‹ Traité d'anatomie humaine (volume 4)Chapitre 7 sur 107 · LANGUE ET RÉGION SUBLINGUALE · texte numérisé non relu

LANGUE ET RÉGION SUBLINGUALE

La paroi inférieure de la bouche, encore appelée plancher de la bouche ou plancher buccal, est formée : 1° en arrière et dans la plus grande partie de son étendue, par la face supérieure de la langue ; 2° en avant, par une petite région de forme triangulaire qui répond exactement à la face inférieure de ce dernier organe et que nous désignerons sous le nom de région sublinguale.

1° Langue. — La langue a été déjà décrite, tant dans sa configuration extérieure que dans sa constitution anatomique, à propos du sens du goût (voy. t. III, Organes des sens). Nous n’y reviendrons pas ici.

2° Région sublinguale. — A l’état d’occlusion de la bouche, lorsque les arcades dentaires sont au contact l’une de l’autre, la face inférieure de la langue repose (fig. 2, B") sur une surface oblique en bas et en arrière, qui s’étend tout naturellement depuis les gencives jusqu’à la base de la langue : c’est la région sublinguale , la portion

la bouche proprement dit.

BOUCHE ET SES DEPENDANCES

Pour prendre de cette région une notion exacte, il faut ouvrir la bouche saisir la pointe de la langue et la porter en haut. On constate alors (fîg. 16) : 1° que le plancher buccal a la forme d’un triangle; 2° que son sommet, dirigé en avant, est arrondi et placé immédiatement en arrière des incisives ; 3° que ses deux côtés sont délimités par les arcades dentaires; 4° que sa base enfin, dirigée en arrière, répond exactement à la partie la plus reculée de la face inférieure de la langue.

Dans ce triangle, nous apercevons tout d’abord sur la ligne médiane un repli de la muqueuse, de forme semi-lunaire, qui relie la face inférieure de la langue au plancher de la bouche : c’est le frein ou filet. — De chaque côté du frein et à la partie toute postérieure de la région, se dresse un petit tubercule, percé à son sommet d’un orifice arrondi : cet orifice n’est autre que l’embouchure du canal excréteur de la glande sous-maxillaire ou canal de Wharton. — Un peu en dehors et en arrière de ce tubercule, se voit un groupe d’orifices beaucoup plus petits : ce sont les canaux excréteurs de la glande sublinguale. — Enfin, entre les orifices glandulaires précités et les arcades alvéolaires, le plancher buccal nous présente deux saillies oblongues, l’une droite, l’autre gauche, dont le grand axe se dirige obliquement en arrière et en dehors. Ces deux saillies, que l’on désigne quelquefois sous le nom de caroncules sublinguales , sont déterminées par les glandes sublinguales, lesquelles sont placées immédiatement au-dessous de la muqueuse et soulèvent cette dernière dans toute l’étendue qui répond à leur face supérieure.

Espace sublingual. — Si nous suivons les faisceaux antérieurs du muscle génio-glosse depuis la pointe de la langue jusqu’à leur extrémité opposée (voy. Langue ), nous les voyons, tout d’abord, se porter d’avant en arrière, puis, s’infléchir en avant en décrivant une courbe à concavité antérieure et venir se fixer aux apophyses géni supérieures, à 15 millimètres environ au-dessous du rebord alvéolaire. A son tour, la muqueuse suit un trajet à peu près analogue : partie de la pointe de la langue, elle tapisse d’avant en arrière la face inférieure de cet organe ; puis, changeant de direction, elle se réfléchit en avant pour former le plancher buccal et venir se continuer avec les gencives, tout près du rebord alvéolaire. Dans la plus grande partie de la face inférieure de la langue, les deux plans, plan musculaire et plan muqueux, sont directement appliqués l'un contre l’autre. Mais, au voisinage de la base, ils commencent à s’écarter l’un de l’autre et cet écartement augmente ensuite graduellement jusqu’au maxillaire : en effet, tandis que le muscle descend au-dessous de la glande sublinguale pour gagner les apophyses géni, la muqueuse, elle, passe au-dessus de cette même glande pour rejoindre les gencives et le rebord alvéolaire.

Il existe donc, entre le muscle et la muqueuse, et cela par le seul fait de leur écartement réciproque, un espace libre qui, sur une coupe sagittale de la région (fîg. 17), revêt l’aspect d’un triangle. — Sa base , comme nous le montre nettement la figure précitée, répond à la symphyse mentonnière et occupe, sur cette symphyse, presque toute la hauteur qui sépare les apo-

Fig. 17.

