LIVRE II
ARTHROLOGIE
ANATOMIE GÉNÉRALE
Les différentes pièces squelettiques que nous avons décrites dans le livre précédent ne sont pas isolées. Elles s’unissent les unes aux autres, suivant les modes les plus divers, pour constituer ce que l’on désigne indistinctement sous les noms de jointures, articulations ou articles. Nous pouvons donc définir les articulations l’ensemble des parties, molles et dures, par lesquelles s’unissent deux ou plusieurs os voisins, et l’arthrologie (de àpQpov, jointure), encore appelée syndesmoiogie (de auvSetjpioç, ligament) est cette partie de l’anatomie qui a pour objet leur étude. L’arthrologie a acquis dans l’enseignement une importance toujours croissante et c’est justice î les articulations, en effet, avec leurs nombreuses variétés, n’intéressent pas seulement les morphologistes. Elles intéressent aussi les physiologistes et les chirurgiens, les physiologistes par le rôle important qu’elles jouent dans la mécanique animale, les chirurgiens par les différentes affections dont elles peuvent être le siège et par les opérations qu’on est appelé à pratiquer sur elles.
Envisagée à un point de vue purement anatomique, toute articulation nous offre à considérer : 1° des surfaces osseuses; 2° des parties molles interposées ou interosseuses; 3° des parties molles placées autour d’elles ou périphériques. Mais ces parties ^communes revêtent des caractères bien différents dans les nombreuses articulations que présente le squelette. Réduites dans la tête à la plus grande simplicité, elles vont se développant peu à peu sur le tronc, pour acquérir leur plus haut degré de différenciation au niveau des membres. Ici, en effet, nous voyons, d’une part les extrémités osseuses s’élargir et se recouvrir d’une couche cartilagineuse indestructible, d’autre part de solides moyens d’union se disposer tout autour de ces extrémités osseuses et circonscrire, avec elles, une cavité que iDaigne un liquide destiné à favoriser les déplacements. Quelle différence n’y a-t-il pas entre une semblable articulation et cette jointure, propre à la région céphalique, où une simple lame cartilagineuse ou conjonctive sépare deux os contigus ou réciproquement engrenés. D’un côté, tout est admirablement disposé, pour des mouvements faciles, variés, étendus. De l’autre, tout est disposé ; au contraire, pour assurer l’immobilité des pièces squelettiques en présence. On serait presque tenté, si on n’était retenu par des données embryogéniques, de rejeter ces jointures immobiles de la tête du cadre de l’arthrologie, pour les rapprocher des extrémités juxtaépiphysaires d’un os large, dont l’épiphyse et la diaphyse sont réunies l’une à
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l’autre par le cartilage de conjugaison. Un pareil rapprochement aurait pour lui ce fait que certaines articulations du crâne et de la face disparaissent avec l’âge, comme disparaît sur un os large, l’os coxal par exemple, la limite qui sépare primitivement la diaphyse de la pièce épiphysaire.
Les différences morphologiques, à la fois si nettes et si profondes, qui existent entre ces organes disparates, que l’on a l’habitude de réunir sous la dénomination commune d’articulations, a imposé de tout temps des divisions séparatives.
Les anciens auteurs, considérant avant tout la nature des moyens d’union, admettaient quatre groupes d’articulations : 1® les synchondroses, dans lesquelles les surfaces articulaires sont réunies par du cartilage ; 2° les synévroses, comprenant les articulations dont les surfaces sont maintenues en contact par des ligaments; 3*^ les syssarcoses, articulations dans lesquelles les muscles sont les principaux moyens d’union; 4® lesméningoses, dont le type est fourni par les os du crâne fœtal réunis à l’aide des membranes. Cette classification n’a plus aujourd’hui qu’une valeur historique.
Bichat, depuis longtemps déjà, lui a substitué une nouvelle division, basée, non plus sur l’anatomie, mais sur la physiologie. Parmi les articulations, il en est de mobiles et il en est à' immobiles : les premières avaient déjà reçu de Galien le nom de diarthroses ; les secondes, celui de synarlhroses. Mais à côté de ces deux grandes classes, il en est d’autres qui, sans être complètement immobiles, ne jouissent cependant que de mouvements peu étendus; elles tiennent le milieu ^ntre les articulations manifestement mobiles et les articulations complètement immobiles. Winslow les avait désignées, bien avant Bichat, sous le nom &'anphiarthroses. Celui-ci, pour rester fidèle à sa nomenclature, les appela des articulations semi-mobiles .
Cette triple division des articulations en articulations mobiles ou diarthroses, articulations semi-mobiles ou amphiarthroses et articulations immobiles ou synarthroses est admise aujourd’hui par la plupart des auteurs classiques. C’est celle que nous adopterons nous-même dans les considérations générales qui vont suivre. Mais, avant d’exposer les caractères distinctifs des trois types articulaires précitées, il nous paraît indispensable de rappeler en quelques mots quel est leur mode de développement.
§ I. — Simple aperçu embryologique
Primitivement, les différentes pièces squelettiques, encore à l’état d’ébauches cartilagineuses, ne sont pas en contact comme elles le sont chez l’adulte. Entre elles et sur les points où existeront plus tard des articulations, s’étale une zone plus ou moins épaisse, à laquelle Henke et Reyher ont donné le nom de disque intermédiaire (fig. 418).
Ce disque intermédiaire ou intercartilagineux se compose lui-même de trois couches distinctes : 1® une couche moyenne, formée par du tissu mésenchymateux indifférent; 2° deux couches extrêmes, qui s’appliquent directement sur les ébauches cartilagineuses correspondantes et qui, en raison de leur rôle dans le développement de ces dernières, sont appelées couches chondrogènes. Cette couche chondrogène, du reste, n’est pas limitée à la région de la future articulation, mais entoure la pièce cartilagineuse dans toute son étendue. Ceci posé, voyons les transformations successives qui vont se produire dans la région précitée, pour aboutir.
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suivant les cas, à une articulation mohile, à une articulation semi-mobile ou à une articulation immobile.
1" Articulations mobiles. — Les pièces squelettiques cartilagineuses, s’allongeant progressivement par suite de nouveaux dépôts cartilagineux sous la couche chondrogène, marchent peu à peu à la rencontre Lune de l’autre. En même temps, et comme conséquence de ce rapprochement, la couche mésenchymateuse moyenne du disque intermédiaire diminue et finit même par disparaître : les deux couches chondrogènes se trouvent alors juxtaposées et confondues (fig. 420, A). Celles-ci se transforment alors, pour la majeure partie, en cartilage et, cette transformation
Fig. 418. — 1, première phalange. — 2, métacarpien. — 3, -disque intermédiaire, avec : 6, sa couche moyenne ou mésencliymateuse ; a, a, ses deux couches extrêmes ou chondrogènes.
Fig. 419. — 1, première phalange. — 2, métatarsien. — 3, disque intermédiaii’e, avec ; b, sa couche moyenne ou mésenchymateuse ; a, a, ses deux couches extrêmes ou chondrogènes ; b\ partie de la couche mésenchymateuse, qui subira la Iransi'ormatiou muqueuse et deviendra la première synovie de la cavité articulaire; 6”, 6”, parties latérales de la même couche, qui formeront les ligaments de l’articulation.
une fois effectuée, les deux pièces cartilagineuses correspondantes sont en contact à peu près immédiat. Elles sont séparées encore, comme l’ont établi les recherches récentes de Retterer {Soc. de Biol., 1894), par une mince lame de tissu conjonctif embryonnaire, lequel ne s’est pas transformé en cartilage et a évolué en un tissu conjonctif muqueux. « Il est constitué par des cellules fusiformes et étoilées, dont les prolongements multiples s’anastomosent et circonscrivent des mailles remplies de gélatine de Wharton... Peu à peu, ces mailles deviennent déplus en plus larges, les prolongements des cellules de plus en plus minces ; le corps cellulaire forme une masse de moins en moins nette; le noyau fixe à peine les matières colorantes. En un mot, les cellules et leurs prolongements s’atrophient et finissent par disparaître ainsi que les noyaux » (Retterer). Par suite de cette disparition graduelle du tissu conjonctif muqueux, qui était interposé entre les deux segments squelettiques, ces derniers, devenus libres, sont séparés maintenant par un simple intervalle linéaire : c’est la fente articulaire des embryologistes, autrement dit la camté articulaire de la future articulation (fig. 420, B).
Bientôt après, le tissu embryonnaire qui entoure l’article, contrairement à celui qui séparait les segments cartilagineux, s’épaissit et se différencie en une forma-
Fig. 418.
Fig. 419.
Coupe longitudinale d'un doigt d"un embryon humain long de 27 millimètres, passant par la future articulation métacarpo-phalangienne (d’après Schultn).
Coupe horizontale d’un orteil d’un embryon de lapin long de 4 centimètres, passant par la • future articulation métatarso-phalangienne (d’après Retterer) .
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tion fibreuse, qui devient la capsule fibreuse et ligaments périphériques. L’articulation se complète ensuite par l’apparition, sur la face interne de son appareil ligamenteux, d’un endothélium qui constitue l’élément essentiel de la synoviale. Enfin, plus tard, lorsque l’os remplacera le cartilage, le processus ossificateur respectera toujours la partie de la pièce squelettique primitive qui confine à l’articulation : cette partie, qui conserve ses caractères de cartilage hyalin et qui restera telle durant toute la vie, constitue \q cartilage articulaire o\\ cartilage diathrodial (fig. 420, C).
Tel est le mode d’origine de toutes les articulations mobiles dont les surfaces sont concordantes, c’est-à-dire sont en contact dans toute leur étendue. Pour celles qui ont des surfaces discordantes, je veux dire des surfaces qui ne se touchent que sur certains points, les choses se passent d’une façon un peu différente. La couche mésenchymateuse moyenne, au lieu de s’atrophier et de disparaître comme tout à l’heure, s’organise au contraire en tissu fibreux, un tissu fibreux qui persiste chez l’adulte sous la forme d’un disque aplati, séparant les deux pièces squelettiques en présence et se moulant exactement sur chacune d’elles. Puis, au-dessus et au-dessous du disque fibreux, entre lui et chacune des pièces squelettiques correspondantes, se forment
Fig. 420.
