I. — Famille des téniadées
Les espèces qui composent cette famille ont la tête piriforme ou sphérique, munie de quatre ventouses arrondies, fortement musculées. Entre les ventouses ou voit ordinairement une ou plusieurs rangées circulaires de crochets recourbés, soutenus et mis en mouvement par un appareil musculaire ou rostre qui peut se projeter en avant et se retirer vers l’intérieur. Les proglottis sont distinctement séparés les uns des autres; à leur état de maturité, ils sont plus longs que larges, et habituellement pourvus d’ouvertures sexuelles latérales.
Ténia de l’homme. — Cysticerque ladrique et ladrerie.
A. — Le téniade l’homme ( Tœnia solium , Linné) est un ver aplati, étroit, semblable à un ruban, composé d’articles ajoutés bout à bout et unis entre eux avec plus ou moins de solidité. Ce ver, d’une longueur difficile à déterminer, mesure en moyenne de 4 à 5 mètres. Il se rétrécit insensiblement d’arrière en avant et finit par devenir tout à fait filiforme; ainsi il présente à peine vers son extrémité antérieure 0nim,66 de largeur, tandis que vers sa partie postérieure il offre souvent 8 et 12 millimètres. Son extrémité antérieure, de forme ovoïde, renflée et communément désignée sous le nom de tête, porte quatre mamelons arrondis, équidistants, opposés, et comme croisés, ayant chacun à son centre un suçoir circulaire ( oscule , bothrie) entouré d’un bourrelet de nature vraisemblablement fibromusculaire. Au milieu de ces oscules parait, en avant, une protubérance convexe plus ou moins élevée, sorte de trompe rudimentaire, mais non perforée ( proboscide , roslelle), sur laquelle se trouve une double couronne de crochets, les uns extérieurs plus longs, les autres intérieurs plus petits, alternant avec les précédents (fig. 231). Au nombre de 12 à 15 à chaque rangée, ces crochets, de nature cornée, sont composés d’un support ou manche formant à peu près la moitié de leur longueur, d'une grille arquée et pointue, d’une garde, sorte de talon plus ou moins saillant, placé à la jonction du support et de la partie arquée.
La tête est portée par un cou grêle et court, déprimé, sans articulations ; viennent ensuite les articles (proglottis) qui forment une chaîne d’éléments unisériés. Les premiers sont toujours plus courts que larges ; à mesure qu’ils grandissent, leur longueur augmente proportionnellement beaucoup plus que leur largeur; aussi sont-ils d’autant plus allongés qu’ils sont plus éloignés de la tête; peu à peu ils deviennent quadrangulaires, oblongs, et leur longueur finit par égaler deux fois leur diamètre trans*
versai. Chacun de ccs articles adultes présente un double appareil génital dont un orifice placé sur le bord constitue le pore sexuel. Ce pore existe, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, sans alternance bien régulière ; il est percé dans une saillie mamelonnée, et très-apparent dans les articulations du milieu ; vu à la loupe, il ressemble à une cupule déprimée et présente vers son centre une ouverture punctiforme par où sort quelquefois un spiculé court. Cette ouverture se rend dans un canal horizontal (canal déférent) entortillé qui conduit au testicule situé vers le milieu de l’articulation. En arrière de l’orifice masculin et souvent confondue avec lui, on voit dans la cupule l’ouverture de l’autre partie sexuelle. Cette ouverture communique avec un canal (vagin) parallèle au canal déférent, mais plus long, qui se dirige vers un organe multilobé ressemblant à une grappe dendritiforme que l’on peut regarder comme étant l’ovaire.
Le ténia de l'homme estovipare, il pond des œufs pourvus de plusieurs enveloppes et qui laissent voir par transparence un embryon dont la tête présente trois paires de crochets de la même forme que ceux de l’adulte, mais proportionnellement plus grands. L’embryon ne se développe qu’à la condition d’ètre transporté dans un endroit convenable, ce qui a lieu lorsque des cucurbitins se trouvent mêlés aux aliments du porc ou à ceux de l’homme ; alors il passe à l’état de cysticerquedela cellulosité (C ysticercus celluloses). Que le ténia puisse quelquefois remonter de l’intestin jusque dans l’estomac, la chose est possible. Or, dans ces conditions, si les articles viennent à renfermer des œufs mûrs, il peut arriver que le suc gastrique, dont l’action est plus énergique que celle du suc intestinal, en dissolve l’enveloppe, et que les embryons devenus libres, s’ils se trouvent dans un milieu favorable, se transforment dans le même animal en vers cystiques : telle est probablement la cause de l’apparition simultanée du Tœniasolium et du Cysticercus celluloses chez un même individu. Le tænia solium est unentozoaire propre à l’homme; il habite l’intestin
- Tænia solium ou ténia armé ; fragments pris de distance en distance à partir de la tête.
a , tête armée de sa couronne de crochets grossie environ 15 fois, b, œuf grossi 300 fois; les crochets de l’embryon sont trop apparents.
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grêle, la tête dirigée en haut, comme on le sait depuis longtemps, mais surtout depuis les ouvertures cadavériques pratiquées en Egypte par Pruner, sur les nègres qui, dans ce pays, ont pour la plupart des ténias. Sa tête est fixée à la paroi intestinale, et cette disposition explique comment elle n’est pour ainsi dire jamais expulsée par les seuls efforts de l’intestin, lorsque des portions considérables de l’animal séparées de la tête sont rendues spontanément. Ce ver est ordinairement solitaire , et de là sa dénomination ; toutefois, un grand nombre de faits prouvent que, chez l’homme comme chez les animaux, plusieurs ténias peuvent se rencontrer simultanément dans le tube digestif. Pruner trouva, en ouvrant le cadavre d’un nègre, cinq- de ces entozoaires mesurant ensemble environ deux cents aunes de longueur, ils occupaient tout l’intestin grêle, qui en paraissait comme rembourré; Vaillant et beaucoup d’autres auteurs ont également trouvé des ténias multiples. Les désordres déterminés par la présence de ces helminthes sont très-variables, suivant la susceptibilité des individus ; mais en général les dérangements de la santé sont peu marqués : dans quelques cas seulement on constate du malaise, de l’anxiété, des troubles plus ou moins persistants dans les phénomènes de la digestion, de la nutrition ou du système nerveux ; pourtant le parasite n’est reconnu que dans les cas où des cucurbitins viennent à s’échapper de l’intestin.