L’espace sublingual, vu sur une coupe sagittale de la région, la langue étant en place (sujet congelé, segment gauche de la coupe).

variable suivant les sujets, répond au point où la muqueuse commence à s’écarter du muscle. — Son bord supérieur est formé par la muqueuse du plancher buccal ; son bord inférieur, par les faisceaux du génioglosse. — Sur les côtés (fîg. 18), il s’étend en arrière de la glande sublinguale et de ses canaux excréteurs et se prolonge ainsi jusqu’à la région des grosses molaires.

A cet espace, ainsi délimité, nous donnerons le nom d’espace sublingual, dénomination qui a l’avantage de ne rien préjuger sur sa nature et sa constitution anatomique. Il est

1, maxillaire inférieur. — 2, première incisive inférieure. — 3, muscle génio-hyoïdien. — 4, muscle génio-glosse. — b, muqueuse linguale. — 6, espace sublingual, de forme triangulaire, comblé par du tissu cellulaire lâche. — 7, pointe de la langue.

22 APPAREIL DE LA DIGESTION

comblé, comme tous les espaces qui séparent deux ou plusieurs organes voisins, par du tissu conjonctif lâche.

Fi*eischm vnn, en 1841, a signalé dans l'espace sublingual l'existence de deux bourses séreuses situées de chaque côté du frein : ce sont les bourses de Fleischmann. Ces bourses séreuses, rejetées successivement par Richet, par Sappey, par Paulet, ont été décrites à nouveau par Tillaux, qui, modifiant assez profondément les données de Fleischmann, a admis, au lieu de deux bourses latérales accolées sur la ligne médiane, une bourse unique , impaire et médiane, simplement divisée en bissac par le frein de la langue. Du reste, toujours pour Tillaux, la bourse sublinguale se prolongerait latéralement jusqu’à la première ou la deuxième grosse molaire, et comme

toutes les bourses séreuses nettement dilférenciées, serait tapissée dans toute son étendue par une membrane recouverte d'une couche endothéliale.

Comme Richet, Sappey et Paulet, j’ai vainement cherché dans mes dissections la bourse ou les bourses sublinguales. Dans l’espace en question, je n’ai jamais trouvé qu’une nappe non interrompue de tissu conjonclif, appartenant ici à la variété de tissu conjonctif lâche et à larges mailles , comme dans toutes les régions où il se trouve en rapport avec des organes très mobiles.

Est-ce à dire que des bourses séreuses ne puissent pas exister dans cette région. Bien certainement non. Nous savons, en effet, que les bourses séreuses dérivent du tissu conjonctif lâche, par une série de transformations, aujourd’hui bien connues, qui, pour s’accomplir. n’ont besoin que d'une mobililé exagérée des organes voisins. Nous savons, d’autre part, qu’il est peu d’organes aussi mobiles que la langue, laquelle entre en jeu dans la mastication, la déglutition, la succion, l’articulation des sons, etc. 11 est donc rationnel d’admettre que sous l'influence des mouvements presque continuels de cet organe . les aréoles du tissu cellulaire sublingual puissent, ici comme ailleurs s’agrandir par pinces et constiiuer ainsi, soit dans la région rétro-symphysienne, soit de chaque côté du frein, ou même dans la région des molaires, de petites cavités nettement circonscrites, véritables séreuses en miniature. On conçoit encore que ces bourses rudimentaires puissent s'agrandir, soit par résorption graduelle de leurs parois, soit par fusion avec les bourses voisines, et arriver ainsi à atteindre ces grandes dimensions qui ont été constatées par Fleischmann, par Tillaux et plus récemment par Alezais. Mais, je le répète ce n’est pas là l’état normal ; les bourses sublinguales nettement différenciées, les bourses séreuses à grandes dimensions sont tout à fait exceptionnelles.

(Voyez, au sujet de l’espace sublingual et de la région sublinguale, les Traités d’ Anatomie topographique.)

Fig. 18.

Le même, après dissection de l’espace sublingual, la muqueuse étant soulevée et le muscle génio-glosse fortement écarté en arrière.

1, 2, 3, 4, 5, comme dans la figure 17. — 6. espace sublingual, dont le tissu cellulaire a été soigneusement enlevé. — 7, glande sublinguale, avec 8. ses •canaux excréteurs. — 9, rameau de l’artère linguale se rendant à la glande. — 10, canal de Warthon.

