TERMINAISON DES ARTÈRES
la nutrition, les sécrétions, les exhalations, etc. Entre les artérioles et les capillaires, il n’existe pas, du reste, une ligne de démarcation nettement arrêtée; le passage des unes aux autres s’établit par degrés presque insensibles. A mesure qu’il se rapproche du système capillaire, le système artériel se dépouille peu à peu de ses attributs les plus caractéristiques; il perd d’abord 'sa tunique externe, puis sa tunique moyenne s’amincit, se dégrade, se réduit à quelques vestiges, et disparaît à son tour; et sa tunique interne se modifie elle-même; elle n’est plus représentée que par sa couche endothéliale. On peut dire d’une manière générale que l’un finit lorsqu’il n’existe plus sur les vaisseaux sanguins aucune trace de noyaux à direction transversale, et que l’autre commence lorsque les dernières fibres musculaires disparaissent.
C’est donc à la différence de leur constitution qu’on distingue les ramifications artérielles terminales des vaisseaux capillaires, et non à la différence de leur calibre. Quelquefois, il est vrai, les capillaires sonl plus déliés ; mais souvent aussi ils offrent le même volume que les artérioles terminales, et quelquefois même un volume plus considérable. Leur diamètre, du reste, est très variable ; sur le même point il peut être tour à tour égal, plus petit ou plus grand. Certains organes se prêtent parfaitement à l’étude des parties terminales du système artériel; entre tous, il faut placer au premier rang les parties fibreuses, et surtout les tendons et ligaments. En détruisant leur trame on met en parfaite évidence les vaisseaux et les nerfs; j’ai pu voir ainsi des artérioles extrêmement grêles se continuer avec des capillaires dont le calibre était deux, trois et quatre fois aussi volumineux. Un des attributs les plus remarquables de ces derniers est leur facile dilatation ; sous l’influence d’une simple congestion ils peuvent se dilater très notablement et reprendre ensuite leur diamètre normal. Les artères peuvent se dilater aussi ; mais leur dilatabilité est beaucoup moindre ; de là les différences si variables qu’on observe entre leur calibre et celui des capillaires, différences qui se produisent sous l’empire d’une foule de causes.
Vaisseaux dérivatifs. — Les artères se terminent dans le système capillaire. A ce fait général y a-t-il des exceptions? Quelques artérioles vont-elles se continuer directement avec les veinules? Tous les anatomistes étaient d’accord pour nier cette continuité lorsque Sucquet, en 1860, publia sur ce sujet un travail dans lequel il s’attache à démontrer que sur plusieurs points de l’économie, particulièrement sur la paume des mains et la plante des pieds, sur le coude et le genou, sur la partie médiane de la face, etc., le sang est transmis directement des artères aux veines par des vaisseaux d’un certain calibre que cet auteur a désignés sous le nom de vaisseaux dérivatifs.
Ces vaisseaux existent-ils? je l’avais pensé d’abord. Mais plus récem-
ANGIOLOGIE.
ment j’ai voulu avoir la preuve de leur existence. Je les ai cherchés à l’aide du procédé que j’emploie pour mettre en lumière les vaisseaux et les nerfs des parties fibreuses. Or la conclusion qui découle de mes recherches est complètement négative. J’ai vu constamment les dernières divisions du système artériel se terminer dans le système capillaire. Aucune artériole n’allait se continuer avec les veinules. Nulle part il ne m’a été possible de saisir les moindres traces de vaisseaux dérivatifs j et cependant je m’étais adressé aux régions qui en seraient le plus abondamment pourvues, comme par exemple la pulpe des doigts et des orteils, les téguments de la partie médiane de la face, etc. L’examen microscopique, fait dans les conditions les plus favorables pour démontrer ces vaisseaux s’ils existaient, me porte donc au contraire à les nier de la manière la plus formelle.
Pour admettre des vaisseaux dérivatifs, sur quels faits s’appuie Sucquet? Cet auteur injecte dans les artères un liquide solidifiable, auquel il ajoute une matière colorante ; puis il dissèque les artérioles et les veinules, et lorsqu’il rencontre un ramuscule s’étendant transversalement ou obliquement entre deux vaisseaux plus ou moins parallèles, il le considère comme un vaisseau dérivatif, admettant, sans autre preuve, que l’un des deux vaisseaux parallèles est une artère, et l’autre une veine, tandis que ceux-ci, à mon avis, représentaient deux nrtérioles ou deux veinules unies par une simple anastomose.
Ainsi, d’une part, les faits invoqués par Sucquet sont loin de démontrer que les vaisseaux dérivatifs existent, et de l’autre, des faits positifs empruntés à l’observation microscopique attestent au contraire qu’ils n’existent pas.
G. Anomalies des artères.
Aucun des systèmes de l’économie n’est sujet à des anomalies aussi fréquentes et aussi variées que le système artériel. Anomalies d’origine, anomalies de situation, de direction et de rapports; anomalies de nombre ; anomalies de volume : telles sont celles qu’on rencontre le plus habituellement.
Cette énumération suffit pour nous montrer que dans une artère tout est variable depuis son point de départ jusqu’à sa terminaison. Seules, ses divisions terminales ne varient pas. Quelles que soient les modifications qui se produisent dans le trajet, les connexions et le mode de ramescence de celles-ci, ses dernières ramifications arrivent toujours à l’organe auquel elles sont destinées. De cette fixité des divisions terminales, il suit que les anomalies dont les artères sont le siège ne présentent, au point de vue physiologique, qu’une importance très secondaire. Mais il n’en est pas ainsi au point de vue chirurgical. Toutes les variétés