CHAPITRE II
PARASITES VÉGÉTAUX
L’étude scienti tique du parasitisme végétal ne remonte pas au delà de la découverte du champignon de la maladie des vers à soie par Bassi et de celui de la teigne par Schœnlein. Vulgarisée par le remarquable ouvrage du professeur Ch. Robin, cette étude a reçu tout dernièrement une impulsion nouvelle grâce aux curieuses recherches de Pasteur résumées dans cet axiome : « Sans parasites pas de fermentation, pas de putréfaction », et aux travaux non moins intéressants de Davaine sur les bactéridies des maladies charbonneuses. A partir de ce moment, les parasites végétaux sont devenus pour les observateurs et pour les médecins en particulier l’objet d’une attention spéciale, et dès lors l’opinion ancienne qui consistait à attribuer la plupart des maladies à des agents parasitaires ne tarda pas à être remise en honneur : les parasites végétaux furent généralement considérés, à tort ou à raison, comme les agents actifs de la contagion, les générateurs des épidémies. Cette manière de voir est sans doute exagérée; mais il y a lieu de croire qu’une connaissance plus approfondie du sujet arrivera à répandre la lumière sur l’étiologie et la pathogénie d’un grand nombre de maladies.
Les parasites végétaux que l’on observe chez l’homme appartiennent à la classe des cryptogames, et spécialement à la famille des champignons, car il est aujourd’hui reconnu qu’un grand nombre d’entre eux, rangés autrefois parmi les algues, sont en réalité des champignons à leur premier degré de développement ; la sarcine seule ferait peut-être exception. Les cryptogames sont des végétaux qui se reproduisent par le moyen de cellules simples ou composées nommées spores , soit immédiatement, soit en passant par une forme intermédiaire. Ceux qui nous intéressent sont des plantes cellulaires, dépourvues de chlorophylle, qui se nourrissent d’une substance préalablement organisée, absorbent de l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique ; ils sont formés de deux parties principales : l’une qui végète et absorbe les principes nutritifs, mycélium
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ou rhizopodium, l’autre qui porte les organes de la reproduction ou réceptacle.
Le mycélium des champignons qui vivent sur l’homme est formé de filaments cylindriques simples ou ramifiés, quelquefois cloisonnés ou articulés. Ces filaments sont tantôt lâchement entre-croisés (mycélium filamenteux), tantôt plus serrés et en quelque sorte confondus de façon à former une membrane plus ou moins épaisse (mycélium membraneux). Ils ne présentent aucune particularité distinctive qui permette de les rapporter, quand ils sont stériles, à une espèce déterminée. Indispensable à la vie des champignons qu’il peut reproduire, le mycélium s’étend graduellement d’un point central où il a pris naissance par un accroissement périphérique rayonnant, d’où la disposition en cercles des épi— phvtes de l’homme ; il change d’aspect selon les conditions d’humidité, de sécheresse ou de lumière dans lesquelles il se développe.
Les réceptacles sont formés de filaments simples ou complexes ; ils naissent du mycélium, produisent et supportent les organes de la reproduction. Ceux-ci se composent de cellules (spores, conidies) destinées à devenir de nouveaux individus, et de cellules mères leur donnant naissance (sporanges, basidies, etc.).
Contrairement à l’opinion de quelques auteurs, la reproduction des champignons n’a jamais lieu par génération spontanée, mais par génération sexuelle ou asexuelle. Ce dernier mode nous intéresse d’une façon plus spéciale; les spores se développent de trois façons différentes : 1° par formation cellulaire libre dans des cellules mères appelées asques, thèques, tubes sporifères; T par bourgeonnement, et la cellule mère s’appelle alors
baside ; 3° par segmentation ou gemmation de cellules mères nommées sporanges.
Arrivées à l’état de maturité, les spores sont mobiles (zoospores) ou stables. Les spores mobiles n’appartiennent qu’à un petit nombre de champignons, ce sont des corpuscules protoplasmatiques dépourvus de membrane cellulosique manifeste et donnant le plus souvent naissance à leur surface à deux cils vibratiles. Toutes les autres spores sont privées de mouvement spontané; elles possèdent une membrane vésiculaire solide formée d’un feuillet externe (exospore) et d’un feuillet interne (endospore). Cette membrane se distingue par une grande force de résistance contre la décomposition et les réactifs puissants, surtout contre les acides minéraux concentrés. Le contenu de ces spores consiste en une masse protoplasmatique homogène, ou infiltrée d’un nombre variable de granulations ou de gouttelettes de graisse; il est ordinairement dépourvu de noyau. A l’état frais, il est très-riche en parties aqueuses; desséché, il
attire l’humidité du milieu ambiant. La forme des spores est ovoïde ou sphérique , rarement anguleuse ou en fuseau ; leur consistance est ferme, leur coloration jaunâtre, grise, d’un blanc plus ou moins éclatant à la lumière réflé chie. Traitées par l’acide sulfurique et la teinture d’iode, les spores prennent une coloration bleue due à l’action de ces substances sur la membrane extérieure formée de cellulose (Ch. Robin). Les acides concentrés coagulent le liquide intérieur; mais l’éther, le chloroforme, la solution de potasse, 1 ammoniaque, 1 acide acétique ne le modifient pas, et comme telles ces substances sont les réactifs qui permettent le mieux de distinguer les spores des éléments de l’organisme et des corps étrangers.
