‹ Traité d'anatomie humaine (volume 3)Chapitre 73 sur 176 · MEMBRE SUPÉRIEUR AGE MEMBRE INFÉRIEUR · texte numérisé non relu

MEMBRE SUPÉRIEUR AGE MEMBRE INFÉRIEUR

Radius [extr. inferieure) . . .

Vers la 5® année

Métacarpiens [les 4 derniers) .

Milieu de la 5® année ....

Phalanges. )

'Ro.àiVi'Si [extr. siqjérieiire). S

Vers la 6® année.

Cubitus [extr. inférieure) . . .

De 6 « 9 ans

l®r métacarpien

De 7 à 8 ans

Dans la 8® année

Fémur {petit trochanter).

De 7 à 10 ans

Calcanéum.

Humérus [trochlée). ^ Humérus {épicondyle). ) ’ ' '

Dans la 12® année

De 12 à 14 ans

Tibia {p. de la tub. antér.).

De 12 à 15 ans

Os coxal {p. cotyldidien) .

Scapulurn (p. corac. ace.). . .

De 14 à 15 ans

Os coxal {épine ant.-inf.).

Cubitus [extr. supérieure) . . .

De a à 18 ans

Scapulurn {point acromial) . .

De 15 à 16 ans

( Os coxal {crête iliaque).

( Os coxa.1 {tub. ischiatique).

Scapulurn {point glénoïdien) .

De 16 à 18 ans

Scapulurn {point inférieur) . .

De 17 à 18 a7is

H 18 ans

Os coxal {épine pubienne) .

Scapulurn {point spinal) . . . .

De 18 à 20 ans

De 19 à 20 ans

Os coxal {angle du pubis).

Clavicule {extr. interne) . . .

De 20 à 22 ans .......

Anomalies. — Les anomalies des membres présentent des variétés fort nombreuses quoique relativement peu fréquentes. Elles ne sont pour la plupart que de simples arrêts de développement, portant sur un ou plusieurs segments des membres. Ces anomalies sont, du reste, unilatérales ou bilatérales et peuvent même, sur un même sujet, intéresser les quatre membres.

On désigne sous le nom à'ectromélie (de sxTptbw, je fais avorter, et psÀoç, membre), l’absence complète ou à peu près complète des membres, soit thoraciques, soit abdominaux ; sous le nom à' héynimélie (de moitié, et [aiXoç, membre), une malformation dans laquelle les membres,

soit supérieurs, soit inférieurs, sont très incomplets ou se terminent, du côté de la main, par une espèce de moignon avec des doigts nuis ou fort rudimentaires: sous le nom phocoméUe (de cpwxTQ, phoque, et p.l.Xo^, membre), l’état dans lequel les derniers segments des membres, les mains et les pieds, existent seuls et s’implantent immédiatement sur le tronc, comme cela se voit chez le phoque.

La soudure plus ou moins complète des membres abdominaux donne lieu à trois malformations, que l’on désigne (Geoffroy Saint-Hilaire) sous les noms de symélie, uromélie, sirénomélie : dans la symelie (de o-jv, avec, et [asXo!;, membre), les membres inférieurs, à peu près complets, s’unissent par leur bord interne et se terminent par un pied double dont la plante est tournée en avant; 2» dans l’uromélie, (de ôupà, extrémité postérieure, et pisXoç, membre), les membres abdominaux, très incomplets, se fusionnent comme dans le cas précédent et se terminent par un pied simple, le plus souvent imparfait lui-même et dont la plante est dirigée en avant : 3« dans la sirénomélie, enfin, le pied a disparu et les deux membres, entièrement fusionnés, se terminent en une espèce de pointe que l’on a comparée à la queue des sirènes de la mythologie, d’où le nom de sirénomélie, sous lequel on désigne cette malformation.

