‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 101 sur 112 · I. — Brûlures · texte numérisé non relu

I. — Brûlures

On appelle brûlure toute lésion produite sur une partie vivante par l’action plus ou moins prolongée du feu ou d’un corps fortement chauffé. Cette lésion est très-variable, tant en profondeur qu’en étendue.

Depuis longtemps les chirurgiens se sont appliqués à distinguer des degrés divers dans la brûlure. Fabrice deHilden, le premier, en admit trois, limiter en reconnaissait quatre. Suivant Boyer, le premier degré de la brûlure est une inflammation cutanée érythémateuse; le second est une inflammation avec pblyctènes et érosion consécutive du derme, semblable à celle que produit un vésicatoire ; le troisième enfin est caractérisé par la présence d’une eschare. Dupuytren accepta les deux premières divisions de Boyer, puis il fit rentrer dans un troisième degré la mortification superficielle de la peau, et proposa d’admettre un quatrième degré pour la mortification complète de ce tégument et du tissu conjonctif sous-cutané, un cinquième degré pour la destruction de toutes les parties molles, y corn-

pris les aponévroses et les muscles, et enfin un sixième degré caractérisé par la carbonisation de tout un membre.

En somme les deux premiers degrés de la brûlure, suivant Dupuytren, consistent en une simple inflammation du tégument dont les produits, au bout d’un certain temps, sont résorbés et disparaissent sans laisser de traces. Caractérisés par la présence d’une eschare sèche, dure, de nuance noirâtre ou jaunâtre, insensible et plus ou moins profonde, les quatre derniers présentent un travail d’élimination et de cicatrisation. Au pourtour de la partie mortifiée survient de la rougeur, puis de la suppuration qui s’isole et détache l’eschare; celle-ci tombe et laisse à sa place une plaie couverte de bourgeons charnus qui se cicatrise peu à peu. Établie sur une portion du derme restée intacte, la cicatrice, dans le troisième degré, est lisse, résistante, peu rétractile et distincte des téguments voisins par sa coloration blanchâtre ; dans le quatrième degré au contraire, n’étant plus retenue par la portion saine du tégument, elle se rétracte de façon à amener des difformités parfois considérables, surtout lorsque la brûlure existe au niveau des articulations et dans le sens de la flexion. Dans le cinquième degré, la chute de l’eschare qui atteint des vaisseaux volumineux est quelquefois troublée par des hémorrhagies intenses; la cicatrice, creuse et difforme, adhère aux tissus profonds. Dans le sixième degré, cette chute se fait longtemps attendre, à cause de la profondeur de la cicatrice et de l’élimination tardive de l’os ; la cicatrice est inégale et difforme ; le malade reste privé d’un membre. Les membranes muqueuses, celles de la bouche et du larynx principalement, peuvent être le siège de brûlures produites par l’action de la vapeur ou de l’air surchauffé ; ces brûlures ne diffèrent pas essentiellement de celles du tégument externe. L’étude histologique de ces diverses lésions laisse à désirer; on comprend que les tissus altérés doivent se présenter avec des caractères différents suivant qu’ils sont simplement enflammés ou complètement carbonisés.

A ces lésions, déterminées par l’action du feu ou d’un corps fortement chauffé, il s’en ajoute ordinairement d’autres plus générales déjà entrevues par Dupuytren, mais bien étudiées dans ces derniers temps en Angleterre. Absolument dépendantes de la brûlure, ces dernières lésions, auxquelles a été réservée l’épithète de sympathiques, s’observent dans la plupart des organes. Elles consistent, chez les individus qui succombent au bout de peu de jours, en des hypérémies du cerveau et de ses membranes, des poumons et plus rarement des viscères abdominaux. Ces hypérémies sont dans quelques cas accompagnées de points ecchymotiques ou de taches purpurines constatés à la surface interne

des bronches et dans la surface corticale des reins. A une période plus avancée et qui correspond à la période d’élimination des eschares, ces lésions présentent les caractères d’inflammations plus ou moins étendues, des bronches, des poumons, des plèvres ou d’autres organes, parfois accom- . pagnées d’obstruction des vaisseaux correspondants. Il est enfin une lésion spéciale marquée à son début par la congestion active de la muqueuse, et l'hypertrophie des glandes du duodénum, à sa dernière période par l’ulcération de cet intestin. L’ulcère duodénal, décrit tout d’abord par Curling, se rencontre, en général, immédiatement au-dessous du pylore, il est indolent avec des bords arrondis, unique ou multiple, car on rencontre quelquefois trois, quatre ou cinq ulcères réunis ou isolés et dans un état de cicatrisation plus ou moins avancé. Ces ulcères, ne différant pas sensiblement de l’ulcère simple de l’estomac, peuvent, comme ce dernier, amener la perforation de l’intestin et des

vaisseaux du voisinage.

La pathogénie de ces ulcères est diversement interprétée, toujours obscure ; pourtant il semble que le début du processus, marqué par une période de congestion de la membrane muqueuse, soif sous la dépendance d’un trouble de l’innervation vaso-motrice; au contraire, la fin de ce

même processus, que caractérise un travail progressif de destruction, serait liée à la présence du suc gastrique, et de la sorte les ulcères duodénaux des brûlures ne différeraient pas des ulcères simples d’origine nerveuse. Les ecchymoses et les taches purpurines n’ont peut-être d’autre origine qu’un désordre réflexe de l’innervation vaso-motrice; ajoutons que ces lésions, comme d’ailleurs les ulcères du duodénum, ont été attribuées à des embolies prenant leur source dans le foyer même de la brûlure (voyez p. 643).

Bibliographie. - — Fabrtcius Hildanits, De Ambustionibus , etc. Basile®, 1608, Oppenheim, 1614. — Dupuytren, Des brûlures , etc. Leçons orales , t. IV, p. 503. — Paillard, Mém. sur les cicatrices de chaque degré de la brûlure (, Journ . hebd. de mêd., 1830, t. VIII, p. 163). — James Long, On the post mortem Appeurances found after Burns ( The London med. Gaz., febr. 1840, vol. XXV, p. 743). — Curling, On the Ulcération of the duodénum after Burns (Medico-chirurg. Transactions , 1842, vol. XXV, p. 260). — Erichsen, On the pathology of Burns {London med. Gazette , janv. 1844, vol. XXXI, p. 544-588). — S. Crompton, Report on Burns and Scalds {Transact. of the provincial med. and sur g. Association, 1851, vol. XV11I, p. 1). — - Bevan, Sur la brûlure du larynx ( Dublin quar ter ly Journ., febr. 1860, vol. XXIX; Un. mèd., 1860, t. VIII, p. 40 et 85). — S. Wilks, Sur les causes de la mort à la suite des brûlures chez les enfants ( Guy’ s Llospit . Reports , sér. 3, t. VI, p. 146, et Arch. gènêr de

méd. et de chirurg ., 1861, sér. 5, t. XVI!, p. 641). — Baraduc, Des causes de la mon à la suite des brûlures superficielles, etc. Paris, 1862, anal, dans Union méd., 1863, n. s., t. XVIII, p. 321. — Broca, Brûlure de la muqueuse pulmonaire par un jet de vapeur [Gaz. des hôpitaux , 1865, p. 380). — Leroy de Méricourt, ibid. , p. 459. — Bonnefin, Des brûlures spécialement étudiées au point de vue de Gagent qui les a produites, etc. Thèse de Paris, 1867, n° 107.

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