§ Y. — Paroi postérieure : voile du palais

Le voile du palais est une cloison musculo-membraneuse, qui prolonge en arrière la voûte palatine, d’où le nom de portion molle du palais (palatum molle ) sous lequel l’ont désignée certains auteurs. Cette cloison, tout en formant la paroi postérieure de la bouche, ne descend pas jusque sur la paroi inférieure de cette cavité : entre son bord inférieur et la base de la langue existe une ouverture relati vement étroite, qui, en raison même de son étroitesse, a reçu le nom d 'isthme du gosier. Nous y reviendrons dans un instant.

Essentiellement mobile et contractile, le voile du palais peut s’abaisser ou s’élever. En s’abaissant, il arrive au contact de la langue et intercepte alors toute communication entre les deux cavités buccale et pharyngienne, comme cela se voit dans la succion. En s’élevant, comme cela s’observe dans la déglutition, il s’étale à la manière d'une cloison horizontale entre le pharynx buccal et l’arrière-cavité

BOUCHE ET 'SES DÉPENDANCES 23

des fosses nasales et s’oppose ainsi à ce que le bol alimentaire remonte vers cette dernière cavité.

Nous étudierons successivement, dans le voile du palais, sa conformation extérieure, sa constitution anatomique, ses vaisseaux et ses nerfs. Nous décrirons ensuite X amygdale qui, par sa situation topographique, se rattache nettement au voile du palais.

A. — Conformation extérieure

Le voile du palais est d’abord horizontal, comme la voûte palatine à laquelle il fait suite; puis, il s’infléchit en bas et en arrière et finit par devenir à peu près vertical. Au point de vue de sa forme, il est irrégulièrement quadrilatère et nous présente en conséquence deux faces et quatre bords. De ses deux faces, l’une est anter o -inférieure, l’autre poster o- supérieure. Ses quatre bords se distinguent en antérieur , inferieur et latéraux.

1° Face antéro-inférieure. — La face antéro-inférieure, encore appelée face buccale, mesure en moyenne 4 centimètres de longueur sur 5 centimètres de largeur. Elle est concave, lisse, d’une coloration rosée. On voit sur cette face : 1° sur la ligne médiane, une crête antéro postérieure ou raphé, qui fait suite à celui de la voûte palatine ; 2° de chaque côté du raphé, un grand nombre de petits orifices, plus ou moins visibles, répondant à l’embouchure des glandes sous-jacentes.

2° Face postéro supérieure — La face postéro supérieure ou nasale fait suite au plancher des fosses nasales Elle diffère de la précédente en ce qu’elle est convexe, plus colorée et plus inégale. Elle en diffère aussi par ses dimensions transversales, qui sont beaucoup moindres : 3 centimètres à 3 centimètres et demi seulement. On remarque sur le milieu de cette face une saillie longitudinale, mousse et souvent peu marquée : elle est due à la présence des deux muscles palato-staphylins, qui soulèvent la muqueuse à leur niveau.

3° Bord antérieur. — Le bord antérieur du voile du palais se continue directement avec le bord postérieur de la voûte palatine.

4° Bords latéraux. — Les bords latéraux, assez mal délimités, se confondent avec les parties voi&ines. Ils répondent successivement, en allant d’avant en arrière : à la partie la plus reculée des gencives supérieures, au sommet de l’apophyse ptérygoïde et, enfin, aux parois latérales du pharynx.

5° Bord inférieur. — Le bord inférieur, libre, regarde en bas et en arrière. Il nous offre à considérer : 1° la luette ; 2° les piliers du voile du palais; 3° la fosse amygdalienne.

a. Luette. — La luette ou uvula est un prolongement vertical, de forme cylindrique ou conique, qui s’échappe de la partie médiane du bord postérieur du voile. On lui considère : 1° une base, qui fait corps avec le voile du palais proprement dit; 2° un sommet, arrondi et mousse, qui surplombe l’espace angulaire formé par l’épiglotte et la base de la langue ; 3° une face antérieure, lisse et rosée, comme la face antérieure du voile, à laquelle elle fait suite ; 4° une face postérieure, enfin, qui présente de nombreuses aspérités, dues aux glandules sous-jacentes. La longueur de la luette varie beaucoup suivant les sujets : elle mesure, en moyenne, de 10 à 15 millimètres ; mais elle peut atteindre 20 à 25 millimètres. Dans ce der-

