PAROIS DE LA BOUCHE
Envisagée au point de vue de sa constitution anatomique, la bouche nous offre à considérer six parois, savoir : 1° une paroi antérieure, constituée par les lèvres; 2° deux parois latérales, formées par les joues ; 3° une paroi inférieure, formée en majeure partie par la langue et, au-dessous de ce dernier organe, par une petite région, appelée plancher de la bouche ; 4° une paroi supérieure, constituée en majeure partie par la voûte palatine ; 5° une paroi postérieure ou mieux postérosupérieure, comprenant le voile du palais et un orifice fort irrégulier qui, sous le nom d 'isthme du gosier , fait communiquer la bouche avec le pharynx.
§ 1. — Paroi antérieure : lèvres
Les lèvres sont des replis musculo-membraneux situés à la partie antérieure de la bouche et constituant la paroi antérieure de cette cavité. Au nombre de deux, elles se distinguent en supérieure et inférieure. Rapprochées, elles ferment le canal digestif à son extrémité supérieure. Écartées l’une de l’autre, elles délimitent un large orifice, V orifice buccal, par lequel ce même tube digestif communique avec
APPAREIL DE LA DIGESTION
le milieu extérieur. Nous étudierons successivement : 1° leur conformation extérieure ; 2° leur constitution anatomique ; 3° leurs vaisseaux et leurs nerfs .
A — Conformation extérieure
Les lèvres reproduisent exactement la direction curviligne des arcades dentaires contre lesquelles elles sont appliquées. Gomme ces dernières, elles sont concaves en arrière, convexes en avant. A peu près verticales chez les sujets de race blanche, elles présentent chez le nègre une obliquité plus ou moins prononcée. Cette obliquité dépend à la fois d’un développement exagéré des lèvres et du prognathisme alvéolo-dentaire, qui, comme on le sait, caractérise les races nègres. Quoique constituées sur un même type, les deux lèvres ne présentent pas une conformation absolument identique, comme nous allons le voir. Nous considérerons à chacune d’elles une face antérieure, une face postérieure, un bord adhérent, un bord libre et deux extrémités.
1° Face antérieure. — La face antérieure ou cutanée (fig. regarde en avant pour la lèvre supérieure, en bas et en avant pour la lèvre inférieure.
a. Sur la lèvre supérieure , elle nous présente tout d’abord un sillon médian, le sillon sous-nasal ou philtrum, qui. de la sous-cloison descend sur le bord libre de
la lèvre et s’y termine par un tubercule plus ou moins marqué suivant les sujets, le tubercule de la lèvre supérieure. Plus large en bas qu’en haut, de forme plus ou moins triangulaire par conséquent, le sillon sousnasal est limité, à droite et à gauche, par deux bourrelets, qui se dirigent obliquement en bas et en dehors. Morphologiquement, le sillon sous-nasal répond à la ligne de soudure des bourgeons incisifs de la lèvre primitive (voy. Embryologie). De chaque côté du sillon sous-nasal, immédiatement en dehors des bourrelets latéraux précités, se trouvent deux surfaces triangulaires et à peu près planes : recouvertes d’un léger duvet chez la femme et chez l’enfant, elles donnent naissance, chez l’homme adulte, à ces poils longs et roides, dont l’ensemble constitue la moustache.
b. Sur la lèvre inférieure , nous trouvons tout d’abord, sur la ligne médiane, une petite dépression ou fossette, fossette médiane , dans laquelle s’implante, chez l’homme adulte, ce bouquet de poils qu’on désigne vulgairement sous le nom de mouche. A droite et à gauche de cette fossette, la lèvre est constituée par deux surfaces planes ou légèrement concaves, ou ne croissent que des poils rares et courts.
2° Face postérieure. — La face postérieure ou muqueuse répond à la face antérieure des gencives et des arcades dentaires. Elle est lisse et constamment humectée par la salive. Nous y reviendrons plus loin à propos de la muqueuse labiale.
Fig. 3.
Les deux lèvres, vue antérieure, la bouche étant fermée.
1. lèvre supérieure, avec : 2, sillon sous-nasal ou philtrum; 3, tubercule labial; 4, lèvre inférieure, avec 5, fossette médiane. — 6, sillon mento-labial. — 7, sillon labio-génien, — 8, fente buccale. — 9, commissures. — 10, septum nasal.
BOUCHE ET SES DÉPENDANCES
3° Bord adhérent- — Le bord adhérent marque la limite périphérique des lèvres.
Il doit être examiné séparément du côté de la face et du côté de la bouche :
a. Du côté de la face, le bord adhérent de la lèvre supérieure répond successivement à l’extrémité postérieure de la cloison nasale, au bord postérieur des narines, à l’extrémité postérieure de l’aile du nez et, enfin, a un sillon oblique qui le sépare delà joue et que nous désignerons sous le nom de sillon g énio labial ou labiogénien. Le bord adhérent de la lèvre inférieure est marqué à sa partie moyenne par un sillon curviligne, à concavité dirigée en bas, c’est le sillon mento-labial . De chaque côté de ce sillon, la lèvre inférieure se confond, sans ligne de démarcation aucune, avec les parties molles de la région mentonnière.
b. Du côté de la cavité buccale , le bord adhérent des lèvres est indiqué, tanl pour la supérieure que pour l’inférieure, par le sillon horizontal que forme la muqueuse en se réfléchissant de la face postérieure des lèvres sur les gencives (sillon gingivo-labial). Ce sillon est interrompu sur la ligne médiane par un repli muqueux triangulaire, à direction sagittale, qui est très visible quand on porte les lèvres en avant, en les écartant des gencives (fig. 4) : c’est le frein de la lèvre , toujours plus développé sur la lèvre supérieure que sur l’inférieure.