En ce qui concerne la main et le pied, nous signalerons : 1° la polydacLylie (de 7:0X0::, nombreux, et oaxTuXo:;, doigt) caractérisée par l’apparition d’un ou de plusieurs doigts surnuméraires, soit sur le bord interne, soit sur le bord externe du membre ; 2® Vectvodactylie (de sxxpwcü, je fais avorter, et oàxxuXoç, doigt), constituée par l’absence totale d’un ou de plusieurs doigts ; 8» la syndactylie (de ci'jv, avec, et oax-uXoç, doigt) ou coalescence plus ou moins complète de deux ou plusieurs doigts ; 4® la (de ppaÿ'ùc, court, et oaxvuXo;:, doigt), caractérisée

par l’absence d’une ou de plusieurs phalanges, amenant comme conséquence une diminution dans la longueur de ces appareils ; b® la macrodactylie (de [aaxpo^, grand, et oaxtuXo;, doigt), constituée au contraire par l’augmentation numérique des phalanges.

Ces différentes malformations des membres n’ont rien de pathologique et s’expliquent nette-

OSTEOLOGIE

ment par un arrêt ou une déviation du processus embryonnaire. La polydactylie ne fait nullement exception, car il est démontré aujourd’hui que la main et le pied présentent, à l’une des phases de leur évolution morphologique, un nombre de segments ou rayons qui est supérieur à cinq. On admet généralement aujourd’hui l’existence, dans la main et le pied primitifs, de deux autres doigts [sept en tout, hejptadactylie) : l’un en dedans du pouce ou gros orteil, le præpollex ou præhallux l’autre en dehors du petit doigt ou petit orteil, le posterinisme. L’apparition des doigts surnuméraires sur la main ou le pied de l'homme acquiert ainsi toute la valeur des anomalies dites réversives.

§ II. — Homologie des membres

Les extrémite's, tant supérieures qu’inférieures, se divisent en deux parties : l’une, qui en constitue la racine et les rattache au tronc, est plus particulièrement connue sous le nom de ceinture, ceinture scapiUaire pour le membre supérieur et ceinture pelcienne pour le membre inférieur ; l’autre, appendue à cette dernière, conserve le nom de membre proprement dit. Les ceintures et les membres proprement dits sont réciproquement homologues ; c’est ce que nous allons essayer de démontrer.

Homologie des ceintures. — L’implantation de l’humérus sur les côtés de la ceinture thoracique divise ce segment squelettique en deux portions ou plaques : l’une postérieure ou dorsale, constituée par le corps du scapulum ; l’autre antérieure ou ventrale, constituée par le corcico-procoracoide. La plaque ventrale, traversée par des vaisseaux et des nerfs, ne se transforme pas en cartilage au niveau du point où passent ces vaisseaux et ces nerfs. Il en résulte un orifice qui nous permet de subdiviser cette plaque ventrale en deux segments secondaires : l’un, qui est situé en arrière du trou, le coracoïde ; l’autre, qui est situé en avant, \c procoracoïde .

La ceinture abdominale est conformée sur un type absolument identique. L’articulation du fémur sur les côtés de cette ceinture la partage, de même, en deux plaques ; l’une dorsale, Vilion; l’autre ventrale, V ischio-pubis . Le nerf et les vaisseaux obturateurs se ménagent ici encore, dans la plaque ventrale, un orifice, le trou ischio-pubien, lequel subdivise cette plaque en deux segments : un segment postérieur ou ischion et un segment antérieur oo picbis.

Cela posé, les homologies des deux ceintures sont faciles a établir, chez les vertébrés inférieurs tout au moins, qui possèdent l’une et l’autre ceintures à l’état parfait : c’est ainsi que le scapulum a pour homologue Vüion; le procoracoïde répond au pubis et le coracoïde à V ischion.