Schémas indiquant les divers stades évolutifs des diarthroses : A, les deux couches chondrogènes, par suite de la disparition de la couche moyenne, arrivent au contact; B, formation de la fente articulaire; C, diarthrose type, à l’état adulte; D, diarthrose, avec ménisque occupant toute l’articulation ; E, diarthrose, avec ménisque n’occupant que la phériphérie de l’articulation.
1, pièce squelettique à l’état cartilagineux. — 1’, pièce squelettique àl’état osseux. — 2, 2, couches chondrogèiies. — 3, mésenchyme. — 4, fente articulaire. — 5, cavité articulaire. — C, cartilage diarthrodial. — 7, périoste. — 8, fihrocarlilage interarticulaire, occupant toute l’étendue de l’articulation. — 9, fibro-cartilage articulaire, n’en occupant que la périphérie. — 10, ligaments périphériques. — 11, synoviale.
deux fentes articulaires. Le développement une fois terminé (fig. 420, D), nous avons une articulation mobile d’un genre spécial : une articulation possédant deux cavités et, entre ces deux cavités, un fibro-cartilage ou ménisque interarticulaire. L’articulation temporo-maxillaire nous fournit un exemple très net de cette disposition.
Dans d’autres cas, la partie centrale de la couche mésenchymateuse moyenne disparaît seule. Sa partie périphérique persiste et se différencie comme précédemment en tissu fibreux : elle comblera, chez l’adulte, l’intervalle qui sépare périphériquement deux surfaces articulaires non concordantes, se touchant seulement par leur partie centrale. Telle est l’origine et la signification des cartilages semilunaires du genou et des bourrelets marginaux, que l’on rencontre dans les articulations de f épaule et de la hanche (fig. 420, E).
2" Articulations semi-mobiles. — Sur les points où les segments squelettiques en présence, tout en conservant une mobilité relative, auront surtout besoin d’être
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fortement et solidement unis, sur la colonne vertébrale par exemple, les deux couches chondrogènes se différencient, comme pour les articulations mobiles, en cartilage hyalin, tandis que la couche mésenchymateuse moyenne se transforme en un disque fibro-cartilagineux, qui adhère d’une façon intime aux deux pièces squelettiques correspondantes (fig. 4^3, A). Ainsi se développent les amphiarthroses vraies. Pour les diarthro-amphiarthroses (voy. plus loin), le processus formateur est exactement le meme, avec cette seule variante qu’il se développe ultérieurement, dans l’épaisseur même du disque fibreux, une fente articulaire (fig. 443, B).
3° Articulations immobiles. — Le processus en vertu duquel se développent les synarthroses est le même, tout d’abord, que celui qui prépare la formation des diarthroses. La couche mésenchymateuse disparaît entièrement, les deux couches chondrogènes se différencient en cartilage hyalin et les deux pièces squelettiques correspondantes se trouvent naturellement, après cette dernière différenciation, en contact immédiat.
Alors, au lieu de se séparer par une fente, comme cela se voit pour les diarthroses, elles se fusionnent réciproquement et la synchondrose est constituée.
A la partie supérieure du crâne, où les os se forment et s’accroissent au sein d’une ébauche conjonctive, sans cartilage préexistant, le processus est encore plus simple : les pièces osseuses, au fur et à mesure qu’elles progressent, se rapprochent, arrivent au contact et se juxtaposent, le plus souvent suivant des surfaces rugueuses ou même dentées qui se correspondent exactement : telle est l’origine des sutures.
§ lî. — Diarthroses en général
Les diarthroses ou articulations mobiles sont, comme leur nom l’indique, des articulations qui jouissent de mouvements. Pour bien les définir, il faudrait indiquer l’étendue de ces mouvements caractéristiques et tracer ainsi la limite qui les séparo des amphiarthroses. Mais cette appréciation de la mobilité ne peut être absolue, car, comme nous le verrons plus loin, les diarthroses comprennent plusieurs genres, à chacun desquels correspond un certain nombre de mouvements spéciaux. Ce qui caractérise en réalité une diarthrose, par rapport à une amphiarthrose, ce sont des mouvements d’une excursion plus étendue. C’est là la seule formule générale qui ne risque pas d’être mise en défaut, et encore convient-il de faire quelques réserves pour certaines diarthroses serrées, comme celle du carpe et du tarse, dont les mouvements sont presque nuis. Envisagées à un point de vue purement descriptif, les diarthroses nous offrent à considérer : 1® des surfaces articulaires, qui constituent ce qu’on pourrait appeler le squelette de l'articulation ; une lame cartilagineuse, qui, sous le nom de cartilage articulaire^ s’étale sur elles et les recouvre dans toute leur étendue ; 3° des fibro-cartilages interarticulaires ou ménisques ; 4® des moyens d'union ou ligaments ; 5° des moyens de glissement ou synoviales. Nous décrirons tout d’abord ces diverses parties constituantes des articulations; nous étudierons ensuite les mouvements dont elles sont le siège et indiquerons, enfin, leur classification.
1° Surfaces articulaires. — La forme des surfaces articulaires est tellement variable, suivant la diarthrose que l’on considère, qu’elle a servi de base à la classification des articulations mobiles, ainsi que nous le verrons plus loin. On peut dire d’une façon générale quelles sont, suivant les cas, concaves, convexes, plani-
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formes, en poulie. Si nous les rapportons à un type géométrique, nous avons des surfaces sphériques, des surfaces elliptiques, des surfaces cylindriques, des surfaces planes.
Chacun de ces types peut constituer, à son tour, des types secondaires par la modification plus ou moins étendue de la forme fondamentale. Ainsi, les surfaces cylindriques varieront dans leur aspect, suivant qu’elles représenteront un cylindre véritable, un cylindre coupé parallèlement à son grand axe, ou bien un cylindre curviligne ouencoreun cylindre creusé d’une gouttière perpendiculaire à l’axeprincipal, etc.
Comme ces différentes configurations des surfaces articulaires doivent être décrites ultérieurement avec plus de détails, nous n’insisterons pas davantage pour l’instant. Nous ferons remarquer ici, cependant, que lorsque la surface articulaire d’un côté constitue une convexité, à quelque forme géométrique qu’elle appartienne d’ailleurs, la surface opposée représente le plus souvent une concavité concordante. Nous rappellerons aussi que, dans certaines articulations, chaque surface articulaire est formée, non pas par un seul os, mais par les portions contiguës de deux, de trois, et même d’un plus grand nombre d’os, comme on le voit dans les articulations radio-carpienne et médio-carpienne.
2° Cartilages articulaires. — Si nous examinons une surface osseuse diarthrodiale fraîche, nous constatons tout d’abord qu’elle est revêtue d’une substance blanchâtre, qui « réunit à la solidité une grande souplesse et une grande élasticité qui cède quand elle est comprimée, mais qui se rétablit dans sa condition pre-
mière aussitôt que la compression a cessé et
Fig. 421.
Cartilage articulaire, vu sur une coupe verticotransversale du genou.
(Le cartilage articulaire est figuré en blanc).
1, condyle interne. — 2, condyle externe. — 3, cartilage semi-lunaire interne. — 4, cartilage semi-lunaire externe. — O, ligament croisé antérieur. — 6, ligament croisé {lostérieur. — 7, épine du tibia. — 8, capsule articulaire.
qui prévient ainsi les effets des chocs et des frottements » (Cruveilhier).
Cette substance a reçu le nom de cartilage (T encroûtement ou cartilage articulaire .
A. Disposition GÉNÉRALE. — L’étendue du revêtement cartilagineux est proportionnelle à l’étendue des mouvements de la jointure : le sens dans lequel il se prolonge indique aussi le sens de la mobilité. Ces deux facteurs, étendue du cartilage et mobilité de V article, sont en raison directe l’un de l’autre : en considérant celleci, on devine quelle doit être celle-là.
L’épaisseur du cartilage d’encroûtement, d’une valeur moyenne de 1 à 2 millimètres, varie suivant la pression à laquelle sont soumises les surfaces articulaires qui le supportent. D’une façon générale, plus la pression est forte, plus le cartilage est épais. Ainsi, d’une part, ce car.
tilage est plus épais dans les articulations du membre inférieur que dans celles du membre supérieur; et, d’autre part, dans une articulation donnée, le point qui supporte le maximum de pression est précisément celui qui présente la couche cartilagineuse la plus forte. C’est là ce qu’on peut appeler la loi de pression.
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Enfin, l’épaisseur du cartilage varie encore suivant la forme de la surface articulaire. C’est ainsi que, pour les articulations à surfaces sphériques, l’articulation scapulo-humérale et l’articulation coxo-fémorale par exemple, elle présente son maximum : 1° au centre du revêtement, pour la surface convexe ; 2® à la périphérie, pour la surface concave.
Chacun des cartilages diarthrodiaux nous offre à considérer deux surfaces et une circonférence. — Des deux surfaces, l’une est libre, l’autre adhère intimement à l’os sous-jacent. La surface libre regarde l’intérieur de l’article ; elle est lisse, polie, glissante, recouverte qu’elle est par le liquide synovial. La surface adhérente est si fortement unie à l’os qu’il est impossible de la décoller. — Quant à la circonfére/ice (appelée encore bord périphérique), elle se confond avec le périoste et donne insertion à la membrane synoviale, laquelle, comme nous le verrons plus loin, se termine à son niveau (fig. 420, C).
