VII. — Forme du crâne, indice crânien
Le crâne, avons-nous dit plus haut, a la forme d’un ovoïde, dont le diamètre antéro-postérieur l’emporte toujours sur le diamètre transversal. Mais il s’en faut de beaucoup que tous les crânes se ressemblent à ce point de vue. Le degré plus ou moins considérable d’allongement antéro-postérieur de la boîte crânienne nous est indiqué par une nouvelle mesure anthropométrique, V indice crânien.
IVindice crânien {indice céphalique sur le vivant) peut être défini : le rapport centésimal du diamètre transverse maximum au diamètre antéro-postérieur maximum : Indice = • f^ire qu’un crâne a un indice de 78 signifie que,
le diamètre antéro-postérieur de ce crâne étant 100, son diamètre transverse est 78.
Les variations fort étendues de l’indice crânien ont permis de déclasser les crânes, et par suite les individus et les races, en cinq groupes, savoir :
Dolichocéphales Indice = 75 et au-dessous
Sous-dolichocéphales — = 75,01 à 77,77
Mésaticéphales • — = 77,78 à 80
Sous-brachycéphales — = 88,01 à 83,33
Brachycéphales — = 83,34 et au-dessus.
os hyoïde eï appareil hyoïdien
Pour donner quelques exemples et pour les prendre dans les races blanches, nous rappellerons que les Anglo-Scandinaves, les Francs, les Sardes sont dolichocéphales ; que les Celtes (Auvergnats, Savoyards), les Ligures et les Lapons sont brachycéphales.
Nous arrêtons ici ces notions sommaires sur la craniométrie. Dans un ouvrage destiné avant tout à l’anatomie descriptive, nous avons dû nous contenter de définir simplement certains termes qui, tout en étant de création récente, deviennent déplus en plus usuels dans le langage scientifique. Nous renvoyons le lecteur, pour l’étude plus complète de ces termes et de leur valeur anthropologique, aux mémoires originaux et aux traités suivants publiés en France : Broca, Instncctions craniologiques et craniométriques, Paris, 1884; Topinard, l’Anthropologie, Paris, 1877, et Eléments d’ Anthropologie générale, Paris, 1885; Manouvrier, Sur le développement quantitatif comparé de l encéphale et de diverses parties du squelette; Hovelacque et Hervé, Précis d’ Anthropologie, Paris, 1887.
ARTICLE VU
OS hyoïde et APPAREIL HYOÏDIEN
L’os hyoïde est un os impair, médian, symétrique, transversalement étendu à la partie antérieure du cou, au-dessus du sternum auquel il est rattaché par ses muscles abaisseurs, au-dessous de la langue dont il constitue pour ainsi dire le squelette. Dans la position normale de la tête, sa place exacte répond au sinus de l’angle que forme le plan inférieur de la face en rencontrant le plan antérieur du cou. Il est à peu près parallèle au bord inférieur de la mandibule.
Convexe en avant, concave en arrière, Los hyoïde affecte la forme d’un U majuscule, d’où le nom qui lui a été donné : hyoïdes, hypsüoïdes (de 1-a voyelle grecque d, upsilon eïSoç, forme). Il est essentiellement constitué de cinq parties : une partie médiane, appelée corps, et quatre prolongements latéraux, deux de chaque côté, connus sous le nom de cornes. On distingue ces dernières en grandes cornes ou cornes thyroïdiennes et en petites cornes ou cornes styloïdiennes.
Chez l’enfant et même chez l’adulte, les grandes et les petites cornes sont des pièces indépendantes, articulées seulement avec la pièce médiane ; mais avec les progrès de l’âge, elles perdent peu à peu leur mobilité et finissent même par se souder entièrement avec le corps. Il en résulte la formation d’un os unique, l’os hyoïde de l’adulte, auquel nous décrirons : 1® un corps; 2*^ deux grandes cornes; 3° deux petites cornes.
Corps. — Le corps de l’hyoïde représente un segment d’ellipsoïde, dont le grand axe est dirigé transversalement d’un côté à l’autre. On lui considère deux faces, deux bords et deux extrémités :
a. Faces. — Des deux faces, l’une est antérieure, l’autre postérieure. — La face postérieure est fortement excavée ; elle répond à la membrane thyro-hyoïdienne, dont la sépare une bourse séreuse, la bourse de Boyer. — La face antérieure est, au contraire, fortement convexe. Une crête transversale la divise en deux parties : une partie supérieure, qui regarde en haut et que quelques auteurs ont prise à tort pour le bord supérieur de l’os ; une partie inférieure, qui regarde en avant.
OSTEOLOGIE
Chacune de ces parties se trouve subdivisée à son tour en deux petites facettes latérales par une crête médiane, qui est plus marquée en haut qu’en bas. Les quatre facettes, qui résultent de la rencontre de ces deux crêtes donnent insertion à un certain nombre de muscles que nous étudierons plus tard.
b. Bords. — Les deux bords de Los hyoïde se distinguent en supérieur et inférieur. — Le bord supérieur, fort mince, donne attache à une lame fibreuse, la membrane hyo-glossienne, qui se perd d’autre part dans la masse musculaire de la
Fig. 252. Fig. 253.