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nier cas, sa pointe peut descendre jusqu’au contact, soit de la langue, soit de l’épiglotte, et déterminer alors un chatouillement d’autant plus incommode qu’il est pour ainsi dire incessant.

b. Piliers du voile. — De la base de la luette partent quatre replis muqueux qui divergent ensuite à la manière des arceaux d’une voûte et viennent se terminer sur la langue et sur le pharynx. Ces replis ont reçu le nom de piliers du voile du palais. On les distingue, d’après leur direction, en antérieurs et postérieurs.

a) Les pijàers antérieurs, partis de la base de la luette, se portent d’abord en dehors, puis en bas et en avant, pour venir se terminer à la base de la langue, immédiatement en arrière de l’extrémité antérieure du V lingual. Chacun d’eux renferme dans son épaisseur un muscle que nous décrirons dans un instant, le muscle glosso-sta-

phylin. Les deux piliers antérieurs, réunis l’un à l’autre, forment une longue arcade, dont la concavité regarde en bas, et qui serait très régulière, si elle n’était interrompue à son milieu par la luette. Cette arcade d’une part et, d’autre part, la base de la langue, circonscrivent une ouverture en gueule de four, V isthme du gosier , par lequel la bouche communique avec le pharynx. L’isthme du gosier devient ainsi la limite séparative entre les deux cavités précitées : tout ce qui est en avant de l’isthme appartient à la bouche ; tout ce qui est en arrière fait partie du pharynx.

P) Les piliers postérieurs, nés comme les précédents de la base de la luette, se dirigent obliquement en bas, en dehors et en arrière , pour venir se terminer sur les côtés du pharynx. Ils contiennent dans leur épaisseur le muscle pharyngo-staphylin. Il est à remarquer Que chacun des piliers postérieurs déborde en dedans le pilier s, pilier antérieur du voile. — 4, pilier postérieur. — o. antérieur correspondant, de telle sorte

amygdale. — 6, paroi postérieure du pharynx. — 7, langue, . , i i i .

déprimée fortement au moyen d’un abaisseur. que lorsqu On OUVre la DOUChe et

qu’on abaisse la langue sur un individu vivant (fig. 19), on aperçoit avec la plus grande facilité les quatre piliers. Chacun des piliers postérieurs décrit une courbe à concavité dirigée en dedans et en arrière. Réunis l’un à l’autre, celui du côté droit et celui du côté gauche circonscrivent, dans leur ensemble, un orifice dont' la forme et les dimensions varient naturellement suivant que le muscle pharyngo-staphylin est à l’état de repos ou en contraction. Cet orifice fait communiquer le pharynx buccal avec l’arrière-cavité des fosses nasales : on pourrait l’appeler, par opposition avec l’isthme du gosier, l 'isthme naso-pharyngien.

c. Fosse amygdalienne. — Entre le pilier antérieur et le pilier postérieur du voile du palais se trouve, de chaque côté, une dépression profonde et de forme

Fig. 19.

L’isthme du gosier, vu par sa face antérieure.

BOUCHE ET SES DEPENDANCES

triangulaire (fig. 19 et fig. 25), dont la base dirigée en bas répond au bord de la langue et à la paroi latérale du pharynx : c’est la fosse amygdalienne , dans laquelle vient se loger l’amygdale (voy. Amygdales).

B. — Constitution anatomique

Le voile du palais comprend dans sa structure : 1° une lame aponévrotique, aponévrose du voile du palais , qui en constitue pour ainsi dire le squelette ; 2° des muscles, les muscles du voile du palais ; 3° une muqueuse ; 4° des glandes.

1° Aponévrose du voile du palais. — L’aponévrose du voile du palais n’occupe que le tiers antérieur de la longueur totale du voile.

De forme quadrilatère, elle s’attache, en avant, au bord postérieur de la voûte palatine ; elle se fixe encore, latéralement, sur le crochet de l’apophyse ptérygoïde et paraît se confondre, à ce niveau, avec le tendon réfléchi du muscle péristaphylin externe. De là, elle se porte en arrière et en bas et, après un parcours de 20 à 25 millimètres, se perd insensiblement au milieu des faisceaux musculaires qui viennent s’insérer sur elle.

L’aponévrose palatine est très résistante, quoique fort mince. Tillaux fait remarquer avec raison qu’elle est, par le seul fait de ses insertions osseuses, parfaitement tendue : il en résulte qu’il n’est pas toujours facile dans la pratique de retrouver par le toucher le bord postérieur de la voûte palatine, la sensation fournie an doigt par le palais osseux se continuant, grâce à la tension de la lame fibreuse précitée, sur la partie antérieure du palais membraneux.