B. Structure. — Le cartilage d’encroûtement dans les diarthroses appartient à la variété dite cartilage hyalin (voy. les Traités d'histologie). Il nous présente, comme tout cartilage hyalin : 1° une substance fondamentale ; 2° dans la substance fondamentale, des cavités dites chondroplastes ; 3® dans ces cavités, des éléments cellulaires, cellules cartilagineuses.
a. Substance fondamentale. — La substance fondamentale (fig. 422, 4), parfaitement transparente quand elle est vue en tranche mince, revêt, sur des tranches un peu épaisses, une coloration blanche avec reflet légèrement bleuâtre. L’examen microscopique ne nous y révèle la présence d’aucun élément figuré : elle est à la fois parfaitement homogène et anhiste. Il est à remarquer, cependant, qu’à sa partie la plus profonde et tout au voisinage de l’os, le cartilage diarthrodial présente une zone spéciale, à laquelle on a donné, en raison de sa consistance dure et comme pierreuse, le nom de zone ostéoïde (fig. 422, 2). Ce n’est pas de l’os, puisque les ostéoplastes et les canalicules osseux y font entièrement défaut; c’est encore du cartilage, mais du cartilage dont la substance fondamentale a été plus ou moins envahie par des sels calcaires.
b. Chondroplastes. — La substance fondamentale est creusée de loin en loin de cavités, de forme et de grandeurs diverses, appelées chondroplastes (de x^dvSpoç, cartilage et ir'Xacxrjç, formateur). Ces cavités, où se logent les cellules cartilagineuses, se disposent dans les cartilages diarthrodiaux suivant une modalité spéciale que l’on voit très nettement sur des coupes longitudinales, je veux dire sur des coupes allant de la surface libre à la surface profonde (fig. 423) : dans les couches externes ovl périphériques (5), au voisinage de la cavité articulaire, les chondroplastes sont allongés et fusiformes, leur grand axe se dirigeant toujours parallèlement à la surface du cartilage ; dans les couches moyennes (4), les chondroplastes revêtent une forme arrondie ou légèrement ovalaire; dans les
Fig. 422.
Coupe transversale du cartilage articulaire de la tête du fémur de la grenouille (d’après Schiefferdecher).
1, chondroplasle dépourvu de cellule. —
2, 2, deux cellules cartilagineuses remplissant entièrement leur chondroplasle. —
3, 3, deux chondroplastes dans lesquels les cellules cartilagineuses sont ratatinées. —
4, substance fondamentale.
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couches profondes, enfin, ils s’allongent de nouveau, mais ici leur grand axe, au lieu d’être transversal comme dans les couches externes, est constamment longitudinal, c’est-à-dire perpendiculaire aux deux surfaces de la lame cartilagineuse.
Il existe donc dans le cartilage diarthrodial trois zones distinctes, caractérisées chacune par la forme et l’orientation de leurs chondroplastes. Il convient d’ajouter
que ces diverses zones ne sont nullement délimitées par des lignes de démarcation précises, mais que c’est par des gradations insensibles qu’on passe de l’une à l’autre.
Chaque chondroplaste est circonscrit sur tout son pourtour par une sorte de paroi propre, épaisse de 5 à 8 g, qui, entièrement libre du côté de sa face interne, se confond plus ou moins par sa face externe avec la substance fondamentale ambiante. Cette paroi est le plus souvent homogène ; quelquefois, cependant, elle nous présente un système de stries circulaires, semblant indiquer qu’elle est formée de plusieurs couches superposées et concentriques. Homogène ou pluristratifiée, la paroi propre des chondroplastes doit être considérée morphologiquement comme une formation cuticulàire, autrement dit comme un produit de sécrétion de la cellule cartilagineuse que renferme le chondroplaste. La cellule cartilagineuse s’en entoure comme d’une sorte d’enveloppe, comme d’une sorte de capsule, d’où le nom de capsule cartilagineuse sous lequel la plupart des histologistes désignent la paroi propre des chondroplastes.
c. Cellules cartilagineuses. —
Coupe perpendiculaire d’un
la couche jacente.
osseuse sous-
Les cellules cartilagineuses sont des éléments cellulaires d’origine
1, tissu osseux. — 2, couclie osléoïde du cartilage calcifié. — 3, 4, 5, couches profonde, moyenne et superficielle du cartilage diarthrodial.
Fig. 424.
Cellule cartilagineuse .
1, protoplasma. — 2, contour cellulaire, séparé artificiellement de 3, représentant la face interne du cliondroplaste et de la capsule cartilagineuse. — 4, contour externe (ie la capsule, confondu avec la substance hyaline 5.
conjonctive, situés à l’intérieur des chondroplastes. Vues sur des coupes, elles sont le plus souvent arrondies ou ovalaires ; elles revêtent parfois, par suite de pressions réciproques, une forme triangulaire ou polyédrique. Très variables dans leurs dimensions, elles mesurent, suivant les cas, de 4 [Ji à 30 g de diamètre. Leur nombre n’est pas moins variable : à côté de chondroplastes qui ne renferment qu’une seule cellule, il yen a d’autres (la cellule, primitivement unique, s’étant multipliée par segmentation) qui en contiennent deux, trois, quatre ou même un plus grand nombre : il n’est pas rare de rencontrer, dans le cartilage qui avoisine un centre d’ossification, des capsules présentant jusqu’à vingt-cinq et trente cellules. Qu’elles soient uniques ou multiples, les cellules cartilagineuses remplissent toujours exactement les chondroplastes où elles se trouvent incluses : il n’y a jamais d’espace libre, du moins à l’état normal, entre le contenant et le contenu.
Histologiquement, chaque cellule cartilagineuse se compose d’un corps protoplasmique plus ou moiiïs granuleux, à la partie moyenne duquel se voient un ou
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deux noyaux, arrondis ou ovalaires. Chacun de ces noyaux, à son tour, renferme à son centre un, deux, trois nucléoles, ou même plus.
En ce qui concerne les cartilages diarthrodiaux, les cellules caiTilagineuses présentent dans leur nombre et leur disposition, comme les chondroplastes eux-mêmes, quelques caractères particuliers (fig. 423j. Dans les chondroplastes des deux couches superficielle et moyenne (5 et 4), les cellules sont relativement peu nombreuses et, d’autre part, s’orientent dans les sens les plus divers. Il n’en est pas de même dans la couche profonde (l). Ici, les chondroplastes, comme nous l’avons vu, sont fortement allongés en sens longitudinal et ils renferment à leur intérieur un nombre toujours considérable de cellules. Or ces cellules, aplaties de haut en bas et régulièrement en contact par leurs faces larges, s’empilent les unes sur les autres comme des pièces de monnaie (425,4). Chaque chondroplaste nous présente ainsi une ou plusieurs rangées de cellules cartilagineuses et nous retrouvons là une disposition en tout semblable à celle déjà décrite, à propos de l’ossification enchondrale (p. 41), dans la zone de cartilage qui avoisine la ligne d’ossification et que nous avons appelée cartilage sérié : la couche profonde du cartilage diarthrodial a exactement la même signification, elle n’est autre chose que du cartilage sérié.
C. Composition chimique. — Envisagé au point de vue de sa constitution chi-
mique, le cartilage articulaire se compose en grande partie d’une substance albuminoïde de l’ordre des matières collagènes, se transformant par l’eau chaude sous pression en gélatine. — A cette substance albuminoïde et en combinaison avec elle vient s’ajouter un corps spécial, V acide chondroïtine-sulfurique^ lequel, sous l’influence des acides dilués, se décompose en acide sulfurique et en une poudre blanche appelée chondroïtine, dont la formule est C^^ AzO^C — La chondroïtine, à son tour, mise en présence de l’acide sulfurique étendu et chaud, se dédouble en un premier acide, qui est l’acide acétique, et un acide amidé, qui est la chondrosine AzO“). — Le cartilage renferme encore,* mais en faibles proportions,
un certain nombre de matières inorganiques : chlorure de sodium, sulfates de potasse et de soude, phosphates de soude, de chaux et de magnésie.
D. Mode DE NUTRITION. — Le cartilage articulaire ne présente aucune trace de vaisseaux, soit sanguins, soit lymphatiques. Il se nourrit donc par simple imbibition. Les sucs nutritifs arrivent aux cellules à travers la substance fondamentale, qui, très -perméable aux liquides, se laisse facilement traverser par eux. On sait avec quelle rapidité diffusent à travers le cartilage l’eau ou les liquides colorants que l’on emploie en histologie.
Certains histologistes, notamment Budge (1877), Nykamp (1877) et Spina (1880) ont signalé, dans la substance fondamentale du cartilage hyalin, l’existence d’un système de canalicules, qu’ils ont
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Fig. 425.
Cartilage sérié, au voisinage de l’os.
1, substance fondamentale du cartilage hyalin. — 2, cartilage calcifié. — 3, substance osseuse. — 4, 4, chondroplastes allongés, à grand axe perpendiculaire à la substance osseuse, renfermant de nombreuses cellules cartilagineuses disposées en séries régulières. — b, ostéoplastes.
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considérés comme répondant à ce que les histologistes allemands ont décrit sous le nom de canaux de suc (Safhahnen) . Il est de fait que l'emploi de certaines méthodes histologiques révèle, dans la substance fondamentale du cartilage hyalin, un système de cloisons richement anastomosées et formant réseau (fig. 426). Mais ce réseau n'est formé, ni par des canalicules
' Fjg. 420.
Coupe transversale du canon d’un fœtus de mouton pour montrer la constitution anatomique de la substance fondamentale (d’après Rénaux).
1, périctiondre. — 2, cartilage hyalin, dont la substance fondamentale est parcourue par des travées et des trabécules constituant par leur ensemble la formation cloisonnante du cartilage.
— 3, 3, deux vaisseaux sanguins du cartilage frétai, autour desc[uels les travées et les trabécules allée lent une disposition rayonnante.
plasma ou à s'en débarrasser, peut être eonsidéi sucs nutritifs dans la substance fondamentale.
comme le voulaient Büdge, Nyka.mp et Spina, ni même par des fibrilles, comme l’a soutenu plus récemment van der Stp.icht.
Voici qu’elle serait, d’après Rénaux, la signification exacte de ce réseau. La substance fondamentale du cartilage hyalin se composerait, en réalité, de deux substances différentes: R une substance hyaline, qui serait le produit de la sécrétion des cellules cartilagineuses ; 2'^ une substance trabéculaire, qui SC serait différenciée au sein de la première et qui serait disposée sous forme de réseau. Dans les conditions physiologiques ordinaires, les deux substances ont exactement les mêmes caractères histo-ebimiques, le même indice de réfraction et, par conséquent, paraissent confondues. Mais la substance trabéculaire a pour propriété spéciale de se laisser imbiber par les liquides ou de perdre son eau de constitution plus facilement que l’autre : il en résulte qu’après la mort, sur la pièce cartilagineuse préparée pour l’examen microscopique, la substance trabéculaire se déshydraterait avant la substance hyaline, deviendrait ainsi plus réfringente et apparaîtrait alors clairement avec la disposition réticulaire qui lui est propre.