Les spores étant très-abondantes, c’est par leur intermédiaire que s’effectue la grande dispersion des champignons. En raison de leur petitesse (U à 5 millièmes de millimètre) et de leur légèreté, elles sont transportées partout avec les liquides et même avec l’air. En examinant la poussière atmosphérique, les sécrétions et les excrétions animales répandues dans 1 air, comme l’ont fait Pasteur et quelques autres observateurs, on arrive à la démonstration de ce lait qu’il existe partout des spores de champignon susceptibles de développement (1). La dureté et la nature de leurs enveloppes permettent à ces parties élémentaires de se conserver pendant des années malgré le froid et la sécheresse, et cela sans perdre leur faculté ger¬
minative qu’une température trop élevée peut seule détruire.
Une température modérée de 0° à â0° centigr., de l’humidité, un peu oxygène, un air rarement renouvelé et la présence d’une substance or¬
ganique, telles sont les conditions les plus favorables à la germination des spores et au développement des champignons. Or ces conditions se rencontrent chez l’homme, et partant un certain nombre de spores cryptogamiques, apportées par l’air ou autrement, arrivent à se fixer et à germer à la surface de la peau ou des membranes muqueuses et même jusque dans la profondeur des organes, car, de même que les corps solides, les spores déposées dans les tissus sont quelquefois absorbées (2).
On aurait tort toutefois de croire que des spores soient aptes à germer sur tous les organismes, il faut pour cela un terrain préparé, des tissus peu vivaces, modifiés ou altérés dans leur nutrition ; un certain état de
(1) Le docteur Cunningham, à la suite d’expcriences pratiquées à ce sujet dans 1 Inde, établit que des spores se rencontrent constamment dans l’air en nombre considérable et qu elles sont prêtes à entrer en développement dès qu’elles rencontrent un milieu favorable. ( Microscopie examinations of the air, Ninth annual Report of the sanitary commissionner. Calcutta, 1872.)
(2) V oyez Davaine, Sur l'absorption des corps solides déposés dans les tissus (Recuei de méd. vétérinaire, liv.. 5., t. VU, p. 633),
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souffrance ou de maladie est nécessaire au développement du parasitisme végétal chez l’homme. Un fait vient mettre cette prédisposition hors de doute : sur un certain nombre d’individus auxquels on inocule une espèce quelconque de champignon, YAchorion Schœnleinü par exemple , les uns guérissent rapidement et spontanément tandis que les au tres permettent le développement complet du végétal, sa reproduction, et ne peuvent être débarrassés que par l’intervention de l’art. A la vérité, la cause de cette prédisposition nous échappe, mais il y a lieu de croire qu’elle n’est pas impossible à trouver. On sait que les sporules du Botrytis Bassiana se développent par le simple fait de la neutralité ou de l’acidité du sang du ver à soie, et conséquemment semblable état du sang de l’homme, ou toute autre modification encore inconnue des liquides ou des solides, peut bien prédisposer aux maladies déterminées par des végétaux parasites ; c’est ainsi que les individus adonnés aux boissons alcooliques ont en général une grande aptitude à contracter les maladies contagieuses, telles que la variole et le choléra, qui passent aujourd’hui pour avoir une origine parasitaire. On sait, du reste, que certaines altérations des produits de sécrétion peuvent contribuer au développement du parasitisme ; ainsi un mucus acide, des productions membraneuses dans lesquelles le mouvement nutritif est très-lent, sont les conditions au milieu desquelles apparaissent en général les productions cryptogamiques. Le milieu acide et la diminution de l’activité vitale des tissus, quoique favorables au développement des végétaux parasites, n'ont toutefois qu’une importance relative, car on voit, chez certains animaux herbivores, des parasites végétaux se montrer sur des parties qui donnent une réaction neutre ou même alcaline.
Les parasites ne sont mis en rapport avec l’organisme que d’une manière passive : l’air, comme nous le savons, peut les déposer sur la peau ou sur les muqueuses ; l’eau ou les aliments sont quelquefois aussi leur moyen de transport, c’est par leur intermédiaire que certains parasites, tels quelasarcine, sont introduits jusque dans l’estomac. Les objets qui, chaque jour, servent à l’homme (habits, linges, coiffures, peignes), les instruments dont il fait usage (rasoirs, etc.), sont dans quelques cas des agents de transmission crvptogamique. Certaines professions conduisent à un semblable résultat : les fabricants d’amadou, les brosseurs sont quelquefois atteints d’accidents parasitaires. Enlin la contagion s’effectue de l’homme à l’homme et le plus souvent des animaux domestiques k l’homme ; ce dernier cas s’observe surtout pour l’herpès parasitaire.