Os hyoïde, vu par sa face antérieure. Os hyoïde, vu par sa face postérieure.
1,1, corps de l’os hyoïde. — 2, 2, grandes cornes. — 1, corps de l’os. — 2, 2, grandes cornes. — 3, 3, pe-
3, 3, petites cornes. — 4, articulation de la grande corne tites cornes. — 4, articulation de la grande corne avec
avec le corps de l’os. le corps de l’os.
langue (voy. Langue). — Le bord inférieur, également fort mince, répond aux muscles thyro-hyoïdiens, qui s’y insèrent.
c. Extrémités. — Les deux extrémités du corps de l’os hyoïde sont dirigées en dehors. Elles servent de base d’implantation, à droite et à gauche, aux grandes et aux petites cornes correspondantes.
2° Grandes cornes ou cornes thyroïdiennes. — Les grandes cornes (fig. 252, 2) se dirigent horizontalement en dehors et en arrière, en décrivant une courbe à concavité postérieure et interne.
Aplaties de haut en bas, elles nous présentent comme régions : V une face supérieure , sur laquelle viennent s’insérer, le muscle hyo-glosse en dedans, le constricteur moyen du pharynx en dehors; 2° une face inférieure, qui donne
attache à la membrane thyro-hyoïdienne ; 3® un bord interne, concave ; 4® un bord externe, convexe; 5° une extrémité interne ou base, articulée ou soudée avec le corps de l’os; 6° enfin, une extrémité externe ou sommet, renflée ou simplement arrondie, pour l’insertion du ligament thyro-hyoïdien latéral.
3° Petites cornes ou cornes styloïdiennes . — Les
petites cornes (fig. 252, 3), situées en dedans des précédentes, surmontent le bord supérieur de l’os.
A la fois allongées et arrondies, elles ressemblent assez bien à deux grains d’orge, dirigés obliquement de bas en haut, de dedans en dehors et d’avant en arrière.
On leur considère : 1° un corps, sur lequel s’insère un certain nombre de muscles (voy. plus bas) ; 2° une base, implantée sur le corps de l’os, au niveau du point où le corps se continue avec les grandes cornes ; 3° un sommet, sur lequel vient se perdre le ligament stylo-hyoïdien.
4° Conformation intérieure. — L’os hyoïde est presque exclusivement composé
Fig. 254.
Os hyoïde, vu par sa face latérale droite.
1, corps. — 2, grande corne. — 5, petite corne. — 4, articulation de la grande corne avec le corps.
os hyoïde et appareil hyoïdien
de tissu compacte. Ce n’est que dans les parties les plus épaisses du corps et des grandes cornes que Ton rencontre des traces de tissu spongieux.
Insertions musculaires. — L’os hyoïde donne insertion à treize muscles. Nous résumons ces insertions musculaires dans la figure 255 et dans le tableau suivant :
Corps.
a) Face antérieure .
b) Bord supérieur
c) Bord inférieur
IL — Grande corne
lll. — Petite corne
/' Génio-liyoïdien (1).
[ Mylo-hyoïdien (2).
Hyo-glosse (3).
I Digastrique (4).
i Stylo-liyoïdien (5).
( Hyo-glosse (3).
I Génio-glosse (6).
( Génio-hyoïdien (1).
( Sterno-cléido-hyoïdien (7).
^ Omo-hyoïdien (8).
( Thyro-hyoïdien (9).
/ Digastrique (4).
( Stylo-hyoïdien (5).
) Thyro-hyoïdien (9).
(Constricteur moyen du pharynx (10).
Hyo-glosse (3).
I Génio-glosse (6).
i Stylo-hyoïdien profond (anor- ) mal) (11).
I Constricteur moyen (10).
f Lingual inférieur (12).
\ Lingual supérieur (13).
Fig. 2oo.
Os hyoïde, vue antérieure, avec les insertions musculaires.
(Pour la signification des chiffres, se reporter au tableau ci-contre.)
Développement. — L’hyoïde se développe à la fois aux dépens des deuxième et troisième arcs branchiaux. Six points d’ossification contribuent à le former, savoir ; 1° doux pour le corps, qui se montrent vers la fin de la vie intra-utérine et qui se soudent de bonne heure sur la ligne médiane pour former un centre unique ; 2» deux points pour les grandes cornes , qui se montrent vers la même époque ; 3° doux points pour des petites cornes, qui apparaissent beaucoup plus tard, vers la fin de l’adolescence.
