V. CLl/Y
Fi". 651.
Coupe transversale du limaçon osseux et membraneux, pour montrer le Canal cochléaire et les deux rampes vestibulaire et tympanique ( demi-schématique ).
|J|1, columelle. — 2, 2, lame des contours. — 3, lame spirale osseuse. — 4, crible spiroïde du limaçon. — 5, canal de Rosenthal. — 6, 7, canaux afférents et efférents de ce canal. - 8. rampe tympanique. — 9, rampe vestibulaire. — lu, coupole. — 11, canal cochléaire. — 12, membrane basilaire, soutenant l’organe de Corti. — - 13, membrane de Reissner. — 14, ligament spiral. — 15, cul-de-sac terminal du canal cochléaire. — 16, hélico tréma.
OREILLE INTERNE
A. Conformation extérieure et rapports. — Ainsi entendu, le ligament spiral nous présente deux extrémités et deux faces, l’une interne, l’autre externe :
a. Extrémités. — De ses deux extrémités, l’antérieure appartient à la rampe vestibulaire. La postérieure fait partie de la rampe tympanique.
b. Face externe. — La face externe, régulièrement arrondie, répond à la paroi osseuse, constituée, on le sait, par la lame des contours, et lui adhère intimement.
c. Face interne ■ — La face interne, libre, est fortement accidentée. Si nous la suivons d’arrière en avant, de la rampe tympanique vers la rampe vestibulaire
Fipr. 652.
Coupe transversale du limaçon au niveau du deuxième tour.
A, rampe tympanique. — B, rampe vestibulaire. — C, lame des contours. — D, colnmelle.
1, lamelle antérieure de la lame spiral» osseuse. — 2, sa lamelle postérieure. — 3, nerf cocbléen, avec 3', ganglion spiral de Corti, contenu dans le canal de Rosenthal. — 4. ligament spiral. — 5. membrane de Reissner. — 6, bandelette sillonnée. — 7, membrane basilaire. — 8, membrana tecloria ou membrane de Corti. — 0, organe de Corti. — 10, canal cochléaire ( en bleu).
par conséquent, nous rencontrons successivement (fig. 653) : 1° une première saillie (3), anguleuse et mince, presque tranchante, qui se continue en dedans avec la membrane basilaire, c’est la crête d’insertion de la membrane basilaire ; 2° une deuxième saillie (5), arrondie et mousse, le bourrelet du ligament spiral , ou tout simplement le bourrelet spiral . en dehors duquel se voit ordinairement la coupe d’un vaisseau ; 3° une troisième saillie (4), moins marquée que les précédentes, qui se continue avec la membrane de Reissner, c’est la crête d insertion de la membrane de Reissner.
Entre la crête d’insertion de la membrane basilaire et le bourrelet spiral, existe
une dépression ou gouttière, régulièrement arrondie, que l’on désigne sous le nom de sillon spiral externe (6). Pins haut, entre le bourrelet spiral et la crête d’insertion de la membrane de Reissner, le ligament spiral se déprime encore pour former une nouvelle gouttière, qui est plus haute, mais moins profonde que la précédente. Dans toute la hauteur de cette dernière gouttière, le périoste est doublé, dn côté de sa face libre, par une couche spéciale (7), qui a été signalée pour la première fois par Corti sous le nom de strie vasculaire ou de bande vasculaire : elle est, en effet, très riche en vaisseaux et tranche ordinairement sur le reste du périoste par sa coloration jaune rougeâtre.
B. Structure. — Le ligament spiral est formé, comme le périoste, par des fibres du tissu conjonctif, qui. comme nous le montre nettement la figure 656, convergent toutes vers l’insertion de la membrane basilaire. Entre elles se voient de nombreux noyaux, qui appartiennent aux cellules fixes . Ces noyaux se disposent euxmêmes en séries, convergeant toujours vers la membrane basilaire.
Quant à la bande vasculaire, elle est remarquable, comme nous l’avons dit plus haut, par la richesse de sa vascularisation. Elle comprend deux couches : 1° une couche profonde, conjonctive, dépendant du périoste; 2° une couche superficielle, épithéliale, renfermant un certain nombre de cellules pigmentaires.
Chacune de ces couches renferme un réseau vasculaire qui lui appartient en propre. Les deux réseaux, cependant, ne sont pas complètement indépendants l’un de l’autre : Ranvier a signalé entre eux l’existence de quelques anastomoses capillaires.
Dans un travail récent, publié en 1890, dans les Arch. f. Ohrenheilkunde , Katz croit devoir s’élever contre cette conception d’un épithélium vasculaire : pour lui, les cellules épithéliales reposeraient directement sur les vaisseaux, mais ne seraient nullement pénétrées par eux. Quoiqu’il en soit des rapports intimes du réseau vasculaire et de l’épithélium, il n’en reste pas moins ce fait qu’au niveau de la bande vasculaire du ligament spiral, les vaisseaux sont à la fois très multipliés et très superficiels et ne sont certainement pas sans influence sur la production du liquide qui remplit le canal cochléaire.
2° Bandelette sillonnée. — Le périoste, avons-nous dit plus haut, revêt la face antérieure de la lame spirale. Si nous l’examinons en allant de dedans en dehors (fig. 652), nous constatons tout d’abord qu’il est fort mince au voisinage de la columelle. Mais, bientôt, nous le voyons s’épaissir et s’élever graduellement vers la rampe vestibulaire, puis, quand il atteint son maximum d’épaisseur, redescendre brusquement et comme à pic vers la lame spirale. C’est à cette portion épaissie du périoste (fig. 652,6) que l’on a donné le nom de bandelette sillonnée. Nous
Fig. 653.
Le ligament spiral, vu sur une coupe transversale (même orientation que dans la figure précédente).
1, portion osseuse du canal cochléaire. — 2, périoste avec 2’, ligament spiral (portion du périoste fortement épaissie). — 3, crête d’insertion de la membrane basilaire — 4, crête d’insertion de la membrane de Reissner. — 5, bourrelet du ligament spiral. — 6, sillon spiral externe. — 7, strie vasculaire. — 8, épithélium de revêtement du canal cochléaire. — 9, canal cochléaire.
— lu, rampe vestibulaire. — 11, rampe tvmpanique.
OREILLE INTERNE
verrons tout à l'heure la disposition anatomique justifier pleinement une pareille appellation.
A. Dimensions. — Gomme la lame spirale, sur laquelle elle repose, la bandelette sillonnée occupe toute l’étendue du limaçon. Mais elle s’atténue graduellement au fureta mesure qu’elle se rapproche de la coupole : c’est ainsi que sa largeur mesure 0mm,25 au niveau du premier tour de spire, tandis que dans le troisième tour elle n’est plus que de 0mm,12 à 0mm, 15.
D. Conformation extérieure et rapports. — La bandelette sillonnée, vue en coupe transversale (fig. 656,4), est représentée par un triangle, ce qui nous indique nettement qu’elle revêt dans son ensemble la forme d’un cordon prismatique à base
Fier. 654.
Bandelette sillonnée et membrane basilaire {clemi-schématiqué).