Le tænia solium est observé en Europe, en Algérie, en Egypte, dans l’Inde, dans l’Amérique du Nord et, en un mot, partout où on fait usage de la viande du porc ; il est digne de remarque que dans l’Inde il s’étend comme l’usage de cette viande. Tous les âges y prédisposent, caron l’a vu chez des enfants à la mamelle et chez des vieillards, mais c’est dans Page adulte qu’il est le plus commun ; les femmes, d’un autre côté, y sont plus sujettes que les hommes, et ces différences ont leur origine, sans aucun - doute, dans le genre de vie de chacun ; pour ces mêmes raisons ce ver est commun chez les charcutiers, les cuisiniers, etc.
L’analogiede forme et de constitution de la tête dutæniasolium avec celle du cysticerqueladrique conduisit tout d’abord les helminthologistes à penser que ce dernier n’était que la larve du premier. Plus tard l'expérimentation vint confirmer cette vue de l’esprit et établir définitivement que le tænia solium est engendré chez l’homme par l’usage de la viande d’animaux renfermant des cvslicerques et surtout par l’usage de la viande de porc. Les expériences deKüchenmeister, Leuckart et Humbert ont montré que les personnes auxquelles on faisait avaler des cysticerques de la cellulosité ne tardaient pas à être atteintes de ténia ; or ces expériences, dont quelques-unes seraient à la rigueur récusahles, envisagées dans leur ensemble, ne laissent aucun doute dans l’esprit touchant la genèse du tænia
solium. D’ailleurs on sait depuis, longtemps que les juifs sont exempts de ténia et que ce ver est commun surtout chez les individus qui mangent de la viande crue de porc.
Bibliographie. — Nicolas ànbry, Traité de la génération des vers. Paris, 1700.
— Ch. Bonnet, Diss. sur le ténia (Œuvres compl. , t. II, p. 65. Ncufchâtel, 1779).
— De Thomas, Observ. sur le ver solitaire (Journ. de méd ., de chirurgie , etc., t. XXIII, p. 68. Paris, 1765). — Robin, Lettre sur lever solitaire (Ibid., t. XXV, p. 222, 1766). — Pastel de Francière, Observation sur le ver ténia (Journ. de méd., de chirurg., t. XVIII, p. 416, Paris, 1763, et t. XXVI, p. /)15, 1767).
— Debry, Sur le ténia humain, th. n° 75, p. 11. Paris, 1817. — F.-V. Mérat, Bu ténia ou ver solitaire et de sa cure radicale par l'écorce de la racine de grenadier. Paris, 1832, p. 145. — Brasseur, Bapp, de Baikem (Bull, de l’Acad. royale de méd. de Belgique, t. IX, p. 210. Bruxelles, 1850). — F.-L. Legendre, Observ. propres à éclairer les sympt. nerveux que détermine le tamia (Arch. gèn. de méd., 4 e série, t. XXIII. Paris, 1850). — Le même. Note à propos de plusieurs cas de ver solitaire observés pendant l'enfance (Ibid., 1854, t. IV, p. 642).
— Bertolus, Dissert, sur les métamorphoses des cestoîdes. Thèse de Montpellier, n° 106, décembre 1856. — Davaine, Traité des entozoaires, p. 79 et 93. Paris, 1860. — F. Kuchenmeister, Wiener Medicin. Wochenschrift, 1855, n° 1, et Nouvelle expérience sur la métamorphose du cysticercus cellulosœ en taenia solium de l'homme ( Deutsche Klinik, n° 20, 19 mai 1860, et Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie, 1860, p. 834). — R. Leuckart, Die menschlichen Parasiten, t. I, p. 228. Leipzig, 1868. — M.-R. Levi, Liguriæ med., XVI, p. 152, avril 1870.
— Vaillant, Tænia multiple chez Thomme^(Soc. de biol., p. 50, 1870, et Gaz. méd., 1870, p. 544). — Note sur un tænia monstrueux (Ibid., p. 168). — Laboulbène, Observât, physiolog. sur le tænia solium ( Mém . de la Soc. de biologie, série 5, t. II, p. 109, 1870). — Le même. Gaz. méd. de Paris, p. 407, 1872, et Bull, général de thérapeutique, 1873, t. LXXXV, p. 206. — Cauvet, Note sur le tænia algérien (Ann. deS sciences naturelles, 1873). — Cullingworth, A remarkable specimen of tapeworm (tænia lophosoma ) (Med. Times and Gaz., 13 décembre 1873, et Rev. des sc. méd., t. IV. p. 157, 1874). — Dumas, Six cas de tænia à la suite de l'usage de la viande crue ; fréquence relative de ce ver à Celte (Montpellier médical, juillet 1875).
B. — Le cysticerque ladrique (Cysticercus cellulosœ, Rudolphi), ou larve du tænia solium est le parasite qui engendre l’affection décrite sous le nom de ladrerie. Ce parasite présente une tète presque tétragone qui a la forme elle volume de la tète du tænia solium (fig. 232) ; elle est garnie de quatre suçoirs, couronnée par deux rangs de quinze à seize crochets allongés, et terminée par une trompe obtuse, cylindroïde et imperforée (fig. 233,
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a, b). Le corps de ce parasite, qui renferme de nombreux corpuscules calcaires, estcylindrique, plus long que la vésicule dans laquelle il estcontenu. Elliptique et sans appendice extérieur habituel, cette vésicule, d’un dia-
Fig. 232. — Tête du cysticerque ladrique de l’homme Fig. 233. — a, grand crochet; grossie 80 fois: cette tête est ornce de 14 grands cro- b, petit crochet (370 diachets longs de 0,nm,079 et de 15 petits crochets longs mètres), de 0rnm,013. — Spécimen extrait par moi pendantla vie et dessiné par Léon Vaillant (80 diamètres).
mètre de 6 à 10 millimètres, est blanchâtre, ovoïde, remplie de liquide, percée sur un de ses côtés d’un pertuis étroit qui donne naissance à une vési— cule interne pisiforme plongeant dans le liquide. C’est au fond de celle vésicule interne que l’animal se trouve fixé par un pédicule ; plissé quand il est rétracté sur lui-même, il remplit exactement cette poche, et sa tête est en rapport avec le pertuis de la grande vésicule (fig. 23Zi). Cette dernière est généralement entourée d’un kyste adventif qui souvent présente une petite cicatrice blanche, entourée de vaisseaux correspondant à l’ouverture de sortie du cysticerque (Ch. Robin).