4° Bord libre. — Le bord libre des lèvres, arrondi d’avant en arrière, irrégulièrement plissé dans le sens transversal, est remarquable par sa coloration rouge ou rosée. Cette coloration, qui se confond peu à peu en arrière avec la muqueuse buccale, cesse brusquement Frem de la lèvre suP°rieureen avant suivant une ligne regulierement 1 2, sillon gingivo-iabiai. - 3, frein de la courbe qui la sépare nettement de la peau. ;Sesuiéf ^reTnfWeure.de de"laire s“pé'
Ici encore, les deux lèvres ne se ressemblent
pas entièrement : tandis que la lèvre supérieure (fig. 3, 3) possède une saillie médiane, le tubercule de la lèvre supérieure , délimitée latéralement par deux dépressions, la; lèvre inférieure, qui s’adapte exactement à elle, nous présente, au contraire, une dépression médiane et de chaque côté une légère convexité. C’est au niveau de leur bord libre que les lèvres présentent leur maximum d'épaisseur. Cette épaisseur est, du reste, très variable suivant les races et suivant les sujets : elle mesure d’ordinaire de 10 à 12 millimètres dans nos races européennes. Au niveau de leur bord adhérent, l’épaisseur des lèvres, n’est plus que de 6 ou 7 millimètres.
5° Extrémités, commissures et orifice buccal. — Les deux lèvres s’unissent, à l’une et à l’autre de leurs extrémités, pour former ce qu’on est convenu d’appeler les commissures des lèvres. Il existe donc deux commissures, l’une droite, l’autre gauche. Elles sont symétriquement disposées par rapport à la ligne médiane.
En se réunissant ainsi l’une à l’autre au niveau des commissures, les deux lèvres circonscrivent entre elles un orifice, l 'orifice buccal. Cet orifice, qui est la voie d’introduction des aliments, peut, comme l’orifice palpébral avec lequel il présente la plus grande analogie, être ouvert ou fermé.
APPAREIL DE LA DIGESTION
Largement ouvert à la suite de l’écartement maximum des deux maxillaires, il est irrégulièrement circulaire, plus haut que large, et permet à l’oeil et au doigt d’explorer dans tous leurs détails les parois de la bouche. Il mesure, en moyenne, chez l’homme, 50 millimètres de largeur sur 55 millimètres de hauteur. Chez la femme, dont la bouche est ordinairement plus petite, ces mêmes dimensions descendent à 40 millimètres et 48 millimètres.
A l’état d’occlusion, lorsque les deux lèvres sont rapprochées, l’orifice buccal n’est plus qu’une simple fente transversale, la fente buccale , allant d’une commissure à l’autre et répondant exactement à la ligne de contact des deux lèvres. Cette fente, qui joue un rôle si important dans l’expression de la physionomie, varie beaucoup suivant les sujets, dans sa forme et sa direction. Ses dimensions ne sont pas moins variables et, depuis longtemps déjà, le langage usuel a distingué des bouches grandes, des bouches moyennes , et des bouches petites. En mesurant sur quarante sujets (vingt hommes et vingt femmes) la longueur de la fente buccale, j’ai obtenu, comme chiffres moyens, 53 millimètres pour l’homme, et 47 millimètres pour la femme.
B . — Constitution anatomique
Considérées au point de vue de leur constitution anatomique, les lèvres se composent de quatre couches superposées, qui sont, en allant d’avant en arrière : la peau , la couche musculeuse , la couche sous-muqueuse , la couche muqueuse .
1° Peau. — La peau des lèvres est remarquable par son épaisseur, par sa résistance et surtout par son adhérence intime aux faisceaux musculaires sous-jacents,
faisceaux peauciers qui viennent prendre sur sa ace profonde, la plus grande partie de leurs insertions. Elle est très riche en follicules pileux et, par suite, possède de nombreuses glandes sébacées annexées aces follicules.
2° Couche musculeuse. — La couche musculeuse est constituée en majeure partie par le muscle orbiculaire des lèvres. Ce muscle, comme nous l’avons déjà vu en myologie (t. I, p. 746), se dispose autour de l’orifice buccal, à la manière* d’un anneau aplati, ou plutôt d’une ellipse dont le grand diamètre se dirige transversalement d’une commissure à l’autre.
A l’orbiculaire, muscle essentiel des lèvres, viennent se joindre à titre de faisceaux accessoires, les extrémités d’une foule d’autres muscles, qui, partant des différentes régions de la face, viennent s’insérer sur le pourtour de l’orifice buccal, comme autant de rayons convergents. Ces muscles nous sont déjà connus (voy. Myologie) et nous ne ferons ici que les énumérer. Ce sont : 1° pour la lèvre supérieure, les élévateurs communs de V aile du nez et de la lèvre supérieure , les élévateurs propres de la lèvre supérieure , les canins et les petits zygomatiques ; 2° pour la lèvre inférieure, les carrés du menton ; 3° pour les commissures, les buccinateurs ; les grands zygomatiques, les triangulaires des lèvres et les risorius de Santorini.
vres pour montrer le muscle compresseur des lèvres (d’après Roy).
1, lèvre supérieure et lèvre inférieure, avec : 2, leur face antérieure ; 3, leur face postérieure. — 4, faisceaux de l’orbiculaire. — 5, 5’ faisceaux des muscles compresseurs des lèvres. — 6, fente buccale.