Tout en rejetant en principe l’existence de véritables canaux nutritifs dans le cartilage hyalin, il faut reconnaître, avec Rénaux, que la substance trabéculaire, grâce à son aptitude toute spéciale à emmagasiner l’eau du 'ée comme un agent actif de la diffusion des
3° Fibro-cartilages marginaux ou bourrelets articulaires. — Certaines diarthroses, appartenant au type sphérique, possèdent du coté de la surface concave un fibro -cartilage périphérique, appelé fibro-cartüage marginal.
A. Disposition géner.\le, — Ce fihro-cartilage nous présente deux variétés : tantôt il se développe sur tout le pourtour de la surface articulaire auquel il est annexé ; tantôt il n’en occupe qu’une partie.
Dans le premier cas, le fihro-cartilage en question est une sorte de bourrelet entourant la surface articulaire à la manière d’un anneau : aussi le désigne-t-on le plus souvent sous le nom de bourrelet annulaire. Ce bourrelet marginal, dont les articulations de l'épaule et de la hanche nous offrent deux exemples typiques, est prismatique triangulaire et, de ce fait, nous présente une hase, deux faces et un sommet tfig. 427, 2) : la hase repose sur le pourtour de la surface articulaire et se confond, en dedans avec le cartilage d’encroûtement, en dehors avec le périoste; des deux faces, l’une est interne et fait partie de la cavité articulaire; l’autre est externe et confine aux moyens d’union périphériques; le sommet enfin, mince et régulièrement uni, délimite la cavité articulaire et parfois donne insertion à l’un des bords de la synoviale.
Les fibro-cartilages du second groupe, ceux qui n’occupent qu’une partie du pourtour de la surface articulaire, se rencontrent à l’extrémité supérieure de toutes les phalanges de la main et à l’extrémité postérieure de toutes les phalanges du
ANATOMIE GENERALE
pied. Ils sont constamment situés du côté de la flexion. Chacun d’eux a la forme d’un segment de sphéroïde et nous présente successivement : 1° une face concave, faisant partie delà cavité articulaire; 2® une face convexe, en rapport avec les tendons fléchisseurs de la main et du pied; 3” un bord adhérent, plus ou moins épais, se continuant avec le pourtour de la cavité phalangienne; 4® un bord libre, mince et tranchant, donnant insertion à la synoviale.
Les fibro-cartilages marginaux à quelque variété qu’ils appartiennent, qu’ils aient la forme d’un anneau complet ou ne s’étalent que sur une partie du pourtour articulaire, ont toujours pour usage d’augmenter à la fois l’étendue ot la profondeur des surfaces articulaires creuses auxquelles ils se trouvent annexés. Ils peuvent aussi, dans certains cas, comme cela se voit pour l’articulation de la hanche, maintenir la tête articulaire dans sa cavité de réception et acquièrent, de ce fait, toute la valeur de véritables moyens d’union.
B. Structure. — Envisagés au point de vue de leur structure, les bourrelets articulaires appartiennent au tissu fibro-cartilagineux et, comme tels, nous présentent deux sortes d’éléments : des éléments conjonctifs et des éléments cartilagineux. — Les premiers sont des faisceaux de fibres conjonctives, très serrés, très denses et diversement entre-croisés. Dans leur intervalle se voient, en proportions variables, des cellules conjonctives, avec ou sans prolongements, des fibres élastiques généralement très minces et des cellules adipeuses, toujours plus abondantes dans les parties périphériques du bourrelet que dans sa partie centrale. — Les cellules cartilagineuses se distinguent en deux groupes : les unes, profondes, se logent dans les interstices des faisceaux fibreux; les autres, superficielles, s’étalent en une couche continue sur celle des faces du bourrelet qui regarde l’articulation. Ce sont le plus souvent des cellules petites, arrondies ou ovoïdes, au nombre de deux ou trois dans la même capsule.
C. Vaisseaux et nerfs. — • Les fibro-cartilages marginaux sont très vasculaires, comme l’ont établi les recherches de Sappey. Les vaisseaux sanguins qu’ils reçoivent proviennent des troncs et troncules les plus voisins. Ils pénètrent dans le fibro-cartilage par sa face externe, s’engagent ensuite dans les interstices des faisceaux fibreux, s’y ramifient, s’y anastomosent et finalement viennent se terminer, au-dessous de la face interne, par des anses affectant les dispositions les plus variées. Avec les vaisseaux, les fibro-cartilages marginaux reçoivent de nombreux filets nerveux. De ces nerfs, les uns accompagnent les vaisseaux, les autres suivent un trajet indépendant. Leur mode de terminaison n’est pas encore bien élucidé.
4° Fibro-cartilages interarticulaires ou ménisques. — On donne ce nom à des
cloisons fibro-cartilagineuses qui, dans certaines jointures, se disposent à plat entre les deux surfaces articulaires adjacentes (fig. 428,8 et 9).
A. Disposition générale. — Chacune de leurs faces prend exactement l’empreinte de la surface osseuse à laquelle elle correspond et, comme on les ren-
Eig. 427.
Coupe transversale du rebord de la cavité cotyloïde, pratiquée à sa partie postérieure.
1, cavité cotyloïde avec son cartilage. — 2, bourrelet cotyloïdien. — 3, capsule avec sou faisceau de renforcement ischiocapsulaire. — 4, ischion . — 5, tète fémorale.
ARTHROLOGIE
contre surtout dans les articulations dont les surfaces sont toutes les deux convexes, ils sont le plus souvent biconcaves.
Du reste, les fibro-cartilages interarticulaires varient beaucoup dans leur forme et dans leurs dimensions. — Tantôt ils occupent toute l’étendue de l’article : ce sont de véritables disques (fig. 428, A), séparant d’une façon complète les deux pièces squelettiques en présence. L’articulation temporo-maxillaire nous offre un exemple très net de cette disposition. — Tantôt le libro-cartilage a perdu sa partie centrale (Tig. 428, B) ; c’est, dans ce cas, un disque perforé ou, si l’on veut, une sorte d’anneau aplati, permettant aux surfaces articulaires opposées d’entrer réciproquement en contact suivant une zone qui répond naturellement à leur partie moyenne. Une pareille disposition se rencontre encore, mais sur certains sujets seulement, dans l’articulation temporo-maxillaire. — Dans d’autres cas, le fibro-cartilage, plus
réduit encore, a perdu, non seulement sa partie centrale, mais aussi une partie de son pourtour ; il revêt alors la forme d’un croissant dont le bord convexe, relativement épais, adhère aux ligaments périphériques, tandis que le bord concave, mince et tranchant, flotte librement dans l’intérieur de l’articulation. Le genou, avec ses deux cartilages semi-lunaires (fig. 573, 3) nous en offre un exemple typique.
Quoi qu’il en soit de leur forme et de leur étendue, les ménisques interarticulaires nous présentent toujours deux faces et un bord périphérique, qui, pour les disques complets, prend le nom de circonférence. — Les deux faces, lisses et unies, constamment humectées par la synovie, répondent aux surfaces articulaires et, comme nous l’avons dit plus haut, se moulent exactement sur elles. — Le bord périphérique ou circonférence, qui représente ordinairement la partie la plus épaisse du ménisque, est en rapport avec l’appareil ligamenteux de l’article et lui adhère d’une façon intime. Nous ajouterons que, par sa circonférence, le ménisque adhère également à l’une des surfaces articulaires, le plus souvent à celle des deux qui est le plus mobile, et l’accompagne dans tous ses déplacements ; c’est ainsi que le ménisque de l’articulation temporomaxillaire adhère principalement au maxillaire inférieur, que celui de l’articulation sterno-claviculaire entre surtout en connexion avec la clavicule, que les cartilages semi-lunaires du genou adhèrent au tibia, etc.
B. Structure. — Les ménisques interarticulaires présentent exactement la même structure que les bourrelets : ils se composent essentiellement de faisceaux fibreux, auxquels sont venues se joindre des cellules cartilagineuses . Ces cellules, relativement rares dans l’épaisseur du fibro-cartilage, se disposent en une couche continue sur l’une et l’autre de
Fig. 429.
Fibro-cai-tilage articulaire.
1, cellules cartilagineuses. — 2, faisceaux conjonctifs, très serrés et divci’senient entrecroisés.
Fig. 428.
Fibo-cartilage interarticulaire ou ménisque ; A, ocupant toute l’étendue de i’articulation ; B, n’occupant que la périphérie de l’articulation.
(Pour les indications des chiffres, se reporter à la figure 420.)
ANATOMIE GENERALE
ses faces. Il en résulte que les surfaces osseuses qui répondent à ces faces reposent en réalité sur des éléments cartilagineux.
C. Vaisseaux et nerfs. — Les fibro cartilages interarticulaires, comme les fibro-cartilages marginaux, reçoivent des vaisseaux et des nerfs. — Les vaisseaux pénètrent dans le ménisque par son bord périphérique et s’avancent plus ou moins loin dans son épaisseur. C’est ainsi que, dans le fibro-cartilage de l’articulation sternoclaviculaire, ils s’arrêtent à une certaine distance du centre, lequel est invasculaire. De même, dans les ménisques semi-lunaires du genou, les vaisseaux s’arrêtent à leur partie moyenne ou un peu au delà de cette partie moyenne : la partie avoisinant le bord tranchant en est généralement dépourvue. Ici encore les ramifications ultimes du réseau vasculaire se terminent en anses au-dessous des faces articulaires. — Les nerfs présentent exactement la même disposition que dans les fibro-cartilages marginaux.
5° Moyens d'union ou ligaments. — Les pièces squelettiques qui entrent dans la constitution d’une articulation sont maintenues en présence par des formations fibreuses spéciales, très résistantes et à peu près inextensibles, que l’on désigne sous le nom de ligaments.
