MANOUVRIER
612 NÉVROLOGIE.
Cette perte varie individuellement de 38 à 130 gr.
La variété des procédés opératoires peut entraîner des erreurs considérables dans la comparaison des résultats obtenus par divers investigateurs.
D'autres causes d'erreur interviennent souvent dans la mesure du poids de l'encéphale ou de ses diverses portions. Parmi ces causes, les principales sont l'atrophie sénile et l'atrophie causée par les maladies. D'après mes recherches, la dernière de ces deux causes peut entraîner une déperdition de poids atteignant 140 grammes. La déperdition par atrophie sénile peut atteindre 300 grammes.
Poids de l'encéphale et capacité crânienne. — Il s'ensuit que la mesure directe du poids encéphalique ou à\x poids cérébral est très sujette à l'incertitude lorsqu'il s'agit de connaître le développement quantitatif atteint à l'âge adulte et à l'état sain. Aussi la mesure de la capacité crânienne, comme Broca l'a fait justement observer, nous donne-t-elle à ce sujet des chiffres beaucoup plus dignes de confiance.
Elle ne varie point, en effet, sous l'influence de la vieillesse ou des maladies qui n'intéi-essent pas directement les parois du crâne.
La capacité du crâne ne représente pourtant pas exactement le volume de l'encéphale, en raison de l'épaisseur plus ou moins grande des méninges et de la quantité variable du liquide céphalo-rachidien. En réalité, le volume cubique du crâne dépasse toujours le volume de l'encéphale, mais d'une quantité dont les variations compensent précisément, d'ordinaire, les pertes de volume subies par l'encéphale. La capacité crânienne peut être considérée comme représentant d'une façon proportionnelle le maximum de volume atteint par l'encéphale chez les différents individus, et c'est ce maximum qu'il est le plus intéressant de connaître. Les différences individuelles, en plus ou en moins, se compensent mutuellement et 'facilement dans les moyennes, de sorte que la mensuration de la capacité du crâne fournit sur le développement quantitatif de l'encéphale les résultats les meilleurs et les plus comparables entre eux, à la condition que cette mensuration soit effectuée suivant un procédé irréprochable au point de vue de la régularité et toujours identique.
Non seulement la capacité du crâne indique, avec plus de sûreté que la balance, le développement quantitatif de l'encéphale, mais encore elle constitue toujours pour les races anciennes et le plus souvent pour les populations sauvages actuelles l'unique moyen d'évaluation de ce développement. Comparée au poids de l'encéphale directement mesuré, elle permet d'évaluer la perte de poids subie par l'encéphale sous l'influence de la vieillesse et des diverses maladies.
Pour ces motifs, j'ai fait, en 1879, des recherches dans le but d'obtenir un coefficient moyen à l'aide duquel on pût transformer en nombres exprimant le poids encéphalique les nombres exprimant la capacité cubique du crâne mesurée par le procédé de cubage de Broca.
Ce coefficient, ou équivalent pondéral de la capacité crânienne, est en moyenne 0,87. Il suffit de multiplier par 0,87 la capacité du crâne pour obtenir le poids de l'encéphale indemne de toute atrophie sénile et avec la seule diminution subie moyennement par le fait de la maladie, c'est-à-dire tel qu'il existe en moyenne chez les sujets dont on pèse directement l'encéphale, et avec une approximation certainement supérieure à celle que l'on obtient avec les pesées directes entachées, comme on vient de le voir, de nombreuses causes d'incertitude.
Il va sans dire que l'emploi de ce coefficient n'est valable qu'à la condition
POIDS DE L'ENCEPHALE. 613
d'opérer sur des capacités crâniennes obtenues rigoureusement au moyen du procédé du cubage de Broca, procédé décrit dans ses Instructions crâniolo- (jiques, mais exigeant un apprentissage très minutieux sous la direction d'une j)ersonne exercée.
IL iniporlo en eiïet de susuir ({u'iine luème cupacilù LTàiiieiiue, bien ([ue Loujuurs expiiiuee en c(;ntimèlies cubes, peut être représentée par des nombres très dillerents, suivant le procédé de cubati'c employé. 11 ne s'agit pas, en eiïet, de centimètres cubes d'eau ou de mercuie, mais bien de centimètres cubes de grains de plomb (Broca) ou de grains de moutarde (Flower), etc., introduits et lassés dans le crâne d'une certaine façon, mesurés ensuite dans des récipients gradués où ils sont tassés encore d'une certaine i'agon. Tout cela est minutieusement réglé, de telle sorte que les centimètres cubes obtenus sont toujours comparables entre eux et représentent proportionnellement mais non absolument les volumes mesurés. — L'oubli de ces détails a déjà entraîné des erreurs très fâcheuses.