2° Muscles du voile du palais. — Les muscles moteurs du voile du palais sont au nombre de dix, cinq de chaque côté. Dans la nomenclature anatomique, on désigne ces muscles par un nom qui se compose de deux mots : le premier rappelle leur origine; le second est le mot Staphylin , de cxacpulï] qui signifie luette. Ce sont le palato-staphylin, le pétro- staphylin ou péristaphylin interne , le sphéno-staphylin ou péristaphylin externe, le glosso-staphylin et le pharyngo-staphylin.

1° Palato-staphylin. — Le palato-staphylin (fig. 20, 6) se présente sous la forme d’un petit faisceau cylindrique, situé sur la face postérieure du voile du palais, de chaque côté de la ligne médiane.

a. Insertions. — Il naît, en avant, sur l’aponévrose palatine, immédiatement en arrière de l’épine nasale postérieure. De là, il se porte en arrière et en bas, jusqu’au sommet de la luette, où il se termine.

b. Rapports. — Recouvert par la muqueuse de la face postérieure du voile du palais, le palato-staphylin recouvre à son tour le tendon terminal du péristaphylin interne. Par son côté interne, il est contigu à son homonyme du côté opposé dans toute son étendue. Ce rapport de contiguïté est tel que, dans bien des cas, les deux palato-staphylins paraissent se confondre et ne former qu’un seul muscle, muscle impair et médian, auquel les anciens anatomistes avaient donné le nom d 'azygos de la luette ( azygos uvulæ ) .

c. Action. — Quand ils se contractent, les palato-staphylins élèvent la luette et raccourcissent le voile du palais dans le sens de sa longueur.

2° Péristaphylin interne. — Le péristaphylin interne (fig. 20, 1) est un muscle rubané, étroit en haut, large en bas, qui s’étend de la base du crâne au voile du palais. C’est le pêtro-staphylin de certains auteurs, le pétro-salpingo-staphylin de Chaussieu.

ANATOMIE HUMAINE. — T. IV, 6e ÉDIT.

a. Insertions. — Il s’insère en haut : 1° par ses faisceaux postérieurs, sur la face inférieure du rocher, en avant et un peu en dedans de l’orifice d’entrée du canal carotidien; 2° par ses faisceaux antérieurs, sur la face postéro-interne et sur le plancher de la portion cartilagineuse de la trompe d’Eustache. Toutes ces insertions se font à l’aide de fibres aponévrotiques ordinairement très courtes. De cette double insertion, le péristaphylin interne se porte obliquement en bas et en dedans et s’épanouit en un large éventail, dont les faisceaux divergents recouvrent

Fig. 20.

Muscles du voile du palais, vue postérieure.

( Le crâne a été scié, à droite et à gauche, transversalement d’abord jusqu’au voisinage de l’épine du sphénoïde, puis obliquement jusqu’au sinus sphénoïdal; un stylet a été introduit dans la trompe du côté droit.)

1, 1, choanes, avec : 1’, cornet moyen; 1”, cornet inférieur. — 2, trompe d’Eustache, avec : 2’, sa portion fibrocartilagineuse ; 2”, sa portion osseuse. — 3, constricteur supérieur du pharynx, incisé et érigné en dehors. — 4, aponévrose latérale du pharynx. — 5, luette. — 6, palato-staphyîin ou azygos de lji luette. — 7, 7’, péristaphylin interne. — 8, péristaphylin externe, avec 8’, son tendon. — 9, pharyngo-staphylin, avec : 9’, sa portion principale ; 9”, son faisceau accessoire salpingo-pharyngien ; 9”’, son faisceau accessoire palato-pharvngïen. — 10, ptérvgoïdien interne. — 11, nerf dentaire inférieur. — 12, nerf lingual, avec la corde du tympan. — 13. artère carotide externe. — 14, temporale superficielle. — 15, maxillaire interne, avec : 16, méningée moyenne ; — 17, dentaire inférieure. — 18, sinus sphénoïdal. — 19, base de la langue. — 20, condyle du maxillaire inférieur.

toute la face postérieure du voile du palais. De ces faisceaux terminaux du muscle, les antérieurs se fixent à l’aponévrose palatine ci-dessus décrite ; les postérieurs s’entrecroisent sur la ligne médiane avec ceux du côté opposé, en formant une espèce de raphé qui est placé immédiatement au-dessous des palatostaphylins.