A. Forme et disposition générale. — Les ligaments articulaires présentent dans leur forme et leur disposition générale les plus grandes variétés et nous pouvons, à ce sujet, les diviser en trois groupes ; ligaments périphériques, ligaments interosseux et ligaments à distance.
a. Ligaments périphériques . — Nous avons vu plus haut, à propos du développement des articulations, que le tissu mésenchymateux, immédiatement après la formation de la fente articulaire, se tassait tout autour de cette dernière et se différenciait en tissu fibreux. Cette différenciation une fois effectuée, les extrémités osseuses ou cartilagineuses en présence se trouvent entourées par une sorte de manchon fibreux, qui se fixe solidement, par l’une et l’autre de ses circonférences, sur les pièces squelettiques correspondantes.
Toute articulation mobile, chez l’adulte, possède ainsi un manchon fibreux périphérique, que l’on désigne indistinctement sous les noms de ligament capsulaire , de capsule articulaire ou tout simplement de capsule.
Mais il s’en faut de beaucoup que ce ligament capsulaire se présente partout avec les mêmes caractères physiques ou histologiques. S’il est encore très net sur certaines articulations, comme celles de l’épaule et de la flanche, il est, sur d’autres profondément modifié, au point qu’il est difficile de le mettre en évidence : il semble, nu premier abord, avoir disparu. Cette disparition n’est qu’apparente ; elle est le résultat d’adaptations ultérieures qu’il est facile de comprendre. Sur les points où des moyens de contention ne sont nullement nécessaires, la capsule primitive ne se développe pas et reste rudimentaire. Sur les points, au contraire, où les segments squelettiques en présence ont besoin d’être solidement unis l’un à l’autre, cette même capsule primitive se développe d’une façon toute spéciale et forme pour ainsi dire des ligaments isolés, indépendants, surajoutés. Il n’en est rien, cependant : ces ligaments, quel que soit leur degré de développement, se rattachent toujours au ligament capsulaire ; ils ne sont que des
Diarthrose type (schématique).
(Pour les indications des chiffres, se reporter à la légende de la figure 420.)
ARTfIROLOGIE
produits de différenciation de ces derniers. L’articulation du cou-de-pied avec son appareil ligamenteux reporté sur les côtés interne et externe, nous offrent un exemple très net de cette évolution spéciale de la capsule articulaire de l’embryon, qui se développe la où elle a un rôle à jouer, qui reste rudimentaire là où elle est inutile.
Du reste, les ligaments périphériques, autres que les ligaments capsulaires, mais dérivant d’eux, comme nous venons de le voir, présentent dans leur configuration les plus grandes variétés. Quelques-uns sont plus ou moins cylindriques. D’autres, plus ou moins aplatis, s’offrent à nous sous la forme de bandelettes ou de rubans qui, suivant les cas, sont triangulaires, trapézoïdes, losangiques, etc. Parfois, ils se disposent en forme d’un demi-anneau, comme cela se voit dans l’articulation radio-cubitale supérieure. Ils peuvent, enfin, être constitués par une série de fibres entrecroisées en sens différents et, partant, plus ou moins inextricables.
Envisagés au point de vue de leurs rapports, les ligaments périphréiques nous présentent deux faces, l’une interne l’autre externe. — La face interne répond à la synoviale, qui les revêt dans la plus grande partie de leur étendue. Elle répond aussi, dans les articulations qui possèdent des ménisques (genou), à ces formations fibro-cartilagineuses. — La face externe est en rapport avec les parties molles périarticulaires, spécialement avec les muscles et les tendons. Les relations des muscles avec les ligaments sont variables : la plupart se contentent de passer au-devant d’eux, ne leur adhérant que par une couche de tissu cellulaire plus ou moins lâche; d’autres, comme cela se voit au coude, prennent sur eux un certain nombre de leurs insertions initiales ; quelques-uns, enfin, s’y terminent comme
les muscles tenseurs des synoviales. Quant aux tendons, nous les voyons, suivant les cas, glisser sur les ligaments à l’aide d’un tissu cellulaire lâche ou d’une vraie synoviale, leur envoyer des faisceaux de renforcement, se terminer sur eux en totalité ou en partie : ils peuvent même les perforer, comme le fait, à l’articulation scapulohumérale, le tendon de la longue portion du biceps.
b. Ligament interosseux. — Les ligaments interosseux se disposent, comme leur nom l’indique, non plus autour des os en présence, mais dans leur intervalle. Ds sont ordinairement très courts, très résistants, disposés d’une façon plus ou moins irrégulière. Comme exemples, nous rappellerons le ligament interosseux de l’articulation astragalo-calcanéenne, les nombreux ligaments interosseux des articulations du carpe et du tarse, etc. Il est à remarquer que tous ces ligaments, quelque rapprochés qu’ils soient de la cavité articulaire, ne sont jamais situés dans cette cavité : ils en sont séparés, tout au moins, par la synoviale. Le moi inter osseux n’est donc pas synonyme du mot inter articulaire. Les ligaments en question, il faut bien le reconnaître, sont, par rapport à la cavité articulaire, tout aussi périphériques que ceux précédemment décrits et, par conséquent, il est
Fig. 431.
Articulation tarso-métatarsierinè ; le ligament interosseux interne, vu par la face dorsale du pied.
(Le ligament interosseux qui unit le premier et le deuxième cunéiformes a été sectionné, pour permctti’e l’écartement de ces deux os).
a. premier cunéiforme. — h, deuxième cunéiforme. — c, premier métatarsien. — d, deuxième métatarsien.
1, ligament intercunéen, sectionné à sa partie moyenne. — 2, ligament interosseux interne, allant du premier cunéiforme au deuxième métatarsien. — 3, ligament dorsal, allant du deuxième cunéiforme au deuxième métatarsien.
ANATOMIE GENERALE
toujours possible d’arriver jusqu’à eux sans ouvrir préalablement l’articulation elle-même.
c. Ligaments à distance. — Les ligaments à distance réunissent deux os plus ou moins voisins, mais séparés l’un de l’autre par un certain intervalle. Nous trouvons des ligaments de cette nature entre la clavicule et l’apophyse coracoïde, dans les deux espaces interosseux de l’avant-bras et de la jambe, entre les arcs postérieurs des vertèbres, etc. Sur ce dernier point, les ligaments à distance diffèrent considérablement de leurs analogues dans l’économie par leurs propriétés physiques : leur couleur leur a valu le nom de ligaments jaunes ; leur extensibilité, celui de ligaments élastiques. Ces deux caractères, couleur jaune et élasticité, sont en rapport, du reste, avec une structure spéciale, que nous décrirons dans un instant.
Toutes les formations fibreuses que l’on rencontre autour des articulations et que l'on décrit sous le nom de ligaments n’ont pourtant pas la même valeur que les ligaments périphériques qui, comme nous l’avons vu, dérivent par voie de différenciation histologique de la capsule articulaire de l’embryon. Un certain nombre d'entre elles représentent des muscles disparus, en tant qu’organes contractiles, ou bien des tendons qui, au cours du développement phylogénique, se sont séparés de leur corps musculaire. De ce nombre sont le ligament rond de la hanche, qui est le reste d'un muscle à insertion pubienne existant encore chez quelques vertébrés inférieurs, le ligament c or aco -huméral, qui n’est autre que le tendon primitif du petit pectoral, etc. Ces pseudoligaments. comme les appelle Gegenbaur, peuvent bien, dans certains cas, jouer, par rapport aux os voisins, le rôle de moyens d’union ; mais ce n’est pas là leur destination primitive et, morphologiquement, ils ne sont que de simples formations rudimentaires.
B. Structure. — Histologiquement, les ligaments périphériques des articulations, quelles que soient leur forme et leur étendue, appartiennent au système fibreux.
a) Les capsules articulaires et autres ligaments périphériques, les ligaments improprement appelés interosseux ont pour principal élément constitutif des faisceaux de fibres conjonctives, disposés parallèlement les uns aux autres ou s’entrecroisant sous des angles divers. Dans leur intervalle se voient des cellules du tissu conjonctif, tantôt irrégulièrement éparses, tantôt disposées en séries linéaires. A ces éléments, éléments essentiels, viennent se joindre, à titre dééléments accessoires et en proportions très variables, des fibres élastiques et des cellules adipeuses. Il convient d’ajouter qu’au voisinage de leurs extrémités, surtout quand ils s’insèrent sur des fibro-cartilages, les ligaments présentent encore, à côté des cellules conjonctives, un certain nombre de cellules cartilagineuses pourvues de capsules. « Cette couche übro- cartilagineuse (fig. 432, 1), interposée sur une épaisseur de 1 millimètre environ entre l’os et le tissu fibreux des ligaments avec lequel elle se continue par une transition graduelle, se poursuit latéralement avec le cartilage articulaire, comme si ce dernier, supposé continu, se trouvait pénétré, au niveau du point d’insertion, par les faisceaux
l’insertion d’un ligament croisé (Toürneüx).
1, ligament croisé infiltré de substance cartilagineuse, montrant par places des cellules cartilagineuses (tissu fibrocartilagineux) . — 2, zone calcifiée du ligament croisé. — 3, substance osseuse.
ARTHROLOGIE
conjonctifs des ligaments qui vont se fixer sur le tissu osseux. La couche fibro-cartilagineuse présente d’ailleurs une zon,e profonde calcifiée, qui prolonge exactement celle du cartilage articulaire». (ïourneux.)
P) Les Ligaments jaitnes, tout en appartenant aux formations conjonctives, diffèrent des précédents en ce que l’élément élastique y est prédominant, l’élément conjonctif étant descendu au rang d’élément accessoire. Ils se composent, en effet, presque exclusivement de grosses fibres élastiques, disposées en sens longitudinal, plus ou moins ramifiées et anastomosées. Leur largeur varie de 3 à 6 g. Elles présentent parfois à leur surface (fig. 433) des incisures transversales, qui, lorsqu’elles sont régulières et régulièrement espacées, peuvent donner à ces éléments une certaine analogie avec les fibres des muscles striés. 11 est à remarquer que les fibres élastiques qui entrent dans la constitution des ligaments jaunes sont toujours plus volumineuses chez l’adulte que chez les jeunes sujets : ces éléments s’ac-
comme en lon-
Fig. 433.
Fibres élastiques larges du ligament cervical postérieur, montrant des incisures transversales (d'après Pouchet et Tourneux.
croissent donc en largeur, gueur, depuis leur origine jusqu’à leur complet développement.