Le coefficient moyen 0,87 m'a été fourni par des séries de cas de provenance européenne, asiatic[ue et africaine. Ses variations ethniques, si elles existent, doivent donc être très faibles. Quant à ses variations individuelles, elles sont énormes, de 0,64 à 0,93 sur les 52 cas utilisés par moi. La grande étendue de cet écart provient évidemment des pertes considérables subies par le poids encéphalique sous l'induence de la vieillesse et des maladies. Les variations de l'équivalent pondéral de la capacité crânienne sont assez intéressantes pour mériter une étude spéciale. Je renverrai, à ce sujet, aux indications exposées dans mon mémoire sur la quantité dans Vencépliale^ où l'on trouvera également des renseignements détaillés sur les diverses questions étudiées dans le présent chapitre.
On peut avoir besoin, parfois, de convertir des poids encéphaliques en capacités crâniennes. Il suffît pour cela de multiplier les poids par le coeflicient 1,13, équivalent cubique moyen du poids de l'encéphale.
D'après tout ce qui précède, il est clair qu'il serait at)Solum'înt illusoire, même toutes précautions prises, de tabler sur des différences individuelles de 10, 20 et 30 grammes d'encéphale pour se livrer à des appréciations physiologiques. S'il s'agit de groupes d'individus à comparer entre eux, de telles différences entre les moyennes méritent au contraire d'être prises en considération, mais à la condition que les moyennes soient calculées sur des séries comprenant au moins 40, 50 ou 60 cas. C'est là une condition trop souvent méconnue et dont l'oubli a entraîné déjà maintes fois les plus singuliers écarts d'interprétation.
Densité des centres nerveux encéphaliques. — La mesure de cette densité est une opération assez délicate exigeant des précautions multiples si l'on veut obtenir des chiffres exacts. C'est la principale cause des divergences qui existent sur ce sujet entre les auteurs. En outre, les variations suivant Vkge. et le sexe n'ont pas été établies sur un nombre suffisant d'observations, les variations individuelles étant considérables.
Voici un résumé des principaux résultats publiés :
rf après Lmrel cl Mrtinlrj' :
Matière cérébrale. Hensilé 1028
jyaprès Miisclicnbroeh' :
Matière cérébrale. Densité 1031
1. L. ilANOuvr.iER, Jliimoiie sur l 'iiUerprétatiun de la qiiaiitilé dans l'encéphale. Mém. de la Société d'Anlhr. de Paris, 2" série, t. III.
POIRIER ET CHARPY. — Ilf. '40
IMANOUVRIER.]
eu Ni':vH(»i,n(;ii';.
Jja()rès Pc.nrijck (:J7 individus) :
Eiicépliulfj uu Idoc 10:32^1 10:j'J. moyouni' ; KfiiC.
Cerveau (honiiues) 1030 ù 10;JS, — 10:34
— (femmes) 1034 à 1035. — 1035
Cervelet (hommes) 1030 à 1044. — 1040
— (femmes) 1038 à i041. -~ lO'il
D'a}ircs Yankee (73 individus) :
Cerveau, subst. ^rise 1028 à 104(1. - 1034
— — blanche 1032 à 104S. - lOil
U après Cli. Bastian (40 individus) :
Cerveau, subst. g-rise " 10.30
-- blanche — 1040
Diaprés Danileivsky :
Cerveau en bloc . . chien, 1031, homme — 1041
Substance grise . . -- 1029 — — 1038
— blanche . — 1035 — — 1043
D'après BuckniU (125 aliénés) ;
Cerveau en bloc 1030 à 1052, — 1041
— subst. grise 1030 à 1048, — 1037
— — blanche 1033 à 1040, — 1039
Cervelet en bloc 1030 à 1053, — 1041
Le fait qui ressort le plus clairement de ce tableau est que la densité de la substance blanche est supérieure à celle de la substance grise, car, sur ce point, les résultats sont concordants.
La densité cérébrale serait plus élevée chez l'hoaune que chez le chien, d'après les chiffres de Danilewsky.
La différence sexuelle constatée par Peacock est trop faible pour èlre acceptée comme résultat ferme.
Desmoulins, puis M. Debierre, ont avancé que la densité du cerveau est accrue chez les Aàeillards ; mais les chiffres publiés à l'appui de ce fait sont insuffisants.
11 semble, d'après les chiffres de Bucknill, que la densité cérébrale soit accrue en moyenne chez les aliénés ; mais il n'est pas certain que les observations de cet auteur soient exactement comparables à celles des autres.
En divisant par la densité moyenne de Tencéphale (1030) le poids moyen (1358 gr.), on obtient, comme volume absolu, 1310 centimètres cubes. Avec la densité 1030, ce volume deviendrait 1318 c. c. Les variations de la densité des centres nerveux ne sauraient donc empêcher de considérer pratiquement le volume du cerveau comme étant proportionnel à son poids. L'étude des variations de la densité suivant le sexe, l'âge, la race, les maladies, n'en possède pas moins un intérêt spécial.