A. — ÉLÉMENTS DE SOUTIEN DES CENTRES NERVEUX
Le tissu de soutien des centres nerveux est connu depuis Virchow sous le nom de névroglie. Son origine et ses caractères anatomiques ont fait l'objet de nombreuses discussions et aujourd'hui seulement l'accord s'est établi à peu près unanimement sur les points principaux. Nous envisagerons ici uniquement les éléments de ce tissu en les considérant soit isolément soit dans leurs connexions avec les éléments voisins. L'étude de leur répartition sera faite à propos des diverses régions des centres.
ELEMENTS DE SOUTIEN
FiG. 62.
(D'après Schiefferdecker
et Kossel.)
Epitliélium de revêtement du ventricule latéral du chat.
Les éléments de la névroglie sont représentés par des cellules de forme généralement étoilée, munies de prolongements nombreux et richement ramifiés. On les rencontre dans toute l'étendue de la substance blanche et de la substance grise de même que dans la rétine qui est, on le sait, un dérivé des vésicules cérébrales. Ces éléments peuvent être partagés en deux catégories : 1° les cellules épendymaires, 2" les cellules de Deiters.
La plupart d'entre eux, sinon tous, dérivent de l'épithélium de la plaque médullaire, ou mieux des spongioblastes de His, et sont les homologues des éléments de soutien des organes sensoriels (auditif, gustatif et olfactif).
1" Cellules épendymaires- — Les cellules épendymaires (fig. 62 et 63), comme leur nom l'indique, tapissent les cavités du tube encéphalo-médullaire, formant une seule couche qui a tous les caractères d'un épithélium cylindrique à cils vibratiles. Par son extrémité profonde, chaque cellule émet un prolongement qui s'enfonce radiairement dans la profondeur. La méthode de Golgi a montré que ce prolongement, au moins chez les embryons et les animaux jeunes, traversait toute l'épaisseur de la paroi médullaire ou cérébrale et se terminait à la surface de celle-ci sous la pie-mère, soit par une espèce d'extrémité en crochet (Retzius), soit par un épaississement conique. Pendant son trajet chaque prolongement émet de petites branches latérales A^ariqueuses, surtout abondantes dans la substance grise. .Jamais il ne s'anastomose avec les prolongements des cellules voisines.
Au niveau de la moelle épinière et dans les ré- Fig. 63. — Cellules épendygions qui correspondent aux sillons longitudinaux maires de la moelle d'un
., . 4, ,, • 1 ni. 1 • - embryon humain de 23 cm.
antérieur et postérieur, les cellules épendymaires pre- ^^,^^'^^^ ^ Lenhossek), mé-
sentent des dispositions particulières, résultant de ce thode de Golgi.
qu'elles sont serrées les unes contre les autres. ce. Cavité ventricuiaire. —
« ,, , , ^ ., /r- pfx * 1' -P- Prolongements périphériques
Cellules de Deiters. (hg. 64). — Appelées encore des cellules épithéliales. — Les cils
11 1 • r /• T 1 -x \ 11 1 vibratiles sont aselulinés en un
«cellules-araignées» (Jastrovs'itz), ou « cellules en bâtonnet plus ou momsonduieux. pinceau » (BoU). Ces cellules sont disséminées dans
toute l'étendue des centres nerveux. On les a réparties en deux groupes qui diffèrent par leur situation : le premier groupe comprend des cellules superficielles, logées tout à fait à la périphérie soit de la moelle, soit du cerveau (et cervelet) et en rapport par des prolongements radiés avec la pie-mère. Le second groupe comprend des cellules profondes, lesquelles n'ont pas de relations avec la surface et envoient leurs prolongements dans toutes les directions.
Les cellules superficielles, comme les cellules profondes, n'ont donc aucune connexion avec le canal central. R. Cajal et v. Lenhossek les considèrent comme des cellules épendymaires déplacées et privées secondairement de toute relation avec la surface épendymaire, mais tandis que R. Cajal pense que c'est le cas pour toutes, Lenhossek et Kœlliker sont d'avis que seulement celles qui se forment dans les premiers stades du développement ont cette origine. Celles qui
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naîtraient plus tard proviendraient des cellules de la couche germinale de l'ébauche médullaire.
Les cellules de Deiters possèdent un corps cellulaire relativement petit et un noyau assez volumineux. Elles émettent des prolongements fibrillaires parfois extrêmement nombreux. C'est là l'opinion la plus généralement répandue, mais certains auteurs décrivent tout autrement les relations des cellules et des fibrilles. D'après Ranvier les fibrilles delà névroglie ne partent pas des cellules, mais ne font que les traverser (fig. 65). « Elles passent à côté du noyau et sont plongées dans le protoplasma qui l'entoure. Lorsqu'elles émergent de la cellule,
le protoplasma les accompagne encore sur une certaine longueur et souvent en unit deux ou trois qui se séparent ensuite (Ranvier). »
Les cellules névrogliques seraient donc simplement en contact avec les fibrilles. Il paraît probable cependant que cette absence de connexions entre cellules et fibrilles est secondaire et que, originellement, celles-ci ne sont que des prolongements cellulaires. Plus tard ces prolongements, subissant une différenciation particulière, tendent à s'individualiser de plus en plus. En même temps la cellule s'atrophie peut-être, en tout cas perd de plus en plus de son importance par rapport , aux fibrilles et ne semble plus avoir avec elles que des rapports de voisinage.