BOUCHE ET SES DEPENDANCES
De tous ces muscles disposés autour de l’orifice buccal, les uns s’insèrent a la face profonde de la peau, les autres à la face profonde de la muqueuse. Au point de vue de leur rôle, un seul est constricteur de l’orifice buccal : c’est l’orbiculaire. Tous les autres sont dilatateurs.
Rappelons encore que, outre les fibres transversales de l’orbiculaire et les fibres radiées des muscles à insertion extra-labiale, chacune des deux lèvres possède, au voisinage de son bord libre, un certain nombre de fibres à direction antéro-postérieure, qui lui appartiennent en propre et qui se rendent de la peau à la muqueuse (fig. 5, 5 et W) : leur ensemble constitue le muscle compresseur des lèvres ( reclus labii de Klein, proprius labii de Krause). Nous avons déjà décrit ce muscle à la page 748 de la myologie, où le lecteur voudra bien se reporter.
3° Couche sous-muqueuse, glandes labiales. — La couche sous-muqueuse, intermédiaire à la couche musculeuse et à la muqueuse proprement dite, est formée par du tissu conjonctif lâche avec des fibres élastiques fines et peu nombreuses. Elle renferme dans toute son étendue une multitude de petites glandes, que l’on désigne, en raison de leur situation, sous le nom de glandes labiales. Ces glandes sont tellement nombreuses qu’elles se tassent pour ainsi dire les unes contre les autres, de façon à former, en arrière du muscle orbiculaire (fig. 8, 2), une nappe à peu près continue : c’est la couche glanduleuse de certains auteurs.
On les sent très nettement, en dehors de toute altération pathologique, en promenant simplement le doigt sur la face postérieure des lèvres : elles se traduisent alors sous la forme de petites masses saillantes, dures et irrégulières.
Morphologiquement, les glandes labiales sont des glandes en grappe. Chacune d’elles est constituée par un nombre plus ou moins considérable de lobules arrondis ou piriformes, d’où s’échappent de petits canaux excréteurs, qui, après un trajet variable mais toujours très court, se jettent dans un canal excréteur commun. Ce canal excréteur vient s’ouvrir, à son tour, à la surface libre de la muqueuse.
f /*%)'*' . <r è* VtiV<r*ÿ!\
tic
/T AH '■'■'K \ i
vMtr Z*
J Ak'k*V-** x
Fig. 6.
Coupe des glandes de la lèvre supérieure d’un homme de soixante-deux ans (d’après Nadler).
(On constate un mélange, dans la même région, de glandes séreuses et de glandes muqueuses.)
1, glandes muqueuses. — 2, glandes séreuses. — 3, croissants de Gianuzzi. — 4, canal excréteur.
APPAREIL DE LA DIGESTION
Envisagés au point de vue histologique, les lobules glandulaires sont essentiellement constitués par une paroi propre, tapissée intérieurement par une couche continue de cellules polyédriques, mesurant de 10 à 12 p. de largeur sur 7 à 8 p. de hauteur. Ces cellules sont de deux ordres (fig. 6 et 7) : les unes ont tous les caractères des cellules mucipares ; les autres, tous les caractères des cellules séreuses (voy. Glandes salivaires). Du reste, ces deux catégories de cellules peuvent être isolées dans des alvéoles distincts ou bien se trouver mélangées dans une même alvéole.
Les glandes labiales sont donc des glandes mixtes, à la fois muqueuses et séreuses.
Quant aux canaux excréteurs, ils se composent de deux couches concentriques : une couche externe de nature conjonctive, une couche interne épithéliale. Sur les diverses ramifications du canal excréteur principal, l’épithélium est cylindrique : cylindrique simple sur les petites ramifications, cylindrique stratifié sur les plus grosses. Sur le canal excréteur principal lui-même, la couche épithéliale est représentée, dans la plus grande partie de son étendue, par un épithélium pavimenteux stratifié (Stohr), prolongement, dans le conduit glandulaire, de l’épithélium pavimenteux de la muqueuse labiale.
Outre les glandes muqueuses que nous venons de décrire, Kôlliker, Wertheimer, Delbanco et autres auteurs ont signalé, sur certains points des parois de la bouche et notamment sur la face postérieure des lèvres, des glandes sébacées , analogues à celles de la peau, mais entièrement dépourvues de poils. Leur présence ici s’explique par ce fait embryologique que la partie la plus antérieure de la cavité buccale provient d’une invagination de l’ectoderme.
4° Couche muqueuse. — La couche muqueuse, constituant la muqueuse labiale , forme la couche la plus profonde des lèvres.
A. Disposition générale. — La muqueuse labiale revêt à la fois la face postérieure des lèvres et leur bord libre.
a) Sur la face postérieure, elle présente une coloration grisâtre et un aspect bosselé, dû aux glandules sous-jacentes qui la soulèvent par places. Latéralement, elle se continue sans ligne de démarcation aucune avec la muqueuse des joues. Au niveau du bord adhérent des lèvres, elle se réfléchit sur elle-même, pour se jeter sur les bords alvéolaires des maxillaires et devenir la muqueuse gingivale : elle forme ainsi, en haut et en bas, le long sillon que nous avons déjà signalé plus haut sous le nom.de sillon gingivo-labial.
P) Sur le bord libre des lèvres, la muqueuse est à la fois plus mince et plus adhérente que sur la face postérieure. Elle est remarquable par sa coloration rouge ou simplement rosée. Cette coloration résulte en grande partie sans doute de sa richesse vasculaire ; mais elle est due aussi à sa transparence, qui permet à l’œil d’entrevoir les faisceaux musculaires situés au-dessous.
