PARALLÈLE DES CAROTIDES INTERNE ET EXTERNE
Lorsque l’on compare ces artères au point de vue de leur distribution, on est frappé d’abord du grand nombre d’organes si divers dans lesquels se termine la carotide externe, et du petit nombre de ceux auxquels se rend la carotide interne. Ainsi, d’un côté, distribution très variée ; de l’autre, une distribution presque exclusive au même organe ; seule l’artère ophthalmique se détache du tronc de la carotide interne pour aller se ramifier dans l’appareil de la vision. Pourquoi cette dérivation d’une partie du sang qui se portait à l’encéphale? Elle est destinée bien évidemment à établir une corrélation plus intime entre cet organe et le sens de la vue. N’oublions pas que ce sens est celui qui reflète les divers degrés d’activité du cerveau; c’est celui qui traduit le plus soudainement au dehors la pensée qui nous domine et toutes les émotions dont l’âme est agitée. Pourrions-nous nous étonner qu’uni à l’encéphale par des liens physiologiques si étroits il lui soit uni aussi par les liens d’une circulation commune? Sous l’influence de cette communauté, tout ce qui viendra accroître l’afflux du sang vers le cerveau n’aura-t-il pas pour effet de rendre plus active aussi la circulation dans le sens de la vue? et les moindres troubles survenus dans le domaine de la pensée et des passions ne trouveront-ils pas dans ce sens un interprète plus fidèle et plus expressif? Le courant dérivé de la carotide interne a donc pour premier avantage de resserrer encore les liens qui unissent ces deux organes.
Il en a un second qui n’est pas moins important. Ce courant met la carotide interne en communication avec la faciale, la maxillaire interne et la temporale superficielle, c’est-à-dire avec les trois principales branches de la carotide externe ; il établit une large communication entre les artères intra et extracrâniennes.
Il est digne de remarque que plus on se rapproche de la ligne médiane, plus aussi ces anastomoses se multiplient. Le système vasculaire des parties superficielles de la tête diffère beaucoup sous ce rapport de celui des parties correspondantes du tronc. Cette grande vascularité nous explique les succès de la méthode autoplastique appliquée à la cure des difformités de la face. Elle nous enseigne que dans les plaies de cette légion il conviendra le plus souvent de lier les deux bouts de l’artère divisée. Elle nous laisse pressentir que dans les tumeurs variqueuses des joues ou des lèvres la ligature des artères environnantes sera infructueuse : quel que soit le nombre des branches liées, le sang continuera à affluer dans la tumeur. Elle nous montre aussi pourquoi, lorsqu’un anévrysme
ARTÈRE SOUS-CLAVIÈRE
siège sur l’artère ophthalmique, il ne suffit pas de lier la carotide interne, ainsi que l’avaient pensé les premiers opérateurs : le lien constricteur devra être appliqué sur la carotide primitive dont l’oblitération pourra rester elle-même insuffisante.
Si du système vasculaire périphérique de la tête nous passons à l’étude du système vasculaire intracrânien, nous retrouverons les mêmes dispositions, mais plus complètes et plus parfaites encore. Comme tous les organes importants, l’encéphale puise les éléments de sa nutrition à plusieurs sources. Il ne reçoit pas moins de quatre gros troncs, les deux carotides internes en avant, les deux vertébrales en arrière, lesquelles communiquent par leurs premières divisions à plein canal. Ce n’est pas tout ; ces divisions émettent, par leurs parties latérales dans toute la longue étendue de leur trajet, un nombre considérable de rameaux, ramuscules ou simples ramifications qui affectent un mode de ramescence arboriforme et qui forment une véritable membrane, la pie-mère.
De cette membrane vasculaire naissent les ramifications destinées aux circonvolutions; elles s’en détachent perpendiculairement, et ne pénètrent dans son épaisseur qu’à l’état plus ou moins capillaire.
Ces divisions terminales sont remarquables par la gaine très mince, qui les entoure, et qui était considérée par Ch. Robin comme une tunique surnuméraire de nature lymphatique.
Sous l’influence de l’âge, les capillaires cérébraux deviennent le siège d’une altération caractérisée par le dépôt de molécules graisseuses dans l’épaisseur de leurs parois. A mesure que ce dépôt augmente, les capillaires cérébraux perdent leur résistance normale, d’où la fréquence des hémorrhagies cérébrales chez les vieillards.
§ 8. — Artère sous-clavière.
L’artère sous-clavière naît à droite du tronc brachio-céphalique, à gauche de la crosse de l’aorte, et s’étend jusqu’à la partie moyenne de la clavicule, où elle change de nom, en se continuant à plein canal et sans aucune ligne de démarcation avec l’axillaire.
Différentes par leur origine, les sous-clavières diffèrent aussi par leur longueur, leur direction et leurs rapports.
1° Différence de longueur. — La sous-clavière droite est plus courte que la gauche, de toute la longueur du tronc brachio-céphalique à laquelle il faut ajouter l’inégalité qu’on observe, sous le rapport de la hauteur, entre l’origine de ce tronc et celle de la sous-clavière gauche.