Le cysticerque ladrique subit avec l’âge des modifications profondes : un pigment noir envahit les ventouses et le rostre qui durcit ; les crochets tombent ou sont détruits, le pertuis de la vésicule se rétrécit ou se ferme tout cà fait; celle-ci se déforme, acquiert un volume anormal, se segmente ou même se dédouble, mais elle ne produit point de nouvelles têtes de cysticerques. Ce cysticerque a été rencontré chez le singe, le chien , l’ours ,
Fig. 234. — Cysticerque ladrique du porc (grandeur naturelle). a, tête, col et corps sortis de la vésicule ; b , ces mêmes parties contenues dans la vésicule (d’après Davaine).
le chat, le chevreuil et le porc. Assez fréquemment ou le rencontre chez l’homme, où sa présence est le point de départ d’une maladie analogue à celle qui, chez le porc, est depuis longtemps désignée sous le nom de ladrerie.
Connue d’Aristote (1) qui la considérait comme une affection des plus communes chez le porc, la ladrerie a été rattachée, au xvne siècle, à la présence d’un ver vésiculaire, d’abord par Hartmann deKœnigsberg, et peu de temps après par Malpighi. Relativement rare chez l’homme, la ladrerie paraît avoir été observée pour la première fois par Wharton, qui, sous le titre de : De glandulis sanis varias corporis partes occupantibus in milite , en rapporte un fait peu douteux et d’un intérêt réel, puisqu'il a trait à un individu vivant. Boneta consigné ce fait dans son Sepulcliretum (2), mais pas plus que Wharton il n’a connu l’identité de ces prétendues glandes avec l’altération qui constitue la ladrerie du porc. Il faut arriver jusqu’à Wernejr(3), en 1786, pour avoir une observation authentique de ladrerie chez l’homme. A l’autopsie d’un militaire âgé de âO ans, qui s’était noyé et qui avait séjourné pendant deux semaines dans une eau glacée, cet observateur trouva les muscles farcis de vers vésiculaires. D’autre part, Mascagni (à), Losche (5), Ilimly (6), Flormann (7), Laennee (8), Dupuytren (9), Greve (10) ont trouvé le Cysticercus cellulosœ dans les muscles et dans le tissu conjonctif sous-cutané. Rudolphi rapporte que, de son temps, on rencontrait dans les autopsies à Berlin, une fois sur cinquante, un nombre plus ou moins considérable de cvsticerques ladriques, situés le plus souvent dans les muscles fessiers , les muscles psoas iliaques, les muscles extenseurs de la'cuisse, et plus rarement dans le cerveau. Gerlach (11), Wymann (12), Raikein (13), Demarquay et Ger-
(1) Nous dirons plus loin que les Egyptiens connaissaient déjà la ladrerie, du moins celle du bœuf.
(2) Bonetus, Sppulchretum . Genevae, 1679, p. 1541.
(3) Werncr, Verm. intest, continuaiio, t. II, p. 7. Leipzig, 1786.
(4) Brera, Lezioni med. pratt., etc. Crema, 1802, p. 153.
(5) Steinbach, Comment, de teenia hydat. anom. Erlangen, 1802.
(6) Hufeland’s Journ., t. XXIX, p. 116, 1809.
(7) Rudolphi, Entozoar. synopsis. Berlin, 1819, p. 620.
(8) Laennee, Mém. de la Soc. de méd.} an XII.
(9) Dupuytren, Leçons orales, t. III, p. 367.
(10) Greve, Erfahr. und Beobacht. über die Krankh. der Ilausthiere. Oldenburg, 1818, c. XVIII.
(11) Voyez Gaz. des hâpit., 1844, p. 596.
(12) Jackson, A descript. cata/oy. of the anai. muséum of ilie Boston Soc. Boston, 1847, n° 904.
(13) Raikem, Bull, de V Acad, royale de méd. de Belgique, 1853, p. 199.
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vais (1), Sticli (2), elc. ont également vu de nombreux cvsticerques dans les muscles. Rudolphi (3), Ferrai (à), Andral (5), Leudet (6), et quelques autres auteurs ont noté la présence de ces parasites dans les parois du cœur. Griesinger, après avoir rencontré deux fois des cysticerques dans les centres nerveux, a rassemblé cinquante à soixante cas semblables, et depuis la découverte de l’ophthalmoscope ce parasite a été plusieurs fois observé dans l’œil pendant la vie. Les poumons (Himly, Demarquay et Gervais), le foie, les reins et les glandes lymphatiques sont quelquefois aussi affectés de ladrerie; mais chez l’homme comme chez les animaux, cette maladie semble se localiser de préférence dans le tissu cellulaire sous-cutané et dans les muscles (7).
Le nombre des cysticerques trouvés dans l’organisme humain varie depuis un jusqu’à cinq cents ou même jusqu’à mille et plus. Dans un cas rapporté par Bonhomme, on put évaluer après la mort à deux mille le noilibre de ces vers contenus dans le tissu conjonctif sous-cutané, sousaponévrotique et intermusculaire. Principalement situées au niveau des points d’insertion des libres musculaires, les vésicules qui les renfermaient avaient leur plus grand diamètre parallèle à ces libres qu’ils écartaient sans les détruire. Les centres nerveux contenaient dans le même cas cent onze cysticerques dont vingt-deux dans les méninges, quatre-vingt-quatre dans le cerveau, quatre dans le cervelet et un dans la moelle allongée. Ghez une de mes malades, où pour la première fois l’affection fut diagnostiquée à l’aide du microscope, on pouvait compter sous la peau plus de trois cents cysticerques occupant le tissu conjonctif et les muscles, où ils donnaient lieu à la présence de petites tumeurs olivaires, élastiques, légèrement saillantes. Le tronc et les membres étaient également affectés; les tumeurs étaient en assez grand nombre sous les mâchoires, et l’une d’elles, faisant saillie sur le plancher de la bouche, à gauche de la langue, rappelait toute l’importance attachée anciennement à ce siège chez le porc, d’où la fonction des jurés langueyeurs. Ces tumeurs (fig. 235), dont il me fut facile de déterminer la nature à Laide d’une ponction et de l’examen microscopique, avaient leur grand diamètre
(1) Journ. de l'Institut, 1845, 2re scct., p. 16, et Bull, de la Soc. anat. de Pans, 1845.
