés comme les deux roues d'un engrenage. Dans les premières années de l'enfance, les os de la voûte unissent, en un mot, leurs bords opposés par voie de simple pénétration réciproque ; à douze ou quinze ans, la pénétration devient double ; plus tard, on observe même, sur certains points, une pénétration triple.

Entre les bords ainsi unis par engrenage, il existe une couche fibreuse qui a été considérée à tort comme un cartilage ; elle représente les derniers débris de la couche moyenne des fontanelles. C'est aux dépens de cette couche qu'ils continuent à croître en surface. — Ils croissent en épaisseur, aux dépens des lamelles successivement émanées de la couche

profonde du périoste et de la face adhérente de la dare-inère. Ces lamelles forment les tables externe et interne. La seconde se moule sur les parties saillantes et rentrantes du cerveau : d'où les impressions digitales et les éminences mamillaires qu'elle nous offre à cet âge sur les parties latérales et inférieures du crâne.

4° Modifications qui se produisent dans le crâne, de Tâge adulte à rextrême vieillesse.

A trente-cinq ou quarante ans, les os du crâne ont acquis leur épaisseur définitive. Mais ils continuent à croître en surface, et la cavité crânienne continue à croître en capacilé, aussi longtemps que la couche fibreuse intersulurale n'est pas épuisée, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où les sutures s'ossifient. Cette époque est très variable. Chez quelques individus, les os ne commencent à se souder qu'à soixante ou soixante-cinq ans ; chez la plupart leur soudure débute à quarante ou quarante-cinq ans. Mais elle peut débuter beaucoup plus tôt. Je possède une tête d'enfant, dont la fontanelle médiane antérieure n'est pas encore fermée, et chez lequel la suture fronto-pariétale est soudée à droite et à gauche. Sur d'autres têtes d'enfants, j'ai vu plusieurs fois des soudures portant sur une étendue de 1 ou 2 centimètres seulement. Il est facile de pressentir les conséquences de ces soudures prématurées ; le crâne éfanl arrêté dans son développement surun point, et continuant à se développer sur les autres, perdra sa forme régulière et symétrique. Le cerveau restera atrophié au niveau de ce point ; et si l'atrophie a pour siège sa partie antérieure et supérieure, comme chez l'enfant précédemment mentionné, l'intelligence pourra en subir une grave atteinte.

L'ordre dans lequel s'ossifient les diverses sutures est encore un objet de dissidence parmi les auteurs. Il résulte de l'ensemble des faits très nombreux que j'ai pu observer que la suture sagittale ou bi pariétale est la première qui s'efTace ; son ossification commence au niveau des trous pariétaux ; de là elle s'étend à la fois en arrière et en avant. Pendant qu'elle s'étend, on voit la suture fronto-pariétale se souder à droite et à gauche dans sa partie inférieure ; la soudure chemine ensuite de bas en haut, de sorte qu'elle marche à la rencontre de la soudure bipariétale. Celle-ci, d'une autre part, en se prolongeant en arrière, envahit peu à peu et de haut en bas la suture lambdoide. En général, la soudure s'étend donc de la région pariétale aux régions frontale et occipitale.

Telle n'est pas cependant l'opinion de Gratiolet, qui a formulé à cet égard la loi suivante : Dans la race caucasique, les sutures se ferment d'arrière en avant, en sorte que la partie du cerveau qui est plus spécialement affectée à l'intelligence peut continuer à s'accroître alors que toutes les autres ont déjà acquis leur volume définitif; dans la race nègre, les sutures s'eflacent, au contraire, d'avant en arrière, et les lobes

KKSISTAiNCE DU CHANE. â07

antérieurs, par conséquent, sont les premiers qui s'arrélenl dans leur développement. Je n'ai pas observé les modifications qui se produisent à cet âge dans la rcice nègre. Mais dans la race blanche il me parait hors de toute contestation que la soudure des os du cn\ne débute le plus habituellement par la région pariétale et s'étend ensuite de proche en proche vers les régions frontale et occipitale.

Cette soudure commence constamment par la table interne ; elle s'opère de dedans en dehors. Dans l'étude qui a pour but de déterminer l'ordre suivant lequel s'ossifient les sutures, il importe donc d'avoir à sa disposition des crânes ouverts et de les examiner surtout par leur surface interne.

Les os du crâne sont soudés, pour la plupart, de soixante-quinze à quatre-vingts ans. A cet âge, on les voit se continuer presque tous par leur face interne. Mais beaucoup de sutures restent encore très distinctes sur la face externe ; elles s'effacent peu à peu de quatre-vingts à quatrevingt-dix ou quatre-vingt-quinze ans. Les pièces très multipliées qui composaient l'enveloppe osseuse de l'encéphale au début de la vie se trouvent ainsi ramenées à l'unité dans l'extrême vieillesse.

