‹ Traité d'anatomie médico-chirurgicale et topographique, considérée spécialement dans ses applications à la pathologie, à la médecine légale, à l'obstétricie, et à la médecine opératoireChapitre 86 sur 142 · RÉGION 1)E L’AVANT-BRAS · texte numérisé non relu

RÉGION 1)E L’AVANT-BRAS

hauteur du squelette. M. Velpeau en conclut que « si le radius se brise plus souvent en haut, c’est le contraire pour le cubitus. » Pour moi , j’ai observé que les fractures du radius les plus communes sont auprès du poignet et celles du cubitus à sa partie moyenne. «Il faudrait, ajoute-t-il, que les deux os fussent brisés ensemble pour que les fragments pussent se déplacer selon leur longueur. » Une mensuration exacte prouvera aisément le contraire; seulement le raccourcissement est alors minime , mais il n’en constitue pas moins une indication curative à remplir. — Le radius et le cubitus affectent chacun une forme triangulaire avec un angle postérieur assez saillant, et comme ils sont moins recouverts par les muscles sur les côtés où ils se trouvent presque sous-cutanés, il en résulte : 1° Que dans l’application des lacqs au poignet , il faut protéger avec soin les parties pour prévenir la meurtrissure et la mortification des téguments; 2° Que l’amputation à deux lambeaux, antérieur et postérieur, a l’inconvénient de laisser les os à découvert et saillants vers les angles. Après la section osseuse près du poignet sur le cadavre, si on fait exécuter des mouvements de pronation et de supination , on s’aperçoit que le radius et le cubitus font alternativement saillie comme s’ils s’allongaient. De là, le précepte d’appliquer la scie dans une position moyenne , également éloignée des deux extrêmes. Il n’en est pas de même pour l’application des appareils de fractures : si , sur un avant-bras dépouillé de muscles, on produit la pronation, on voit que les deux os se croisent et tendent à effacer l’espace inter-osseux; or, le radius ne pouvantrouler sur le cubitus qu’aux dépens de cet espace , les fractures vicieusement consolidées gênent ou même empêchent la pronation delà main. De là, la nécessité de mettre l’appareil dans la supination. Toutefois , les malades ne peuvent supporter longtemps cette attitude; on est forcé d’en chercher une autre. M.Diday a expérimenté sur le squelette que, dans la pronation , et le coude étant élevé et tenu à distance du tronc, les

deux os de l’avant-bras sont très-bien écartés. De mon côté, j’avais employé avec succès cette position dans plusieurs fractures de l’avant-bras compliquées de plaies, position plus commode au lit , et que les malades peuvent conserver tout le temps nécessaire. — La rotation forcée faisant disparaître l’espace inter-osseux , on a dit avec raison que le radius agit alors comme une bascule sur le cubitus, à l’instar d’un levier du 1er genre dont la puissance est en bas; d’où la facilité des luxations de son extrémité supérieure ; sa tête, au contraire , tend à se déplacer en avant dans la supination qui écarte les os. Aussi , est-ce une habitude três-fàcheuse que de soulever ainsi les enfants parla main quand on veut leur faire sauter un mauvais pas.

L’espace inter-osseux a une forme irrégulièrement ovale; sa largeur , qui varie, diminue beaucoup aux deux extrémités ; une aponévrose (ligament inter-osseux) sert de moyen d’union aux os et de séparation aux deux faces du membre ; moins étendue que l’espace lui-même, elle commence audessous delà tubérosité bicipitale. Dans les fractures du radius , les deux fragments sont attirés en dedans par le rond pronateur en haut, par le carré pronateur en bas; dans celles du cubitus , c’est surtout le fragment inférieur qui se déplace , le supérieur se trouvant fixé par l’articulation liuméro-cubitale. Dans ces deux cas, l’espace inter-osseux tend à s’effacer. On cherche à le rétablir , en y refoulant les muscles avec des compresses graduées , soutenues par des attelles. Les compresses ne doivent pas être trop larges , afin de pouvoir s’engager en forme de coin entre les fragments; elles ne doivent pas être trop longues, sous peine de déborder les limites de l’espace inter-osseux et de passer par-dessus sans y pénétrer suffisamment. M. Malgaigne est allé trop loin en exagérant le principe : « Je n’applique , dit-il, de compresses graduées qu’au lieu même delà fracture. Je réduis leur longueur à un pouce et demi au plus. Plus de longueur est au moins inutile, et très-probablement

RÉGION UE L’AVANT-BRAS, nuisible. » En quoi peut-il être nuisible d’occuper la majeure partie de l’espace inter-osseux? Ne peut-on pas alors refouler plus exactement les os, et n’a-t-on pas plus de prise, et moins d’inconvénients à craindre de la compression , en la faisant répartir sur une pîusgrande étendue des fragments ? Au reste, il ne faut pas oublier que le cubitus débordant un peu en arrière et le radius en avant, une pression trop forte ou mal appliquée pourra trop repousser en avant ie fragment supérieur du 1er, et en arrière celui du 2me. Nous avons indiqué la position la plus convenable pour placer l’appareil.

J’ai eu deux fois à pratiquer l’opération de la nécrose invaginée du tiers inférieur du radius , chez des garçons de 14 et 15 ans. J’ai constaté quelques phénomènes curieux; tandis que les professeurs J. Cloquet et Sanson prétendent que les membres s’allongent dans la nécrose ( Dict . en 15 vol., 1834, XI , p. 608 j, j’ai trouvé , au contraire , un raccourcissement notable; je me l’explique par un arrêt de développement; le cubitus dépassait de beaucoup, en bas , le radius; le côté radial, plus court, avait incliné la main dans ce sens , contrairement à ce qu’on observe normalement. Il y avait ainsi une difformité consécutive à la maladie de l’os. Le radius est difficilement accessible, comme étant de toutes parts enveloppé de tendons, de nerfs, d’artères et de veines, etc. Voici comment j’attaquai le séquestre.

Procédé de V auteur. En faisant partir de la face postérieure et moyenne de l’article radio-carpien une incision oblique et ascendante qui aboutisse au bord externe du radius , vers son tiers inférieur, on tombe à côté des branches dorsales de la veine radiale, qu’il est facile d’écarter ; puis , incisant l’aponévrose, or» trouve les faisceaux réunis de l’abducteur et de l’extenseur du pouce, qu’on relève en dehors en les détachant un peudu périoste, de manière à découvrir une largeur suffisante de l’os, circonscrite en dehors par les deux radiaux externes. Une ou deux petites couronnes de trépan mettent à nu le séquestre qu’il est aisé d’extraire. Plus tard , on

ANATOMIE MEDICO-CîlIRUBGICALE.

redresse la main sur une palette inclinée vers le cubitus.

Ce procédé est aussi sûr que simple ; il m’a réussi deux fois ; et comme il est fondé sur l’anatomie , il pourra peutêtre prendre rang parmi les opérations réglées.

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