(2) Sticb, Canstatt’s Jahresb., 1855, t. IV, p. 339, et Ann. de la Charité de Berlin.
(3) Rudolphi, Entozoarum synopsis, p. 546.
(4) Ferrait, Dublin Journ. of med. science. Joly 1839.
(5) Andral, Anat. path., t. II, p. 322.
(6) Leudet, Bull, delà Soc, anat., XXVII0 année, p. 469. Paris, 1852.
(7) On trouvera l’analyse de la plupart de ces observations dans le remarquable ouvrage du docteur Davaine.
parallèle à la direction des muscles qui conservaient leur apparencenormale. Ces organes, comme d’ailleurs les viscères qui renferment les mêmes parasites sont en général peu altérés, et pour cette raison le cysticerque ladrique peut séjourner longtemps dans l’organisme ; mais souvent il finit
Fig. 235 — Buste d’une femme atteinte de ladrerie. Î1 existe sous la peau du thorax et du cou un grand nombre de tumeurs olivaires formées par des kystes renfermant des cysticerques.
par subir des modifications qui entraînent sa mort. Dans ces conditions le kyste revient sur lui-même, il s’incruste de sels de chaux, et par son volume, comme par sa forme, il revêt l’aspect d’un grain d’orge, ce que j’ai pu constater à plusieurs reprises dans les muscles du thorax, notamment chez des individus morts de phthisie pulmonaire.
Le faible volume des vésicules du cysticerque ladrique rend ces larves ordinairement inoiïensives pour les parties qu’elles occupent, à moins qu’elles ne soient en très-grand nombre, ce qui donne lieu aux phénomènes de la ladrerie. Dans ce cas même il n’existe parfois aucun désordre sérieux, comme j’ai pu le voir chez une malade qu’il m’a été possible de suivre pendant deux années successives; j’ajouterai qu’au bout de ce temps, les tumeurs cystiques m’ont paru avoir diminué de volume, de sorte que les cysticerques semblaient se calcifier. Pourtant il
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est des organes, comme le cerveau et l’œil, dans lesquels la présence d’un seul cysticerque suflit pour produire des accidents quelquefois trèsgraves ; par conséquent, ce n’est pas tant le nombre que le siège spécial de ces parasites qui les rend dangereux pour l’être sur lequel ils se sont fixés ; ces accidents, bien entendu, diffèrent suivant la fonction de l’organe lésé.
Le cysticerque ladrique de l’homme, comme celui du porc, a été observé dans des contrées et dans des climats divers : en Italie, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Suède, etc. 11 se trouve dans les deux sexes et à tous les âges, mais il est manifestement plus commun dans les classes pauvres et chez les personnes malpropres que dans les classes aisées, chez les personnes qui donnent tous les soins nécessaires à la préparation de leurs aliments et qui filtrent l’eau de boisson.
L’identité du cysticerque ladrique avec le scolex du tænia solium conduisit plusieurs observateurs, notamment Van Beneden, Küchenmeister et Haubner, à faire des expériences complémentaires de celles qui consistent à transformer le cysticerque en tænia solium. Cesauteurs, ayant faif avaler à des porcs des œufs et des anneaux de tænia solium, trouvèrent, dansun certain nombre de cas, un plus ou moins grand nombre de cysticerques celluleux dans les muscles de ces animaux. Or, ceux-ci étant placés dans des conditions qui permettaient de penser qu’ils n’étaient pas atteints de ladrerie, on peut admettre que les cysticerques avaient pour origine les œufs ingérés, et partant il y a lieu de croire que'çhez l’homme le cysticerque ladrique provient également de l’ingestion d’œufs de tænia solium qui, faute de soins suffisants de propreté, se trouvent mélangés aux aliments ou aux boissons.
Bibliographie. — G. Gulliver, Obsemations on the structure of the entozoa belonging to the genus cysticercus ( Médico-chirurgical Transact ., t. XXIV, 1). — Delore et Bonhomme, Comptes rendus de la Soc. de biologie, et Gaz. méd. de Paris, 1853. — Kœbeklé, Des cysticerques de tænia chez l’homme. Paris, 1861. — Uolbeau, Bull. Soc. anat. 1861, p. 324. — Griesinger, Archiv der Heilkunde, t. III, p. 207-224, 1862, et Schmidt’ s Jahresb., t. CXIX, p. 46. - — Fiuler, ( Archiv d. Heilkunde, t. IV, p. 268, 1863). — J.-M. Guardia, Ladrerie dans l’antiquité (Ann. d'hygiène et de méd. légale , p. 454, t. XXIII). — Ivuchenmeister, Œsterr. Zeitschr. f.prakt. Heilk., t. XI, 46, 48, 50, et t. XII, 3, G, etc. , 1865 et 1866. — Rich. Wagner, Ueber das Vorkommcn von Cyst. bei Geistes Krankenh. ( Inaug . Diss. Iéna, 1866). — Meissner, Helmirithologische Beobachtungen u. Notizen ( Schmidt's Jahrbücher, t. CXXXIII, p. 301, 1867; t. CXLIV, p. 73; t. CLII, p. 118). — Cesare Lombroso, Riv. clin., VI, 8. Agosto 1867. — Becoulet et Giraud, Note sur le cysticerque du cerveau (Ann. méd. psychologiques, nov. 1872). — li. Lancereaux, Note sur la ladrerie chez l’homme ( Archives générales de médecine, novembre 1872, p. 543).