C. Vaisse.\ux ET NERFS. — On a cru pendant longtemps que les ligaments étaient peu vasculaires et ne jouissaient par conséquent que d’une vitalité fort obscure. Les
recherches de Sappey, qui datent déjà de plus de quarante ans (1866), ont établi au contraire que les ligaments possèdent une vascularisation et une innervation très riches (fig. 435).
a. Artères. — Les artères qu’ils reçoivent naissent des troncs les plus voisins. Après avoir cheminé quelque temps à leur surface, elles pénètrent dans leur épaisseur et s’y résolvent, à la suite de divisions et subdivisions successives, en un riche réseau dont les mailles entourent les faisceaux fibreux. C’est toujours dans les couches les plus profondes, sur les faisceaux sous-jacents à la synoviale, que le réseau vasculaire est le plus développé. En pénétrant dans les ligaments, les artères et artérioles sont munies de leurs trois tuniques et elles conservent encore pendant une longue partie de leur trajet leur tunique musculaire. Puis, elles passent à l’état de simples capillaires.
b. Veines. — Les veines font suite à ces capillaires et gagnent la surface extérieure du ligament, en suivant, mais en sens inverse, le même trajet que les artères. 11 n’existe en général qu’une veine pour une artère ; mais il n’est pas rare d’en rencontrer deux.
c. Lymphatiques. — Les voies lymphatiq'ues des ligaments ne sont pas encore connues. Les ligaments périarticulaires livrent bien passage à des lymphatiques venus delà synoviale, mais il n’est nullement démontré qu’ils en possèdent en propre.
Fig. 434.
Coupe transversale du ligament cervical postérieur du chien : les libres élastiques sectionnées en travers sont colorées en jaune (Tourneux). ’
ANATOMIE GÉNÉRALE
d. Nerfs. — Les nerfs des ligaments, d’après les recherches de Rüdinger, de Kôlliker, de Rauber, de Sappey, de Hénocque, sont beaucoup plus nombreux que ne le pensaient les anciens auteurs. Ces nerfs ont été vus et étudiés, non seulement sur les ligaments périphériques des articulations, mais aussi sur les ligaments intra-articulaires, tels que les ligaments croisés du genou et le ligament rond de la hanche. On les rencontre sur les travées conjonctives des ligaments, cheminant ordinairement à côté de l’artère et envoyant aux rameaux voisins de fréquentes anastomoses. Us formeat ainsi de riches plexus (fig. 435, 3, 5 et G), dont
Vaisseaux et nerfs du ligament capsulaire de la hanche (d'après Sappey).
1, artère, pourvue encore de sa tunique musculaire. — 2, veine accompagnant cette artère. — 3, rameaux nerveux, suivant le trajet des vaisseaux. — 4, autre rameau plus délié, s’anastomosant avec le précédent. — 5, 5, ramifications anastomotiques. — 6, 6, autres anastomoses, étendues du rameau principal à des divisions secondaires.
les mailles s’entremêlent avec celles du réseau sanguin. Leur mode de terminaison nous est encore inconnu. Il est vraisemblable qu’ils se terminent, ici comme ailleurs, par des extrémités libres. Rauber et, après lui, Hénocque ont bien signalé, sur le trajet des nerfs des ligaments, des corpuscules de Pacini. Mais le plus grand nombre de ces corpuscules se trouvent autour des ligaments, soit sous la synoviale, soit dans le tissu conjonctif périarticulaire ; ils sont donc extra-ligamenteux, plutôt qNintra-ligamenteux.
6® Moyens de glissements ou synoviales. — Les synoviales sont des membranes minces, non isolables, qui tapissent intérieurement les cavités des articulations. Elles exhalent à leur surface un liquide onctueux et filant, que l’on a comparé à du blanc d’œuf et qu’on désigne pour cette raison, depuis Paracelse, sous le nom de synovie (de auv, avec et w6v, œuf). En déposant continuellement ce liquide sur les surfaces squelettiques en présence, les synoviales facilitent leur jeu réciproque et, de ce fait, acquièrent une importance considérable dans la mécanique articulaire.
A. Disposition générale. — Bichat, assimilant les synoviales aux grandes séreuses splanchniques, les avait considérées, elles aussi, comme des sacs sans ouverture, revêtant sans discontinuité toute la surface intérieure des articulations. Mais les recherches ultérieures sont venues établir que la séreuse articulaire ne tapisse que les ligaments et fait complètement défaut sur les surfaces cartilagineuses. L’opinion émise par le créateur de l’anatomie générale est donc inexacte : la synoviale n’est nullement un sac fermé, mais un simple manchon allant d’une surface articulaire
ANATOMIE HUMAINE. — T. I, 6® ÉDIT. 5i
ARTHROLOGIE
à l’autre (fig. 430, 1 1). Ainsi entendu, chaque manchon synovial nous présente deux extrémités et deux faces :
a. Extrémités. — Les deux extrémités répondent l’une et l’autre à la surface cartilagineuse correspondante. Toutefois, il n’est pas exact de dire qu’ils s’étendent jusqu’au bord même du cartilage. Comme l’ont établi des recherches de Colomiati et de SoüBBOTiNE, il existe toujours entre la synoviale et le cartilage une petite bande séparative de tissu fibreux non recouvert d’épithélium. Le manchon synovial s’insère donc sur l’os un peu en dehors de la surface articulaire : il est relié au cartilage articulaire (fig. 436) par une mince couche fibrocartilagineuse, dont les dimensions et aussi la structure sont très variables. En ce qui concerne les relations de la synoviale avec les os, nous ferons remarquer que ces relations diffèrent beaucoup suivant que les ligaments s’insèrent à la limite même de la surface cartilagineuse ou à quelque distance de cette dernière. Dans le premier cas, la synoviale arrivée à l’extrémité du ligament y rencontre le cartilage d’encroûtement ; elle
se termine là, sans présenter aucun rapport avec l’os. Dans le second cas, la membrane séreuse, rencontrant Tos aussitôt qu’elle abandonne les ligaments, se réfléchit sur lui, en formant un cul-de-sac, et le tapisse dans toute sa portion intra-articulaire, je veux dire dans tout l’intervalle compris entre l’insertion ligamenteuse et le rebord cartilagineux.
b. Faces. — Des deux faces de la synoviale, l’une est interne, l’autre externe. — La face externe répond aux ligaments et au périoste, quelquefois, comme nous le verrons plus tard, à des tendons ou à des muscles. — La face interne nous présente l’aspect lisse et uni qui caractérise toutes les séreuses; elle est continuellement baignée par la synovie.
Fig. 436.
Coupe verticale du plateau tibial montrant la terminaison de la synoviale au voisinage du carlilage articulaire (d’après Tourneux).
1, carlilagrc articulaire, avec : 2, sa zone calcifiée. — 3, membrane synoviale. — 4, zone fibro-cartilagineuse, formant la transition entre la synoviale et le cartilage articulaire. — 5, ligament de la capsule. — 6, G, trabécules osseuses limitant les aréoles du tissu spongieux de l’épipliyse ; ces aréoles sont vidées de leur contenu (moelle graisseuse].
B. Prolongements. — Les synoviales articulaires nous présentent assez souvent des prolongements de diverse nature, que nous distinguerons, d’après leur direction, en internes ou intra-articulaires et externes ou extra-articulaires :
a. Prolongements internes. — Les prolongements internes, que l’on désigne ordinairement sous le nom de franges synoviales, flottent librement dans la cavité articulaire. Leurs formes et leurs dimensions varient à l’infini : tantôt, ce sont de simples villosités, toutes petites et difficiles à voir ; tantôt ce sont des excroissances plus longues, filiformes ou lamelleuses, isolées ou réunies en groupe, ramifiées ou disposées en pinceau. D’autres fois, ce sont de véritables replis de la séreuse, dont le bord libre est plus ou moins irrégulier, plus ou moins frangé.
ANATOMIE GÉNÉRALE
Les prolongements synoviaux intra-articulaires diffèrent aussi par leur structure. Les uns, les plus petits, se composent exclusivement d’une masse conjonctive, coiffée naturellement par la synoviale qu’elle soulève. Les autres {frariges vasculaires) sont, au contraire, très riches en vaisseaux et il est à remarquer que les capillaires se terminent tout près de la surface par des anses élégamment enroulées en spirale (fig. 442). D’autres enfin, les plus volumineux, sont remplis de graisse : ce sont les replis adipeux {plicæ adiposæ) de certains auteurs.
On rencontre encore parfois, dans le substratum conjonctif des franges synoviales, dés cellules cartilagineuses entourées d’une capsule épaisse.
Quelles que soient leurs dimensions et leur structure, les prolongements synoviaux intra-articulaires ont toujours la même signification morphologique. Ce ne sont pas des organes glandulaires, chargés de sécréter la synovie, comme on l’a cru longtemps d’après les affirmations de Glopton Havers {glandes de Clopton Havers) ; ce sont de simples édifications conjonctives, souvent chargées de graisse, auxquelles incombe le rôle beaucoup plus modeste de combler les vides qui, dans certains mouvements, tendent à se produire entre les surfaces articulaires. Voilà pourquoi les prolongements en question se rencontrent de préférence au niveau des interlignes articulaires.
b. Prolongements externes. — Les prolongements externes de la synoviale sont de deux ordres :
a) Les uns, ordinairement très étendus, viennent se placer au-dessous ou tout autour des tendons, dont ils favorisent ainsi le glissement. Nous citerons, comme exemple, le prolongement de la synoviale scapulo-humérale qui accompagne, le long de la coulisse bicipitale, le tendon de la longue portion du biceps, le prolongement ascendant de la synoviale du genou qui remonte au-dessous du quadriceps crural, le prolongement descendant de cette même synoviale du genou qui s’étale au-dessous du poplité, etc. Ces culs-de-sac péri-articulaires ne communiquent le plus souvent avec la synoviale, dont elles émanent, que par un orifice relativement fort étroit. 11 me paraît rationnel d’admettre (et le fait est nettement démontré pour plusieurs d’entre eux) qu’ils ne sont primitivement que de simples bourses séreuses et que ce n’est que plus tard, à la suite de l’extension qu’ils prennent sous l’influence des mouvements, qu’ils se rapprochent des synoviales articulaires voisines, arrivent à leur contact et, finalement, se fusionnent avec elles.