B. Structure. — Histologiquement, la muqueuse labiale se compose, comme toutes les muqueuses, de deux couches : 1° une couche profonde ou chorion ; 2° une couche superficielle ou épithéliale.
a. Chorion. — Le chorion ou derme, épais de 1 à 2 millimètres, rappelle assez bien
Fig. 7.
Coupe transversale d’un alvéole d’une glande labiale (d’après Nadler).
A la partie supérieure de la figure se voient des cellules séreuses : à la partie inférieure, des cellules muqueuses.
BOUCHE ET SES DÉPENDANCES
le derme cutané. 11 est essentiellement formé par des faisceaux de tissu conjonctif, diversement entrecroisés, auxquels se mêlent de très nombreuses fibres élastiques disposées en réseaux.
a) Par sa face profonde , le chorion se continue peu à peu avec la couche sousmuqueuse.
P) Sa face superficielle est hérissée de papilles, coniques ou filiformes, simples ou composées, mesurant de 200 à 400 a de longueur sur 40 à 80 p. de largeur. Ces papilles sont extrêmement nombreuses. Elles sont tellement pressées les unes contre les autres qu’elles se touchent presque par leur base : il est rare que l’espace qui les sépare soit égal à leur propre diamètre (Kôlliker). Les papilles dermiques présentent la même structure fondamentale que le chorion, dont elles ne sont qu’une dépendance. La plupart d'entre elles sont vasculaires. Quelques-unes renferment des corpuscules de Krause ou des corpuscules de Meissner.
b. Épithélium. — L’épithélium de la muqueuse labiale, épais de 250 p en moyenne, appartient au groupe des épithéliums pavimenteux stratifiés. Il comprend trois assises de cellules, que nous distinguerons en profondes, moyennes et superficielles :
a) Les cellules profondes ont une forme plus ou moins cylindrique et sont implantées perpendiculairement sur la surface du chorion : ce sont les cellules basales ou génératrices de certains auteurs. Elles mesurent, en moyenne, de 15 à 20 g de hauteur. Elles sont transparentes et possèdent chacune un noyau ovalaire. Une mince couche hyaline partout continue, membrane basale, sépare les cellules profondes du chorion sur lequel elles reposent.
Les cellules moyennes se disposent toujours en rangées multiples. Ce sont des cellules polyédriques, un peu plus volumineuses que les précédentes, renfermant à leur centre un gros noyau, le plus souvent de forme sphérique. Leur contour est garni de prolongements, en forme de dents ou d’épines, qui rappellent exactement les prolongements de même nature que nous présentent les cellules malpighiennes de l’épiderme (voy. Peau) . Au fur et à mesure qu’elles s’éloignent du derme, les
Fig. 8.
Coupe sagittale de la lèvre inférieure et du vestibule de la bouche.
A, maxillaire inférieur. — B, lèvre inférieure. — 1, épithélium de la muqueuse labiale. — 1’ épithélium de la muqueuse gingivale. — 2, 2, glandes labiales. — 3, artère coronaire. — 4, 4, veines. — 5, 5, faisceaux du muscle orbiculaire. — 6, 6, faisceaux musculaires longitudinaux (carré du menton). — 7, 7, pelotons adipeux. — 8, 8, poils, avec leur glande sébacée. — 9, glande sudoripare. — 10, épiderme. — 11, périoste alvéolodentaire. — 12, dent incisive externe, avec : a, sa couronne ; b, son collet ; c, sa racine. — 13, cul-de-sac gingivo-labial.
APPAREIL DE LA DIGESTION
cellules moyennes s’aplatissent dans le sens vertical, se rapprochant ainsi peu à peu du type qui caractérise la couche superficielle.
y) Les cellules superficielles, enfin, revêtent l’aspect de plaques larges et minces, à contour polygonal, renfermant à leur centre un noyau aplati comme elles et dans le même sens. Elles présentent, comme on le voit, les plus grandes analogies avec les cellules superficielles de l’épiderme. Elles en diffèrent, cependant, d’une part en ce que leur noyau est toujours très visible, d’autre part en ce qu’elles ne se kératinisent jamais.
C’est sur le bord libre des lèvres que se continuent réciproquement le revêtement interne et lerevêtement externe. Ici, comme sur le bord libre des paupières, le passage se fait graduellement et par des transitions à peu près insensibles. Klein et après lui Wertheimer distinguent sur le bord libre delà lèvre trois zones successives, qui sont, en allant d’avant en arrière, la zone cutanée,, la zone de transition et la zone muqueuse (fîg. 9).
La zone cutanée, qui fait suite à la peau de la face antérieure, se termine au point où les téguments changent de coloration. Comme son nom l’indique, elle est formée par la peau, avec follicules pileux et glandes sébacées.
La zone de transition, qui lui fait suite, mesure sur la ligne médiane 5 ou 6 millimètres de largeur ; elle est un peu moins étendue dans la région des commissures. C’est encore de la peau,, mais de la peau légèrement modifiée. Elle se distingue : 1° par l’épaisseur plus grande de son épithélium ; 2° par la transparence également plus grande de ce même épithélium ; 3° par sesrapports intimes avec le muscle orbiculaire, dont les faisceaux sont immédiatement sous-jacentsau derme ou même pénètrent par places dans l’épaisseur de ce dernier; 4° par la richesse do son réseau vasculaire. C’est à cette riche vascularisation, disons-le en passant, ainsi qu'à la transparence de son revêtement épithélial, que cette zone doit la coloration rosée qui la caractérise. En ce qui concerne les glandes sébacées,, elles feraient complètement défaut d'après Klein. Mais leur existence a été signalée par Kolliker et par Wertheimer. Toutefois, elles ne sont pas constantes et, quand elles existent, elles sont rudimentaires et indépendantes des follicules pileux. Du reste, elles s’arrêtent toujours à la limite de la zone suivante.