1, 1’, lamelle antérieure et lamelle postérieure de la lame spirale osseuse. — 2, bandelette sillonnée, avec : a, les dents auditives de la première rangée ; b, b\ les dents des autres rangées ; c, c\ les sillons iuterdentaires et les corpuscules qui sont logés dans leur cavité. — 3, sillon spiral interne, avec 3’, sa lèvre vestibulaire, et 3”, sa lèvre tvmpanique. — 4, foramina nervina, livraut passage aux rameaux nerveux efférents (4’) du ganglion spiral ou de Corti. — o, vaisseau spiral. — 6, zone lisse et 6’, zone pectinée de la membrane basilaire, avec : «, leur couche hyaline ; leur couche conjonctive. — 7, une arcade de Corti, avec 7’, son pilier interne, et 7", son pilier externe. — 8, pieds des piliers internes, dont les corps sont réséqués. — 9, pieds des piliers externes. — 10, membrane de Reissner à son origine.
triangulaire. Nous pouvons, par conséquent, lui distinguer trois faces : une face postérieure, une face antérieure et une face externe.
a. Face postérieure. — La face postérieure repose sur la lame spirale et lui adhère intimement, comme adhère le périoste à la surface osseuse sous-jacente.
b. Face antérieure . — La face antérieure, légèrement convexe, regarde la rampe vestibulaire. Elle nous présente un système de sillons, d’une disposition assez régulière, les uns longitudinaux, les autres transversaux. Ces deux ordres de sillons sont très profonds et, comme ils s’entrecroisent réciproquement à angle droit, ils découpent dans la bandelette sillonnée des saillies quadrilatères (fig. 654, a, b, b') que leur configuration extérieure a fait comparer à des dents, d’où le nom de dents auditives qui leur a été donné par Huschke et qu’elles ont conservé.
Les sillons précités, qui donnent lieu à la formation des dents auditives, sont plus larges à leur partie profonde qu’à leur partie superficielle ; d’autre part, ils augmentent de profondeur en allant de dedans en dehors, au furet à mesure qu’ils s’éloignent de la columelle par conséquent. Il en résulte ce double fait : 1° que les
ORGANES ÜES SENS
dents auditives sont plus larges à leur extrémité libre qu’à leur extrémité adhérente ; 2° qu’elles sont d’autant plus hautes qu’elles sont plus rapprochées de la partie externe de la bandelette sillonnée. Les plus externes sont particulièrement remarquables par la régularité de leur forme et de leur disposition : ce sont les dents de la première rangée (fig. 654, a), comme les appelait Corti. Leur extrémité libre s’aplatit d’avant en arrière, en même temps qu’elle s’étend de dedans en dehors de telle sorte que, vues de face, les dents de la première rangée ressemblent assez bien à des touches de piano. Elles mesurent, en moyenne, 0mm,030 de longueur sur Omm, oi2 0e largeur. Leur nombre total s’élève donc à 2.500, en supposant pour la bandelette sillonnée une longueur de 30 millimètres.
Les sillons séparatifs des dents auditives ( sillons inter dentaires) sont remplis par des corpuscules arrondis, réfractant fortement la lumière et se colorant facilement par les réactifs (c, c'). Ces corpuscules ne sont autre chose que les noyaux des cellules épithéliales qui revêtent la face antérieure de la bandelette sillonnée.
c. Face externe. — La face externe de la bandelette sillonnée, fortement concave en dehors, forme dans son ensemble une gouttière régulière et profonde à laquelle on donne le nom de sillon spiral interne (fig. 654,3). Le sillon spiral interne est situé exactement en face du sillon spiral externe, qui, comme nous l’avons vu, est creusé dans l’épaisseur du ligament spiral. Il présente, comme tout sillon, deux bords ou lèvres : une lèvre antérieure ou vestibulaire, une lèvre postérieure ou tympanique.
a) La lèvre vestibulaire (3') est formée par la première rangée des dents auditives. Elle est libre, très mince, presque tranchante.
P) La lèvre tympanique (3,v) se continue sans ligne de démarcation bien nette avec le bord interne de la membrane basilaire. Au niveau du point où ces deux formations s’unissent et se confondent, se trouve une série régulière d’orifices, les foramina nervina (fig. 654,4), par lesquels passent les divisions terminales du nerf cochléen pour se rendre à l’organe de Corti. Ces orifices, arrondis ou ovalaires, sont à la fois très nombreux et très rapprochés. Sur une longueur de 1 millimètre’ Waldeyer en a compté 80 dans le troisième tour du limaçon et 110 dans le premier tour. Leur nombre total serait de 3.000 d’après Waldeyer, de 4.000 d’après Retzius.
C. Structure. — Gomme le périoste, dont elle n’est qu’une dépendance, la bandelette sillonnée se compose de tissu fibreux, c’est-à-dire qu’elle comprend des faisceaux du tissu conjonctif et des cellules fixes. Du côté de sa face antérieure et de sa face externe, au-dessous de son revêtement épithélial par conséquent, cette bandelette conjonctive revêt un aspect tout particulier : elle est, en effet, parfaitement hyaline, fortement réfringente, complètement amorphe, constituée par une substance spéciale qui ne se colore pas et qui résiste bien à l’action des acides et à celle des alcalis. La bandelette sillonnée ne renferme qu’un petit nombre de vaisseaux.
3° Membrane de Reissner. — Cette membrane, signalée pour la première fois en 1851 par Reissner, qui lui a donné son nom, a été niée quelque temps après par Claudius, par Boettcher et par Deiters. Elle a été étudiée à nouveau, en 1864, par Loewenberg et décrite par lui avec une netteté qui a rendu son existence désormais indéniable.
A. Disposition. — La membrane de Reissner (fig. 652,5 et 656,3) prend son origine sur la face antérieure de la lame spirale, au niveau du bord interne de la bandelette sillonnée.
OREILLE INTERNE
Delà, elle se porte obliquement en avant et en dehors et vient se terminer sur la partie antérieure du ligament spiral, au niveau d’une petite crête, ci-dessus décrite, qui lui est spécialement destinée ( crête d'insertion de la membrane de Reissner).
La membrane de Reissner forme, comme on le voit, la paroi antérieure du canal cochléaire et sépare ce dernier canal de la rampe vestibulaire du limaçon.
Nous ajouterons qu’elle est toujours tendue et rectiligne, contrairement à l’assertion de certains auteurs qui la décrivent comme flottante et faisant saillie du côté du canal cochléaire.
B. Structure. — Histologiquement, la membrane de Reissner est constituée par une mince lame de tissu conjonctif, qui se continue, d’une part avec le périoste de la lame spirale, d’autre part avec le ligament spiral. Sur l’une et l’autre de ses deux faces, s’étale une couche de cellules épithéliales (cellules épithéliales pour la face interne, cellules endothéliales pour la face externe) qui seront décrites plus loin (voy. p. 736).
4° Membrane basilaire. — La membrane basilaire (fig. 652 et 656,7) forme la paroi postérieure du canal cochléaire, qu’elle sépare de la rampe tympanique du limaçon.
A. Disposition générale. — En dedans, elle fait suite à la fois au bord libre de la lame spirale et à la lèvre tympanique du sillon spiral externe. En dehors, elle se fixe à la partie postérieure du ligament spiral, au niveau d’une crête spéciale, que nous avons déjà signalée sous le nom de crête d’ insertion de la membrane basilaire.
B. Aspect extérieur : zone lisse et zone striée. — Au point de vue descriptif, bien plus qu’au point de vue histologique , la membrane basilaire comprend deux portions : une portion interne, connue sous le nom de zone lisse ; une portion externe, appelée zone striée.
a. Zone lisse. — La zone lisse (fig. 654,6) est située immédiatement en dehors des orifices, ci-dessus décrits, qui livrent passage aux divisions du nerf cochléen. Sa face antérieure, lisse et unie, répond à la partie interne de l’organe de Gorti, qui repose sur elle. Sa face postérieure, tournée du côté de la rampe tympanique, nous présente un vaisseau sanguin, le vaisseau spiral (fig. 654,5), qui occupe toute la longueur du limaçon et dont les dimensions augmentent graduellement au fur et à mesure qu’on se rapproche de sa base. La plupart des anatomistes le considèrent, avec Kôlliker, comme étant de nature veineuse. Il est relié au réseau de la lame spirale par des anastomoses transversales et, d’autre part, il jette en dehors un certain nombre de fins rameaux qui forment parfois, sur la zone striée de la membrane basilaire, un deuxième et même un troisième vaisseau spiral.
D’après Boettcher, le vaisseau spiral serait entouré paj" une gaine lymphatique.
1, zone striée. — 2. zone lisse. — 3, pieds des piliers externes. — 4, pieds des piliers internes. — 5, trous pour le
passage des nerfs cocliléens. — 6, sillon spiral interne. — 7, dénts de la première rangée. — 8, vaisseau spiral.