Chez les vertébrés supérieurs et notamment chez l’homme, la ceinture thoracique est extrêmement réduite dans sa plaque ventrale. On peut cependant démontrer (Sabatier) que l’apophyse coracoïde représente le procoracoïde des vertébrés inférieurs et que, d’autre part, le tubercule sus-glénoïdien, situé au-dessus de la cavité glénoïde et auquel s’attache la longue portion du biceps, est le représentant atrophié du coracoïde. Dès lors, les homologies des deux ceintures, chez l’homme, doivent s’établir comme suit :

CEINTüRE THORACIQER CEINTURE ABDOilINAI.E

Scapulum [corps] . . .• llion.

Apophyse coracoïde [procoracoide] Pubis.

Tubercule ou point sus-glénoïdien [coracoide] Ischion.

La clavicule qui, dans la ceinture thoracique, réunit à la manière d’un arcboutant l’acromion à la fourchette sternale, n’a pas de représentant à la ceinture abdominale.

HOMOLOGIE DES MEMBUES

2^ Homologie des membres proprement dits. — Les membres supérieurs et les membres inférieurs sont originellement semblables et ce n’est que dans le cours du développement qu’ils revêtent graduellement la physionomie qui leur est propre, pour s’adapter aux fonctions différentes qui leur sont dévolues dans la mécanique animale. Aussi, s’il est relativement facile, à un stade encore peu avancé de leur développement, de déterminer les homologies du membre thoracique et du mernhre abdominal, cette détermination présente chez l’adulte des difficultés nombreuses et encore mal résolues.

A. Théories diverses. — Ces difficultés nous expliquent les divergences des anatomistes sur ce point délicat d’anatomie philosophique. Elles nous expliquent aussi le nombre considérable d’hypothèses qui ont été émises :

a. Méthode de croisement. — Vicq-d’Azyr (1774), auquel nous devons la première tentative sérieuse pour établir scientifiquement le parallèle des membres, eut la malencontreuse idée de comparer le membre supérieur d’un côté au membre inférieur du côté opposé. Cette méthode, dite méthode de croisement, qui lait du tibia l’homologue du cubitus et qui, d’autre part, fait correspondre au tibia et au cubitus le gros orteil et le petit doigt, lesquels ne sont nullement homologues, viole ainsi le principe de connexion et est manifestement inexacte.

b. Méthode de la mise en pronation de V avant-bras. — Flourens (1838), se préoccupant à juste titre de ramener le pouce en dedans, comme le gros orteil, place l’avant-bras dans la pronation et obtient ainsi le résultat cherché. Mais, dans cette nouvelle position, le plan de flexion, du coude est dirigé en avant, tandis que, pour le genou, ce même plan de flexion est tourné en arrière. En outre, lejs deux os de l’avant-bras se trouvent, dans sa démonstration, entre-croisés en X, tandis que les deux os de la jambe sont parallèles l’un à l’autre.

c. Théorie de la torsion. — La théorie de Flourens et celle de Vicq-d’Azyr disparaissent, en 1857, devant la théorie de Charles Martins, dite théorie de la torsion. Cette théorie, justement célèbre, repose sur ce fait fondamental que l’humérus, tel qu’il nous apparaît chez l’adulte, est un os qui s est tordu sur son axe de 180® environ : « L’humérus étant un fémur tordu, si l’on veut comparer ces deux os, il faut avant tout détordre l’humérus. Le résultat de cette opération est de placer l’épitrochlée en dehors et l’épicondyle en dedans. Cela fait, la comparaison des membres n’offre plus aucune difficulté. En effet, le col de l’humérus est dirigée en dedans comme celui du fémur ; la partie postérieure ou tricipitale de l’os du bras se trouve en avant, comme la partie convexe ou quadricipitale de l’os de la cuisse. Les deux os sont donc semblables; leurs condyles articulaires se contournent en arrière; l’olécrane est en avant comme la rotule; de plus, elle est attachée à la portion antérieure et interne de la tête du tibia, qui représente la portion olécranienne de la tête du cubitus, soudée et confondue avec celle du radius. )) (Martins, Dictionnaire eney^elopédique des Sciences médicales, p. 480.) Comme preuve de la réalité de cette torsion, Martins invoque, entre autres faits, la direction fortement oblique de cette gouttière {gouttière de torsion), que l’on remarque à la face postérieure de l’humérus et dans laquelle cheminent le nerf radial et l’artère humérale profonde.