b. Rapports. — A son origine, le péristaphylin interne répond à la partie la plus reculée du cartilage delà trompe. Il la recouvre en grande partie et prend sur elle, comme nous venons de le voir, un certain nombre de ses insertions. — Plus bas, il longe encore la face postéro-interne de la trompe, mais sans s’y insérer. Elle lui est unie, cependant, par un tissu conjonctif très dense. — Plus bas encore, au-dessous de la paroi crânienne, le péristaphylin interne est recouvert, en dedans, par

BOUCHE ET SES DEPENDANCES

la muqueuse du pharynx d’abord, puis par la muqueuse postérieure du voile du palais. En dehors, il répond successivement : 1° dans sa portion descendante, aux muscles constricteur supérieur du pharynx et péristaphylin externe; 2° dans sa portion horizontale, au pharyngo-staphylin.

c. Action. — Au point de vue de l’action des péristaphylins internes, il est à considérer que ces deux muscles forment, dans leur ensemble, une sorte de sangle, dont les deux extrémités sont fixées à la base du crâne et dont la

partie moyenne, mobile, répond au voile du palais . Ils portent donc en haut, quand ils se contractent, cette partie moyenne de la sangle musculaire et, en même temps, le voile du palais qui lui est intimement uni. Mais ce n’est pas tout. En raison des relations intimes, ci-dessus décrites, qui unissent les faisceaux d’origine du muscle à la trompe d’Eustache, le péristaphylin interne agit aussi sur ce conduit : à chacune de ses contractions, il soulève Son plancher et rétrécit ainsi son orifice pharyngien. Au total., le muscle péristaphylin interne est élévateur du voile du palais et constricteur de la trompe.

3° Péristaphylin externe. — - Le péristaphylin externe (20, 8) s’étend, comme le précédent, de la base du crâne au voile du palais. C’est le sphéno-staphylin ou sphéno-salpingo-staphylin de certains auteurs.

a. Insertions. — Il prend naissance, en haut : 1° dans cette fossette allongée, dite fossette scaphoïde , qui est située sur le côté postéro-interne de la base de l’apophyse ptérygoïde, audessus et en dedans de la fosse d’in-

La trompe d’Eustache, vue à la base du crâne, pour montrer ses rapports avec les muscles péristaphylins.

1, aile externe de l’apophvse ptérygoïde. — 2, aile interne, avec 2’, son crochet. — 3, choane, avec : 4, cornet inférieur ; 4’ cornet moyen. — 5, trompe d’Eustache (portion fibro-cartilagineuse). — 6, aponévrose latérale du pharynx. — 7, péristaphylin interne, érigné en dedans. — 8, péristaphylin externe, avec 8’, son tendon. — y, 9', nerfs dentaire et lingual, sortant du trou ovale. — 10, artère méningée moyenne, s’engageant dans le trou petit rond. — 11, condyle de l’occipital. — 12, surface basilaire. — 13, trou déchiré antérieur. — 14, nerf vidien. s’engageant dans le canal vidien. — 15, carotide interne. — 16, dernière molaire.

section du ptérygoïdien interne; 2° sur

cette partie de la grande aile du sphénoïde qui est placé en avant et en dedans du trou ovale; 3° sur la face antéro-externe de la trompe d’Eustache, à la fois sur le crochet cartilagineux et sur la lame fibreuse qui lui fait suite. De cette triple origine, les faisceaux constitutifs du péristaphylin externe se portent verticalement en bas et en avant, en suivant l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde. Arrivés au crochet qui termine cette aile, un certain nombre de ces faisceaux (ceux qui proviennent de la trompe, Trôltsch) se fixent à l’apophyse ptérygoïde; les autres, et c’est le plus grand nombre, se jettent sur un tendon, lequel se réfléchit sur le crochet ptérygoïdien, se porte alors transversalement en dedans et finalement vient se terminer, en s’élargissant en éventail, sur la face inférieure de l’aponévrose du voile du palais. Une petite synoviale favorise le glissement du tendon

28 APPAREIL DE LA DIGESTION

précité sur le crochet ptérygoïdien, qui devient ainsi, pour lui, une véritable poulie de réflexion.

b. Rapports. — Ainsi entendu, le muscle péristaphylin externe nous présente

deux portions, l’une verticale ou descendante, l’autre horizontale :

a) Dans sa portion verticale ou musculeuse, il est en rapport : 1° en dehors, avec le muscle ptérygoïdien interne, dont il est séparé par une lame conjonctive (fig. 22,15), qui tantôt est simplement celluleuse, tantôt franchement aponévrotique ; 2° en dedans, avec le muscle péristaphylin interne, dont il est séparé par le constricteur supérieur du pharynx.