Les effets des végétaux parasites sur l’organisme humain sont de deux ordres : les uns mécaniques, les autres chimiques. Les effets mécaniques
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sont les moins dangereux, on les observe principalement lorsque ces végétaux se développent à la surface de la peau. Par son accumulation, l’achorion delateigne comprime le derme, l’amincit et en amène la résorption partielle, d’où les cicatrices qui lui font suite. Grâce à leur petit volume et à l’énergie de leur développement, les spores et les filaments crvptogamiques croissent et se multiplient principalement dans l’intervalle des cellules épithéliales, celles de la couche moyenne surtout, dans les follicules pileux, entre les éléments des cheveux et des ongles qu’ils disjoignent et dont ils déterminent l’atrophie et la chute.
Le cryptogame s’arrête habituellement dans les couches profondes de l’épiderme, à la surface du derme cutané ou muqueux; dans les tissus de ces parties, il provoque une forte hyperhémie et quelquefois une inflammation proliférative ou même uîcérative pouvant retentir jusque sur le système lymphatique ; i l ne pénètre pas ordinairement dans les vaisseaux de ce système, pas plus que dans les vaisseaux sanguins; pourtant Zenker prétend avoir constaté la présence de champignons jusque dans le cerveau chez une personne dont la langue et le pharynx étaient recouverts de plaques de muguet. Dans la plupart des circonstances, les nerfs de la sensibilité sont irrités par la présence du parasite, et ainsi se développent fréquemment de vives démangeaisons, comme dans le pityriasis versicolor, ou un sentiment de brûlure, comme dans le muguet.
Les effets chimiques produits par les champignons sont de plusieurs ordres. D’abord les recherches récentes et notamment celles de Pasteur ont établi que ces végétaux sont la cause de fermentations diverses, telles que les fermentations acétique, alcoolique, lactique, butyrique, etc. Or ces fermentations constituent quelquefois un état pathologique, c’est lorsqu’elles se produisent dans des cavités muqueuses comme celles de l’estomac, de la vessie, etc. Les organismes qui, en pareil cas, jouent le rôle de ferment, sont habituellement la levûre, la sarcine, les bactéries et les vibrions. Ils occasionnent le plus souvent de légères irritations, mais quelquefois aussi des inflammations graves de la muqueuse qui sans doute proviennent des décompositions opérées par le champignon plutôt que d’une action directe de ce dernier. En second lieu, les champignons peuvent amener la décomposition des matières organiques par une oxydation qui donne naissance à de l’eau, de l’acide carbonique, de l’ammoniaque et des composés organiques plus simples que les matières primitives. Une quantité relativement petite de ces matières sert d’aliment au champignon qui, suivant l’espèce, détermine un mode de décomposition variée dans une même substance. Ainsi agissent les cryptogames dans la putréfaction et dans la gangrène, car bien qu’on n’ait pas la preuve directe de l ac-
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lion do cos organismes dans la genèse de ce dernier processus, cependant la gangrène est caractérisée par une décomposition des tissus si complète que l’on ne peut considérer la présence des champignons au sein des parties atteintes comme purement accidentelle, et cela d’autant plus qu’un foyer gangréneux ne s’établit jamais à l’abri du contact de l’air extérieur (1), ce que je me suis efforcé de démontrer à maintes reprises. (Voyez mon Atlas cT Anatomie pathologique).
Certains champignons sont enfin la cause très-probable des maladies contagieuses ; ce qui porte à le croire, c’est la marche définie de ces affections, qui présente de l’analogie avec la manière dont se développent, se propagent et disparaissent les organismes inférieurs, leur incubation, indice d’une multiplication des germes organiques fournis par la contagion avant l’apparition des troubles essentiels (2) , la présence de parasites dans les évacuations des malades et les propriétés contagieuses, au bout d’un certain temps, de quelques-unes des matières évacuées.
Les parasites végétaux, comme les parasites animaux, accomplissent quelquefois leur évolution, non pas sur un seul être, mais sur plusieurs hôtes successifs, et subissent autant de métamorphoses pendant les¬
quelles ils ont des moyens différents de reproduction. Un exemple de ce polymorphisme nous est fourni par la puccinie des graminées qui, a
l’état parfait ou de puccinie, vit sur le seigle et sur le blé, et qui, dans une phase moins avancée, c’est-à-dire à l’état d ’Æcidium, se rencontre sur les feuilles de l’épine-vinette. Dans le premier état, ce champignon possède
deux sortes de spores : 1° des urédospores qui le reproduisent constamment chez les graminées (ces spores seraient les analogues de nos bou-
(1) Les expériences instituées d’abord par Spallanzani et poursuivies avec tantdesuccès par Pasteur ont démontré que les substances organiques abandonnées à elles-mêmes tombent aisément en putréfaction si des champignons peuvent arriver à leur contact, tandis qu’elles restent intactes si on les expose aune température qui tue les spores, ou bien si elles sont placées dans une atmosphère dont les germes organiques ont été préalablement enlevés en faisant passer l’air à travers une solution de potasse ou d’acide sulfurique, en l’exposant à une chaleur rouge ou en le faisant filtrer à travers l’ouate
désinfectée ou une vessie sèche.