Lorsque le crâne n'est plus formé que d'une seule pièce, ses parois s'amincissent, par suite de la tendance de ses deux tables à se rapprocher. La table interne devient plus dense, plus dure, plus fragile. Une couche plus épaisse de liquide encéphalo-rachidien la séparant du cerveau, les impressions digitales se comblent, les éminences mamellaires s'affaissent, et la voûte du crâne reprend l'aspect uni qu'elle offrait au début de sa formation. Les sillons vasculaires persistent ; ils se creusent de plus en plus, au point de se convertir, sur certains points, en véritables conduits. — Les canaux veineux du diploé augmentent de calibre ; ils s'étendent à travers les soudures des divers os et s'anastomosent entre eux. C'est alors aussi que se produisent sur la surface adhérente de la dure-mère de petites tumeui*s variqueuses, qui minent çà et là les parois du crâne pour se loger dans leur épaisseur.

H. — WLémîmtwkuee da erAne.

Les os qui composent le crâne sont si admirablement agencés qu'un ébranlement, quelque violent qu'il soit, ne saurait les désunir. Le premier effet de cet ébranlement est toujours de les rapprocher et de les solidariser dans la résistance qu'ils opposent aux violences extérieures. Les annales de la science ne renferment aucun lait attestant que ces violences peuvent les séparer. L'écartement des sutures a lieu quelquefois; mais il est toujours consécutif à une fracture.

Le mode de résistance des parois du crâne a été, du reste, très bien exposé en 1730 par Ilunauld. Cet auteur compare avec raison la voûte

208 osTÉOLOGiii:.

crânienne aux voûtes architecturales, et les temporaux aux murs boutants qui les soutiennent.

1° Résistance du crâne aux chocs dirigés de haut eu bas.

Loi'squ'un faixieau est posé sur le vertex, ou un coup violent appliqué sur cette région, le bord supérieur des pariétaux tend à se déprimer, et leur bord inférieur à se porter en dehors. Mais deux causes s'opposent à ce mouvement de bascule : d'une part, les dentelures dont le premier bord est armé ; de l'autre, l'écaillé du temporal qui, taillée en biseau aux dépens de sa face interne, s'applique contre le biseau du pariétal, pris au contraire sur la face externe. Les pariétaux ne pourraient donc s'écarter inférieurement qu'à la condition de renverser en dehors les murs boutants représentés par les temporaux et les grandes ailes du sphénoïde; or ces grandes ailes sont très solidement soudées au corps de l'os; les temporaux eux-mêmes sont complètement immobilisés. Ils le sont par un mécanisme très simple, qu'aucun observateur, jusqu'à présent, ne me parait avoir signalé.

Le bord par lequel ces os s'articulent avec la grande aile du sphénoïde est taillé en biseau aux dépens de la face interne supérieurement, et aux dépens de l'externe inférieurement, d'où il suit qu'ils s'appuient eu bas sur cette aile. — Le bord par lequel ils s'articulent avec l'occipital présente aussi dans sa partie supérieure un biseau qui est pris sur la face interne, et dans sa partie inférieure un autre biseau pris sur la face externe, en sorte qu'en arrière et en bas les deux temporaux s'appuient également sur cet os. Ainsi soutenus, en avant par le sphénoïde, en arrière par l'occipital, ils se trouvent immobilisés dans le sens vertical

Transversalement, ils sont fixés dans leur position d'une manière non moins solide par les connexions qu'ils affectent avec l'apophyse basilaire. De chaque côté, cette apophyse est coupée si obliquement en biseau aux dépens de sa partie inférieure, qu'elle se termine par une crête. Or cette crête est reçue dans une rainure anguleuse du sommet du rocher. De là il suit que ce sommet ne peut ni s'élever ni s'abaisser; il est fixe et complète par sa fixité l'immobilisation du temporal. En prenant des os séparés et articulant le temporal avec l'occipital, on voit très bien C4)mment les bords de l'apophyse basilaire sont reçus dans la rainure du sommet des rochers, et comment, par suite de cette pénétration, ceux-ci se trouvent fixés transversalement, de manière à ne pouvoir basculer ni de bas en haut, ni de haut en bas. Les deux rochers sont donc aussi solidement immobilisés par leur sommet que par leur base. Leur partie moyenne seule reste libre de toute connexion osseuse.

Ces faits anatomiques connus, voyons comment l'ébranlement communi(|ué au vertex se transmettra de la voûte à la base du crâne.

RÉSISTANCE DU CIUNE. 3011

Les deux pariétaux, se soutenant mutuellement en haut et se trouvant soutenus en bas, résisteront, à la manière des vbutes, et Fébranlement sera transmis au temporal, qu'il tend à faire basculer en dehors et en bas. — Une partie de l'effort suit le trajet de Tapophyse zygomatique et vient se perdre dans les os de la face. Cette apophyse représente, par conséquent, pour la portion écailleuse, un arc-boutant très grêle et assez faible, il est vrai, mais dont Tinfluence, cependant, ne saurait être contestée. — L'effort, après s'être décomposé et avoir subi une réduction dans son intensité, arrive jusqu'à la hase du rocher, tendant toujours à faire basculer le temporal, de manière à porter la base du rocher en bas, et son sommet directement en haut. Mais la base du rocher ne peut s'abaisser; et comme son sommet est fixé à droite et à gauche par les bords de Ttipophyse basilaire; comme, d'autre part, il est épais et compact;, il résiste aussi. La partie moyenne de la pyramide, qui est creusée de cavités multiples, et qui, en outre, ne prend aucun appui sur les os voisins, résiste avec moins d'efficacité; c'est pourquoi la fracture a généralement pour siège cette partie excavée du rocher.