Tænia mediocanellata (Kiiclienmeister) ou ténia inerme.
Ce ténia, plus large et plus épais que le tænia solium, a aussi une tète plus volumineuse. D’une largeur de 2 millimètres, celte tête est pigmentée, noirâtre, semée de corpuscules calcaires, et inclinée sur un cou très-court; elle ne présente ni crochets, ni proboscide (tig. 236).
Les suçoirs de ce parasite sont très-
grands ; les articles qui se détachent avec facilité sont très-vivaces et sortent souvent d’eux-mêmes de l’anus dans l’intervalle des garderobes. Les pores génitaux sont irrégulièrement alternés; les ovaires consistent en un long canal duquel parlent latéralement un grand nombre de branches parallèles (jusqu’à 60) simples ou bifurquées et jamais arborisées. Les
œufs sont ellipsoïdes ; plus lisses
et plus clairs que ceux du tænia solium, ils laissent mieux voir leur embryon hexacanthe.
Le tænia mediocanellata se trouve en Europe, mais on l’observe dans certaines contrées où les habitants se nourrissent principalement de viande crue de bœuf, comme en Abyssinie ; il est fréquent en Egypte eten Algérie. Tandis quelelænia solium devient de plus en plus rare chez nous, au contraire le tænia mediocanellata est de plus en plus commun ce qui tient sans doute à l’habitude contractée de manger de la viande de bœuf crue. Je l’ai observé trois fois en moins d’un an, à l’hôpital Saint-Antoine.
La larve du ténia inerme a été trouvée dans les muscles et les organes du bœuf, le cœur surtout ; elle offre de l’analogie avec le cysticerque ladrique, mais elle est plus petite et se distingue par une tête plus volumi-
Fig. 236. — Tænia mediocancllala ou ténia inerme de l’homme (grandeur naturelle), fragments pris de distance en distance à partir de la lête. a, tête grossie ; b, œuf grossi 300 fois.
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lieuse, inerme, avec des ventouses très-grandes. Quelquefois très-répandue dans les muscles, celte larve peut donner lieu à des phénomènes fébriles ; elle se présente sous forme de petits nodules qui, à un examen superficiel, pourraient être pris pour des tubercules (fig. 237); ellene paraît pasavoirété jusqu’ici observée chez l'homme.
Les expériences faites par Leuckart et plus récemment par Saint-Cyr ont d’ailleurs montré que si l’on fait prendre à de jeunes veaux des œufs ou des proglottides du tamia mediocanellala, il se développe dans le tissu cellulaire, dans les muscles et différents organes de ces animaux, des cysti- fig. 237. — Portion de cerques offrant, dans leur disposition céphalique, niuscle tie bœut ayant
dans son épaisseur des
les caractères de troncature et d’absence de ero- larves de tænia mediocachets de la tête du ténia inerme (mediocanel- neilata (d’après Leuckart).
lata). Ainsi se trouve produite l’affection parasitaire si communey.hez le bœuf dans quelques contrées, principalement en Abyssinie, avec cette différence qu’au lieu d’une maladie bénigne on peut arriver à produire une maladie des plus graves et qui se termine par la mort (1). Les muscles du bœuf atteint de cette sorte de ladrerie étant ingérés par l'homme, le ver vésiculaire est alors placé dans les conditions d’accomplir sa dernière métamorphose et le cycle du ténia inerme se trouve complété.
Bibliographie. — Gôtze, Eingeweidewürmer, etc., p. 269. — Bremser, KuetiENMEisTER, Davaine, R. Leuckart, loc. cit. — Jobert, Note sur l’étiologie et lu fréquence du tænia mediocanellata. Thèse de Strasbourg, 1869. — Denoyer, Le ténia épidémique en Syrie ( Rec . de méd. milit ., 1863, sér. 3, t. VII, p. 407). — Desmarest, Ibid., p. 415. — Saint-Cyr, Expér. sur le scolex du tænia mediocanellata [Comptes rend . de V Acad, des sciences, 25 août 1873).
Tænia nana, de Siebold.
Ce ténia est de petite taille, long de 13 à 20 millimètres; quoique trèsmince, il a une tête relativement grosse, obtuse, antérieurement pourvue d’un rostellum armé d’une couronne decrochets bifides (22 à 24)
(1) Il semble que les anciens Égyptiens aient connu la ladrerie du bœuf, ainsi qu’il ressort du passage suivant : « Ils ont opinion que les bœufs appartiennent à Epaphus, et par ce, ils en font l’épreuve en cette manière. S’ils leur trouvent un poil noir, ils les tiennent pour immondes. A faire telle épreuve est député un des prêtres qui langueie la bête, puis debout, puis couchée, le ventre dessus, afin de connaître si elle est saine et nette des marques que je dirai en autre passage {Histoires d'Hérodote, trad. de P. Saliat revue par E. Talbot. Paris, 1864, p. 130).
Lancereaux. — Traité d’Anat. palli.
ANATOMIE PATÜOÜOGIQUE.
et portée par un long cou. Les oscules de cet entozoaire sont saillants, ses articles sont beaucoup plus larges que longs, et les pores génitaux, situés du même côté, sont pourvus d’une coque épaisse, lisse et jaunâtre à travers laquelle se voient distinctement les trois paires de crochets de l’embryon.
Les migrations de cette espèce sont encore inconnues ; toutefois elle a été observée en 1851, en Egypte, chez un jeune garçon mort de méningite, dont l’intestin renfermait un assez grand nombre de ténias nains.
11 va lieu de parler ici d’un cestoïde décrit et figuré par MM. Grenet et Davaine, ténia un peu plus long que le précédent, et qui en diffère encore par certaines particularités de structure ; aussi a-t-il été désigné sous le nom de tænia Madagascariensis (Davaine); jusqu’ici il n’a été observé que deux fois à Mayotte (Comores), sur deux enfants âgés l’un de dixhuit mois, l’autre de deux ans.
Bibliographie. — SiEBOF.D et Bilharz, Zeitschrift f. wissenschaftl . Zoologie, t. IV, p. 6â, pl. 5, fig. 18. — Grenet et Davaine, Archives de médecine navale , 1870, XIII, p. m.
Tænia elliptica, Batsch.