2° Différence de direction. — La sous-clavière droite, oblique en haut et en dehors à son origine, horizontale dans sa partie moyenne, puis oblique en dehors et en bas à sa terminaison, décrit une courbure dont la concavité regarde en bas ; la sous-clavière gauche, presque verticale à
ANGIOLOGIE.
son point de départ et horizontale dans ses deux tiers externes, décrit un angle droit ou obtus, dont l’ouverture est tournée en dehors.
3° Différence de rapports. — Elle porte seulement sur la première portion de ces artères, c’est-à-dire sur celle qui s’étend de leur origine aux scalènes. Au delà de ces muscles leurs rapports sont identiques.
A. Rapports de la première portion. — a. Sous-clavière droite. — Elle répond : en avant, à l’articulation sterno-claviculaire, au muscle cléido-hyoïdien, à l’angle de réunion de la veine jugulaire interne avec la veine sous-clavière et aux nerfs pneumogastrique, diaphragmatique et grand sympathique qui la croisent à angle droit ;
En arrière, à l’apophyse transverse de la septième vertèbre cervicale et au nerf récurrent ;
En dehors, au feuillet droit du médiastin qui la sépare du poumon ;
En dedans, à la carotide primitive correspondante dont elle s’écarte à angle aigu pour se porter vers les scalènes.
b. Sous-clavière gauche. — Plus longue, cette portion offre des rapports plus étendus avec la plèvre et le poumon. — Presque verticale, elle devient parallèle à la carotide primitive correspondante, ainsi qu’aux nerfs pneumogastrique, diaphragmatique et grand sympathique. — Naissant de la partie la plus reculée de la crosse de l’aorte, elle s’éloigne du sternum et de la clavicule pour s’appliquer sur la colonne vertébrale.
B. Rapports des sous-clavières entre les scalènes. — Elles reposent en bas sur la gouttière que présente la partie moyenne de la première côte, gouttière limitée en avant par un tubercule qui donne attache au tendon du scalène intérieur, et qui sert de point de repère dans la ligature de ces artères. — En haut, elles répondent à l’intervalle des deux scalènes ; — en avant, elles s’adossent au scalène antérieur, qui les sépare de la veine sous-clavière ; — en arrière, elles sont en contact avec les cordons du plexus brachial et le scalène postérieur.
C. Rapports des sous-clavières dans le trajet qu’elles parcourent des scalènes à la clavicule. — Dans cette dernière partie de leur trajet, elles occupent la base du triangle sus-claviculaire, qu’elles coupent un peu obliquement et correspondent : en avant, à la veine sous-clavière qui leur est alors accolée, au muscle sous-clavier et à la clavicule ; — en arrière, au plexus brachial ; — en haut, au peaucier, à l’aponévrose cervicale, à la peau et à l’artère scapulaire supérieure ; en bas, à la première côte et au premier espace intercostal.
Ces rapports nous montrent que les artères sous-clavières peuvent être très facilement comprimées sur la première côte. Il convient, pour cette compression, de se placer en arrière du malade, et d’appliquer transversalement la dernière phalange du pouce sur l’artère, en la soutenant avec
ARTÈRE SOUS-CLAVIÈRE
les doigts de la main opposée. La clavicule située en avant s’oppose à tout déplacement, et permet de prolonger la compression sans fatigue.
Branches collatérales. — Dans le court trajet qu’elles parcourent, es artères sous-clavières donnent sept branches :
Deux supérieures, la vertébrale et la thyroïdienne inférieure ;
Deux inférieures, la mammaire interne et Y intercostale supérieure ; Trois externes, la scapulaire postérieure ou cervicale transverse , la scapulaire supérieure et la cervicale profonde.
Fig. 404. — Artères vertébrale Fig.405. — Hexagone artériel de la base et cervicale ascendante. de l'encéphale.
Fig. 404. — 1. Tronc brachio-céphalique. — 2. Carotide primitive disparaissant sous le muscle sterno-mastoïdien. — 3. Sous-clavière. — 4. Thyroïdienne inférieure naissant par un tronc qui lui est commun avec la scapulaire supérieure et la cervicale transverse. — '5. Vertébrale cheminant à travers les trous des apophyses transverses.— 6. Cervicale profonde se ramifiant sur le transversaire épineux. — 7. Origine de la mammaire interne. — A. Muscle sterno-mastoïdien. — B. Attache du scalène antérieur. — C. Insertion du scalène postérieur. — D. Angulaire de l’omoplate.
Fig. 405. — 1, 1. Artères vertébrales. — 2, 2. Spinales postérieures. — 3. Spinale antérieure. — 4, 4. Cérébelleuses inférieures et postérieures. — 5. Tronc basilaire. — 6. Artérioles qui naissent des parties latérales de ce tronc. — 7, 7. Cérébelleuses supérieures. — 8, 8. Cérébrales postérieures. — 9. Communicante postérieure. — 10, 10. Carotide interne. — 11, 11. Cérébrales moyennes. — 12. Cérébrales antérieures. — 13. Communicante antérieure.
Toutes ces branches naissent dans l’intervalle des scalènes ou dans leur voisinage. Elles sont remarquables pour la plupart par leur volume, par la longue étenduç de leur trajet, et par les communications qu’elles établissent entre des parties’ plus ou moins éloignées du système artériel.