U. — RUPTURES
Les ruptures sont des solutions de continuité résultant d’une traction ou d’une distension qui porte violemment les tissus au delà de leur extensibilité naturelle. Ces solutions de continuité, si la peau est lacérée en même temps que les parties molles, prennent le nom de plaies par arrachement ; ces plaies sont à la rupture ce que la plaie contuse est à la contusion.
Les ruptures se produisent dans des tissus sains ou dans des tissus déjà préalablement altérés; celles qui ont lieu dans des tissus sains trouvent seules» leur place ici ; les autres seront étudiées en même temps que l'altération dont elles ne sont qu’une conséquence.
Les ruptures sont déterminées soit par la distension brusque ou lente des tissus et des organes, soit encore par la dilatation exagérée des organes creux : la rupture a lieu par distension lorsqu’un effort musculaire ou une traction énergique viennent à rompre des portions d’os ou des tendons ; elle a lieu par dilatation quand l’estomac, la vésicule biliaire, la vessie ou d’autres organes creux sont extraordinairement distendus par l’accumulation de substances liquides ou solides. Les effets des ruptures varient avec le rôle physiologique de l’organe affecté, il convient de les examiner dans les organes fasciculés, ligaments, tendons, muscles, nerfs, puis dans les conduits et les réservoirs.
L’entorse et la luxation sont les circonstances traumatiques dans lesquelles a généralement lieu la rupture des ligaments, des capsules fibreuses et des tendons ; ces derniers pourtant peuvent encore se rompre à la suite d’une contraction brusque et violente des muscles dont ils sont la terminaison. Dans tous ces cas, il est à remarquer que la solution de continuité n’a jamais lieu à l’endroit précis de l’attache du tendon à l’os, mais bien sur son trajet, dans l’épaisseur même ou à la surface du muscle; elle est nette, dépourvue de dentelures prolongées, indice que la rupture n’a pas lieu au niveau du point où les fibres tendineuses s’unissent aux libres charnues.
La réparation des ligaments etdes tendons rompus est fort peu connue. L’occasion d’observer ce qui se passe en pareille circonstance n’a lieu que dans des cas compliqués où on trouve les bouts déchirés séparés par un épanchement sanguin plus ou moins considérable qui en général
TRAUMATISME MECANIQUE
s’étend jusque sous le tégument. On peut croire que la réunion n’est possible qu'à la condition d’un rapprochement suffisant, car, dans le cas contraire, les extrémités rompues contractent des adhérences avec les parties voisines. Les phénomènes histologiques propres à la cicatrisation qui s’opère après la rupture des tendons et des ligaments sont aussi difficiles à observer, à moins de recourir à l’expérimentation : ce que l’on en sait se déduit de l’examen clinique et de la comparaison entre la rupture et les sections sous-cutanées des toiles fibreuses et des cordages tendineux ; partant il y a tout lieu de croire que la cicatrisation s’opère par l'apparition de petites cellules rondes embryonnaires qui peu à peu se transforment en un tissu fihrillaire.
La rupture des muscles n’est pas rare dans les luxations, et principalement dans celle de l’épaule ; elle se produit encore sous l’influence d’une violence extérieure, pendant la période de relâchement et surtout de contraction musculaire; elle a lieu enfin par le seul fait d’une contraction brusque et violente. C’est vraisemblablement à la rupture de quelques libres charnues des muscles jumeaux plutôt qu’à celle du tendon du plantaire grêle qu’est due la douleur si remarquable connue sous le nom de coup de fouet.
Les désordres anatomiques delà rupture musculaire ont été peu étudiés, si ce n’est dans certains cas graves où on a vu peu de temps après l ’accident les faisceaux et les libres rompus séparés par un épanchement sanguin plus ou moins abondant; plus tard, on a constaté dans le myolemme et dans le tissu conjonctif intermusculaire l’apparition de jeunes cellules semblables à celles qui se produisent dans la myosite traumatique, puis la transformation de ces éléments en un tissu de cicatrice.
Les nerfs, comme les tendons et les muscles, sont quelquefois déchirés dans les luxations, par exemple le nerf axillaire dans les luxations de l’humérus et le nerf médian dans la luxation du coude. Ces organes peuvent encore se rompre à la suite de tractions excessives pratiquées dans le but de réduire une luxation, et, dans ces conditions, la rupture a pu s’opérerau niveau des racines médullaires (Flaubert). L’étude histologique de ces ruptures est peu connue; mais avancer que le processus de réparation est semblable à celui qui fait suite à la section des nerfs, ce n’est pas s’écarter de la vérité.
La rupture des artères a également lieu à la suite de luxation ou de tractions exagérées sur un membre : cette rupture est celle des tissus fibreux et musculaire ; toutefois, en raison de l’inégale résistance des tuniques artérielles, elle n’est pas ordinairement accompagnée d’hémorrha-
gie. Les veines, en raison de léur grande extensibilité, échappent généralement à la rupture.
La rupture des organes creux est rarement traumatique, pourtant on a vu l’intestin, la vessie et d’autres organes creux se rompre à la suite d’une contusion ou d’une chute sur l’abdomen. Le plus ordinairement la rupture des organes creux est due à une distension exagérée de ces organes ; mais comme presque toujours, en pareil cas, elle est en même temps sous la dépendance d’une lésion matérielle, il en résulte qu’elle ne peut nous occuper ici. 11 y a toutefois une exception à faire pour la rupture de l’estomac chez les animaux, à la suite de la distension rapide qui résulte du développement de gaz. La rupture est rare à la suite de la rétention d’un liquide sécrété, urine, hile, parce faitque, sous l’influence d’un
excès de pression dans un réservoir, la sécrétion diminue ou tarit.
Bibliographie. — Sédillot, De ruptura musculari. Paris, 1748, et Mémoire sûr la rupture musmlaïre ( Mém . et Prix de la Soc. de mèd. de Paris. 1817, p. 155). — Boulin, Bu mécanisme des ruptures musculaires (Journ. de physiol. de Magendie, 1821, t. I, p. 295). — J. Cruveiliiier, Traité d’anat. patholog. générale , t. I, p. 105. Paris, 18^9. — Sanson, Rupture du biceps (Gaz. des hôpitaux , 1854, p. /i6). — Richardson., American Journ., 1857, et Gaz. méd., 1858, p. 149. — P. Fournaise, Note sur un cas de rupture du tendon du triceps fémoral , etc. (Soc. méd. de Reims, bull. n° 12, p. 155, et Annal, de la Soc. de méd. de Garni, août 1873, p. 170). — G. -U. -F. Uiide, Zur Kasuistik subentaner Rupturen cler Muskeln und Sehnen (Arc Idc f. Min. Chirurg., 1874, vol. XVI, p. 202). — C. Marguet, Be la rupture du tendon du triceps fémoral au-dessus de la rotule. Thèse de Paris, 1874, n° 9.