Fig. 655.
La membrane basilaire d’un homme adulte, vue par sa face antérieure (d’après Retzius).
ORGANES DES SENS
b. Zone striée. — La zone striée (fig. 654,6'), encore appelée zone pectinèe, fait suite à la précédente et s’étend jusqu’au ligament spiral. Elle doit son nom à un système de stries ou rayures que l’on voit sur sa face antérieure, celle qui regarde le canal cochléaire. Ces stries, qui affectent toutes une direction transversale, sont remarquables à la fois parleur finesse et par leur régularité.
Les anatomistes ne sont pas encore d’accord sur leur nature. Les uns les considèrent comme le résultat d’une simple apparence, produite par les réactifs. D’autres, comme Hknsen etNuEL, en font des cordes isolées, rigides et élastiques, qui seraient tendues entre les piliers externes de l’organe de Corti et le ligament spiral.
Quoi qu’il en soit de leur valeur morphologique, les stries en question ont une existence réelle et sont toujours plus nombreuses que les piliers de l’organe de Corti, qui reposent sur leur partie interne : on en compte trois ou quatre pour chacun d’eux.
C . Structure. — La membrane basilaire comprend, dans l’une et l’autre de ses deux zones : l°une couche hyaline homogène, sur laquelle repose directement l’organe de Corti ; 2° une couche de cellules fixes du tissu conjonctif, qui se disposent en arrière de la précédente, sur sa face tympanique par conséquent.
Ces cellules conjonctives forment, chez le nouveau-né, une couche parfaitement continue. Mais, chez l’adulte, elles font défaut sur la plus grande partie de la lame basilaire : elles ne se rencontrent plus que dans sa portion interne, au voisinage du vaisseau spiral.
Quant à la couche hyaline, elle est constituée par du tissu fibreux, qui paraît avoir subi ici une transformation toute spéciale. Ce tissu se compose, en effet, de fibres raides (Rànvier), noyées dans une substance interstitielle hyaline et se disposant régulièrement en éventail de la lame spirale au ligament spiral. En d’autres termes, elles divergent en se portant de dedans en dehors, de telle sorte qu’un nombre donné de ces fibres, vingt par exemple, occupent à leur insertion interne une longueur moindre qu’à leur insertion externe. Ces fibres répondent aux cordes, signalées ci-dessus, de Hensen et de Nuel.
5e Épithélium du canal cochléaire. — La surface intérieure du canal cochléaire est tapissée dans toute son étendue par une couche de cellules épithéliales. Quoique continu et ayant la même origine embryonnaire, ce revêtement épithélial est très différent, au point de vue morphologique (fig. 656), suivant les régions où on le considère.
Au niveau de la membrane de Reissner, tout d’abord, c'est un épithélium aplati et polyédrique, s’étalant régulièrement sur toute l’étendue de la lame conjonctive qui constitue la partie fondamentale de cette membrane.
De la membrane de Reissner, l’épithélium passe sur le ligament spiral et revêt successivement la bande vasculaire, le bourrelet spiral et le sillon spiral externe. Au voisinage de la membrane de Reissner, l’épithélium est encore aplati. Mais au fur et à mesure qu’on s’éloigne de cette membrane, les cellules s’allongent peu à peu et finissent par revêtir tous les caractères de 1 épithélium cylindrique, caractères qu’elles conservent dans toute la partie externe de la membrane basilaire.
Sur la face antérieure de la bandelette sillonnée, nous trouvons encore un épithélium aplati ou cubique, dont les noyaux, comme nous l’avons déjà vu (p. 734), se disposent en séries plus ou moins régulières dans le fond des sillons interdentaires. C’est à tort que certains histologistes ont décrit cet épithélium comme manquant par places, comme faisant défaut notamment sur la surface libre des dents auditives. Dès 1876, Landowsky, en employant les imprégnations d’argent, a par-
OREILLE INTERNE
faitement établi que les corps cellulaires remontaient du fond des sillons interdentaires sur la partie saillante des dents auditives et arrivaient toujours au contact des cellules voisines, de manière à former un pavé partout continu, quoique
Fig. 656.
Coupe transversale du canal cochléaire, considérablement agrandie, pour montrer les cellules épithéliales de l’organe de Corti.
A, canal cochléaire. — B, rampe vestibulaire. — C, rampe tympanique.
1, ligament spiral, avec : a, crête d’insertion de la membrane basilaire; b, bourrelet du ligament spiral, avec la coupe d’un vaisseau, le vas proeminens ; c, crête d’insertion de la membrane de Reissner ; d , strie ou bande vasculaire, avec ses deux couches, S, épithéliale, $’, conjonctive. — 2, sillon spiral externe. — 3, membrane de Reissner. — 4, bandelette sillonnée. — 5, sillon spiral interne, avec 5’, sa lèvre vestibulaire, et 5”, sa lèvre tympanique. — 6, foramen nervinum. — 7, membrane basilaire, avec 7’, sa zone lisse, et 7”, sa zone striée ou pectinée. — 8, vaisseau spiral. — 9, organe de Corti ou papille de Huschke, avec : 10, une de ses arcades ; 10’, son tunnel ; 11, sa membrana tecloria ; 12, cellules ciliées internes ; 12’, cellules ciliées externes ; 13, cellules de Deiters ; 14, cellules de Claudius internes ; 14’, cellules de Claudius externes ; 15, membrane réticulaire. — 16, épithélium de revêtement du canal cochléaire. — 17, lame spirale osseuse, avec 17’, le conduit efférent du canal de Rosenthal, comblé par les rameaux efférents du ganglion de Corti. — 18, lame des contours.
fort irrégulier. En passant de la face antérieure de la bandelette sillonnée dans le sillon spiral interne (fig. 656), l’épithélium s’allonge et devient cylindrique, comme dans le sillon spiral externe.
Dans les différentes portions du canal cochléaire que nous venons de parcourir, les cinq sixièmes du canal environ, l’épithélium a conservé à peu près tous les caractères qu’il présente chez l’embryon : il est resté un simple épithélium de
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT. 93
ORGANES DES SENS
revêtement. Mais il n’en est pas de même au niveau de la partie interne de la membrane basilaire, où se rendent, comme on le sait, les divisions terminales du nerf cochléen. Là, nous voyons l’épithélium se différencier en vue d’une adaptation à une fonction spéciale, qui est la perception des vibrations imprimées au liquide labyrinthique par les sons. Les cellules s’allongent et subissent, dans leur aspect extérieur, comme dans leur structure, les transformations les plus diverses. Par leur ensemble, elles forment une saillie volumineuse (fig. 656,9), qui s’élève vers le centre du canal cochléaire et atteint à peu près le même niveau que la bandelette sillonnée. C’est à cet ensemble épithélial, ainsi transformé en organe sensoriel, élevé en dignité par conséquent, qu’on donne le nom de papille spirale (Huschke) ou d’ organe de Corti. Cette dernière appellation a prévalu : c’est celle que nous adopterons.
6° Organe de Corti. — L’organe de Corti, produit de différenciation de l’épithélium de revêtement du canal cochléaire, repose sur les deux tiers ou les trois quarts internes de la membrane basilaire. De toutes les parties du limaçon, c’est certainement la plus importante et la plus complexe. Elle est heureusement assez bien connue aujourd’hui, grâce aux travaux de Corti, de Deiters, deKôLUKER, de Waldeyer, de Ranvier, d’ÂXEL Key et Retzius, etc., travaux remarquables et relativement récents, qui nous ont révélé la structure intime de l’organe essentiel de l’ouïe d’une façon tout aussi nette que celle des autres organes sensoriels. L’organe de Corti se compose des formations suivantes : 1° d’une série d’arcades, appelées arcades de Corti ; 2° de cellules épithéliales, plus ou moins différenciées ; 3° d’une
première membrane, la membrane réticulaire, qui repose directement sur les cellules épithéliales précitées ; 4° d’une deuxième membrane, la membrane de Corti ou membrana tectoria, qui recouvre elle aussi l’organe de Corti, mais qui est plus superficielle que la précédente, qui est placée en avant d’elle par conséquent.