Martins a enseigné longtemps que la torsion de l’humérus était purement virtuelle. Mais, à la suite des recherches de Gegenbaur, recherches que nous avons déjà fait connaître en étudiant l’humérus (p. 282), il a modifié ses idés sur ce point : il persiste à considérer comme virtuelle la torsion initiale de l’os ; mais il admet que

OSTÉOLOGIE

cette torsion s’effectue réellement dans l’état fœtal, infantile et adulte; elle serait, d’après Gegenbaur, de 47° à partir du huitième mois jusqu’à l’âge adulte.

B. Détorston de l’humérus et torsion du fémur. — Dans la pratique, pour démontrer l’hOmologie des membres, Ch. Martins détord l’humérus en le plongeant quelque temps dans de l’acide chlorhydrique étendu d’eau, ou bien il se contente de le scier à la jonction du tiers supérieur avec le tiers moyen et il introduit dans le canal médullaire un axe métallique autour duquel il le fait tourner (délorsion) de 170° à 180°. Il dispose alors côte à cote sur une planchette, comme dans la

Fig. 415.

Comparaison des membres, riiumérus étant détordu et l’avant-bras ramené au type de la jambe (d’après Martins).

1, humérus détordu de 140. — U, fémur. — 2, olécrane et 2’, rotule. — 3 et 4, radius et cubitus, homologues de 3 et 4’, tibia et péroné (on voit que l’extrémité supérieure du cubitus a été sciée et rattachée au radius).

figure 415, les deux membres supérieur et inférieur et les homologies éclatent d’elles-mêmes avec la plus grande netteté.

Pozzi, qui s’est rallié entièrement aux idées de Martins, procède d’une façon inverse : au lieu de détordre l’humérus, il tord le fémur de 180° et arrive ainsi, par une nouvelle méthode, à des conclusions identiques (fig. 416). On peut voir au musée de la Faculté de médecine de Paris des préparations ostéologiques qu’il y a déposées en 1870 et qui rendent les homologies des membres tout aussi saisissantes que la planchette de Martins figurée plus haut.

Deux faits, cependant, restent à élucider : l’absence d’une rotule au coude et puis le développement si différent des deux os homologues, le cubitus et le péroné, dont l’un s’articule par une large surface avec l’humérus, tandis que l’autre ne prend aucune part à l’articulation du genou. Voici comment Martins a résolu la question : 1° la rotule est représentée au coude par l’olécrane ; il détache alors par un trait de scie folécrâne de l’extrémité supérieure du cubitus et rend l’homologie évidente ;

HOMOLOGIE DES MEMBRES

2° en ce qui concerne les caractères morphologiques si différents du cubitus et du péroné, il considère l’énorme chapiteau du tibia comme s’étant incorporé, par coalescence, l’extrémité supérieure du péroné et comme représentant par conséquent, à lui tout seul, les têtes du radius et du cubitus. Dès lors, pour rétablir le parallélisme, il scie longitudinalement la moitié environ de la face postérieure du cubitus, y compris sa face articulaire, et accole cette partie ainsi détachée à la face antérieure et supérieure du radius : « le radius, accru par cette addition, rappelle complètement le tibia; le cubitus, réduit à son corps grêle et mince, est l’image fidèle du péroné ». Pozzi, suivant encore ici un procédé inverse, comme on peut le voir dans la figure 416, détache la partie antérieure et péronéale du tibia et la restitue au péroné, qu’il transforme ainsi en un cubitus ; le chapiteau tibial, ainsi réduit par cette soustraction, ne s’articule plus qu’avec un seul condyle et rappelle le radius.