Quoi qu'il en soit, les cellules de Deiters sont logées entre les cellules nerveuses et dans les interstices des fibres (fig. 65). Leurs prolongements se répandent de toutes parts et s'entrelacent de façon à former un feutrage délicat. Elles affectent avec les vaisseaux des relations étroites, les accompagnent en leur constituant des sortes de gaines. Il paraît même établi qu'elles entrent en contact avec les capillaires et jouent ainsi un rôle dans le transport et la dissémination des liquides nutritifs (fig. 66).
Fig. 64. — Cellules de la névroglie (méthode de Golgi) de la moelle d'un embryon humain de 30 cm.
A. Cellule ■ superficielle. — B. Cellule de la substance grise.
B. — ELEMENTS DE SOUTIEN DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES ET DES GANGLIONS NERVEUX
Nerfs périphériques cérébro-spinaux. — Les éléments de soutien des nerfs et des ganglions sont tous d'origine et de nature conjonctives.
Dans les nerfs les fibres nerveuses (fig. 67) sont groupées en faisceaux (faisceaux secondaires de W. Krause) dont le nombre varie selon la taille du tronc nerveux. Ces faisceaux, orientés dans la direction même du nerf, s'envoient de distance en distance des anastomoses qui s'échappent à angle aigu et vont
ELEMENTS DE SOUTIEN
rejoindre plus ou moins loin un faisceau voisin. Il s'ensuit qu'un nerf ne résulte pas du groupement de faisceaux parallèles et indépendants mais représente plutôt une formation plexiforme (W. Krause).
Chaque faisceau nerveux secondaire est entouré directement par un système de lamelles concentriques (fig. 67, Gp), le périnèvre ou gaine lamelleuse (Ranvier).
Les lamelles de la gaine lamelleuse sont plus ou moins abondantes suivant les nerfs. « Les nerfs les plus fins (il en est qui, au voisinage de leurs termi-
Fig. 65. — (D'après Ranvier.)
Coupe transversale d'un cordon antérieur de la moelle épinière du bœuf. — a, fibres de la névroglie; t, tubes nerveux coupés transversalement ; c, cylindre-axe ; t, tube nerveux de petit diamètre ; V, vaisseau sanguin entouré (l'un manchon de névroglie.
naisons périphériques, sont réduits à un seul tube nerveux) possèdent une gaine lamelleuse extrêmement simple constituée par une membrane connective enroulée en forme de tube {gaine de Henle). Sur les faisceaux nerveux d'un diamètre notable, cette gaine est formée par plusieurs lames superposées. Enfin sur les plus gros faisceaux nerveux et même quelquefois sur de petits nerfs situés superficiellement ou dans des régions qui sont soumises à des frottements ou à des pressions (la main, les doigts, la plante du pied), cette gaine acquiert une épaisseur considérable, et se montre composée d'un grand nombre de couches concentriques » (Ranvier).
Quel que soit d'ailleurs le nombre des lamelles, leur structure est toujours
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NEVROLOGIE.
essentiellement la même. Des faisceaux conjonctifs aplatis placés les uns à côté des autres ou entre-croisés, mélangés à des éléments élastiques, se groupent de façon à former une membrane d'épaisseur variable, souvent percée de trous. Sur chacune de ses faces, ou seulement sur une seule, cette membrane est revêtue d'une couche continue de cellules plates. La gaine lamelleuse des dernières ramifications nerveuses est môme réduite à cette simple couche endothéliale (gaine de Henle) (fig. 68). L'existence d'éléments élastiques (grains, fibres ou plaques) dans la gaine lamelleuse rend compte de l'aspect moiré particulier
Fig. 66. — (D'après M. Lavdowsky.)
Cellules névrogliques de la moelle épinière du chat en connexion par leurs prolongements avec des vaisseaux capillaires.
que prennent les faisceaux nerveux frais quand on les isole. La rétraction de ces éléments plisse délicatement la gaine dans le sens transversal et produit ces stries faciles à constater à la lumière réfléchie.
Ajoutons enfin que les diverses lamelles ne sont pas indépendantes mais s'unissent les unes avec les autres par des feuillets irrégulièrement disposés et recouverts, eux aussi, d'un endothélium (système de tentes de Ranvier).
Le tissu conjonctif pénètre à l'intérieur des faisceaux nerveux où il prend le nom d'endonèvre (Key et Retzius) ou de tissu conjonctif intrafasciculaire. Il est disposé : soit sous forme de lames qui partent des couches les plus internes de la gaine lamelleuse et décomposent le faisceau secondaire en une quantité plus ou moins considérable de faisceaux primaires (W. Krause); soit sous
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forme de fibrilles distinctes et de cellules connectives qui s'insinuent dans les
FiG. 67. — (D'après Key et Retzius, emprunté à Schwalbe.)
