V. — Vaisseaux lymphatiques «lu sein
Les vaisseaux lymphatiques du sein sont de deux ordres : les uns naissent de la glande mammaire, les autres de la peau qui la recouvre.
Les lymphatiques glandulaires tirent leur origine des lobules de la mamelle. Ils forment autour de ceux-ci un petit réseau qui recouvre
Fig. 416. — Vaisseaux lymphatiques de la face antérieure du sein plexus sous-aréolaire; troncs qui en partent.
1,1. Réseau lymphatique de la face antérieure de la glande mammaire. — 2, 2. Lobules de la glande, dont le réseau périphérique n’a pas été injecté afin de laisser voir le réseau circum-lobulaire qui les encadre. — 3, 3, 3, 3. Troncs qui naissent des parties supérieure et inférieure de la glande. — 4, 4. Plexus lymphatique sous-aréolaire. — 5. Vaisseau lymphatique qui naît de la partie interne de ce plexus. — 6. Vaisseau naissant de ia partie externe du même plexus. - — 7. Vaisseau provenant de la partie inférieure de la glande ; après un long trajet il se réunit au précédent pour former l’un des deux troncs auxquels aboutissent tous les autres. — 8, 8. Les deux principaux troncs lymphatiques qui s’étendent transversalement de la mamelle aux ganglions du creux de l’aisselle.
toute leur périphérie, et qu’on injecte très facilement au mercure chez la femme en état de lactation. Chacun de ces réseaux sus-lobulaires communique par de nombreuses anastomoses avec tous ceux qui l’entourent. Ainsi unis les uns les autres, ils constituent une trame inextricable d’une prodigieuse richesse (1).
De cette trame plexiforme partent des rameaux, des branches et des troncs. Mascagni et ses successeurs nous ont représenté ces troncs comme émergeant, au nombre de sept cà huit, de la face postérieure de la glande, et s’étendant de cette face aux ganglions axillaires. Combien était grande son erreur! Non seulement aucun tronc ne s’en détache; mais tous, sans exception, se portent de cette face postérieure vers l’antérieure. Ils convergent des divers points de la glande vers l’aréole, recueillant dans leur trajet les nombreux troncules qu’ils rencontrent.
Arrivés sous l’aréole du sein, les vaisseaux émanés de tous les lobules communiquent et forment un plexus à mailles irrégulières, composé des plus gros troncs lymphatiques de la glande : c’est le plexus sous-arêo laire. Deux troncs énormes naissent de sa périphérie, l’un en dehors du mamelon, l’autre en dedans. Le premier se porte transversalement vers l’aisselle; le second décrit une courbe demi-circulaire pour se rendre également dans les ganglions axillaires. De la partie supérieure de la mamelle on voit naître ordinairement un troisième tronc, et souvent aussi de sa partie inférieure un quatrième. Ces troncs, périphériques, présentent le plus habituellement un volume beaucoup moins considérable que celui des précédents, et se réunissent à ceux-ci avant d’atteindre le creux de l’aisselle.
Les vaisseaux lymphatiques s’étendant de la mamelle aux ganglions axillaires sont donc au nombre de deux seulement, très rarement au nombre de trois. Ils se jettent en général dans les ganglions les plus rapprochés de la paroi interne du creux de l’aisselle.
Les lymphatiques qui naissent de la peau du mamelon et de celle de l’aréole se présentent à leur origine sous l’aspect d’un réseau d’une extrême délicatesse, à mailles très serrées et superposées, recouvrant toute la partie centrale de l’enveloppe cutanée du sein, d’autant plus développé qu’on se rapproche plus du mamelon, d’autant plus pauvre qu’on s’en éloigne davantage. Les troncules qui partent de ce réseau se jettent tous dans le plexus sous-aréolaire.
Telle est la disposition des vaisseaux lymphatiques du sein. Elle nous explique la fréquence de l’angioleucite mammaire et tous les phénomènes qu’elle entraîne à sa suite. Neuf fois sur dix les abcès du sein sont consécutifs à une excoriation, une fissure, une gerçure du mamelon ou de l’aréole. Or qu’est-ce que cette excoriation? Une inflammation du
(1) Op. cit., p. 124, pl. Xllt.
EFFÉRENTS GANGLIONS AXILLAIRES. 829
réseau lymphatique sus-aréolaire. Du point excorié l’inflammation se transmet par les troncules qui en partent au plexus sous-aréolaire; puis de ce plexus elle se propage dans toutes les directions en remontant des troncs principaux vers les branches, les rameaux, les ramuscules, et arrive ainsi de proche en proche jusqu’aux lobules de la glande et aux conduits lactifères. Mais il est rare qu’elle soit aussi générale. Le plus habituellement, l’angioleucite s’étend dans une seule direction et se fixe sur un point déterminé où elle se termine par suppuration. Épuisée sur ce point, elle se déplace et se fixe sur un autre où elle se termine comme sur le premier. Elle peut ainsi séjourner longtemps dans le plexus lymphatique de la glande et se déplacer souvent : d’où la répétition en quelque sorte indéfinie des abcès. Entre tous nos organes le sein se rangeant au premier rang par le développement et la grande prédominance de son système lymphatique, sa constitution le prédispose plus que tout autre aux lésions inflammatoires; et par conséquent il n’y a pas lieu de s’étonner s’il est aussi le siège le plus habituel de la suppuration circonscrite ou diffuse.
Ces notions, du reste, ont déjà en partie pénétré dans le monde médical. Nélaton leur a prêté pendant plusieurs années l’appui de sa haute autorité en les exposant dans ses leçons. Je les livre à l’examen et à la discussion, laissant aux pathologistes le mérite de les compléter par l’observation clinique.