(2) Dans cette théorie, on doit supposer que les spores d’un champignon, pénétrant dans l’organisme à travers les bronches ou les voies digestives, se multiplient extraordinairement en un laps de temps variable, mais déterminé pour chaque espèce de maladie, et provoquent l’explosion des symptômes. Ceux-ci sont la conséquence des conditions mécaniques ou physiques de la muqueuse, ou bien ils résultent de ce que le cryptogame, pour se nourrir et se multiplier, enlève certaines substances nécessaires au corps; ils peuvent être dus à la décomposition des produits azotés en eau, en acide carbonique et en ammoniaque, ou encore à la production d’une matière nuisible à l’orga¬
nisme.
tures) ; 2° des téleutospores ou spores d’arrière-saison qui, après le sommeil hibernal, pénètrent dans les feuilles de l’épine-vinette et y développent un mycélium produisant le champignon appelé Æcidium berberidis. Cet Æcidium porte aussi des spores qui, transportées sur des feuilles de seigle, y germent et se transforment en urédos caractéristiques de la puccinie des graminées et sont susceptibles de se propager sous cette forme. Quelques autres métamorphoses du même genre ontété bien étudiées ; mais il importe de savoir que l’étude des générations alternantes des champignons est à peine ébauchée, et que les recherches les plus récentes faites dans cette voie laissent souvent à désirer.
La culture artificielle est le grand moyen d’étudier les métamorphoses des champignons; elle a déjà donné d’excellents résultats et ne manquera pas de conduire à une détermination plus exacte des espèces. Toutefois cette étude synthétique est trop peu avancée pour qu’il soit possible de classer scientifiquement les espèces végétales parasitaires ; aussi nous contenterons-nous de donner une description abrégée des principales formes de microphytes observées chez l’homme, sans nous appesantir sur les caractères des groupes de champignons auxquels elles paraissent devoir être rapportées.
Ces groupes sont d’ailleurs vraisemblablement peu nombreux; la plupart des parasites végétaux qui se développent sur l’homme peuvent être rapportés à deux chefs: les hyphomycètes, qui comprennent les mucédinées et les mucorinées, en un mot la plupart des champignons dits moisissures , et les schizomycètes, dans lesquels se rangent le plus grand nombre des ferments organisés. Cette division est pour nous d’autant plus légitime que tes champignons du premier groupe n’ont guère que des effets mécaniques sur les tissus, tandis que ceux du second groupe exercent plutôt sur les mêmes parties ou sur le contenu des organes une action chimique.
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8 1. — IIYPHOMYCÈTES.
Les champignons de ce groupe, communément désignés sous le nom de moisissures, ont un système végétatif composé de cellules allongées, tubuleuses, disposées en séries linéaires, et constituant des filaments ramifiés de forme régulière, élégante, sur lesquels naît le fruit. Les spores prennent naissance dans l'intérieur ou à l’extrémité des rameaux filamenteux, et s’en détachent à l’époque de la maturité (1).
Ces champignons se montrent, chez l'homme, sur les parties des surfaces extérieures ou intérieures du corps dont la nutrition est plus ou moins modifiée ; rarement ils envahissent les organes profonds, à cause sans doute de la difficulté qu’ils éprouvent à pénétrer dans ces parties. Ils se présentent sous des formes variables, les unes parfaites et que l’on observe en dehors de l’organisme humain, les autres imparfaites, auxquelles se rattachent la plupart des cryptogames qui constituent les affections parasitaires de la peau et des membranes muqueuses; nous étudierons séparément ces formes.
1° Pénicillium. — Le genre pénicillium est caractérisé par un mycélium rampant, qui donne naissance à des filaments dressés, cloisonnés, se terminant en un pinceau de rameaux, dont les extrémités portent des chapelets de spores simples et nues (fig. 247). Les organes de fructification, du moins ceux du Pénicillium glaucum type du genre, sont complexes; ce champignon a tout à la fois une reproduction asexuée et une repro¬
duction sexuée dont les organes sont contenus dans un sclérote.
Les Pénicilliums constituent la plus grande partie des moisissures qui s observent sur les matières végétales en décomposition (pain, fruit), et plus rarement sur les matières animales. Ils n’ont pas été vus chez
(1) Le groupe des hypliomicètes, anciennement formé, est tous les jours démembré, les plantes qui le composaient n’étant souvent que l’état de reproduction inférieur (conidien) de champignons d’un ordre supérieur (Thécasporés ou Basidiosporés). Les deux premiers genres dont il est question ci-après sont dans ce cas; mais comme les fructifications de l’ordre le plus élevé ne se rencontrent pas à l’état de parasite chez l’homme ou les animaux, il est plus simple de conserver la classification primitive, toutes réserves faites sur sa valeur botanique.