A. Arcades de Corti. — Les arcades' de Corti (fig. 656,10) occupent la partie moyenne de l’organe de même nom. Elles représentent, comme leur nom l’indique, des espèces d’arcs, interceptant chacun un espace triangulaire, dont le sommet regarde en avant, du côté de la rampe vestibulaire, et dont la base repose sur la zone lisse de la membrane basilaire. Ces arcades se succèdent sans interruption, les unes à la suite des autres, dans toute l’étendue du limaçon, en décrivant tout naturellement des tours de spire comme le canal qui les renferme. Elles forment ainsi dans leur ensemble une longue galerie couverte, un véritable tunnel, le tunnel de Corti. Chacune
Les deux piliers interne et externe de l’organe de Corti, vus en place dans leurs connexions réciproques.
1, membrane basilaire. — 2, tunnel de Corti.
a, corps du pilier interne. — b, sa base ou extrémité postérieure. — c, sa tête ou extrémité antérieure, avec : c\ sa plaque; c". la cavité destinée à recevoir la partie coirespondante de la tête du pilier externe. — d , masse protoplasmique du pilier interne avec son noyau.
a, corps du pilier externe. — £>, sa base ou extrémité postérieure. — y, sa tête ou extrémité antérieure, avec : y’, son apophyse externe ; y”, partie de la tête reçue dans la cavité du pilier interne. — S, masse protoplasmique avec son noyau.
OREILLE INTERNE
d’elles (fig. 647) est formée par l’adossement de deux tiges latérales ou piliers : le pilier interne et le pilier externe.
a. Pilier interne. — Le pilier interne (fig. 657 et 658) se compose d’un corps et de deux extrémités. — Le corps, aplati dans le sens transversal, est formé par une
Fig. 658.
Pilier interne de l'arcade de Gorti, isolé.
Fig. 659.
Pilier externe de l’arcade de Corti, isolé.
(Môme légende que pour la figure précédenle, s’y reporter.)
lame mince et rectangulaire, dont l’une des faces regarde le tunnel, l’autre la bandelette sillonnée. — L 'extrémité postérieure ou base est fortement élargie ; elle repose par une surface plane sur la partie la plus interne de la membrane basilaire, immédiatement en dehors des orifices ( foramina nermnd) par lesquels passent les filets du nerf cochléen. — L’ extrémité antérieure ou tête, également renflée, se présente sous la forme d’une masse irrégulièrement cuboïde. Sur son côté externe se trouve une cavité ou facette concave, destinée à recevoir la tête du pilier externe. Le rebord supérieur de cette cavité se prolonge en dehors sous la forme d’une lame quadrilatère plus longue que large, que nous appellerons, avec Loewenberg, la plaque du pilier interne. En dedans, la face supérieure de la plaque est séparée de la face interne du pilier par une arête vive en forme de crête, c’est la crête antêro-interne de Loewenberg.
b. Pilier externe. — Le pilier externe (fig. 660) est plus incliné et par conséquent plus long que le pilier interne. Son angle d’inclinaison sur la membrane basilaire est de 45° environ, tandis que celui du pilier interne est de 60°. Comme le précédent il présente un corps et deux extrémités. — Le corps, au lieu d’être aplati et lamelleux comme celui du pilier interne, est plutôt cylindrique. Il est en outre
A ^ x corps du pilier. — a, son pied. —
très grêle, presque filiforme comparativement aux 3, sa tète, avec : 3’, partie amodie que
. . reçoit la cavité correspondante de la
dimensions de ses deux extrémités. — Son extré- tête du pilier interne ; 3”, apophyse du
... , . . 7 5- i x ii pilier externe. — 4, masse protoplas-
mite postérieure ou base s implante sur la lame nuque, avec son noyau, basilaire au niveau du point où commence la zone
striée. — Son extrémité antérieure ou tête revêt l’aspect d’une masse ovoïde, dont
Fig. 660.
Le même pilier externe, pour montrer les détails de sa tête.
ORGANES DES SENS
la partie interne est régulièrement arrondie pour s’articuler avec la facette concave que nous avons signalée tout à l’heure sur la tête du pilier interne. De sa partie supérieure se détache un prolongement, qui se porte ensuite en dehors en suivant exatement la même direction que la plaque du pilier interne : c’est Y apophyse du pilier externe. Mince à son origine et dans la plus grande partie de son étendue, cette apophyse s’élargit à son extrémité libre, et se termine alors par une espèce de renflement aplati d’avant en arrière, qui rappelle assez exactement par sa forme l’extrémité d’une phalange.
c. Union réciproque des dioers piliers entre eux. — Chaque pilier interne, tout d’abord, s’unit au pilier externe correspondant pour former une arcade de Corti (fig. 657). Dans cette union, la surface lisse et semi-sphérique que présente en dedans la tête du pilier externe s’emboîte exactement dans la facette concave que présente en dehors la tête du pilier interne. De son côté, la plaque de ce dernier
pilier s’applique contre l’apophyse du pilier externe et la recouvre dans la plus grande partie de son étendue.
Il est à remarquer que les deux piliers ne sont unis l’un à l’autre que par une simple juxtaposition : il n’existe entre les surfaces contiguës ou sur leur pourtour aucun ligament pour les maintenir en présence, et leur mode d’union, par conséquent, n’est pas une articulation vraie.
D’autre part, chacun des piliers, soit du groupe interne, soit du groupe externe, s’unit dans le sens longitudinal, également par simple juxtaposition, avec deux piliers du même groupe, Fig. 661. celui qui le précède et celui qui le
Rapports des piliers de Corti entre eux suit. Cette union est un peu différente,
{schématique). comme aspect général, pour les piliers
teniesangéR des pihers inlerne3' — B> rangee des piliers ex- internes et pour les piliers externes. — î, i\ corps des piliers. - 2, 2’ leur pied. — 3, 3’, leur Les piliers internes (fig. 661, A) sont
tête. — 4, 4- intervalles qui séparent les corpn. — 5, pla- . v ° . '
ques des piliers internes. — 6, apopln ses des piliers externes. en COntact immédiat au niveau de — 7, bourrelet de ces piliers. — a, b, coupe transversale . . . i A T
du corps des piliers internes et externes faite suivant xx. leur base et de leur tete. Leurs corps,
quoique très rapprochés, n’arrivent cependant pas au contact les uns des autres : ils sont séparés par d’étroites fissures, qui ont la même direction et la même hauteur que les deux lamelles qui les circonscrivent. — Les piliers externes (fig. 661, B) sont également en contact immédiat par leurs deux extrémités. Quant à leurs corps qui, comme on le sait, sont cylindriques et d’un diamètre beaucoup plus petit que celui des extrémités, ils sont naturellement séparés les uns des autres par des espaces beaucoup plus larges que ceux qui existent entre les corps des piliers internes. Tandis que les piliers internes se disposent de façon à former dans leur ensemble une sorte de palissade , les piliers externes représentent plutôt une espèce de grille.
d. Nombre des piliers. — L’observation démontre que les piliers internes sont plus nombreux que les piliers externes. Les premiers sont aux seconds dans le même rapport que les chiffres 4 et 3, c’est-à-dire qu’il n’existe que trois piliers
OREILLE INTERNE
externes pour quatre piliers internes. Le nombre total des piliers de Corti s’élèverait, d’après Waldeyer, à 10.400 environ, dont 6.000 pour les internes et 4.400 pour les externes.
e. Structure et signification morphologique. — Au point de vue de leur structure, les piliers de Corti sont formés par une substance homogène ( d et 6), hyaline, finement striée dans le sens longitudinal, surtout dans leur partie postérieure.