Coupe transversale du sciatique de l'homme.
La partie inférieure gauche de la figure a été laissée inachevée. On reconnaît les faisceaux de fibres nerveuses (Fn) entourés de leur périnèvre ou gaine lamelleuse, gp. Le tissu conjonctif péri-fasciculaire ou épinèvre, Ep, renferme de la graisse, Gr. A l'intérieur des faisceaux de fibres nerveuses les travées anastomosées représentejit le tissu conjonctif intra-fasciculaire ou endonèvre, Ed.
interstices des fibres nerveuses auxquelles elles constituent des gaines, gaines fibrillaires, souvent incomplètes et situées en dehors de la membrane de Schwann. L'endonèvre ne renferme pas de fibres élastiques.
Enfin tous les faisceaux nerveux (secondaires) sont entourés et réunis ensemble par une masse commune de tissu conjonctif, V épinèvre de Key et Retzius, tissic conjonctif périfasciculaire de Ranvier, dont la structure est semblable à celle du tissu conjonctif lâche. On y rencontre en effet des faisceaux connectifs de diamètre variable orientés dans le sens longitudinal, des fibres élastiques agencées en réseau, des cellules conjonctives plates et munies de prolongements, enfin des cellules adipeuses disséminées ou groupées en amas plus ou moins abondants. Il est à remarquer que le tissu périfasciculaire dans les points les plus voisins des faisceaux nerveux prend peu à peu la forme de lames. « Seulement ces lames, au lieu d'être minces et constituées par un treillis de fibres fines comme celles de la gaine lamelleuse, ne sont, comparativement à ces dernières, que des nattes grossières » (Ranvier).
Ganglions spinaux. — Les ganglions spinaux sont entourés par une capsule conjonctive continue avec la gaine piale des racines postérieures et d'où
FiG. 08.
(D'après Ranvier.)
Nerf thoracique de la souris, formé par un seul faisceau nerveux, imprégné d'argent. Endothélium de la gaine de Henle.
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partent dés cloisons qui s'enfoncent dans l'intérieur du ganglion pour y délimiter des loges incomplètes oii sont placées les cellules. Capsule et cloisons sont d'épaisseur variable suivant les espèces animales.
Nerfs et ganglions sympathiques. — « Les cordons sympathiques, leurs branches périphériques, leurs rameaux communicants, ont tous une gaine lamelleuse. Cette gaine s'étale et se poursuit à la surface des ganglions sympathiques, qui se trouvent ainsi munis d'une gaine lamelleuse, exactement comme les faisceaux nerveux qui en émanent. Le tissu conjonctif intrafasciculaire des cordons sympathiques ne diffère pas de celui des nerfs cérébro-spinaux. Dans les ganglions on observe des cloisons connectives résistantes qui donnent à la charpente du ganglion une très grande solidité et en rendent la dissociation difficile » (Ranvier).
l IV. — VAISSEAUX SANGUINS
Nerfs périphériques et nerfs sympathiques. — Les nerfs les plus fins ne possèdent pas dé vaisseaux propres, mais les faisceaux isolés, ou groupés en nerfs plus volumineux, renferment des artères, des veines et des capillaires. Ces A^aisseaux forment un système intrafascicitlaire, c'est-à-dire compris dans l'intérieur même du faisceau nerveux en dedans de la gaine lamelleuse, et un système périfasciculaire , bien entendu dans les nerfs composés de plusieurs faisceaux. Les branches qui viennent constituer le système intrafasciculaire traversent la gaine lamelleuse (ou en sortent). Toutes affectent une direction générale longitudinale, elles courent soit entre- les tubes nerveux, soit entre les faisceaux et s'envoient des anastomoses transversales ou obliques. Les artérioles et les veinules du système intrafasciculaire sont comprises dans des lames intrafasciculaires, tandis que les vaisseaux capillaires sont en rapport avec les tubes nerveux ou en sont seulement séparés par quelques fibres de tissu conjonctif (Ranvier).
Ganglions. — Les vaisseaux sanguins des ganglions sympathiques des Mammifères présentent une disposition très intéressante mise en lumière par Ranvier. « Les artères sont petites, se divisent, se subdivisent et viennent se perdre dans un réseau capillaire dont les mailles, assez larges, renferment chacune plusieurs cellules ganglionnaires. »
Les veines, non seulement sont très volumineuses, mais elles sont tortueuses, variqueuses et se terminent le plus souvent par des culs-de-sac, dans lesquels viennent se jeter quelques-unes des branches efférentes du réseau capillaire. Les autres branches aboutissent à d'autres points du plexus -veineux. Ranvier appelle ces veines dilatées « simcs veineux des ganglions symjjathiques » et les compare aux sinus veineux de la dure-mère et aux plexus veineux rachi- . diens.
Dans les ganglions spinaux les mailles du réseau capillaire sont petites et ne circonscrivent qu'une seule cellule ganglionnaire. Les veines ne présentent rien de particulier, sauf chez certains animaux (Amphibiens).
Centres nerveux. — Nous n'avons qu'un mot à dire des vaisseaux des centres nerveux. Leurs dispositions diffèrent dans la substance blanche et dans