Le ténia elliptique est long de 15 à 20 centimètres, il a une tête obtuse, une trompe en massue armée de petits crochets disposés en plusieurs rangées. Les premiers articles sont très-courts, les suivants presque carrés, puis arrondis, puis elliptiques; les derniers sont deux à trois fois aussi longs que larges. Deux pores génitaux sont opposés à chaque article, les œufs sont globuleux, à deux enveloppes.
Ce ver habite généralement l’intestin du chat, où il est très-commun. Quelques faits permettent d’établir sa présence chez l’homme, au moins chez les jeunes enfants, où il a été rencontré par Weinland, Kuster et Krabbe, sans doute à la suite de l’usage de la viande crue.
Bibliographie. — Weinland, loc. cit., t. I, p. Ù02, et t. Il, p. 862. — Cobbold, Entozoa, p. 2â5. London, 186â.
Tænia flavo-punctata, Weinland.
Cet helminthe ou ténia à tache jaune a été découvert en 18â2 par Palmer dans le Massachussets, où il avait été rendu par un enfant de neuf mois bien portant, sevré depuis trois mois et nourri à la manière habituelle. Ii a 20 à 30 centimètres de longueur et présente une couleur blanchâtre avec une tache jaune très-apparente sur le milieu de chaque
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article ; mais son caractère le plus remarquable est la situation de tous les orifices sexuels sur le même côté. Ses œufs sont sphériques, transparents, avec une tache jaune vers le centre. La tête et le cysticerque de ce cestoïde sont encore inconnus.
Bibliographie. — Weinland, An essay on the tapeworms of mon. Cambridge, 1858, p. 69.
Tænia marginata, Batsch.
Ce ténia s’observe chez le chien et le loup, en même temps que d’autres espèces dont il se distingue par la longueur et le volume des proglottis.
La larve de cet helminthe, ou cysticerque ténuicol (cysticereus tenuicollis), vit particulièrement dans la plèvre, le péritoine, le foie des ruminants et du porc, et quelquefois aussi chez l’homme, dans les mêmes pallies, où elle est connue sous la dénomination de cysticerque viscéral. Celle larve a pour caractère un cou étroit, térète et rugueux ; l’ampoule qui la renferme est ovale, peu volumineuse chez l’homme et parfois énorme chez les animaux.
Bibliographie. — Rose, Anatomy and physiology of cysticereus tenuicollis ( Médico-chirurgical Transact ., t. XXXI, p. 215, 1 848). ■ — - Küchenmeister, Uebcr die Tænia e Cysticerco tenuü olli, ihren Finnenzustand und die Wanderuncj ihrerJBrut ( Moleschott’s TJntcrsuchungen zur Naturlehre, t. I, p. 256. Frankfurt, 1856).
Tænia (cysticereus) acanthotrias, Weinland.
La larve seule de ce ténia ou cysticerque triarmé est aujourd’hui •connue. Comme le cysticerque ladrique auquel elle ressemble, cette larve se rencontre dans les muscles et le cerveau de l’homme. Elle est caractérisée par trois sortes de crochets disposés sur trois rangs, quatorze à •chaque rang; les suçoirs sont visibles à l’œil nu et le cou est articulé.
Je m’abstiendrai de parler ici du cénure ( cysticereus cœnurus ), larve provenant du tænia cœnurus du chien et qui se rencontre chez les herbivores, en particulier chez les jeunes agneaux où il engendre la maladie connue sous le nom de tournis. En effet, il y a lieu de croire que les prétendus faits de cénure observés chez l’homme ne sont que des cas d’échinocoques du cerveau.
Bibliographie. — Weinland, An essay on the tapeworms of man. Cambridge, 1858, p. 66.
Tænia echinococcus, de Siebold . — Echinocoques et maladie hydatique.
A. — Le ténia échinocoque est un animal presque microscopique, d’une longueur de 3 à 6 millimètres; il a une tête armée de trente-huit crochets alternativement grands et petits et remarquables par la forte saillie de la garde. Il présente deux ou trois articulations dont la dernière est seule pourvue d’organes génitaux (tig. 238). Le pénis est situé sur le côté, en arrière du milieu de l’article fertile; l’ovaire est grand et sinueux, les œufs sont sphériques. Après leur séparation, les cucurbitins sont aussi volumineux que le ténia tout entier.
Cet entozoaire vit ordinairement dans le canal intestinal du chien ; il se rencontre encore chez le singe, le mouton, le chevreuil, le cheval, le chameau, le porc, et en général chez les herbivores; il a été trouvé une fois seulement chez les oiseaux; il est rare chez l’homme, mais par contre sa larve y est assez commune.
B. — Les métamorphoses subies par le ténia éehinocoque sont multiples. L’œuf parvenu dans l’estomac humain est attaqué par le suc gastrique; sa membrane extérieure est dissoute, et l’embryon, devenu libre, pénètre dans les tissus ; là, il est charrié par le "liquide sanguin jusque dans un organe voisin de l’estomac, où il se transforme en une vésicule connue sous le nom d’hydalide Fig. ‘238. — Tænia (acéphaloevste de Laennec). Celte vésicule, géné-
echinococcus grossi 22 , . " , . • .. , ,, ,
fois (Van Beneden) râlement spherique ou ovoïde, d un volume qui
strobile complet mon- varie entre la grosseur d’une tête d’épingle et celle
adulte prêt à se déta- ^ une tete de lœlus a terme, renferme un liquide cher. Le pénis fait limpide, non albumineux, ou du moins exceptionsaiine sui le cote. Bellement coagulable (1) ; elle a des parois égales,
non contractiles , constituées par une substance homogène, élastique, transparente, blanchâtre, sans fibres ou cellules, ayant la consistance du blanc d’œuf coagulé, disposée par lames stratifiées, semblables entre elles et d’une épaisseur de 0"’m,002, à 0mm,003. Cette membrane produit par gemmation, à sa surface interne, dans son épaisseur ou à sa surface
(1) C’est ordinairement lorsque les hydatides sont mortes que le contenu liquide du kyste, comme l’a signalé Gubler, devient albumineux.