Chacun d’eux présente au niveau de sa base, et sur le côté de cette base qui regarde le tunnel, une masse protoplasmique munie d’un noyau, qui s’étend d’une part sur la membrane basilaire, qui remonte d’autre part tout le long du pilier jusqu’à son extrémité antérieure ou à son voisinage.
Ce dernier détail nous fixe nettement, ce me semble, sur la valeur morphologique des deux piliers de Corti : ce sont des cellules épithéliales qui se sont différenciées en vue du rôle spécial, encore mal connu, qu’elles sont appelées à remplir dans le phénomène de l’audition. Le corps cellulaire est représenté par la masse protoplasmique signalée ci-dessus et, quant aux piliers proprement dits, ils ne sont vraisemblablement, malgré leur constitution complexe, qu’une production cuticulaire, au même titre que le plateau qui surmonte certaines cellules cylindriques.
B. Cellules épithéliales de l’organe de Corti. — Les amas de cellules épithéliales qui se développent sur le versant interne et sur le versant externe des arcades de Corti se divisent en trois groupes (fig. 656, 662 et 668) : les cellules ciliées , les cellules de Deiters et les cellules de Claudius.
a. Cellules ciliées. — Les cellules ciliées, encore appelées cellules auditives , sont des cellules cylindriques, affectant, suivant l’expression de Ranvier, la forme d’un dé à coudre :
a) Leur extrémité libre ou base (ouverture du dé) regarde en avant et atteint, dans le canal cochléaire, le même niveau que le sommet des arcades de Corti. Elle est plane et sert de surface d’implantion à un certain nombre des cils, les cils auditifs , qui, sur chaque cellule, se disposent soit en ligne droite soit en forme de fer à cheval (fig. 664).
p) Leur extrémité opposée , comme l’extrémité fermée du dé à coudre, revêt la forme d’une surface convexe et régulièrement arrondie. Elle descend ordinairement jusqu’à l’origine du prolongement externe des cellules de Deiters. Elle n’arrive donc pas jusqu’à la membrane basilaire et, de ce fait, n’occupe qu’une portion, la portion supérieure, des intervalles compris entre les cellules de Deiters : la portion inférieure de cet intervalle, restée libre, a reçu le nom d 'espace de Nuel. On a cru pendant longtemps que l’extrémité centrale de la cellule ciliée se continuait directement avec l’une des fibres nerveuses de l’auditif et 'on en concluait naturellement que les cellules ciliées étaient de véritables cellules nerveuses, présentant les plus grandes analogies avec les cellules olfactives. La méthode de Golgi, entre les mains de Retzius, de Ramon y Gajal, de van Gehuchten, est venue établir qu’une pareille conception basée sur des observations incomplètes, est entièrement erronée. Nous devons admettre aujourd’hui que, ici comme dans les taches et les crêtes acoustiques, les ramifications ultimes de l’auditif se terminent entre les cellules épithéliales et non dans ces cellules : ce sont des terminaisons inter-épithéliales et non intra-épithéliales . De ce fait, les cellules ciliées perdent la signification qu’on leur attribuait à tort, de cellules nerveuses. Ce sont de simples cellules épithéliales, mais des cellules épithéliales hautement différenciées. Nous pouvons les considérer avec Gajal, comme les homologues des cellules visuelles, formant un chaînon
ORGANES DES SENS
épithélial intermédiaire entre l’agent extérieur (ondes sonores d’une part, vibrations lumineuses de l’autre) et les fibres nerveuses réceptrices.
Ainsi entendues, les cellules ciliées forment, chez l’homme, quatre ou cinq rangées. L’une d’elles, rangée interne, est située sur le côté interne des arcades de Gorti : elle comprend les cellules ciliées internes. Les autres, rangées externes, au nombre de trois ou quatre, se disposent sur le côté externe de ces mêmes arcades : elles constituent les cellules ciliées externes. Bien qu’appartenant au même type et ayant exactement la même signification, les cellules ciliées externes diffèrent
Fig. 662.
La paroi postérieure ou tympanique du canal cochléaire, vue comparativement : A, de face : B, de profil sur une coupe perpendiculaire à sa surface (imité d’un dessin de Stôhr, avec quelques modifications et coloration des cellules). La membrane tectoria n’a pas été représentée.
des cellules ciliées internes en ce que leurs cils sont un peu plus courts, d’un tiers environ ; elles en diffèrent encore en ce qu’elles présentent dans leur moitié supérieure, entre le noyau et leur extrémité libre, un corpuscule opaque que l’on désigne sous le nom de corpuscule spiral de Hansen. Les cellules ciliées externes alternent régulièrement avec les cellules du groupe suivant.
b. Cellules de Deiters. — Les cellules de Deiters (fig. 656,13 et 662) occupent le versant externe des arcades de Gorti. Elles forment, comme les cellules ciliées externes, trois ou quatre rangées et chacune d’elles est placée en dehors de la rangée correspondante des cellules auditives. Morphologiquement, les cellules de Deiters sont fusiformes et présentent une partie moyenne et deux prolongements.
La partie moyenne, constituant le corps cellulaire proprement dit, est fortement
OREILLE INTERNE
granuleuse; elle se trouve placée immédiatement au-dessous de la cellule auditive qui lui correspond, et Ranvier a pu dire de cette dernière qu’elle est assise sur sa cellule de Deiters comme une personne sur une chaise.
Des deux prolongements de la cellule de Deiters, l’un, prolongement périphérique, se dirige en avant et se continue avec la membrane réticulée ; nous y reviendrons plus loin. L’autre, prolongement central , se porte vers la membrane basilaire et se confond avec elle.
Au point de vue de l’anatomie générale, les cellules de Deiters sont de simples cellules de soutien comme les cellules homonymes des taches et des crêtes acoustiques : elles présentent la plus grande analogie avec les cellules de soutien de la rétine, dont les deux extrémités, on s’en souvient, se continuent l’une avec la limitante interne, l’autre avec la limitante externe.
c. Cellules de Claudius. — Les cellules de Claudius (fig. 656, 14 et 14’ et fig. 662) sont des cellules cylindriques non ciliées qui se disposent à la fois sur la partie la plus interne et sur la partie la plus externe de l’organe de Corti, au delà par conséquent des deux groupes cellulaires que nous venons de décrire. On les distingue, d’après leur situation, en cellules internes et cellules externes : les premières sont situées en dedans des cellules auditives internes; les secondes, en dehors de la dernière rangée des cellules de Deiters.
Envisagées au point de vue de leur valeur anatomique, les cellules de Claudius sont des cellules épithéliales incomplètement différenciées, des cellules indifférentes, des cellules de transition. Si on les examine, en effet, sur des coupes transversales du canal cochléaire (fig. 656), on les voit diminuer graduellement de hauteur au fur et à mesure qu’elles s’éloignent de l’organe de Corti et, finalement, se confondre avec les cellules épithéliales voisines : les cellules du groupe interne, avec l’épithélium du sillon spiral interne ; les cellules du groupe externe, avec l’épithélium qui revêt la partie la plus externe de la membrane basilaire.
On désigne parfois sous le nom de cellules de Hansen (fig. 662) les premières rangées de cellules épithéliales externes, celles qui s’appliquent contre la dernière rangée des cellules de Deiters. Celles qui suivent constituent alors les cellules de Claudius proprement dites.
C. Membrane réticulaire. — La membrane réticulaire (fig. 656, 15) est une mince cuticule, qui repose immédiatement sur l’organe de Corti.
a. Situation. — Elle commence, en dedans, sur le sommet des arcades de Corti, où elle fait suite à la plaque du pilier interne. De là, elle se porte en dehors, en recouvrant successivement les apophyses des piliers externes et les trois ou quatre rangées de cellules auditives avec leurs cellules de soutien.
b. Aspect général : les ronds et les phalanges. — Vue en coupe transversale, la membrane réticulaire est à peine perceptible, en raison de sa transparence et de sa minceur. Vue en surface par sa face antérieure (fig. 663), elle présente un élégant réseau ou réticulum, qui lui a valu son nom. Ce réseau, remarquable par sa régularité, est formé, par des figures géométriques, que l’on peut, malgré leur nombre, ramener à deux types. Les unes sont circulaires : ce sont les anneaux ou ronds de Loeyvenberg (2, 2', 2A). Les autres sont allongées de dedans en dehors : minces à leur partie moyenne, renflées au contraire à leurs deux extrémités, elles rappellent assez bien par leur forme celle d’une phalange digitale, d’où le nom de phalanges (3, 4, 4' et 4/;) sous lequel on les désigne.
