‹ Traité d'anatomie médico-chirurgicale et topographique, considérée spécialement dans ses applications à la pathologie, à la médecine légale, à l'obstétricie, et à la médecine opératoireChapitre 138 sur 142 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des Orteils.

Le pied se termine , comme la main , par cinq appendices mobiles , qu’on désigne de dedans en dehors par leur ordre numérique; ce sont les orteils, analogues des doigts; à partir du 2me , qui souvent est le plus long , ils vont en diminuant jusqu’au dernier ou petit orteil. Le Ier ou gros orteil , qui représente le pouce, n’est pas plus mobile que les autres et ne leur est point opposable chez l’homme , ce qui distingue le pied ; cette opposition fournit, en zoonomie, les caractères des quadrumanes, et transforme leur pied en seconde main. Les orteils servent plus à la progression qu’à la station; ils supportent seuls le poids du corps chez les digitigrades. Ces usages , où la flexion prédomine , expliquent pourquoi ils sout d’ordinaire recourbés en bas, disposition qu’exagère encore la pression des chaussures étroites. Dans l’enfant, ils sont presque droits, et placés sur un même plan. Le gros orteil en garde seul la direction , mais souvent il s’incline en dehors , et laisse saillante la tête métatarsienne que froisse alors et meurtrit la pression des souliers.

Les orteils présentent tant d’analogies avec les doigts que ce serait tomber dans des répétitions que de les décrire avec

détail ( voy. Doigts ). Nous insisterons surtout sur les dissemblances qu’ils peuvent offrir. Le nombre des orteils est moins sujet à varier : je conserve des mains qui n’ont que 4 et même 3 doigts; je n’ai pu rencontrer cette anomalie au pied. Les orteils surnuméraires sont aussi plus rares. Ils sont plus courts , et tous , sauf le 1er, sont moins volumineux que les doigts; ils sont relativement moins développés par rapport à la longueur du tarse et du métatarse. Leur racine est plus profonde , et leur commissure paraît plus étendue; leur angle inter-digital est à 9 ou 10 lignes (20à22mm) de l’articulation métatarso-phalangienne. Le panaris y paraît plus rare; mais la tourniole et l’onyxis y sont plus communs : dans la marche et la station , la pulpe refoulée par le sol , presse l’ongle de bas en haut , et l’orteil , comprimé latéralement, rendant l’ongle plus courbe, fait que ses bords et ses angles s’enfoncent dans les chairs : celles-ci s’enflamment , s’ulcèrent , et végètent en recouvrant la surface onguéale. Les trois indications fondamentales sont: l°de déprimer les chairs, 2° de relever les bords de l’ongle , 3° de diminuer sa convexité. J’ai, pendant plusieurs mois, poursuivi sur moi-même des expériences variées sur les ongles: j’ai constaté 1° que leur croissance est plus lente au pied qu’à la main; 2° qu’elle n’est pas également active sur tous les doigts, et que le gros orteil l’emporte sur les autres; 3° qu’elle s’opère par la propulsion de fibres adjacentes et parallèles qui divergent à peine en s’éloignant de la matrice; 4° qu’il faut environ quatre mois pour que l’ongle du gros orteil se renouvelle, etc. Quand on néglige les ongles, ils croissent indéfiniment, se replient sous la pulpe, et prennent la forme recourbée des griffes des animaux carnassiers. Sur les cadavres de vieillards , on les voit souvent envelopper ainsi une grande partie de l’orteil. — La compression de la chaussure occasionne les cors; leur partie fondamentale est une production cornée; il s’y joint une hypertrophie de la couche albidesuperficielle, avec épaississement de l’épiderme.

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Ou conçoit que l’extirpation soit le meilleur moyen curatif. — Nous avons déjà parlé des durillons.

Sous le rapport des muscles, les orteils offrent quelques particularités: ils sont pour l’extension mieux pourvus que les doigts; ils possèdent deux extenseurs communs ; le petit ou pédieux n’envoie pas de tendon au 5rae orteil, ni le grand au 1er qui a le sien propre. Les lombricaux se joignent aux tendons extenseurs des quatre derniers, et concourent à former leur membrane fibreuse dorsale. En résumé, le 1er et le 2me orteil ont, comme le pouce et l’index, deux extenseurs; le 3me et le 4me en ont un de plus que les doigts médius et annulaire; le seul petit orteil , moins favorisé , n’a qu’un seul tendon du grand extenseur, auquel se joint souvent une bandelette du péronier antérieur, analogue de l’extenseur propre du petit doigt (Blandin). Ajoutons que le long fléchisseur est phalaugettien ; c’est l’inverse à la main. Le gros orteil semble mieux partagé que le pouce; il a un adducteur et deux abducteurs; les muscles latéraux des autres orteils sont disposés comme aux doigts; le 2me, analogue du médius, tire, comme lui, son adducteur et son abducteur des inter-osseux dorsaux.