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externe, des rejetons ou vésicules semblables, qui acquièrent plus ou moins de volume et se reproduisent à leur tour de la même manière.
Or si, dans le cas de production exogène, la vésicule reste simple, dans le cas contraire elle se remplit de vésicules filles qui, à leur tour produisant de nouvelles vésicules, donnent lieu à une tumeur kystique qui peut devenir très-volumineuse (tig. 239). 11 résulte de là qu’il y a lieu d’admettre deux formes d’hydatides, i'hydatide simple et l’hydatide composée. Partant de cette donnée, quelques helminthologistes ont admis aussi deux espèces d’échinocoquçs, l’échiuocoque des bêtes de somme (cchinococcus vetcrinorum ) et l’échinocoque de l’homme ( echinococcus hominis ) ; mais il est reconnu aujourd’hui que ces écliinocoques sont identiques.
Fig. 239. — Utérus portant sur son fond un kyste hydalique b, développé sur le péritoine et ouvert de façon à montrer les vésicules filles qui s’y trouvent renfermées ; c, c, c, autres tumeurs du meme genre, reliées entre elles par des pédicules membraneux.
Une troisième forme d’hydatide, désignée sous le nom d 'hydatide multiloculaire., se distingue par l’existence d’un grand nombre de vésicules peu susceptibles de s’accroître et rapprochées les unes des autres de façon à présenter à la coupe l’aspect d’une tumeur colloïde alvéolaire. Celte forme est-elle le résultat de l’immigration de toute une colonie d’embryons, ou de quelques-uns seulement qui, par leur développement, produisent une quantité considérable de vésicules? C’est là une question qui n’est pas encore décidée, mais la dernière hypothèse est celle qui paraît la plus vraisemblable.
La vésicule hydatique, en se développant, donne naissance à une membrane qui la revêt intérieurement, ou membrane germinale, laquelle est formée d’un stratum fibrillaire, infiltré de granulations élémentaires sans couches distinctes et bien différentes du tissu hydatique.
Plus ou moins apparente dans certaines régions de la vésicule, cette membrane, lorsqu’elle fait défaut, condamne l’hydalide à la stérilité, car c’est dans son épaisseur ou plutôt dans ses expansions que se développent les échinocoques. Ceux-ci naissent plusieurs ensemble et restent unis à la membrane germinale jusqu’à leur complet développement, après quoi le funicule se rompt ou se détache, et les écliinocoques, libres dans la cavité de l’hydatide, flottent dans le liquide qui s’y trouve contenu, sous forme de petits grains blanchâtres sphéroïdauxr analogues à des grains de sable. Vus au microscope dans ces conditions, les échinocoques sont ou libres ou adhérents au nombre de deux à vingt par un pédicule à un reste de membrane fertile, grisâtre, granuleuse,
duquel ils s’écartent en différents sens, comme les rayons d’un cercle ou d’une sphère (fig. 2â0) .
A peine visible à l’œil nu, lechinocoque, vu au microscope, présente un corps irrégulièrement ovoïde, long de O1”™^, large de Omm,ll environ, séparé en deux parties par un étranglement circulaire plus ou moins prononcé. La partie antérieure, c’est-à-dire la tête ou scolex, est pourvue d’un rostre et munie d’une double couronne de crochets au nombre de quarantequatre ou plus et de quatre ventouses musculaires contractiles. La partie postérieure ou tronc, plus large que l’antérieure, déprimée en arrière où s’insère un funicule caduc, est formée d’une enveloppe épaisse, transparente, homogène et d’une substance amorphe qui renferme des corpuscules de carbonate calcaire arrondis ou ovoïdes. Dans le plus grand nombre des cas, la tète se voit invaginée dans la Vésicule caudale, etl’échinocoque est régulièrement ovoïde; le rostre, comme un doigt de gant retourné, est en outre invaginé entre les ventouses, de telle sorte que les crochets se trouvent en arrière de celles-ci. Les échinocoques ne se rencontrent pas dans toutes les vésicules hydatiques ; ils font défaut lorsque la membrane germinale ne s’est pas développée, et comme après un certain temps cette membrane se détruit, il arrive que ces parasites disparaissent à leur tour, marquant leur passage par la persistance de leurs crochets.
Les hydatiques ne se développent ni dans les tissus épithéliaux ni dans les cavités revêtues par ces tissus, mais uniquement dans le tissu conjonctif des organes, et pour ce motif elles sont toujours renfermées dans un kyste formé à leur contact. Les kystes hydatiques peuvent siéger dans les différents organes du corps, mais on les trouve plus particulièrement dans le foie, le
Fig. 240. — Échinocoques
fixés par un funicule sur la membrane interne ou germinale de l’hydatide (figure tirée de mon Atlas d'anat.
pathol.).
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péritoine, les poumons, la rate, les reins, les muscles, le cerveau, le cœur et les os. Ordinairement contenus dans les viscères a la surface desquels ils sont plus ou moins saillants, ces kystes, lorsqu ils viennent à se développer sous une membrane séreuse, peuvent flotter en liberté dans la cavité tapissée par cette membrane (fig. 241). Les vésicules hydatiques sont alors le plus souvent stériles, comme j’ai pu le voir dans un fait observé récemment, lorsque j’étais chargé de la clinique à 1 hôpital de la Charité (1)* L’action des kystes hydatiques est toute mécanique, ce qui ne les
Fig. 241. — A. Petite portion d’intestin grêle à laquelle adhère en h une tumeur hydatique, et en tune autre tumeur plus petite maintenue par un long pédicule ; m, mésentère. — B. Portion du gros intestin chargée d’un très-grand nombre de tumeurs hydatiques h , h, h, et de quelques autres tumeurs plus petites et portées sur des pédicules t, t; m, m, mésentère.