La zone muqueuse commence au sommet de la. convexité du bord libre, autrement dit à la ligne suivant laquelle les deux lèvres arrivent au contact lorsque la bouche est fermée. Chez le nouveau-né, elle se distingue, tout d’abord, par l’épaisseur considérable de l’épithélium, qui présente, à ce niveau, tous les caractères de l’épithélium de la muqueuse labiale. D’autre part, apparaissent de longues papilles, qui donnent aux coupes un aspect vraiment caractéristique : c'est la pars villosa de Luschka. L’àge amène dans cette zone de notables modifications, qui ont été bien décrites par Wertheimer. Chez l’enfant de dix-huit mois, les papilles sont moins longues et, de leur côté, la couche épithéliale a diminué d’épaisseur : elle s’est comme tassée. Cette disposition persiste jusqu’à l’âge de quarante à quarante-cinq ans. A ce moment, l’épithélium prend de nouveau un développement spécial, qui, à un âge avancé, forme des renflements cellulaires, circonscrits, pouvant aboutir à la formation de véritables globes épidermiques.
G.— Vaisseaux et nerfs
1° Artères. — Les artères des lèvres proviennent en grande partie des deux
Mode de continuité du revêtement externe et du revêtement interne sur le bord libre de la lèvre inférieure (coupe sagittale de la lèvre d’un nouveau-né, d’après Tourneux).
A, peau. — B, zone cutanée lisse. — C, zone villeuse de la muqueuse labiale. — D, muqueuse labiale.
1, épithélium de la muqueuse labiale, — 2, épiderme. — 3, glandes labiales. — 4, orbiculaire des lèvres, dont le segment supérieur, recourbé en avant, est traversé par les fibres du muscle compresseur des lèvres. — §, artère coronaire exceptionnellement située dans la concavité du muscle orbiculaire.
BOUCHE ET SES DEPENDANCES
coronaires, lesquelles, comme nous l’avons déjà vu en angéiologie, se détachent de la faciale au niveau des commissures. — La coronaire inférieure se porte horizontalement en dedans, dans l’épaisseur de la lèvre inférieure.
Elle s’anastomose à plein canal, sur la ligne médiane, avec la coronaire inférieure du côté opposé. — La coronaire supérieure se porte de même dans la lèvre supérieure et se réunit, sur la ligne médiane, avec son homonyme du côté opposé.
Il résulte de cette double anastomose que les quatre coronaires, les deux coronaires gauches et les deux coronaires droites, constituent autour de l’orifice buccal un cercle artériel complet. Ce cercle artériel est situé près du bord libre des lèvres, entre la couche musculeuse et la couche glanduleuse (fig. 8,3). Il décrit de nombreuses flexuosités et abandonne un peu partout sur son parcours des rameaux et ramuscules plus ou moins grêles, les uns ascendants, les autres descendants, destinés aux muscles, aux glandes, à la peau et à la muqueuse des deux lèvres.
Indépendamment des coronaires, artères principales , les lèvres reçoivent encore, à titre d 'artères accessoires, un certain nombre de ramuscules terminaux de la sous-orbitaire, de la transversale de la face, de la buccale, de la mentonnière et même de la sous-mentale, laquelle, dans bien des cas, remonte jusque dans la lèvre inférieure.
Fig. 10.
Trois papilles de la muqueuse labiale , avec injection des vaisseaux (d'après Toldt).
2° Veines. — Les veines, indépendantes des artères, cheminent pour la plupart au-dessous de la peau, où elles forment un réseau plus ou moins riche. Elles présentent de nombreuses valvules et viennent se jeter, en partie dans la veine faciale, en partie dans les veines sous-mentales.
3° Lymphatiques. — Les
lymphatiques des lèvres, étudiés tout récemment par Dorendorf (1900) et par Stieda (1901), tirent leur origine de deux réseaux, l’un en rapport avec la muqueuse, l’autre en rapport avec la peau. Ces deux réseaux se fusionnent réciproquement sur le bord libre des lèvres où ils forment un réseau mixte, d’une extrême ténuité, très difficile à injecter (Sappey). Les troncs et troncules qui émanent de ces différents réseaux, et auxquels se mêlent
Fig. il.
Les lymphatiques des lèvres (d’après Dorendorf).
1, ganglions sous-mentaux. — 2, 2, ganglions sous-maxillaires. — 3, ganglions cervicaux profonds. — 4, lymphatiques de la lèvre supérieure. — 5, lymphatiques de la lèvre inférieure. — 6, un lymphatique de la lèvre inférieure, s’engageant dans le trou mentonnier. — 7, un lymphatique de la lèvre inférieure, se rendant directement à un ganglion de la chaîne jugulaire.
APPAREIL DE LA DIGESTION
toujours un certain nombre de lymphatiques issus de la couche musculaire, se comportent différemment sur la lèvre supérieure et sur la lèvre inférieure (fig. 11) :
a) Les lymphatiques de la lèvre supérieure, au nombre de 4 à 6 de chaque côté, se dirigent en dehors vers les commissures. Là, ils s’infléchissent en bas et en arrière et, suivant alors le même trajet que la veine faciale, ils viennent se jeter dans les ganglions sous-maxillaires.