PARASITES VEGETAUX.
l'homme, du moins à l’état de complet développement; mais on croit assez généralement que certains parasites cutanés ne sont que des formes intermédiaires de ces végétaux.
L’action du Pénicillium glaucum a été expérimentéesur des animaux vivants. Wertheim, ayant injecté dans la veine jugulaire de plusieurs chiens 8 ou 10 centimètres cubes d’eau distillée tenant en suspension des débris de ce végétal, vit apparaître sur les pattes de ces animaux, vingt-quatre heures après l’opération, de petites tumeurs rouges phlegmasiques dont les caractères objectifs rappelaient ceux d une éruption psoriasique; en même temps, il retrouvait les éléments du champignon dans les parties malades et constatait l’obstruction des capillaires. Cet auteur conclut de là que les spores du Pénicillium glaucum introduites dans le sang par une voie quelconque, naturelle ou artificielle, sont susceptibles de s’arrêter dans les vaisseaux delà périphérie et d’y produire une maladie de la peau analogue ou identique au psoriasis. Leplat et Jaillard, pour vérifier ces faits intéressants, délayèrent des spores du Pénicillium glaucum clans de petites quantités d’eau distillée, et, les ayant injectées dans les Areines de quatre chiens, n’obtinrent aucun résultat positif; du moins ils n’observèrent aucune éruption.
glaucum (d’après Decaisne et Lemaout).
Bibliographie. — Consultez la partie botanique de la bibliographie générale. — Wertheim, Communication à la Société impériale cle Vienne, 11 décembre 1863. — Leplat et Jaillart, Action du Pénicillium et de V Oïdium Tuckeri sur V économie animale (Gaz. des Hôpitaux , 1864, p. 399). — Oscar Brefeld, Botan. TJntersuch. uber Schimmelpilze , 2e partie, Die Entwickelung von Pénicillium , mit 8 litli. Taf. Leipzig, 1864.
2° Aspergillus. — Le genre Aspergille ( Aspergillus Micheli) est constitué par un mycélium épais, ramifié, incolore et formé de filaments minces, les uns déliés, simples, non articulés, les autres tubulés et articulés. Les pédicules, généralement inarticulés et presque perpendiculaires au mycélium, s’élargissent à leur extrémité libre et se renflent en une sorte de petite tête globuleuse dont la surface est couverte de cellules ou spores disposées en chapelets et dont l’ensemble produit un petit capitule d’un vert bleuâtre. Les organes de reproduction sont de deux ordres, des conidies et des conceptacles d 'Eurotium (fig. 248, c et b).
Les diverses espèces d’aspergilie, très-répandues principalement sur le vieux bois, se rencontrent encore sur les substances animales desséchées ou à demi putréfiées et placées dans un milieu humide. Ces cryptogames peuvent exister chez les animaux ; ils ont été observés d’abord sur les sacs aériens des oiseaux, puis dans les cavernes pulmonaires, les bronches des phthisiques, dans la cavité pleurale des malades atteints de pneumo-thorax, etc. Développés sur des surfaces libres et à une certaine période de leur évolution, ils forment tantôt des plaques isolées et bien limitées, tantôt un enduit irrégulier, diffus, de couleur blanchâtre ou vert grisâtre, sale, et rappellent les moisissures par leur aspect. Les organes les plus exposés à la végétation de Faspergille chez l’homme sont le conduit auditif externe, les ongles et les poumons.
Dans le conduit auditif externe, Faspergille s’observe à l’état de parfait développement, avec mycélium formé de filaments fertiles ou réceptaculaires, et des spores libres. Le mycélium consiste en un lacis complexe, embrouillé, de filaments stériles, Fins, noueux, diversement tordus et ramifiés. Transparents et incolores, ces ; filament s renferment à leur extrémité un plasma finement granulé, et dans leur continuité une substance limpide, homogène. Les filaments les plus larges ont leur contenu souvent interrompu par des vacuoles ; les plus fins permettent seulement de distinguer un contour simple et l’absence de toute articulation, tandis qu’avec
l’accroissement de la largeur on re¬
marque l’apparition de contours dou-
Fig.248. — a,Aspergillus g laucus ; b, con- ])]es et d’articulations produites par ceptacle d’Eurotium; c, conidies sur
leur cellule mère ou sporephore (d’après des cloisons transversales cellulaires, c. Cooke). Les filaments fertiles (réceptacu-
laires) sont des tubes cylindriques simples dressés à angle droit par rapport aux filaments du mycélium qu’ils surpassent toujours en grosseur et en largeur. Ces tubes rigides, transparents, sont quelquefois partagés par des cloisons cellulaires transversales. L’extrémité libre de ces filaments est formée par un renflement en sphère ou en ovale obloug ou
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transversal (fig. 249). La surface est couverte de cellules qui produisent chacune un petit chapelet de spores dont l’ensemble forme un capitule d'un vert bleuâtre. Rangées en forme de lils de perle, ces spores, répandues en rayons dans toutes les directions, sont de petites cellules sphériques, d’un diamètre de 0mm002 à 0œra003, qui, nées de cellules basales, entourent le réceptacle. Elles forment des chaînes voisines les unes des autres et se dispersent par le moindre attouchement.