Appareil hyoïdien. — L’os hyoïde est le seul os qui ne soit pas rattaché au reste du squelette. Cet isolement n’est qu’apparent et dénote, chez l’homme, un appareil profondément dégradé. Chez la plupart des mammifères, la pièce osseuse qui représente notre os hyoïde est reliée à la base du crâne par une double chaîne d’osselets, articulés ou soudés entre eux. 11 en résulte la formation d’un appareil en forme de fer à cheval, dont les deux extrémités s’articulent avec les temporaux et dont les parties moyennes flottent librement au milieu des parties molles du cou. C'est l'appareil hyoïdien de E. Geoffroy Saint-Hilaire (voy. Philosophie anatomique des os antérieurs de la poitrine ou de l’hyoïde, 1888, p. 140). Il se compose de sept pièces osseuses, savoir : une pièce impaire et médiane, pourvue ou non de cornes thyroïdiennes, le basi-hyal ; six pièces latérales, trois de chaque côté, articulées en série linéaire et constituant ce (,|u’on appelle quelquefois les chaînes hyoïdiennes ; ce sont, en allant de bas en haut, du basi-hyal vers le crâne, l'apo-hyal, le cérato-hyal, le stylo-hyal. Ces différentes parties constituantes de l’appareil hyoïdien se voient très nettement sur le squelette du cheval.
Cet appareil existe aussi chez l’homme, mais il y est considérablement atrophié. Dans les premiers mois de la vie intra-utérine (voir Rambaud et Renault, pl. H, fig. 9), l'os hyoïde est relié au crâne par un cordon cartilagineux non interrompu. Ce n’est que plus tard qu’on le voit se fragmenter et donner naissance à trois petits os qui sont, en allant de bas en haut, Vapo-hyal, le cerato-hyal et le stylo-hyal. L’apo-hyal n’est autre que la petite corne de l’os hyoïde ; le stylohyal est l'apophyse styloïde ; quant au cérato-hyal, c’est une petite pièce osseuse, un peu allongée de haut en bas et située au-dessous du stylo-hyal, réunie d’une part à ce dernier par un petit cylindre cartilagineux, reliée d’autre part à l’apo-hyal par un cordon cartilagineux beaucoup plus long. Par suite de modifications nouvelles, ce dernier cordon se transforme en un ligament, le ligament stylo-hyoïdien ; d’autre part, le stylo-liyal se soude au temporal, le cératohyal s’unit au stylo-hyal et on a ainsi la disposition de l'adulte, la disposition classique.
Nous voyons, d’après ce court exposé, que l’apophyse styloïde, que l’on décrit toujours avec le temporal, n’appartient pas au crâne, mais à l’appareil hyoïdien et qu'elle résulte de la fusion de deux pièces primitives, le stylo-hyal et le cérato-hyal.
11 n’est pas extrêmement rare de voir le ligament stylo-hyoïdien s’ossifier chez le vieillard et diminuer ainsi la distance qui sépare l’appareil de l’homme de celui des mammifères. Cette ossification. qui n’est le plus souvent que partielle, peut aussi être totale : l’apophyse styloïde descend, dans ce cas, jusqu’à la petite corne, rendant l’homologie plus complète.
.^.NATOMIE HU.VIAINE. — T. I, 6® ÉDIT.
Des faits de cette nature ont été rapportés par Serres (cité par Geoffroy-Saint-Hilaire, Philos. Ant., 1818), par Huschke (Splanchnologie, p. 537), par Rambaud et Renault {Développement des os, p. 179). etc., etc. J’en ai observé plusieurs cas moi-inêtne. Une pièce très démonstrative à ce sujet a été déposée par Folet au Musée anatomique de la Faculté de Lille. Nous trouvons de nouveaux faits d’ossification de l’appareil hyoïdien chez l’homme dans des communications
Appareil hyoïdien de riiomnie,, dans les conditions ordinaii'es.
Appareil hyoïdien de l’homme, avec ossification du ligament stylo-hyoïdien.
1, temporal. — 2, apophyse styloïde des ti’aités classiques, résultant de la soudure de deux pièces primitivement distinctes, le stylo-nyal eu haut, le cérato-hyal en bas. — 3. ligament stylo-hyoïdien. — 4, petite corne de i’iiyoïde [apo-hyal). — 5. corps de l'os hyo'ide (basi-hyal). — 6, cartilage thyroïde. — 7, ligament fhyro-hyoïdien. — 8, membrane thyro -hyoïdienne.
faites à la Sociélé de biologie par Retterer (1886) et à la Société anatomique par Meunier et l^oi- RiER (1886 et 1888), etc.
Voyez encore, au sujet de l’appareil hyoïdien. Ch. Debierre, Pull, de la Soc. Zool. de France, 1885; — Nicolas, Revue biologique du Nord de la France, t. I, 1888-1889, p. 321-345 ; — Peter, Beitrâge zur norm. und patholog. Anatomie des Zunhenbeines, Thèse de Bàle, 1888 ; — Sébileau et Gilbert, Appareil hyoïdien chez V homme. Bull. Soc. anal., 1900; — Dwight, Stylo-hyoid ossification. Ann. of. Surgery, 1907.