P) Les lymphatiques de la lèvre inférieure sont, comme les précédents, au nombre de 5 ou 6 de chaque côté. Ils se divisent en latéraux et médians : les premiers, comme ceux de la lèvre supérieure, se rendent aux ganglions sousmaxillaires ; les seconds descendent vers la symphyse mentonnière et aboutissent, au-dessous de cette symphyse, à deux ou trois ganglions, ganglions sous-mentaux ou sus-symphy siens, qui se trouvent placés dans la région sus-hyoïdienne sur ou entre les ventres antérieurs des digastriques. On voit parfois un ou deux lymphatiques croiser la ligne médiane, pour aboutir à un ganglion situé du côté opposé. Dorendorf signale des vaisseaux lymphatiques qui, du sillon gingivolabial de la lèvre inférieure, se dirigent vers le trou mentonnier (fig. 11,6), et s’y engagent, pour suivre à partir de là le trajet du canal dentaire.
4° Nerfs. — Les nerfs des lèvres se distinguent en moteurs et sensitifs. — Les rameaux moteurs émanent du facial et se perdent dans les faisceaux musculaires qui entrent dans la constitution des lèvres. — Les rameaux sensitifs proviennent du sous-orbitaire et du mentonnier, branches du trijumeau. Ils sont toujours très grêles et se distribuent à la peau, à la muqueuse et à la couche glanduleuse. Ils se terminent en grande partie dans des corpuscules de Krause. Cependant IvüLLiKERet Gerlach, le premier dans la peau, le second dans la muqueuse du bord libre, ont décrit de véritables corpuscules du tact.
§ II. — Parois latérales : joues
Les joues, qui constituent les parois latérales de la bouche, dépassent de beaucoup les limites de cette cavité. Elles s’étendent, en hauteur du rebord inférieur de l’orbite au bord inférieur du maxillaire et, en largeur, du bord postérieur du masséter à la commissure des lèvres et aux parties latérales du nez. Un sillon oblique en bas et en dehors, généralement très marqué^ les sépare du nez et des lèvres : il porte, en haut, le nom de sillon naso-génien, en bas, celui de sillon labio-génien.
A. — Conformation extérieure
Ainsi délimitées, les joues occupent la plus grande partie de la face : elles répondent à la fois à la région malaire, à la région massétérine et à la région génienne proprement dite de l’anatomie topographique. Leur épaisseur, un peu plus considérable que celle des lèvres, varie, suivant l’état d’embonpoint des sujets, de 10 millimètres à 3 centimètres et même au delà. Chacune d’elles a une forme irrégulièrement quadrilatère et nous offre à considérer deux faces, l’une externe , l’autre interne.
1° Face externe. — La face externe est régulièrement bombée chez l’enfant et aussi chez l’adulte qui possède un certain embonpoint. Chez les sujets amaigris, au
BOUCHE ET SES DEPENDANCES
contraire, elle est plus ou moins déprimée du côté de la cavité buccale. Chez les vieillards, par suite de la chute des dents et de l’usure plus ou moins prononcée des deux bords alvéolaires, les joues devenues trop grandes pour l’espace quelles ont à recouvrir, se plissent dans le sens de la fente buccale et présentent alors, sur leur face externe, un système de sillons rayonnés caractéristiques {joues séniles).
2° Face interne. — La face interne des joues repose, dans la plus grande partie de son étendue, sur le massif osseux de la face et lui adhère intimement. Seule, sa portion centrale est libre et tapissée par la muqueuse : c’est elle qui forme à proprement parler la paroi latérale de la bouche. Elle est nettement délimitée, en haut et en bas, par le sillon horizontal qui fait suite au sillon gingivo-labial et que forme la muqueuse buccale en se réfléchissant de la face interne des joues sur les bords alvéolaires du maxillaire supérieur et du maxillaire inférieur. En arrière, elle s’étend jusqu’au pilier antérieur du voile du palais. En avant, enfin, elle se continue sans lignes de démarcation aucune avec la face postérieure des lèvres.
B. — Constitution anatomique
Les joues comprennent cinq couches distinctes, qui se superposent dans l’ordre suivant, en allant de dehors en dedans (fig. 12) : la peau, le tissu cellulaire souscutané, la couche aponévrotique, la couche musculeuse et la couche muqueuse.
1° Peau. — La peau des joues est remarquable par sa finesse et par sa vascularisation : chacun sait avec quelle rapidité elle se colore ou pâlit sous l’influence des émotions même les plus légères. Glabre chez l’enfant et chez la femme, elle est recouverte, chez l’homme adulte; de longs poils qui se développent principalement à sa partie postérieure et inférieure. Elle est, enfin, très riche en glandes sudoripares et en glandes sébacées.
2° Tissu cellulaire sous-cutané. — Le tissu cellulaire souscutané est plus- ou moins chargé de graisse, suivant les sujets. Sa plus grande épaisseur répond toujours à la partie centrale de la joue et à la région qui avoisine le trou sous-orbitaire.
En dedans du masséter, dans 1 intervalle compris entre le bord antérieur dé ce muscle et le buccinateur, on
12 Ifil 5 15
Coupe horizontale passant par les commissures labiales, pour montrer la constitution anatomique des joues (segment inférieur de la coupe).