L’aspergille du conduit auditif externe se développe principalement sur
Fig. 249. — Aspergillus nigricans , Wr., végétant dans le cérumen de l’oreille; l’un des capitules b montre la disposition des cellules sporophores. — a. Spores à un plus fort grossissement montrant la même structure que celle de Y Aspergillus glaucus , Lk. (d’après un dessin de M. deSeynes). *
la membrane du tympan, à la surface de laquelle il forme comme une fausse membrane, épaisse de 1 à 3 millimètres, consistant en un tissu filamenteux , lardacé, blanc et luisant, friable et couvert en plusieurs endroits de taches jaunes brunâtres ( Aspergillus flavescens ), ou de taches noirâtres ( Aspergillus nigricans); toutefois cette différence de coloration n’indique pas des espèces différentes, mais des variétés de Y Aspergillus glaucus , comme. Wreden semble l’avoir prouvé.
Aux ongles, l’aspergille ne se produit guère qu’après une exfoliation préalable de la couche épidermique; il commence à la racine pour s’étendre ensuite en dessous de l’ongle qui s’épaissit, et donne lieu à des plaques d’un blanc jaunâtre, soit dans toute l’étendue de l’organe, soit à sa partie antérieure ou latérale. Dans les poumons, ce parasite se développe sur des parties dont la nutrition est préalablement modifiée sur des ulcères
tuberculeux, au niveau de foyers inflammatoires ou gangréneux, principalement chez les diabétiques. Il se présente sous la forme de petites masses gris verdâtre ou brunâtre, sans odeur, villeuses et comme écailleuses, sales, d’aspect velouté, et nettement distinctes des tissus qui leur servent de support.
Si une certaine modification des tissus est nécessaire au développement de l’aspergille, il n’en est pas moins vrai que ce cryptogame nemanque pas de produire l’altération des tissus sur lesquels il vit(l). Les conditions de son développement sont les suivantes : un terrain spécial, apte à la germination du végétal comme des tissus en voie d’altération, une atmosphère particulière contenant des spores d’aspergille, puis un certain degré d’humidité et de température.
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3° Mucor. — Le genre de champignon ainsi désigné par Micheli est formé d’un mycélium qui se répand à la surface ou dans l’intérieur du substratum nourricier et donne naissance à des filaments dressés produisant des touffes veloutées. Chaque filament se termine par une petite
(1) Muhlenbeck, de Mulhouse, a observé un cas d’empoisonnement de deux tonneliers par Y Aspergillus glaucus, et G robe, en injectant des aspergilles, a pu donner lieu à une infection générale.
PARASITES VÉGÉTAUX
sphère membraneuse ou sporange, qui contient des corps reproducteurs ou spores d’origine agame (fîg. 250). Un mode de reproduction agamedes mucors a lieu par des conidies qui se développent à l’intérieur des filaments mycéliens ; mais il est encore pour ce champignon des organes de reproduction appelés zygospores qui se forment par conjugaison de deux filaments semblables en contact par une de leurs extrémités, germent au bout d’un certain temps de repos et produisent un filament sporangifère sans donner naissance à un mvcélium. Le sys-
tème végétatif ne provenant jamais que d’une spore ou d’une conidie, il en résulte une véritable alternance de génération.
Les mucors se rencontrent communément sur les substances organiques ou les excréments des animaux. Une des espèces les plus répandues du genre, le Mucor mucedo (Linné), a été trouvée par Litzmann et Eichstaedt dans une excavation gangréneuse du poumon. Ce parasite se présentait sous forme d’une masse noire formée de filaments parsemés de globules arrondis, adhérents aux parois de la caverne et terminés par un renflement couronné d’une série de cellules ovales ; mais il n’est pas certain que, dans ce cas rapporté par Sluyter , il ne s’agisse pas autant d’un Aspergillus que d’un Mucor. Dans un travail tout récent, Furbringer a donné le dessin d’un Mucor mucedo qui occupait les bronchioles pulmonaires d’un malade mort de cancer nie l’estomac et des poumons.
Bibliographie. — Sluyter, De vegetabilibus orgcmismi animait s par cisitis. Bcrolini, 1847, p. 14-29, fig. 1. — Ch. Robin, Hist. nat. des végétaux parasites. Paris, 1853, p. 611. — Van Tieghem et G. Lemonnier, Comptes rend. Acad . des sciences , 15 avril 1872, et Revue des cours scientif . , n° 43, p. 1028. Paris, 1872. — J. de Seynes, art. Mucor, du Dict. encyclop. des Sc. mèd. Paris, 187 1 . — - P. Furbringer, Beobachtung uber Lungenmycose beim Menschen [Archivf. pathol . Anat. und Physiol., t. LXVI, p„ 330.)