Nous avons dit que les artères et les veines collatérales se comportent comme aux doigts. Il en est de même des nerfs : les dorsaux émanent des saphènes et des musculo-culanés; les plantaires proviennent du nerf plantaire interne qui, analogue du médian , anime les trois premiers orteils et le côté interne du 4me; et du plantaire externe qui , semblable au cubital , se distribue au Ôme et au bord externe du 4me; toutefois l’innervation et la circulation y sont moins actives qu’aux doigts; les orteils sont les organes les plus exposés à la congélation : ils sont le siège primitif et de prédilection de la gangrène sénile, de l’ergotisme gangréneux , etc.

Le squelette des orteils se compose , ainsi qu’aux doigts , de trois phalanges ; le 1er, comme le pouce , n’eu a que deux; leurs formes et leurs articulations sont les mêmes.

Des os sèsamoïdes se développent également dans les ligaments articulaires inférieurs, seulement ils sont plus précoces et plus volumineux , sans doute par suite des frottements plus rudes et plus fréquents qu’y exercent les fléchisseurs sous l’influence du poids du corps (Blandin). Les phalanges moyennes sont moins allongées que celles qui leur correspondent aux doigts; de là, la longueur moindre des orteils. Les phalanges onguéales sont très-petites , hormis celle du 1er orteil qui est très-grosse; elle devient parfois le siège d’une exostose qu’on a confondue avec une verrue, une onglade , un spina-ventosa; on a môme sacrifié l’orteil. Dupuytren le conservait , en extirpant la tumeur seule par deux incisions elliptiques. A l’exception du 1er, on n’ampute pas ces organes dans leur continuité; on ne désarticule même ni les 3es ni les 2es phalanges des quatre autres ; on regarde comme préférable l’ablation de l’orteil en totalité. Le 1er fait seul exception; on enlève sa phalangette, comme au pouce.

Les articulations phalangiennes comprennent, outre la synoviale, deux ligaments latéraux et un ligament inférieur, de même qu’aux doigts. Leur peu de mouvements et leur état habituel de courbure les rend sujettes à l’ankylose. Cette flexion forcée et permanente peut dépendre de la rétraction musculaire, comme l’avait déjà signalé Boyer; le plus souvent elle porte sur le 2rae que sa longueur exubérante expose à être repoussé par la chaussure. L’ongle , appuyant sur le sol , est alors refoulé dans sa matrice à chaque pas; de là, des douleurs qui empêchent la station et la marche. On n’a eu souvent pour ressource que l’extirpation de l’organe en totalité, ou son amputation partielle, comme le faisaitDupuytren. La ténotomie devra être d’abord essayée ; elle peut réussir. La petitesse des orteils les soustrait aux fractures indirectes; j’en ai pourtant rencontré un exemple sur le3mo, à la suite d’un coup de pied contre une borne. On ne connaît guère d’observation de luxation des phalanges.

h' articulation métatarso-phalangienne est assujétie , ainsi

DES OIITEILS.

qu’à la main, par deux ligaments latéraux , un ligament inférieur et une synoviale. Les têtes métatarsiennes , comprimées latéralement, sont arrondies, convexes et plus allongées dans le sens de la flexion. M. Malgaigne croit que «la première phalange des orteils se fléchit presque exclusivement en arrière , et que les muscles appelés extenseurs sont de purs fléchisseurs pour elle. » Cette assertion n’est pas toutà-fait exacte; chacun pourra se convaincre, en expérimentant sur soi-même, que la flexion plantaire peut s’approcher de l’angle droit , excepté pour le gros orteil ; seulement ce mouvement devient moins prononcé par l’usage des chaussures étroites , et sous l’influence répétée du poids du corps dans la marche. — La brièveté des orteils et la force de leurs moyens d’union expliquent la rareté de leurs luxations; on n’a guère observé que celle du gros orteil. Le déplacement a lieu en haut. La plupart des remarques que nous avons faites sur celui du pouce s’appliquent également ici; on pourra, comme nous, constater qu’un grand obstacle réside dans l'accrochcment des surfaces osseuses; l’épiphyse de la phalange fait un double relief qui vient arc-bouter contre le rebord de la tête phalangienne. J'ai vu échouer les efforts d’extension les plus violents. Le mouvement de bascule est ici bien indiqué. Au besoin , je couperais le tendon des extenseurs.

L’interligne articulaire décrit une légère courbure, à convexité inférieure, derrière la commissure. C’est la voie que doit suivre le couteau dans la désarticulation complète. On ne doit toucher aux têtes métatarsiennes, qu’autant qu’elles se trouvent elles-mêmes altérées. Toutefois celle du 1er métatarsien faisant, après l'ablation du gros orteii , une saillie diflormeque meurtrit la chaussure, on préfère, depuis Ledrau, la réséquer partiellement. On peut suivre la modification de Richerand qui lui donne un coup de scie oblique. Dupuytren n’a pas vu cette amputation entraîner le renversement du pied. 50.

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