C. Objections. — Telle est, sommairement résumée, la théorie de la torsion de Ch. Martins. Cette théorie a eu à son apparition un grand retentissement et a été acceptée par nos meilleurs anatomistes, notamment par Cruveilhier et par Sappey.

Attaquée dans ces dernières années par Alexis Julien et par A. Sabatier, elle a perdu beaucoup de sa valeur. Elle est, en effet, passible d’objections fort sérieuses :

Sans nous arrêter à l’absorption par le chapiteau tibial de l’extrémité supérieure du péroné, absorption qui nous paraît légèrement fantaisiste, nous ne pouvons admettre, comme nettement établie, l’assimilation de Volécrâne à la rotule. Ces deux os peuvent bien être aujourd’hui considérés l’un et l’autre comme des parties essentielles du squelette des membres ; mais l’un est toujours indépendant, tandis que l’autre s’est définitivement incorporé à une autre pièce squelettique.

D’autre part, tandis que l’olécrane s’est soudée au cubitus, la rotule, par sa situation et aussi par l’intermédiaire du tendon du quadriceps, se rattache manifestement au tibia, qui est l’homologue, non du cubitus, mais du radius. Nous rappellerons, enfin, qu’il existe quelques mammifères, les chauves-souris notamment, qui possèdent au-dessus de l’olécrâne une véritable rotule cubitale, développée dans l’épaisseur du tendon du triceps brachial.

Nous devons, d’fin autre côté, reconnaître que l’humérus ne présente nullement les traces de cette torsion de 180°, qui sert de base à la théorie de Ch. Martins. Le bord antérieur de l’os est en effet rectiligne, et il en est à peu près de même des bords interne et externe. Quanta la gouttière, dite de torsion, qui croise en diago-

Fig. 416.

Comparaison des membres, le fémur étant tordu et la jambe ramenée au type de Tavant-bras (d’après Pozzi).

1, fémur tordu. — 1’, humérus. — 2, partie externe de l’extrémité supérieure du tibia, sciée et rattachée au péroné; elle est homologue de la portion olécranienne du cubitus 2’. — 3, plateau externe du tibia, homologue de- la grande cavité sigmoïde du cubitus 3’. — 4, plateau externe, homologue de la cupule du radius 4’.

ÜSTEOLOGIE

nale sa face postérieure, elle n’est qu’une simple empreinte, qui est déterminée par le passage du nerf radial et de l’artère humérale profonde et dont les bords se sont relevés par suite de l’insertion, à ce niveau, de deux muscles puissants, le vaste interne et le vaste externe. Et qu’on n’invoque pas, en faveur d’une torsion de 180'', le trajet du nerf radial, qui passe de la partie interne à la partie externe du bras ; car nous serions en droit de demander, alors, comment il se fait que quatre autres branches terminales du plexus brachial restent constamment parallèles à l’axe de l’humérus, comment il se fait que les vaisseaux huméraux suivent constamment le côté interne du membre, comment il se fait que les corps musculaires qui se groupent autour de l’humérus présentent, eux aussi, une direction longitudinale et non oblique, etc., etc.

Mais l’objection la plus sérieuse est celle-ci :

D. Théorie de la double rotation de l’humérus et du fémur. — Ch. Martins, en constatant l’orientation inverse de l’humérus et du fémur et en admettant, pour expliquer ce fait, une torsion de l’humérus et du fémur allant à 180°, considère la position actuelle du fémur comme étant une disposition typique et primordiale. Or,