Fig. 250. — a. Mucor mucedo avec trois sporanges (Cooke). b. Autre Mucor mucedo , un seul sporange.
1° Cluonyphe Carteri (Berkeley). Pied de Madura. — Le champignon découvert récemment par Carter dans le pied de xMadura, et qui a reçu Laxcereaux. — Traite d’Anat. path. 1. — 18
de Berkeley le nom de Chionyphe Carteri , est une moisissure rouge de la famille des mucorinées, voisine par sa forme de certains champignons aquatiques, mais dont l’habitat est encore inconnu.
Ce champignon est composé d’un mycélium formé de tubes cloisonnés, plus ou moins cylindriques et ramifiés, de cellules allongées, rondes ou irrégulières sans noyaux (fig. 251). Les tubes émanent d’une masse centrale cylindrique; ils offrent, les uns, une transparence parfaite, les autres, une teinte sombre orange ou sépia qui semble avoir son principal siège dans la paroi. Les tubes non colorés sont en générai de faibles dimensions, tandis que les tubes colorés sont plus larges et ont souvent des parois trèsépaisses. C’est à la présence de ces derniers et à la matière intermédiaire qui les sépare que sont dues les teintes diverses présentées par les corpuscules ou masses provenant des trajets fistuleux du pied de Madura. Un certain nombre de tubes offrent à leur extrémité des renflements cellulaires ronds ou ovales que l’on a pu considérer comme destinés à îa production des spores (Tilbury Fox). Celles-ci sont légèrement fusiformes.
Le Chionyphe Carteri pénètre et s’étend dans les tissus de l’homme à la façon des parasites végétaux qui envahissent les plantes ligneuses. L’affection qu il détermine occupe ordinairement les pieds et les mains, rarement elle s étend au delà du cou-de-pied ou du poignet, elle laisse les doigts intacts (1). Après une période d’incubation et une durée encore indéterminée, elle s’annonce tantôt par une petite induration livide et indolente, tantôt par une vésicule, un abcès, une bulle. La main quelquefois, plus souvent le pied commence à enfler, devient globuleux, acquiert un \olume triple ou quadruple; les creux s’effacent, puis des ouvertures fongueuses se produisent, il survient une suppuration abondante
Fig. 251. — Mycélium ,, etc., du champignon du pied de Madura (Tilbury Fox).
(1) Une altération du maxillaire inférieur observée dans l’Inde et désignée sous le nom d Èpulie grave, serait, suivant quelques médecins, de même nature que l’altération décrite sous le nom de pied de Madura.
PARASITES VÉGÉTAUX
qui se continue pendant des années, jusqu’à l’épuisement complet du malade : ainsi cette affection (fig. 252) a de la ressemblance avec certaines manifestations scrofuleuses. Le pus, ténu, sanieux ou séro-purulent, tient en suspension des corpuscules ou masses comparées à des grains de poudre, à de petites graines, celles du pavot, par exemple, noirâtres ou rougeâtres et dans le fait absolument caractéristiques. Quand le mal est ancien, le pied est sillonné dans tous les sens par des canaux sinueux, reliés entre eux par des anastomoses et pénétrant jusqu’aux os, qui sont altérés, excavés, nécrosés. Souvent, dans leur trajet ou à leur extrémité profonde, ces canaux forment une sorte de cavité kystique; ils sont tapissés par une membrane plus ou moins épaisse, velvétique, friable, pâle, non vasculaire, et renferment à leur intérieur des parcelles noires (variété mélanoïde) ou des masses d’un rouge pivoine (variété ochroïde) formées, comme les corpuscules qui s'en échappent, par le champignon ou par ses débris (Carter).
Le pied de Madura, affection endémique dans quelques parties de l’Inde, se rencontre dans les contrées du Sud de la présidence de Madras, et principalement dans les environs de Madras, de Pondichéry et
de Madura. On le trouve encore à Bi- FlG- 252 • — t>ied de Madura (d’après une . „ . T, .. . photographie due au docteur Collas).
canir, sur les trontieres du Pendjab,
dans les déserts de l’Inde, ainsi que dans les Etats de Radjastan, à Hissar (province de Delhi), puis à Kutch, dans le Guzerat et le Sindh; il n’a pas été signalé dans la province du Bengale, et n’est connu que dans les districts Nord-Ouest de la présidence de Bombay.