P) Dans sa portion horizontale ou tendineuse, il répond, en haut, à l’aponévrose du voile du palais, en bas à sa muqueuse inférieure.

c. Action. — Le muscle péristaphylin externe, comme le précédent, exerce à la fois son action sur le voile du palais et sur la trompe d’Eustache. Par la grande majorité de ses fibres, il attire en dehors la lame aponévrotique sur laquelle il s’insère; il est tenseur du voile du palais. Par celles de ses fibres qui se détachent de la trompe (fibres tubaires), il attire en avant et en dehors la paroi antéroexterne, il l’écarte ainsi de la paroi opposée et, du même coup, il agrandit la lumière du canal : il est donc dilatateur de la trompe.

4° Pharyngo-staphylin. — Le pharyngo-staphylin (fig. 20, 9), comme son nom l’indique, va du voile du palais au pharynx. On le désigne encore sous le nom de palato-pharyngien.

a. Insertions. — Il naît à la face postérieure du voile du palais par une extrémité large et mince, qui s’entrecroise, sur la ligne médiane, avec l’extrémité similaire de celui du côté opposé. De là, il se porte obliquement en dehors et il arrive vers les parties latérales du voile, où il est rejoint et renforcé par deux faisceaux plus petits, qui constituent ses faisceaux accessoires.

De ces deux faisceaux accessoires, l’un se détache de l’aponévrose du voile du palais, tout près de la voûte palatine, c’est le faisceau palato-pharyngien ; l’autre, sous le nom de faisceau salpingo-pharyngien (voy. t. III, Trompe d'Eustache), descend de l’extrémité inférieure du bourrelet cartilagineux de la trompe.

Le pharyngo-staphylin se compose donc de trois portions, une portion principale et deux portions accessoires, qui, partant de points différents, convergent les unes vers les autres, et finissent par se réunir, pour former, sur les parties latérales du voile du palais, un faisceau unique.

Ainsi formé, le pharyngo-staphylin s’engage dans le pilier postérieur du voile du

Fig. 22.

Le muscle péristaphylin externe, vue postérieure.

(Le péristaphylin interne a été sectionné et érigné; un stylet a été introduit dans la trompe).

1, portion osseuse de la trompe d'Eustache. — 2, sa portion cartilagineuse. — 3, muscle péristaphylin externe, avec 3’, son tendon. — 4, 4’, péristaphylin interne, sectionné et érigné. —5, ptérygoïdien interne. — 6, artère maxillaire interne, avecf: 7, méningée moyenne; 8, dentaire inférieur. — 9, nerf dentaire inférieur. — 10, lingual. — 11, corde du tympan. — 12, crochet de l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde. — 13, 13, choanes. — 14, sinus sphénoïdal. — 15, aponévrose latérale du pharynx.

BOUCHE ET SES DEPENDANCES

palais, dont il constitue pour ainsi dire le squelette. Il gagne avec lui la paroi latérale du pharynx, où il se termine de la façon suivante : ses faisceaux internes se prolongent jusqu’à la ligne médiane et s’y entrecroisent avec leurs homologues du côté opposé; ses faisceaux moyens s’attachent à l’aponévrose du pharynx; ses faisceaux externes, enfin, descendent vers le larynx et se fixent au bord postérieur du cartilage thyroïde.

b. Rapports. — Sur le voile du palais, le pharyngo-staphylin est situé immédiatement au-dessous du péristaphylin interne. Plus loin, au niveau du pharynx, il répond, en dedans, à la muqueuse pharyngienne, en dehors aux faisceaux musculaires des constricteurs.

c. Action. — Son action est complexe : 1° par l’ensemble de ses fibres, il élève le pharynx et le larynx; 2° par ses fibres internes, qui sont situées sur la ligne médiane par leurs deux extrémités et qui décrivent dans leur ensemble une courbe à concavité interne, il rétrécit cette ouverture en forme de boutonnière qui fait communiquer le pharynx avec l’arrière-cavité des fosses nasales et que nous avons appelée Yisthme naso-pharyngien ; 3° enfin, par son faisceau accessoire salpingopharyngien, il écarte la paroi postérieure de la trompe de la paroi opposée et, comme le péristaphylin externe, il devient un dilatateur de ce conduit. Au total, le muscle pharyngo-staphylin est élévateur du larynx et du pharynx, constricteur de V isthme naso-pliaryngien et dilatateur de la trompe.