Ces deux sortes de figures, ronds et phalanges, se disposent systématiquement
ORGANES DES SENS
de la façon suivante (fig. 662 et 663). En dehors des têtes des piliers de Corti, nous rencontrons une première rangée de ronds; en dehors de celle-ci, une deuxième rangée, puis une troisième, quelquefois une quatrième. Il est à remarquer que les ronds de la deuxième rangée alternent avec ceux de la première, c’est-à-dire que chacun d’eux répond à l’intervalle qui sépare les deux ronds correspondants de la première rangée. Ceux de la troisième rangée alternent de même avec ceux de la seconde et sont, au contraire, en correspondance directe avec ceux de la première.
Même disposition pour les ronds de la quatrième rangée, quand celle-ci existe.
Dans chacune des trois rangées, les ronds sont séparés par les phalanges qui, plus longues que les ronds, dépassent ceux-ci par Dune et l’autre de leurs extrémités. Il en résulte que chaque extrémité phalangienne répond à la fois : 1° au rond correspondant de la série voisine ; 2° à l’extrémité des deux phalanges entre lesquelles se trouve compris le rond précité.
c. Signification anatomique. — La membrane réticulaire est un produit cuticulaire des cellules sous-jacentes, et les différentes figures que l’on remarque à sa surface libre ne sont autre chose que l’expression des contours de ces mêmes cellules.
C’est ainsi que les ronds de Lœwenberg répondent à l’extrémité oiliée des cellules auditives. Ils sont traversés par les cils qui couronnent ces cellules, et ces cils forment sur chaque rond une espèce de fer à cheval dont la concavité est tournée en dedans (fig. 663, 2, 2; et 2").
Quant aux phalanges , celles de la première rangée sont formées par les apophyses des piliers externes de Corti ; les autres répondent au prolongement antérieur (ou prolongement périphérique) de la première et de la deuxième rangée des cellules de Deiters. En dehors de la dernière rangée des cellules auditives, qui constitue la troisième rangée des ronds, la membrane réticulaire se prolonge encore sur la troisième rangée des cellules de Deiters, ainsi que sur les premières cellules de Claudius.
Ces derniers éléments cellulaires se traduisent sur le réticulum par une série de quadrilatères plus ou moins allongés (fig. 656, 15), qui forment la limite externe
Fig. 66o.
La membrane réticulaire isolée et en place, vue à vol d’oiseau par sa face antérieure {schématique) .
A, pilier interne de l’arcade de Corti, avec a, sa plaque. — B, pilier externe,
C, tunnel de Corti. — D, membrane basilaire.
1, 1’, bords interne et externe de la membrane réticulaire. — 2, 2’, 2”, les trois rangées de ronds de Lœwenberg, répondant à l’extrémité ciliée des cellules auditives. — 3, 3, première rangée des phalanges, répondant à l'apophyse externe du pilier externe. — 4, 4’, 4”, deuxième, troisième et quatrième rangées des phalanges, répondant à l’extrémité antérieure des cellules de Deiters. — 5, 5, cadres terminaux, formés par les cellules de Claudius.
OREILLE INTERNE 745
ou bordure de la membrane réticulaire et auxquels Deiters avait donné le nom de cadres terminaux .
D. Membrane de Gorti. — La membrane de Gorti ( membrana tectoria de quelques anatomistes) est encore une formation cuticulaire, placée en avant de la membrane réticulaire et recouvrant comme elle l’organe de Corti (fig. 656, 11).
a. Origine, trajet , terminaisons. — Elle prend naissance sur la partie interne de la bandelette sillonnée, où elle se traduit, sur des coupes transversales, par un liséré fort mince.
De là, elle se porte en dehors, revêt sans interruption la face antérieure de la bandelette sillonnée et arrive ainsi sur les dents auditives de la première rangée.
La même membrane, avec les cellules -qui lui servent de substratum et dont l’empreinte lui donne son aspect réticulé {schématique).
A, pilier interne de l’arcade de Corti, avec a, sa plaque. — B, pilier externe (en jaune). — C, tunnel de Corti.
D, membrane basilaire. — E, cellules auditives internes.
i, 1', bords interne et externe de la membrane réticulaire. — 2, 2’, 2”, les trois rangées de ronds de Lœwenberg (en bleu). — 3, première rangée des phalanges (en jaune). — 4, 4’, 4”, deuxième, troisième et quatrième rangées des phalanges (en rouge). — 5, 5, cadres terminaux. — 6, 6’, 6”, les trois raugées de cellules auditives externes (en bleu). — 7, 7’, 7”, cellules de Deiters. — 8, 8’, cellules de Claudius.
Se séparant alors de la bandelette sillonnée, elle poursuit son trajet en dehors, en même temps qu’elle augmente d’épaisseur : elle passe, tout d’abord, au-devant du sillon spiral interne et s’étale ensuite sur les amas cellulaires de l’organe de Corti, reposant sur la membrane réticulaire et sur les cils auditifs à la manière d’un étouffoir.
La membrane de Corti ne dépasse pas en dehors la dernière rangée des cellules de Deiters, et c’est à. tort que certains anatomistes, à la suite de Loewenberg, la font insérer par son extrémité externe sur le bourrelet ligament du spiral. Elle s’arrête constamment (Kolliker, Waldeyer, Coyne) à la limite des cellules de Deiters et elle se termine à ce niveau par un bord libre, mince, flottant dans le liquide du canal cochléaire.
b. Structure. — Comme les produits de nature cuticulaire, la membrane de Corti se compose d’une substance homogène, hyaline, fortement réfringente. Lors-
ANATOMIE HUMAINE. — T. III, 6e ÉDIT.
qu’on l’examine, soit sur sa face antérieure, soit sur des coupes transversales, elle se montre finement striée dans toute son épaisseur. Ces stries se disposent en sens radiaire ou, plutôt, elles sont légèrement obliques de dedans en dehors et d’avant en arrière.
Les dimensions des différentes parties constituantes du limaçon varient beaucoup suivant les espèces animales et, pour chaque espèce, suivant le point où on les considère. Voici quelles sont ces dimensions, chez l’homme, d’après les mensurations de Waldeyer. Elles sont représentées en millièmes de millimètre :
1° Canalis reuniens
2° Canal cochléaire
Diamètre
Epaisseur de la paroi. .
Largeur dans le lor tour — — 2° tour.
I Hauteur dans le 1er tour — — 2° t.nnr
3° Membrane de Reissner
4° Bandelette sillonnée
5° Dents auditives.
6° Sillon spiral interne . . .
7° Tunnel de Corti | Largeur mesurée à la base
2° tour Longueur dans le 1er tour
— — 2° tour
Largeur dans le 1er tour
— — 2e tour.
Longueur
Largeur
Hauteur maximum . . .
8° Piliers de Corti
9° Cellules ciliées internes
10° Cellules ciliées externes.
Longueur des piliers internes.
— — externes
Épaisseur des piliers internes .
— — externes
Longueur
Largeur
( Longueur (y compris le prolongement)
( Largeur
11° Cils auditifs | Longueur
12° Phalanges . . * | Longueur moyenne
13° Ronds de Lœwenberg ....
14° Epith. delamembr . de Reissner 15° Épithél. dusill. spiral interne
Diamètre moyen Épaisseur . . .
Épaisseur . . .
16° Membrana
tectoria 11 Margeur en sens
radiaire
17° Foramina nervina . . .