P) Les prolongements externes du second ordre sont formés par des dépressions de la synoviale, qui tendent à s’insinuer entre les fibres des ligaments ou même dans l’épaisseur de certains fibro-cartilages interarticulaires, les ligaments semilunaires du genou par exemple. C’est à ces culs-de-sac que Gosselin a donné le nom de cryptes synoviaux ou follicules synovipares. Ils sont ordinairement de tout petit volume et communiquent avec la cavité articulaire, tantôt par un orifice large et béant, ayant les mêmes dimensions que le cul-de-sac lui-même, tantôt par une fente étroite ou même par un orifice punctiforme.
C. Structure. — Envisagées au point de vue de leur structure, les synoviales articulaires se composent de deux couches; l’une externe, l’autre interne :
a. Couche externe. — La couche externe (fig. 439, 2) est de nature conjonctive. Elle est essentiellement formée par des faisceaux de fibres du tissu conjonctif.
iif ■
ip
JP’
Ht
■ fit
Fig. 437. .
Franges synoviales du genou (d’après Henle) .
ARÏHROLOGIE
Coupe perpendiculaire de la synoviale du mouton, iniprégnation d’argent (gross. 4o5, d’après Soubbotine)
1, couche interne. — 2, couche externe. — 3, un vaisseau sanguin. 4, villosité.
diversement entrecroisés, auxquels viennent se joindre un certain nombre de fibres élastiques, des cellules conjonctives, arrondies ou fusiformes, et des cellules adipeuses, très nombreuses surtout au niveau de certaines franges synoviales. Extérieurement, cette couche répond à la capsule articulaire et se confond avec elle. întérieurement, elle sert de substratum à la couche suivante.
b. Couche inlerne. — La couche interne est formée par des éléments cellulaires, ^ qui diffèrent par leur forme.
sinon par leur provenance, suivant qu’on les examine sur les paities lisses de la synoviale ou sur les parties
munies de franges.
a) Sur les parties lisses (fig. 439,, 1), les cellules en question sont, suivant les cas, arrondies, ovalaires ou plus ou moins aplaties parallèlement à la surface libre de la membrane. On les voit parfois pourvues de prolongements plus ou moins ramifiés {cellules rameuses), qui
rappellent ceux de certaines cellules conjonctives. Du reste, elles sont disposées en une seule couche ou bien fonnent des assises multiples. Chacune d’elles possède un noyau volumineux.
(i) Sur les franges synoviales (fig. 440j, les cellules présentent les mêmes caractères généraux que celles des parties lisses. Mais elles diffèrent de ces dernières en ce qu’elles ne forment le plus souvent qu’une seule rangée et que, au lieu d’être aplaties, elles affectent une forme cylindrique, rappelant assez exactement les cellules muqueuses. On y rencontre même ça et là de véritables cellules caliciformes, analogues à celles que l’on voit sur la muqueuse intestinale. Soubiîotine, auquel nous devons une bonne description des synoviales articulaires, signale l’existence, dans les cellules de la couche interne, d’une série de gouttelettes de grandeur variée, qui ne se colorent
pas en noir par l’acide osmique et qu’il n’hésite pas à considérer comme des gouttes de synovie, encore incluses dans la masse protoplasmique où elles ont pris naissance. Du reste, le même observateur a rencontré des gouttes semblables à l’extrémité libre des cellules.
Il I
Fig. 439.
Cellules isolées des villosités de la synoviale du chien (gross. 43o, d’après Soubbottine).
Fig. 440.
Coupe perpendiculaire d’une membrane synoviale : les cellules rameuses affleurent par places la surface (d’après Tocrneux).
Les histologistes ont discuté longtemps et discutent encore sur la signification morphologique des éléments cellulaires qui revêtent intérieurement les synoviales articulaires. La plupart ont
ANATOMIE GENERALE
considéré ces éléments comme étant de nature endothéliale et, de ce fait, ont été amenés à faire des synoviales a ticnlaires de véritables séreuses ; mais ce prétendu endothélium ditfére de Tendothéliiim des grandes séreuses, en ce qu’il est beaucoup moins régulier, c[u’il est moins aplati, qu’il est moins continu, qu’il n’est que rarement disposé en une seule couche et qu’il n’est pas séparé du tissu sous-jacent par une membrane basnle. Hkhrmann et Toukneux ont attribué au revêtement des synoviales la signification d’éléments cartilagineux, mais une pareille interprétation ne repose sur aucun fait nettement démonstratif, ü autres histologistes, refusant même aux cellules qui nous occupent la signification épithéliale et acceptant tout au plus poulies désigner l’adjectif épilhélioide ne voient dans ces éléments que des cellules conjonctives modifiées. « En réalité, dit Kenaüt, le revêtement épithéloïde des synoviales répond à une assise de cellules du tis^u conjonctif qui, arrivées à la surface, se gonflent, subissent l’évolution muqueuse, se rompent et enfin se détruisent pour former l’un des éléments de la synovie. » Soub- BOTiNE, amplifiant encore au sujet de cette analogie des cellules de revêtement des synoviales avec L'S cellules mucipares, définit la synoviale articulaire : une véritable ^Za??c/e close, destinée à la production de la synovie. Les cellules qui entrent dans la constitution de la couche interne ne seraient donc que des cellules conjonctives modifiées a,u cours du développement, des cellules conjonctives qui, au lieu de se transformer en cellules endothéliales, comme on le voit dans les grandes séreuses, auraient évolué en cellules muqueuses préposées à la sécrétion du liquide synovial,
D. Vaisseaux et nerfs. — Les artères, destinées aux synoviales articulaires, proviennent de la capsule et des ligaments sous-jacents. Elles se résolvent, sous l’épithélium, en un réseau à mailles serrées et irrégulières. Tilmanns insiste sur la situation superficielle de ces capillaires qui, par places, semblent soulever l’épithéiiiim. Nous ne saurions admettre cependant, comme Ta prétendu Hüter, que ces
Fig. 441.
Franges synoviales du genou, vues en coupe transversale (d’après une préparation d’HERRMANx).
1, 1, franges synoviales. — 2, vaisseaux. — 3, anses terminales des capillaires. — 4, 4, extrémités sous-vasculaires
des franges.
capillaires soient à nu dans la cavité articulaire. Au niveau des franges, les capillaires forment des anses élégamment enroulées en huit de chiffre ou en spirale. Comme nous le montre la figure 441, ces anses terminales ne vont pas jusqu’à l’extrémité des franges ; au delà d’elles se trouvent comme des appendices, allongés et parfois ramifiés, qui sont complètement invasculaires. — Les veines sont généralement très volumineuses. Elles sont irrégulières et parfois même variqueuses, flexueuses ou plus ou moins enroulées sur elles-mêmes, unies entre elles par de fréquentes anastomoses. — Les lymphatiques ont été injectés chez le bœuf et le che-
ARTHROLOGIE
val par Tilmanns. Ils forment tout d’abord, au-dessous de la couche épithéliale, un premier réseau, dit réseau d'origine. De ce réseau d’origine partent des canaux très larges, qui se portent dans le tissu sous-synovial pour y former un deuxième réseau, réseau sous-synomal, dont les mailles présentent des rapports intimes avec le réseau sanguin. Les canaux qui émanent de ce dernier réseau se rendent aux ganglions lymphatiques voisins. — Les nerfs des synoviales articulaires, déjà signalés en 1836 par Gruveilhier et en 1851 par Luschka, ont été étudiés en 1873, chez le lapin, par Nicoladini. Cet histologiste décrit deux modes de terminaisons nerveuses : le premier est constitué par un véritable réseau de fibrilles terminales, étalé au-dessous de l’épithélium ; le second, par des corpuscules ovoïdes, situés à l’extrémité des fibres à myéline. Ces corpuscules nerveux intrasynoviaux ont été retrouvés et décrits à nouveau, en 1875, par W. Krause et par Rauber. Ce sont des corpuscules ovoïdes, un peu aplatis, généralement plus longs que larges. Leur longueur est de 60 g à 200 g chez le lapin, de 60 g à 80 g chez le rat, de 110 g chez le chien. Ils sont situés dans la trame conjonctive de la synoviale, tout près de l’épithélium. Des fibres nerveuses à myéline, au nombre de 1 à 4, les abordent par l’une de leurs extrémités et disparaissent dans leur épaisseur. Histologiquement, les corpuscules nerveux infra-synoviaux de Krause sont formés d’une enveloppe conjonctive, striée longitudinalement, en dedans de laquelle se voient de nombreux noyaux ovalaires à contenu granuleux et un certain nombre de fibrilles nerveuses ramifiées et sans myéline.
E. Synovie. — Les parois de la cavité articulaire sont constamment baignées par la synovie. C’est un liquide visqueux, trouble, de coloration jaunâtre, de saveur salée, de réaction alcaline, qui, en lubrifiant les surfaces articulaires, favorise leur glissement.
Vue au microscope, la synovie nous apparaît sous la forme d’une masse liquide, tenant en suspension des éléments cellulaires détachés de la couche interne de la synoviale. .
