‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 73 sur 112 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PARASITES ANIMAUX

De même que la plupart des animaux vertébrés, l’homme nourrit un grand nombre d’espèces parasitaires. Ces espèces, au nombre de quarante-cinq à cinquante, ont leur existence fatalement subordonnée à certaines conditions de milieu, et, comme telles, elles sont inégalement réparties, ainsi que l’ont remarqué Pline et Théophraste, dans les différentes contrées du globe. D’une part, en effet, il est des parasites qui appartiennent exclusivement à quelques contrées ; d’autre part, le nombre des individus affectés de ces êtres est plus considérable dans certains pays que dans d’autres.

La chique vit dans l’Amérique intertropicaîe ; le ver de Médine se rencontre seulement dans les régions tropicales ; l’ancylostome duodénal

n’a encore été observé qu’en Italie et en Egypte ; le ténia nain et le distome hématobie ont été trouvés uniquement dans ce dernier pays ; le bothriocéphale enfin n’existe d’une façon certaine qu’en Europe. Par contre, un grand nombre de vers, comme le ténia, l’oxyure, l’ascaride lombricoïde, ont été signalés chez tous les peuples, et sont ainsi cosmopolites.

La fréquence relative des parasites suivant les contrées n’est pas moins remarquable. Les vers intestinaux sont des plus communs chez les naturels des régions tropicales ; le ténia inerme est fréquent en Abyssinie et en Égypte; le ténia armé, dans le nord de l’Allemagne ; l’échinocoque s’observe chez la plupart des Islandais, il est commun aussi en Australie ; le bothriocéphale se rencontre chez quelques peuples pêcheurs de la Suède, de la Russie et de la Suisse. Les saisons, à cet égard, ne sont pas indifférentes : le lombric est plus fréquent en automne, le ténia en été, et le ver de Médine dans la saison des pluies.

Indépendamment des conditions de milieu, les coutumes, les habitudes et le genre de vie exercent une influence manifeste sur le développement des parasites, car il importe de savoir que ces êtres pénètrent ordinairement dans l’organisme par les aliments et par les boissons. Les juifs et les mahométans, par ce seul fait qu’ils ne mangent pas la chair de porc,

PARASITES ANIMAUX

sont rarement atteints de ténia armé ; les enfants et les aliénés ont fréquemment des lombrics et des ascarides. La malpropreté, il faut bien l’avouer, est de toutes les conditions individuelles celle qui favorise le mieux ce développement.

Les parasites animaux agissent sur l’organisme humain de trois manières différentes. En premier lieu, ils enlèvent à l’organisme les matériaux nécessaires à leur nutrition. Ce mode d’action est en général peu dangereux : les parasites cutanés et le ténia déterminent des désordres insignifiants , ceux que produisent les lombrics ne sont appréciables que si ces vers sont très -nombreux ; alors, se manifestent des signes d’anémie et des symptômes nerveux. L’ancylostoine duodénal, par les soustractions de sang qu’il opère , et surtout par les hémorrhagies consécutives à ses morsures, occasionne la maladie dite chlorose égyptienne. En second lieu, les parasites animaux apportent un obstacle mécanique au libre jeu des organes. Sous ce rapport, il faut citer les échinocoques et les cvsticerques, notamment ceux du cerveau et de l’œil , les trichines, etc. Ces parasites non-seulement troublent le fonctionnement régulier de l’organe où ils se rencontrent ; fréquemment aussi ils l’atrophient par compression, l’altèrent en rétrécissant ou en obstruant les canaux vasculaires, ou les conduits excréteurs s’il s’agit de glandes comme le foie et les reins. En dernier lieu, ces êtres se rendent nuisibles par les mouvements et les 'migrations qu’ils exécutent, occasionnant ainsi des douleurs diverses, des démangeaisons, des coliques, ou même, chez les individus prédisposés, des phénomènes réflexes plus ou moins sérieux du côté du système nerveux central (ténia, lombric, oxvure) ; très-rarement ils déterminent des lésions matérielles : ulcères ou perforations du tube digestif (lombrics, échinocoques). Ainsi les conséquences du parasitisme animal sur l’homme sont des plus variables ; si quelques parasites n’éveillent en rien la susceptibilité de l’organisme, il en est d’autres qui troublent ses fonctions, et d’autres enfin qui altèrent plus ou moins profondément ses tissus.

Les espèces animales vivant à l’état parasitaire sur l’homme appartiennent à trois grandes divisions du règne animal : les arthropodes, les vers et les infusoires. Les vers fournissent le plus grand contingent, les infusoires le plus petit. Les êtres faisant partie de ces deux divisions habitent lestissus ou les organes : ce sont des entozoaires. Les arthropodes se nourrissent pour la plupart à la surface ou dans l’épaisseur des téguments : ils sont épizoaires.

Page 1