18° Piliers internes
19° Piliers externes
20° Cellules ciliées internes .
21° Cellules ciliées externes.
Epaisseur maximum
Nombre
Nombre
Nombre
Nombre
| Nombre 18.000
§ III. — Liquides de l’oreille interne
On a cru, pendant longtemps, que les cavités du labyrinthe étaient remplies d’air. Ce n’est qu’en 1684 que les recherches de Valsalva ont démontré, contrairement à l’opinion qui était alors universellement admise, que l’oreille interne renferme une «'humeur qui présente chez le foetus une coloration rougeâtre, mais qui, avec le temps, se dépouille de sa couleur et devient limpide comme de l’eau ». Valsalva, cependant, ne distingue nullement, dans sa description, le liquide que renferme le labyrinthe membraneux de celui qui l’entoure. Cette distinction est nettement établie par Scarpa plus de cent ans plus tard, en ! 794. Les deux liquides intra et péri-membraneux {humeur de Valsalva et humeur de Scarpa de certains
OREILLE INTERNE
auteurs) sont étudiés de nouveau, en 1835, par Breschet sous les noms d 'endolymphe et de périlymphe, dénominations qui sont adoptées aujourd’hui par la grande majorité des anatomistes.
1° Endolymphe. — L’endolymphe remplit toutes les cavités que forme le labyrinthe membraneux : d’une part, l’utricule et les trois canaux demi-circulaires ; d’autre part, le saccule et le canal cochléaire. Nous avons déjà vu (p. 724) que le canal cochléaire était réuni au saccule par le canal de Ilensen et que le saccule, à son tour, communiquait indirectement avec l’utricule par l’intermédiaire du
Fig. 665.
Schéma indiquant les 'espaces péri- et endolymphatiques (les espaces endolymphatiques sont représentées en bleu, les espaces périlymphatiques en noir).
i, utricule. — '2, saccule. — 3 canaux demi-circulaires. — 4. canal cochléaire. — 5, canal endolymphalique, avec ses deux branches initiales. — G, cul-de-sac endolymph »lique, soulevant la dure-mère. — 7, canal de Hensen, unissant le saccule à la portion vestibulaire du canal cochléaire. — 8, rampe tympauique. — 9, rampe vestibulaire. — <0, communication des deux rampes au niveau de l'helicotréma. — 11, aqueduc du vestibule. — 12, aqueduc du limaçon. — 13, périoste. — 14, dure-mère. — 15, étrier dans la fenêtre ovale. — 16, fenêtre ronde et tympan secondaire.
canal endolymphatique. Grâce a ces communications, qui transforment les différents espaces endolymphatiques en une cavité unique (fig. 665), l’endolymphe ne forme qu’une seule et même masse et, de ce fait, la pression s’équilibre avec la plus grande facilité dans toute l’étendue du labyrinthe membraneux.
L’endolymphe est un liquide clair, fluide comme de l’eau, tout à fait incolore chez l’adulte. Chez le fœtus, sa fluidité est moindre et elle présente, en outre, un léger reflet rougeâtre, comme l’avait remarqué Valsalva. En passant des mammifères aux vertébrés inférieurs, on voit l’endolymphe augmenter de consistance et devenir plus ou moins visqueuse. Chez les poissons, notamment, elle revêt l’aspect d’une sorte de gelée.
L’analyse chimique a révélé à Barruel, dans cette endolymphe gélatiniforme des poissons, du chlorure de sodium, du phosphate d’ammoniaque, de l’albumine et
ORGANES DES SENS
une matière glaireuse analogue au mucus. Nous rappellerons que l’endolymphe renferme encore, au niveau des taches et des crêtes acoustiques (p. 726), des concrétions calcaires qui, suivant leur volume et leur mode de dissémination, prennent le nom d’otolithes ou de poussières auditives [otoconie). Ces concrétions calcaires présentent la composition suivante, d’après Barruel : carbonate de chaux, 73,80 p. 100 ; carbonate de magnésie, 1, 20 p. 100 ; matière animale, 25 p. 100.
2° Périlymphe. — La périlymphe (fig. 664) remplit tout l’espace compris entre les formations molles du labyrinthe membraneux et les parois du labyrinthe osseux. Cet espace est relativement considérable : il représente, pour le vestibule, le tiers environ de la cavité osseuse ; pour les canaux demi-circulaires, les deux tiers ou même les trois quarts de la cavité formée par les canaux osseux ; pour le limaçon, il est constitué par les deux rampes vestibulaire et tympanique. Les différents espaces périlymphatiques communiquent tous entre eux et la périlymphe, comme l’endolymphe, ne forme qu’une seule et même masse liquide, au sein de laquelle la moindre modification de pression subie par un point quelconque se propage immédiatement à tous les autres points.
Les deux rampes tympanique et vestibulaire sont libres dans toute leur étendue, depuis la base du limaçon jusqu’à leur union au niveau de l’hélicotréma. Il n’en est pas de même des espaces périlymphatiques du vestibule et des canaux demicirculaires : ceux-ci sont cloisonnés, comme nous l’avons déjà vu, par des travées fibreuses, qui du périoste se portent sur l’utricule, sur le saccule et sur les canaux demi-circulaires membraneux. Nous ajouterons que les espaces périlymphatiques, ainsi que les travées fibreuses qui les cloisonnent, sont revêtus par des cellules aplaties et à contours polygonaux, qui constituent pour ces espaces un véritable endothélium.
La périlymphe est, comme l’endolymphe, un liquide clair, incolore, fluide comme de l’eau. Elle a une saveur un peu salée, une réaction alcaline et se trouble légèrement par l’alcool. Krimer, chez les mamnifères, y a constaté la présence, en dissolution dans l’eau, du carbonate de potasse, du carbonate de soude et de l’albumine.
§ IY. - Terminaison du nerf auditif
Nous avons déjà vu, en Névrologie, que le nerf auditif, issu des parties latérales du bulbe pénétrait dans le conduit auditif interne et se divisait, peu après son entrée dans ce conduit, en deux branches : une branche antérieure ou cochléenne {nerf co chié en), une branche postéro-supérieure ou vestibulaire {nerf vestibulaire) . Chacune de ces branches, présente sur son trajet de petits amas de cellules ganglionnaires, que doivent traverser les fibres nerveuses de l’auditif avant de se rendre aux éléments histologiques dans lesquels elles se terminent.
1° Branche cochléenne. — La branche cochléenne ou nerf cochléen (fig. 666, 2), représente la partie antérieure du nerf auditif.
A. Trajet et rapports. — Obliquement dirigée en avant et en dehors, la branche cochléenne se porte vers la fossette antéro-inférieure du conduit auditif interne. Cette fossette, on le sait (p. 721), présente une multitude de petits orifices, lesquels se disposent en une longue bande spiroïde que nous avons déjà décrite sous le nom de crible spiroïde ou crible spiral du limaçon.
OREILLE INTERNE
En se rapprochant du crible spiroïde, la branche cochléenne s’aplatit peu à peu et finit par se transformer en une mince lamelle, qui s’enroule autour de l’un de ses bords à la manière d’une volute. Ce mode d’enroulement de la lamelle nerveuse correspond exactement à celui du crible spiral qu’elle doit traverser, de telle sorte que les différents faisceaux constitutifs du nerf cochléen se trouvent amenés chacun en face de l’orifice qui lui est destiné.
Après avoir traversé les orifices du crible spiral, les filets de la branche cochléenne arrivent dans l’épaisseur de la columelle. Ils suivent quelque temps
Fig. 666.
Schéma montrant le mode de distribution du nerf auditif.
a, vestibule, avec b, utricule ; c, saccule ; d, portion initiale du canal cochléaire ; e, ampoule du canal demi-circulaire postérieur. — f, limaçon. — g, aqueduc de Fallope. — h , fond du conduit auditif interne, avec ses quatre fossettes, — z, foramen singulare de Morgagni.