L’analyse chimique nous y révèle l’existence des éléments suivants : de l’eau ;
2® une substance albuminoïde phosphorée, analogue aux nucléo-albumJnes ; 3® une deuxième substance albuminoïde, celle-ci non phosphorée, voisine des mucines ; 4° des matières grasses; 5° des sels, tels que du chlorure de sodium, des phosphates de potasse, de soude et de chaux, des sulfates de potasse et de soude, etc. Voici quelles sont, d’après Frerichs, les proportions centésimales de ces différentes substances :
Eau 95,92 p. 100
Nucléo-albumine 0,40 —
Albumine spéciale (mucine ?) > ^ 0q
Graisse et extractif ' ’
Sels 1,06 —
7° Mouvements ou mécanique articulaire. — Les diarthroses, envisagées à un point de vue général, nous présentent quatre espèces de mouvements principaux : le glissement, la rotation, l’opposition, la circumduction.
a. Glissement. — Le glissement consiste dans le déplacement des surfaces articulaires l’une sur l’autre, sans qu’elles s’abandonnent : il est caractéristique des diarthroses, qui le possèdent toutes.
b. Rotation. — La rotation est le mouvement par lequel un os tourne autour d’un axe, dirigé dans un sens plus ou moins parallèle à sa plus grande dimension. Deux cas peuvent se présenter : ou bien l’axe de rotation passe par les deux extrémités de l’os qui se déplace, ou bien il est situé en dehors de l’os. Dans le premier
ANATOMIE GÉNÉRALE
cas, il y a rotation simple; dans le second, il y a à la fois rotation et déplacement. L’humérus, pour donner un exemple, jouit de la rotation isolée; l’extrémité inférieure du radius tourne et se déplace autour du cubitus.
c. Opposition. — Dans le mouvement d’opposition, l’os se porte alternativement dans deux sens opposés : en avant et en arrière, ou bien en dedans et en dehors. L’opposition est dite simple lorsque les mouvements ne peuvent s’opérer que dans un seul plan; elle devient double lorsque le plan de déplacement l’est aussi. C’est au mouvement d’opposition qu’appartiennent la flexion et Vextension, et aussi V adduction et V abduction, mouvements fondamentaux que nous retrouverons à chaque instant lorsque nous étudierons les articulations des membres : par la flexion (épaule par exemple), l’os se porte en avant; par l’extension , il se porte en arrière; par l’abduction, il s’écarte du corps; par l’adduction, il s’en rapproche. Comme on le voit, dans la flexion et l’extension, le déplacement est parallèle au plan médian du corps ou plan sagittal ; dans l’adduction et l’abduction, il est perpendiculaire au plan précédent, autrement dit il est parallèle au plan verticotransversal ou plan frontal.
d. Circumduction. — Quant au mouvement de circumduction, il n’est autre que le mouvement de fronde^ dans lequel l’os mobile décrit un cône dont le sommet est à l’extrémité articulaire et la base à l’extrémité opposée. Ce mouvement résulte du passage de l’un à l’autre des quatre mouvements fondamentaux précédemment indiqués : ainsi l’humérus, en exécutant des mouvements de circumduction, occupe successivement et d’une façon régulière les positions d’abduction, d’extension, d’adduction et de flexion. On conçoit que toutes les articulations qui possèdent les mouvements fondamentaux de l’opposition aient aussi le mouvement de circumduction.
8"^ Classification des diarthroses. — Les anciens anatomistes, et Galien déjà, avaient établi une classification anatomique des diarthroses. Le mode de configuration des surfaces articulaires leur avait fait admettre : Vénarthrose ou articulation à surfaces sphériques; Varthrodie, articulation à surfaces planes; le ginglyme , articulation à surfaces disposées en charnière. Le ginglyme se subdivisait lui-même en ginglyme angulaire ou charnière transversale et en ginglyme vertical ou articulation à pivot. Cette classification, bonne quant à son point de départ, était rudimentaire et incomplète. En la poussant plus loin et en la complétant, on arrive à constituer les six genres suivants, qui comprennent toutes les diarthroses.
-4. Premier genre : articulations énarthrodiales ou énarthroses. — Les caractères de ce genre sont les suivants :
Les surfaces articulaires sont formées, d’un côté par une tête, de l’autre par une cavité, tête et cavité appartenant au type sphérique. La cavité est le plus souvent agrandie par un bourrelet marginal, complet ou incomplet.
2° Les moyens d’union sont : une capsule fibreuse, renforcée le plus souvent par un certain nombre de bandelettes plus ou moins distinctes.
3° La synoviale envoie d’ordinaire des prolongements à travers la capsule.
4° Les mouvements sont développés en tous sens : flexion, extension, adduction, abduction, circumduction, rotation.
B. Deuxième genre ; articulations condyliennes ou condylarthroses. — Les articulations appelées condyliennes nous présentent :
1° Gomme surfaces articulaires : d’un côté, une tête plus ou moins allongée, de l’autre, une cavité, dite cavité gléno'ide ;
ARTHROLOGIE
2® Gomme moyens dhmion^ un certain nombre de ligaments périphériques, qui se divisent, d’après leur situation, en antérieurs, postérieurs et latéraux;
3° Gomme mouvements, tous ceux des énarthroses, moins la rotation.
C. Troisième genre : articulations par emboîtement réciproque. — Les caractères de ces articulations sont les suivants :
1® Les surfaces articulaires sont concaves et convexes en sens inverse : la concavité de l’une correspond à la convexité de l’autre. Les deux pièces osseuses en présence rappellent exactement la disposition d’un cavalier sur sa selle, d’où le nom à' articulations en selle, qu’on donne parfois à l’articulation par emboîtement réciproque ; *
2° Une capsule fibreuse sert de moyen d’union;
3® Elles présentent encore tous les mouvements, la rotation exceptée.
D. Quatrième genre : articulations trochléenne ou trochléarthroses. — Les articulations trochléennes {ginglymes angulaires des anciens auteurs) nous olïrent comme caractères :
U En ce qui concerne les surfaces articulaires : d’un côté, une poulie ou trochlée ; de l’autre, une crête pour la gorge de la poulie et deux facettes pour ses parties latérales ;
2° En ce qui concerne les moyens d'union, quatre ligaments, dont deux latéraux, ces derniers ordinairement très forts ;
3“ En ce qui concerne les mouvements, deux principaux, la flexion et l’extension, plus quelques mouvements de latéralité toujours peu étendus.
E. Ginquième genre ; articulations tbocmoïdes. — Les articulations trochoïdes {ginglymes latéraux des anciens auteurs) sont constituées comme suit :
U Les surfaces articulaires sont : d’une part, un cylindre osseux, tournant sur son axe ; d’autre part, un anneau ostéo-fibreux qui le contient;
2° Un ligament semi-annulaire maintient le cylindre dans sa cavité ;
3“ La rotation est le seul mouvement possible.
F. Sixième : genre-arthrodies. — Les arthrodies nous offrent comme caractères anatomiques :
U Des surfaces planes ou à peu près planes ;
2° Des ligaments disposés irrégulièrement autour de l’article ;
3® CommQ mouvements, le glissement seul.
§ III. — Amphiarthroses en général
Les amphiarthroses ou symphyses, qui constituent la deuxième classe des articulations, sont encore des articulations mobiles, m.o,\s, peu mobiles, des articulations tenant le milieu entre les diarthroses, qui jouissent des mouvements les plus étendus, et les synarthroses, que caractérise une immobilité absolue. Ge sont les demi-articulations {Halbgelenke) de Luschka. Un les divise en deux groupes : les amphiarthroses vraies ou typiques et les diarthro-amphiarthroses.
1° Amphiarthroses vraies ou typiques. — Les amphiarthroses vraies ou typiques ont pour éléments anatomiques ; D des surfaces articulaires planes ou légère-
ANATOMIE GENERALE
ment excavées, généralement beaucoup plus simples que celles que nous rencontrons dans les diarthroses ; 2° une couche de cartilage hyalin, revêtant dans toute leur étendue les surfaces articulaires précitées ; 3° des ligaments périphériques, histologiquement semblables à ceux des diarthroses, mais ordinairement moins développés et par conséquent plus faibles; ¥ un disque fibreux ou fibro-cartilagineux, d’une épaisseur variable, situé entre les deux surfaces articulaires. Ce fibrocartilage interarticulaire, qui caractérise essentiellement les diarthroses (fig. 443, A), se moule exactement par l’une et l’autre de ses faces, sur les deux pièces squelettiques correspondantes et» d’autre part, adhère intimement à l’une et à l’autre : il devient ainsi pour elles un moyen d’union puissant, d’où le nom de ligament interosseux sous lequel le désignent la plupart des auteurs.
Du reste, il n’existe ici aucune trace de cavité articulaire et, à fortiori, aucune trace de synoviale.
Le ligament interosseux des amphiarthroses,
rappelons-le en passant, n’est autre que le disque
intermédiaire de l’articulation embryonnaire,
(voy. plus haut) qui, au lieu de disparaître,
s’est organisé en tissu fibreux ou fibro-cartilagi- Amphiarthrose typique ; trois corps f vertébraux de la région lombaire,
neux et a conserve sa continuité avec la partie sagittale.
correspondante des pièces cartilaginenses.
Les amphiarthroses vraies se rencontrent au niveau de la colonne vertébrale et ne se rencontrent que là. Elles y sont représentées par les articulations des corps vertébraux entre eux et nous ne saurions mieux faire, pour en donner une idée exacte, que de renvoyer le lecteur à la description de ces articulations (p. 437). Nous éviterons ainsi des redites inutiles.
2° Diarthro-amphiarthroses. — Physiologiquement, ces articulations ne diffèrent pas des amphiarthroses typiques ; comme elles, en effet, elles ne jouissent que de mouvements peu étendus. Au point de vue morphologique, elles nous présentent encore les mêmes éléments : des surfaces articulaires à configuration simple et revêtues d’une couche de cartilage hyalin, des ligaments périphériques et un ligament interosseux. Seulement, ce ligament interosseux, au lieu d’être continu comme tout à l’heure, nous présente dans son épaisseur, ordinairement à sa partie centrale, une fente plus ou moins développée, qui est une véritable cavité articulaire (fig. 443, B). Cette dernière disposition, qui, dans l’espèce, est caractéristique, marque manifestement un progrès dans l’organisation des amphiarthroses. Bille les rapproche des articulations diarthrodiales, d’où le nom de diarthro-amphiarthroses qui leur a été donné.
A la classe des diarthro-amphiarthroses appartiennent la symphyse pubienne, l’articulation sacro-iliaque et, dans certains cas, l’articulation de la première pièce du sternum avec la seconde. Nous aurons plus tard à décrire ces différentes articulations, mais d’ores et déjà nous constatons qu’elles possèdent une cavité centrale et que cette cavité centrale est séparée de l’os par deux couches concentriques, dont la signification nous est maintenant bien connue : une couche interne, fibreuse ou
ARÏHROLOGIE
fibro-cartilagineuse, formée par le ligament interrosseux lui-même ; une couche exte7^ne, constituée par du cartilage hyalin, reste de la pièce squelettique primitive.
Nous ajouterons que dans les Mm'// diarthro-amphiarthroses qui ont une cavité bien développée, il peut exister une synoviale rudimentaire, nouveau perfectionnement qui rapproche encore ces articulations des diarthroses vraies.