1, arcade dentaire. — 2, vestibule de la bouche. — 3, bord libre des lèvres. — 4, muqueuse buccale. — 5, muscle buccinateur, avec 5’, son aponévrose. — 6, orbiculaire des lèvres. — 7, zygomatique. — 8, tissu cellulaire sous-cutané. — 9, peau. — 10, artère faciale. — 10', veine faciale. — 11, transversale de la face. — 12, masséter, avec 12’, son aponévrose. — 13, boule graisseuse de Bichat. — 14, branche du maxillaire. — 15, ptérygoïdien interne. — 16, face dorsale de la langue.
APPAREIL DE LA DIGESTION
trouve constamment une petite masse adipeuse, connue sous le nom de boule graisseuse de Bichat. Cette masse graisseuse est surtout très développée chez l’enfant ; mais on la rencontre aussi chez l’adulte et chez le vieillard, quoique avec des proportions moindres et une consistance plus faible. Au point de vue de sa signification anatomique, la boule graisseuse de Bichat n’est qu’un simple organe de remplissage au même titre que le tissu adipeux de l’orbite et ne mérite certainement pas l’importance que lui accordent certains auteurs.
Dans le tissu cellulaire sous-cutané se trouvent çà et là un certain nombre de faisceaux musculaires, appartenant aux muscles peauciers de la face. Tels sont : les faisceaux inférieurs de l’orbiculaire des paupières, le grand et le petit zygomatique, le canin, le risorius de Santorini, etc.
3° Couche aponévrotique. — La couche aponévrotique des joues est formée par l’aponévrose massétérine et par l’aponévrose du buceinateur, déjà décrites en myologie (voy. 1. 1, Muscles de la tête).
4° Couche musculeuse. — Au-dessous de la couche aponévrotique, et recouverts par elle, se trouvent deux muscles importants : en arrière, le masséter , l’un des principaux élévateurs du maxillaire ; en avant, le buceinateur , qui s’étend de la partie la plus reculée de la joue à la commissure des lèvres. Ces deux muscles ont été déjà étudiés en myologie. Nous ne saurions y revenir ici sans tomber dans des redites.
5° Couche muqueuse. — La muqueuse des joues fait suite à celle des lèvres et présente à peu près les mêmes caractères que cette dernière. Elle en diffère, cependant, d’une part, en ce qu’elle est plus lisse et plus unie et, d’autre part, en ce qu’elle repose directement sur le muscle sous-jacent, sans interposition de cette
nappe glanduleuse que nous avons vue, au niveau des lèvres, s’étaler entre la muqueuse et l’orbiculaire.
Les joues ne sont pourtant pas dépourvues de glandes. Elles en possèdent tout comme les lèvres ; seulement, au lieu de se cantonner entre la muqueuse et le buceinateur, elles se placent dans l’épaisseur de ce muscle ou même s’étalent sur sa face externe, immédiatement au-dessous de l’aponévrose buecinatrice.
Ces glandes, connues sous le nom de glandes molaires , forment là une traînée plus ou moins continue, qui s’étend en arrière jusqu’aux glandes palatines. Chacune d’elles donne naissance à un petit canal excréteur, qui se dirige en dedans, traverse le muscle buceinateur et vient s’ouvrir à la face libre de la muqueuse.
Nous devons signaler encore, comme appartenant à la région des joues, le canal
Fig. 13.
La muqueuse buccale de l’homme, vue en coupe transversale (d’après Tourneux).
J, épithélium. — 2, derme avec ses papilles. — 3, acinus glandulaire.
5, lobule adipeux. — 5, fibres musculaires striées.
BOUCHE ET SES DÉPENDANCES H
de Sténon, que nous étudierons plus tard à propos de la parotide (voy. p. 281). Nous nous contenterons de rappeler ici qu’il chemine tout d’abord sur la face externe du masséter, contourne ensuite le bord antérieur de ce muscle, descend sur le buccinateur, et, finalement, le perfore pour aller s’ouvrir dans la cavité buccale un peu en avant du collet de la deuxième grosse molaire supérieure.
G.— Vaisseaux et nerfs
1° Artères. — Les artères de la joue proviennent de quatre sources différentes : 1° de la faciale, qui parcourt la région en suivant un trajet oblique en haut et en dedans ; 2° de la temporale superficielle , qui envoie à. lia région une branche importante, la transversale de la face ; 3° de la lacrymale, branche de l’ophthalmique, qui jette quelques rameaux dans la région malaire ; 4° de la maxillaire interne , enfin, dont les branches massétérine, buccale, sous-orbitaire, dentaire inférieure et alvéolaire se terminent dans les différentes couches de la région.
2° Veines. — Les veines aboutissent a trois troncs principaux : 1° en dedans, à la veine faciale ; 2° en dehors, à la veine temporale superficielle et, par son intermédiaire, à la veine jugulaire externe.; 3° profondément, au plexus veineux ptérygoïdien, qui se rend lui aussi à la jugulaire externe.
3° Lymphatiques. — Les lymphatiques des joues, bien étudiés dans ces dernières années par Stahr (1898), par Polya et Navratill (1903), par Most (1906), forment à leur origine deux réseaux très déliés, l’un sur la peau (: réseau cutané), l’autre sur la muqueuse (: réseau muqueux).
a) Les efférents du réseau cutané, se portant obliquement en bas et en arrière, aboutissent : 1° les uns aux ganglions sous-maxillaires, principalement aux ganglions moyens et postérieurs ; 2° les autres aux ganglions parotidiens superficiels, à ceux qui avoisinent l’extrémité inférieure de la glande.