1’ tronc de l’auditif. . — 2, sa branche cochléenne, avec 2’, section de ses faisceaux superficiels, destinés à la moitié du limaçon qui a été enlevée dans la figure. — 3. sa branche vestibulaire. — 4, ganglion de Corti. — 5, petit rameau destiné à la portion vestibulaire du canal cochléaire. — 6, ganglion de Boettcher. — 7, nerf vestibulaire supérieur, fournissant : 8, le nerf utriculaire ; 9,1e nerf ampullaire supérieur ; lü, le nerf ampullaire externe. — 11, nerf vestibulaire inférieur, fournissant : 12, le nerf sacculaire ; 13, le nerf ampullaire postérieur. — 14, ganglion de Scarpa. — 15, nerf facial. — 16, étrier dans la fenêtre ovale. — 17, caisse du tympan.
un trajet parallèle à l’axe de cette dernière. Puis, s’inclinant en dehors, ils se portent vers le canal spiral de Rosenthal, où ils entrent en relation avec un ganglion, le ganglion spiral ou ganglion de Corti.
B. Ganglion de Corti. — Le ganglion de Corti ou ganglion spiral remplit le canal de Rosenthal dans toute son étendue. Il est, pour la branche cochléenne, de l’auditif ce que sont les ganglions spinaux pour les racines postérieures des nerfs rachidiens. Histologiquement, il se compose d’un stroma conjonctif, dans les mailles duquel se disposent des cellules nerveuses ganglionnaires. Ces cellules (fig. 668, 1) sont ovoïdes, à grand axe transversal ou oblique : elles mesurent en moyenne 40 \l de longueur sur g de largeur. Elles appartiennent à la classe des cellules bipolaires et présentent par conséquent deux extrémités ou pôles, munis
chacun d’un prolongement (fîg. 667) : un pôle externe, auquel aboutit une fibre nerveuse venue de la périphérie (fibre afférente, fibre ganglipète, prolongement protoplasmique du neurone auditif); un pôle interne, d’où s’échappe une nouvelle fibre nerveuse qui se rendra aux centres nerveux (fibre efférente, fibre ganglifuge , prolongement cylindraxile du neurone auditif).
Morphologiquement, le gangion de Gorti est l’homologue d’un ganglion spinal : comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut, il est au nerf cochléaire ce qu’est le ganglion spinal à la racine rachidienne corespondante (voy., à ce sujet, dans le tome II, Terminaisons réelles de l'auditif).
Indépendamment de ces fibres afférentes et efférentes qui sont transversales, on trouve encore dans la masse du ganglion un certain nombre de fibres, signalées par Boettcher, qui suivent un trajet longitudinal et spiral, une direction contraire par conséquent à celle des fibres précédentes. Les histologistes ne sont pas encore nettement fixés sur 1a. manière dont il faut interpréter ces fibres spirales. Il est vraisemblable qu’elles ont la même valeur morphologique que les fibres transversales et qu’elles ne diffèrent de ces dernières que par leur trajet : les fibres transversales se portant directement vers la lame spirale, les fibres spirales s’y portant également mais en suivant un trajet oblique et, partant, beaucoup plus long.
C. Mode de terminaison. — Au sortir du ganglion de Gorti, les filets de la branche cochléenne s’engagent entre les deux lamelles de la lame spirale et s’anastomosent entre eux de manière à former, à ce niveau, une espèce de plexus. Puis, ils traversent les foramina de la lèvre vestibulaire du sillon spiral interne (fig. 668, 5) et arrivent alors sur les piliers internes des arcades de Gorti.
Jusqu’aux foramina, les fibres nerveuses auditives ont conservé leur gaine de myéline. Elles s’en dépouillent en traversant ces trous et n’apparaissent plus désormais que comme des terminaisons cylindraxiles.
On ne sait pas encore d’une façon bien nette commentée comportent les fibrilles nerveuses en entrant dans le canal cochléaire, je veux dire dans cette étroite région qui se trouve circonscrite, en arrière par la membrane basilaire, en dehors par les piliers internes de Corti, en avant par les cellules ciliées internes, en dedans par les cellules de Claudius: Ranvier considère comme probable qu’elles s’y disposent en une sorte de plexus serré, qu’il a désigné sous le nom de plexus spiral interne (fig. 668, 6). De ce plexus partiraient ensuite deux ordres de fibres : des fibres internes et des fibres externes. — Les fibres internes se portent en avant et se terminent, par des extrémités libres, sur le pourtour des cellules ciliées internes. — Les fibres externes s’engagent entre les pieds des piliers internes de Gorti, arrivent dans le tunnel, le traversent en sens radiaire, en sortent par les interstices qui séparent les uns des autres les piliers externes et débouchent alors dans la région des cellules ciliées externes. Là, elles forment trois nouveaux plexus, que Ranvier désigne sous le nom de plexus spiraux externes (fig. 668, 9, 9’, 9”) : le premier, en allant de dedans en dehors est situé entre le pilier externe
Fig. 667.
Cellule nerveuse bipolaire du ganglion acoustique ; ■ (d’après Tour-
NEUX).
r 1, 1. deux étranglements, délimitant un segment nerveux. — 2, corps de la cellule nerveuse. — 3, noyau de la cellule segmentaire.
OREILLE INTERNE
et la première cellule fusiforme ou cellule de soutien ; le second, entre la première
t. Eoulcnaz
G. De y y
Fig. 668.
Mode de terminaison du nerf cochléaire dans l’organe de Corti.
A, pilier interne, avec a, sa masse protoplasmique. — B, pilier externe, avec b, sa masse protoplasmique. — C, tunnel de Corti. — D, cellules sensorielles ou auditives internes, avee d, leurs cils. — D’, cellules auditives externes. — E. cellules de Deiters. — F, cellules de Claudius internes. — F’, cellules de Claudius externes. — G, membrane réticulaire. — H, membrana tectoria ou membrane de Corti. — I, membrane basilaire. — K, ci’ète spirale. — L, E’. lame spirale osseuse.
1, ganglion de Corti. — 2, faisceaux nerveux afférents. — 3, faisceaux nerveux efférents. — 4, fibres spirales de Bœttcher. — 5, foramina nervina. — 6, plexus spiral interne. — 7, ses fibres externes. — 8, ses fibres internes. — 9, 9’ 9”, les trois plexus spiraux externes.
le troisième, entre la deuxième et la troisième
et la seconde cellule de soutien cellule de soutien. Chacun de ces trois plexus donne ensuite naissance à de fines fibrilles, qui viennent se terminer, non pas dans ' les cellules ciliées externes, comme on le croyait autrefois, mais bien, par des extrémités libres, sur le pourtour de ces cellules ciliées externes (fig. 670,10). Au total, les divisions ultimes
Fig. 669.
Terminaisons nerveuses dans le limaçon (préparation au chromate d’argent, d’après Retzius).
t, groupe des cellules ciliées internes.
— 2, groupes des cellules ciliéesexiernes.
— 3, intervalle correspondant au tunnel de Co'ti. — 4, une cellule bipolaire du ganglion spiral. — 5, 5’, fibres nerveuses. issues du ganglion spiral. —
6, 6’, les mêmes, traversant le tunnel de Corti. pour aller se terminer par des extrémités libres entre les cellules ciliées externes. — 7, une fibre du nerf cochléaire.
Fig. 669.
752 ORGANES DES SENS
de la branche cochléenne de l’auditif se terminent toutes dans l’intervalle des cellules épithéliales de l’organe de Corti et, pour préciser, à la surface des cellules ciliées, soit internes, soit externes : ce sont des terminaisons nerveuses, non pas
intr a-ép ithéliales , mais inter épithéliales .
Ces divisions ultimes sont représentées par des fibrilles très fines, plus ou moins variqueuses, se terminant chacune par un tout petit renflement en bouton.
Nous verrons tout à l’heure que les fibres du nerf vestibulaire se terminent exactement de la même façon.
D. Rameau vestibu-