empêche pas dans quelques circonstances d'amener la destruction presque complète, ou la suppuration de certains organes, principalement lorsqu’ils viennent à se rompre (fig. 242). La toile fibreusequi circonscrit
(1) Ce cas est celui d’une femme âgée de 29 ans, admise à l’hôpital de la Charité, service de la clinique, le 1er décembre 1875, pour une affection tuberculeuse des deux poumons, et de l’ascite. Le palper abdominal révèle l’existence dans la cavité péritonéale de masses d’inégal volume assez fermes, libres et disséminées; le toucher vaginal donne la
les hydatiques s’oppose parfois à leur développement, si surtout elle vient à s’incruster de sels calcaires. En pareil cas, les écliinocoques succombent ordinairement, les vésicules perdent leur liquide, se flétrissent, forment
Fjg. 242. ■ — Foie vu par sa l'ace postéro-inférieure. Le lobe droit atrophié contient un kyste hydatique en partie vidé dans le canal cholédoque. «, a, lobe gauche hypertrophié et parsemé de nombreux abcès biliaires, conséquence d’une cholécystite ; 6, canal cholédoque ouvert et rempli par des hydatides déjà flétries ; c, membrane hydatique faisant saillie au niveau de l’ampoule de Walher; d, ouverture du kyste dans le canal cholédoque; x, membrane hydatique soulevée par une érigne.
une bouillie jaunâtre où domine la graisse et la cholestérine; le kyste revient sur lui-même et n’offre plus aucun danger pour l’individu qui en est affecté : c’est la guérison spontanée.
sensation d’une tumeur volumineuse arrondie, située à la partie postérieure de l’utérus qu’elle refoule en avant. Elastique et peu résistante, celte tumeur nous semble de nature kystique ; quant aux tumeurs péritonéales, elles éveillèrent l’idée de lésions tuberculeuses ou sarcomateuses ; la pensée d’une altération parasitaire ne se présenta point à l’esprit et on négligea de provoquer le frémissement hydatique.
Cette malade succombe le 31 décembre 1875 aux progrès de la phthisie. L’autopsie révéla, Indépendamment des tubercules pulmonaires, la présence de tumeurs hydatiques multiples
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On ne sait pas sûrement de quelle manière les hydatides viennent à se développer dans l’organisme humain, mais on suppose avec beaucoup de vraisemblance que c’est par l’ingestion des œufs du ténia échinocoque. En effet, Leuckart a réussi à obtenir des échinocoques chez des porcs en leur donnant des œufs de ce ténia. Ces œufs peuvent donc être regardés, en Islande et ailleurs, comme les germes des échinocoques de l’homme et des animaux domestiques phytophages. D’un autre côté , il faut admettre que c’est principalement des hydatides du bétail que les ténias du chien tirent leur origine, ce dernier n’ayant que très-rarement l’occasion d’avaler des échinocoques de l’homme. Krabbe a d’ailleurs démontré que la fréquence de l’échinocoque en Islande tenait à la cohabitation des habitants de cette île avec leurs chiens et à l’absence des soins de propreté ; j’ai moi-même observé, à Paris, des faits confirmatifs de cette opinion (1).
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dans la cavité abdominale. Ces tumeurs, disséminées et pour la plupart appendues soit aux intestins, soit aux autres organes de l’abdomen, à l’aide de pédicules plus ou moins allongés, rappellent par leur ensemble les plombs d’un épervier ; c’est une véritable péritonite hydatique. Agglomérées dans le flanc droit, elles forment des masses qui font adhérer entre elles plusieurs anses intestinales ; semblable disposition existe encore en d’autres points. Développées dans le tissu conjonctif sous-péritonéal, ces tumeurs, dont le volume varie depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’une noix ou d’une petite pomme, ont pour la plupart chassé le péritoine devant elles et se sont coiffées de cette membrane qui est hypérémiée. Quelques-unes sont maintenues par des pédicules très-longs, et le même pédicule supporte parfois deux kystes disposés à la suite l’un de l’autre comme les grains d’un chapelet (fig. 241). Presque toutes ces tumeurs sont appenduesà l’intestin, un petit nombre siègent dans les mésentères ou les épiploons. Le bassin est rempli par un kyste de la grosseur d’une tête de fœtus à terme, et qui se trouve situé entre le rectum et l’utérus qu’il refoule en avant et en haut; contrairement aux autres kystes, celui-ci renferme, avec des hydatides flétries, un liquide albumineux. L’utérus présente lui-même sur son fond une tumeur hydatique du volume d’un œuf de canard (fig. 239) ; d’autres tumeurs de même genre sont appendues au même organe par des pédicules qui ont de 7 à 8 centimètres de longueur. Le foie est, lui aussi, le siège d’un kyste bydatique volumineux. L’examen de ces différents kystes nous apprend que ceux d’entre eux qui sont maintenus par de longs pédicules ne renferment pas d’échinocoques, en d’autres termes, leurs vésicules sont stériles.
(1) Voici un de ces faits qui prouve manifestement les inconvénients delà cohabitation avec le chien, au point de vue de la genèse des kystes hydatiques. Tandis que je faisais la
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suppléance de la chaire de clinique à l’hôpital de la Charité, il entra dans mon service (24 novembre 1875) une femme âgée de 55 ans qui portait une énorme tumeur dans l’hypochondre droit. Cette tumeur élastique, lluctuante, faisant saillie sur le rebord costal, appartenait évidemment au foie qui était augmenté de volume, et comme la malade n’avait eu ni diarrhée ni dysenterie, et qu’elle ne présentait d’ailleurs aucun phénomène fébrile, je diagnostiquai un kyste hydatique, et ce diagnostic ne tarda pas à être vérifié par une ponction aspiratrice qui permit de retirer de la poche un liquide transparent non albumineux. La paroi abdominale ayant suppuré à la suite de cette ponction, il se produisit un large abcès qui fut incisé, et trois semaines plus tard, le kyste du foie s’étant ouvert dans cet abcès, il s’en échappa dans l’espace de quinze jours plusieurs centaines d’hydatides. L’état général restait bon, à la suite d’injections multipliées. Cependant la malade ne put résister à la longue suppuration d’une poche hydatique aussi considérable, elle finit par mourir d’épuisement. Désireux de connaître la cause de cette affection, j’appris à plusieurs reprises de ma malade qu’elle habitait avec ses enfants une petite chambre, et que pendant quatre années successives elle avait conservé chez elle, à la façon des Islandais, un chien terrier qui quittait peu cette chambre dans laquelle il déposait ses ordures. Or cet animal était mort depuis quelques mois seulement lorsquelamalade entra dans notre service.
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