5° Glosso-staphylin. — Le glosso-staphylin, encore appelé palato-glosse, s’étend de la face inférieure du voile du palais à la base de la langue, en suivant le pilier antérieur. Nous l’avons déjà décrit à propos des muscles de la langue (voy. t. III, Langue). Nous n’y reviendrons pas ici. Nous nous contenterons de rappeler que, quand il se contracte, il porte la langue en haut et en arrière, en même temps, qu’il abaisse le voile du palais et, de ce fait, rétrécit l’ouverture qui fait communiquer la bouche avec le pharynx.

3° Muqueuse du voile du palais. — La face supérieure et la face inférieure du voile du palais sont revêtues l’une et l’autre par une membrane muqueuse (fig. 23).

Ces deux feuillets muqueux, muqueuse supérieure et muqueuse inférieure du voile , qui se réunissent au niveau du bord libre, sont remarquables en ce que chacun d’eux présente les caractères de la muqueuse avec laquelle il se continue et dont il dérive. C’est ainsi que la muqueuse inférieure, qui fait suite à la muqueuse buccale, est, comme cette dernière, rosée, lisse, épaisse et possède un épithélium pavimenteux stratifié. De même, la muqueuse supérieure.

Coupe frontale du voile du palais, pratiquée un peu en arrière des choanes (demi-schématique).

xx, ligne médiane. — 1. muqueuse supérieure. — 2, muqueuse inférieure.

— 3, couche glandulaire, avec 3’, 3’, canaux excréteurs. — 4, étalement aponévrotique du péristaphylin externe. — 5, étalement musculaire du péristaphylin interne et du pharyngo-staphylin. — 6, 6, palato-staphylin (azygos de la luette).

— 7, coupe transversale d’un faisceau accessoire du pharyngo-staphylin, remontant vers la trompe.

APPAREIL DE LA DIGESTION

qui n’est que la continuation de la muqueuse nasale, est rouge, inégale, mince et surmontée d’un épithélium cylindrique à cils vibratiles. Il convient d’ajouter que cet épithélium cylindrique n’occupe toute l’étendue de la muqueuse supérieure que chez le nouveau-né. Chez l’adulte, on ne le rencontre guère qu’à la partie antérieure du voile; il est remplacé, à la partie postérieure, par de l’épithélium pavi menteux stratifié.

Au-dessous de la muqueuse proprement dite s’étale une nappe de tissu conjonctif, le tissu conjonctif sous-muqueux, relativement dense sur la face inférieure du voile, plus lâche sur la face supérieure, beaucoup plus lâche encore au niveau de la luette, qui, pour cette raison présente une prédisposition toute particulière aux infiltrations séreuses.

4° Glandes du voile du palais. — Le voile du palais possède de nombreuses glandes, qui se trouvent disséminées sur ses deux faces. Elles forment ainsi deux

couches, l’une supérieure, l’autre inférieure.

a) La couche supérieure est formée par des glandes qui, morphologiquement, rappellent celles de la pituitaire . Elles sont relativement rares et isolées, plus nombreuses cependant sur les parties latérales qu’à la partie moyenne. La plupart d’entre elles sont profondément situées dans l’intervalle des faisceaux musculaires sous-jacents à la muqueuse : il en résulte que, à chaque contraction musculaire, les acini glandulaires se trouvent comprimés latéralement et déversent leur contenu à la surface de la

3 muqueuse.

p) La couche inférieure (fig. 23, 3), beaucoup plus riche et pour ainsi dire continue, atteint jusqu’à 4 et même 5 millimètres d’épaisseur à sa partie antérieure.

De là, elle va en diminuant et ne mesure plus, au voisinage de la luette, que l millimètre. Elle comprend des glandes en grappe, en tout semblables aux glandules' salivaires que nous avons déjà décrites sur les lèvres, les joues et la voûte palatine.

Fi g. 24.

Coupe longitudinale de la luette, pour montrer ses différentes couches (sujet de 25 ans, d'après Tourneux),

1, muqueuse de la face postérieure ou nasale. — 2, muqueuse de la face antérieure ou buccale. — 3. glandes muqueuses. — 4, fibres musculaires striées. — 5, fibres élastiques.

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