c’est là une assertion inexacte. L’embryologie nous démontre, en effet, que, dans les premiers stades de leur développement, les membres supérieurs et inférieurs, identiquement constitués, présentent sur les côtés du tronc une orientation également identique (fig. 417) : la saillie du coude et la saillie du genou sont l’une et l’autre dirigées en dehors ; la ligne âpre du fémur regarde en dedans, et il en est de même du bord antérieur ou ligne âpre de l’humérus ; les deux os de l’avant-bras, ainsi que les deux os de la jambe, sont placés côte à côte dans un même plan qui est parallèle au plan vertébro-sternal, le radius et le tibia en avant, le cubitus et le péroné en arrière; le pouce et son homologue, le gros orteil, sont tous les deux antérieurs, le petit doigt et le petit orteil tous les deux postérieurs. Plus tard, l’humérus subit un mouvement de rotation de dedans en dehors et d’avant en arrière : ce résultat de porter le mouvement, qui est de 90° environ, a naturellement pour saillie du coude en arrière: le plan de flexion de l’avant-bras en avant, le pouce en dehors, le petit doigt en dedans. En même temps, le fémur accomplit, lui aussi, un mouvement de rotation de 90°, mais en sens inverse, c’est-à-dire de dehors en dedans et d’arrière en avant : ce mouvement, on le conçoit, a pour effet de placer la saillie du genou en avant, le plan de flexion du genou en arrière, le gros orteil en dedans et le petit orteil en dehors.

Ainsi s’explique, selon nous, par une double rotation de 90° accomplie simultanément et en sens inverse par V humérus et le fémur, la différence de 180°, qui sépare réellement chez l’homme adulte l’orientation des deux membres.

Nous voyons ainsi toute la justesse des conclusions d’AuExis Julien, à savoir : que l’humérus n’est nullement un fémur retourné ; que, d’autre part, le membre abdominal ne peut être considéré comme le membre type et que sa position est acquise au même titre que celle du membre thoracique. C’était là encore une opinion de Broca qui, à propos du sujet qui nous occupe, nous a laissé cette courte

Eut. 417.

Fœtus humain de sept semaines (d’après Ch. Mau-

TINSj.

HOMOLOGIE DES MEMBRES

note publiée après sa mort par Manouvrier : (( S’il est commode de prendre le fémur pour terme de comparaison et de considérer l’humérus comme un fémur modifié, il serait plus vrai de les rapporter l’un à l’autre à un type commun modifié doublement pour s’adapter respectivement aux fonctions du membre thoracique ou du membre abdominal. »

E. Siège a la rotation des membres. — Gomment s’accomplit ce mouvement de rotation des membres? A-t-il pour siège l’articulation du membre avec la ceinture {rotation articulaire), ou bien s’effectue-t-il dans le corps de l’os lui-même {torsio7i) ? Julien et Sabatier se rallient à la première de ces deux hypothèses. En considérant la fixité des rapports que présentent, chez le foetus comme chez l’adulte, les deux têtes humérale et fémorale avec les deux cavités glénoïde et cotyloïde, en tenant compte aussi des recherches précitées de Gegenbaur, qui nous montrent la torsion de l’humérus s’accomplissant réellemeiit au cours du développement ontogénique, j’incline vers l’hypothèse de la rotation dans le corps de l’os et je considère l’orientation différente des deux membres de l’adulte comme le résultat d’une double toi^sion en sens imei^se de Vhuméi'us et du fémur.

F. Etablissement des homologies. — Dès lors, pour ramener les deux membres au parallélisme ou, autrement dit, à leur position primordiale, ce qu’il faut toujours faire quand on veut les comparer l’un à l’autre, il suffit de détordre l’humérus de 90“ en dedans, le fémur de 90“ en dehors. Les homologies sont ainsi tout aussi faciles à établir qu’avec la planchette de Martins. Ces homologies sont, du reste, absolument les mêmes dans l’une et l’autre des deux méthodes et nous pouvons maintenant les résumer :

a. Homologies du bras et de la cuisse. — Le bras et la cuisse se composent chacun d’un seul os, l’humérus et le fémur. Les homologies des deux os peuvent s’établir comme suit :

Page 1