P) Les efférents du réseau muqueux, au nombre de 6 à 10, traversent de dedans en dehors le muscle buccinateur et arrivent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Là, s’infléchissant en bas, et suivant le trajet de la veine faciale, ils descendent au cou et viennent se terminer, les uns dans les ganglions cervicaux superficiels, les autres dans les ganglions sous-maxillaires.
Il convient d’ajouter que, dans la région génienne, les vaisseaux lymphatiques des joues peuvent entrer en rapport avec les ganglions faciaux (voy. t. II, p. 407).
4° Nerfs. — Les nerfs de la joue se distinguent, comme ceux des lèvres, en moteurs et sensitifs. — Les rameaux moteurs proviennent de deux sources : du maxillaire inférieur, qui innerve le masséter; du facial, qui tient sous sa dépendance tous les autres muscles. — Les rameaux sensitifs, destinés à la fois à la peau et à la muqueuse, sont fournis en majeure partie par l’auriculo-temporal, le lacrymal, le buccal, le sous-orbitaire et le mentonnier. Toutes ces branches émanent directement du nerf de la cinquième paire (voy. Système nerveux périphérique).
§ III. — Paroi supérieure : voûte palatine
La paroi supérieure de la bouche est formée dans ses deux tiers antérieurs par la voûte palatine, dans son tiers postérieur par une portion du voile du palais.
ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT. 3
APPAREIL DE LA DIGESTION
Nous ne nous occuperons ici que de la voûte palatine, le voile du palais devant être décrit plus loin à propos de la paroi postérieure.
A. — Conformation extérieure
La voûte palatine présente sur le sujet revêtu de ses parties molles, la même configuration que sur le squelette (voy. t. I, Ostéologie) : c’est une région en forme de fer à cheval, circonscrite en avant et sur les côtés par le rebord alvéolaire des deux
maxillaires supérieurs.
Sur la ligne médiane, elle nous offre à considérer un raphé fibreux (fig. 27, 10), dirigé d’avant en arrière et partageant la région en deux moitiés exactement symétriques. Ce raphé médian, plus ou moins marqué suivant les sujets, est tantôt en saillie, tantôt en creux. Quelquefois encore, il est sur le même plan que les parties qui l’avoisinent et ne se distingue alors de ces dernières que par sa coloration plus blanche. Il se termine à sa partie antérieure par un petit tubercule, arrondi ou ovalaire, qui répond à l’orifice inférieur du conduit palatin antérieur (fig. 14,
A droite et à gauche du raphé précité, la voûte palatine diffère d’aspect dans son tiers antérieur et dans ses deux tiers postérieurs. — Dans son tiers antérieur, elle est fort irrégulière :
elle nous présente, en effet, tout un système de crêtes rugueuses transversales ou plus ou moins obliques, rectilignes ou arciformes. — Dans ses deux tiers postérieurs, la voûte palatine est plus lisse, plus unie. On y observe à l’aide d’une loupe, ou même à l’œil nu, des saillies ou papilles et, entre ces papilles, des orifices glandulaires, qui sont tantôt isolés, tantôt réunis par groupes.
A sa partie postérieure, la voûte palatine se continue, sans ligne de démarcation extérieure bien tranchée, avec le voile du palais.
Fig. 14.
Glandes et artères de la voûte palatine.
(La muqueuse a été soulevée, du côté droit, pour montrer les glandes salivaires sous-muqueuses ; à gauche, les parties molles ont été enlevées à l’exception des artères.)
1, arcade dentaire supérieure. — 2, canal palatin antérieur. — 3, canal palatin postérieur. — 4, glandes palatines du côté droit. — 5. artère palatine postérieure, fournissant aux alvéoles et s’anastomosant en avant avec une branche de la palatine antérieure. — 6, luette. — 7, fosse nasale du côté droit. — 8 et 8’, méat inférieur et méat moven du côté gauche.
B. — Constitution anatomique
La voûte palatine se compose de trois couches, qui sont, en allant de haut en bas : une couche osseuse , une couche glanduleuse , une couche muqueuse.
BOUCHE ET SES DEPENDANCES
1° Couche osseuse. — La couche osseuse a été déjà décrite en ostéologie (voy. 1. 1, Ostéologie).
2° Couche muqueuse. — La muqueuse palatine, d’une coloration blanchâtre ou blanc rosé, recouvre la région dans toute son étendue. Elle est remarquable à la fois par son épaisseur, par sa résistance et par son adhérence, là où les deux membranes sont en contact immédiat, au périoste sous-jacent. Cette adhérence est tellement intime qu’on ne peut séparer les deux membranes l’une de l’autre que par une dissection tout à fait artificielle.
3° Couche glanduleuse. — La
couche glanduleuse est formée par deux amas de glandes, les glandes palatines , qui se trouvent situées de chaque côté de la ligne médiane entre la muqueuse palatine et le périoste sus-jacent (fig. 14,4). Ce sont des glandes en grappe analogues à celles que nous avons déjà décrites sur les lèvres et sur les joues. Chacune d’elles possède un canal excréteur, qui vient s’ouvrir, après un trajet vertical ou plus ou moins oblique, à la surface libre de la muqueuse.
Les glandes palatines présentent leur maximum de développement à la partie postérieure de la région, où on les voit, non seulement juxtaposées, mais encore superposées, c’est-à-dire disposées en plusieurs couches. Elles deviennent de moins en moins nombreuses au fur et à mesure qu’on se porte en avant et disparaissent ordinairement au niveau d’une ligne horizontale passant par les deux canines. La portion antérieure de la voûte palatine, celle qui répond aux incisives, en est donc dépourvue.