Une partie de l'ébranlement communiqué au vertex est donc transmise aux os de la face par l'apophyse zygomatique; une seconde partie est transmise à l'apophyse basilaire par la portion pierreuse des temporaux; une troisième, au corps du sphénoïde, par la grande aile; une quatrième, à Toccipital.

On voit, par conséquent, que l'effort ne se concentre pas sur le point diamétralement opposé au point percuté, ainsi que l'ont pensé un grand nombre d'auteurs. Il se propage à la base du crâne par six voies différentes, qui ont pour centre commun une colonne médiane et horizontale, formée en avant par le corps du sphénoïde, au milieu par l'apophyse basilaire de l'occipital, en arrière par les condyles de cet os.

Le corps du sphénoïde n'en reçoit que la plus faible partie : disposition heureuse, qui nous explique la rareté de ses fractures; car, profondément excavé et constitué par des parois très minces, il était moins résistant encore que la partie moyenne des rochers. — La plus grande pai'tie de l'effort se transmet, en définitive, à l'apophyse basilaire et aux condyles de l'occipital, c'est-à-dire à la colonne vertébrale, dans laquelle il subit des décompositions qui l'épuisent rapidement.

!2^ Hésistaiice du eràne aux chocs dirigés de bas eu haut.

Lorsque le choc est communiqué à hi partie inférieure de la boîte osseuse, l'impulsion, s'irradiant en sens inverse et se transmettant de la base à la voûte, vient s'épuiser sur toute l'étendue de la suture sagittale. C'est à la suite d'une chute sur les talons, les genoux, ou les ischions, que la base du crâne est violemment ébranlée. Pendant la

210 OSTÉOLOGIÊ.

cliule, toutes les parties du corps sont animées de la inèine vitesse; les plus déclives s'arrêtent brusquement; celles qui les surmontent s'immcbilisent à leur tour; et Timmobilisalion s'effectuant de bas en haut, les plus élevées s'arrêtent les dernières.

La colonne vertébrale se trouve donc déjà immobilisée, lorsque la tète continue à descendre d'un mouvement uniformément accéléré. De là, une impulsion qui tend à refouler la colonne de haut en bas, avec une puissance proportionnelle à la hauteur de la chute et au poids de Texlrémité céphalique; mais, rigide, verticale et assise sur une base résistante, la colonne renvoie l'impulsion à la base du crâne, dans lequel elle se propage de bas en haut.

L'occipital, auquel cette impulsion se transmet d'abord, est fixé en avant, par sa continuité avec le corps du sphénoïde; en arrière, par les pariétaux; en dehors, parla portion mastoïdienne des temporaux, parla base des rochers et par le sommet de ces apophyses. Immuable dans sa position, il ne peut aussi que transmettre aux os voisins Teffort tendant à le repousser vers la voûte. Cet effort se propage en effet par l'apophyse basilaire au sphénoïde, et vient se perdre antérieurement dans le squelette de la face; postérieurement, il passe de Técaille de l'occipital dans es pariétaux; latéralement, il se communique aux temporaux, et comme le bord supérieur de ceux-ci présente un biseau, qui est pris alternativement sur leur face interne et sur leur face externe ; comme, par suite d'une disposition inverse, le bord inférieur des pariétaux se trouve, en quelque sorte, à cheval sur le précédent, les os de la tempe ne peuvent ni s'élever, ni s'écarter en dehors, ni s'écarter en dedans; immobilisés aussi, ils transmettent l'impulsion qu'ils ont reçue aux pariétaux. L'ébranlement, continuant à diminuer d'intensité , arrive donc au sommet de la voûte et vient expirer en définitive dans la suture sagittale, en poussant l'un vers Taulre les deux bords correspondîints.

Ainsi les violences communiquées à la partie inférieure de la boite osseuse tendent également, en se propageant de la base à la voûte, à resserrer toutes les sutures. Elles ne peuvent désunir les os du crâne; mais elles peuvent avoir pour résultat de les briser sur un point. C'est aloi*s sur la base de la cavité osseust^ que siège la fracture, e(, le plus souvent aussi, c'est sur la partie moyenne du rocher qu'on l'obsene.

Sa prédilection pour cette partie moyenne de l'os se rattache, du reste, aux causes précédemmeni signalées. En effet, l'impulsion partie des condyles de l'occipital s'irradie dans quatre directions principales; mais les irradiations antérieures et postérieures ne sont pas animées d'une intensité égale à celles qui cheminent sur les côtés; c'est surtout par les parties latérales que l'ébranlement se transmet de la base à la voûte. Or, parmi ces parties latérales, la première qu'il rencontre est la portion pierreuse du temporal, qu'il prend en Iravei^, en se transmettant simul-

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