Cette affection a pu être rapportée au sol, et l’on a accusé le terrain magnésien ou dolomitique ( Cotton soil) de la produire. C’est là une opinion qui paraît plausible, si l’on réfléchit que les terres à coton, en vertu de leur constitution physique, présentent toujours un très-haut degré d’humidité, même pendant la saison sèche, et que par suite elles sont propres au développement des formes inférieures de la vie végétale mais il faut avouer que jusqu’ici elle ne repose pas sur des données inattaquables. La question de savoir comment des spores de champignons peuvent s’introduire et se fixer dans les tissus n’est nullement ré-
solue, mais il y a lieu de remarquer que le pied de Madura atteint ordinairement les hommes de vingt à vingt-cinq ans, qu’il n’est guère observé que sur les natifs et particulièrement sur les Hindous, circonstance d'autant plus importante que les individus qui portent des chaussures, comme la plupart des Européens vivant dans l’Inde, sont presque tous à l’abri de ce mal. Or si l’on considère que l’affection se développe spécialement aux extrémités inférieures et de préférence aux pieds, on peut concevoir facilement l’introduction de spores provenant du sol ou de tout autre corps mis en contact avec les pieds, comme par exemple les plantes. Gela serait d’autant plus vraisemblable que le pied de Madura a pu être attribué aux piqûres causées par les épines d’une espèce de Mimosa fort commune à Madura (Colebrooke), et, dans ces conditions, on arrive à se demander si l’épiphyte n’a pas quelque relation de coexistence avec cette Mimosa.
Les connaissances que nous avons du pied de Madura, quoique fort incomplètes, doivent cependant conduire à rechercher si plusieurs affections analogues, telles que les boutons cTAlep, de Biskra (1), la plaie de V Yémen , les ulcères de Mozambique , de Delhi, de Cochinchine , etc., ne sont pas sous la dépendance d’un parasite animal ou végétal.- L’idée que ces diverses affections sont de nature parasitaire est d’autant plus admissible que leur extension géographique est moins grande; mais d’ailleurs il semble reconnu que quelques-unes d’entre elles, les boutons d’Alep, par exemple, tiennent aux qualités nuisibles des eaux de la localité.
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(1) Au moment où nous écrivons ces lignes, nous avons connaissance d’un travaildeE. Weber, intitulé : Etudes sur le bouton de Biskra (Recueil de mém. de chirurg. et de pharm. milit., t. XXXII, p. 44, 1876), dans lequel cet auteur soutient la nature contagieuse du bouton de. Biskra, et rapporte que Carter a trouvé d’une manière certaine, à l’examen d’une pièce anatomique qu’il lui avait adressée, un véritable cryptogame dermopliyte, occupant les petits canaux lymphatiques de la peau. Ce dermophyte s’est montré sous l’aspect de petits tilainents entrelacés et fournissant des spores (conidies) à leurs extrémités libres.
PARASITES VEGETAUX.
pique des lésions que Von observe dans V affection connue sous les noms de pèrical , pied de Madura ( Comptes rendus des séances et Mém. de la Soc. de biologie , 1865, avec planche). — T. Fox, Fungus-foot of India ( Transact . ofthe pathol . Soc. of London, t. XXII, p. 320, 1871). — L. Vincent, Archives de médecine navale t t. XXIV, p. 157, 1875.
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2° Achorion Schœnleinii (Remak) . Teigne faveuse. — Le mycélium de ce champignon se compose de tubes cylindriques, flexueux, ramifiés, sans articles ou cloisons, vides ou contenant de rares granules moléculaires. Ces tubes donnent naissance aux réceptacles qui contiennent des filaments articulés et remplis de spores (fig. 253). Celles-ci sont de grosses cellules
larges de 0,005 à 0,007 mm. îondes ou pjç 253. — Tube mycélien de YA-
ovales, libres ou articulées bout à bout avec chorionSchœnleimiüex ueux,sup-
, ... portant des filaments articulés
resserrement au niveau des articulations et plus volumineux, remplis de spo-
sans apparence de membrane enveloppante res; et spores libres ou agrégées.
. (500 diamètres),
commune, lres-refringentes, nullement modifiées par Faction de Feau ou de l’acide acétique, ces spores présentent
dans leur intérieur une fine poussière de granules moléculaires doués d’un mouvement brownien très-vif se produisant après l’action de l’eau.
L’achorion de Schœnlein se développe chez l’homme particulièrement sur le cuir chevelu, mais il peut se rencontrer sur toutes les parties du corps, la face, le conduit auditif, le tronc (fig. 255) et surtout au niveau du
Fig. 254. — Coupe microscopique de la peau au niveau d’un godet favique (d’après un dessin de Ch. Remy). A, couche granuleuse formée par l’altération du réseau muqueux et de la partie superficielle du derme ; B , tubes fins, parallèles et verticaux ou tubes mycéliens; C, spores et tubes sporifères; a, papille; b, vaisseau sanguin dilaté des papilles hypertrophiées; c, couche épithéliale interpapillaire respectée par le godet favique; d, vaisseau lymphatique et péri-lymphangite (150 diamètres).
sillon des ongles, où il s’inocule quelquefois par le grattage. Ce parasite occupe les couches profondes de l’épiderme, notamment la partie inférieure du conduit épidermique du poil, où il semble prendre naissance ; de là il s’étend, d’une part, au pourtour du cheveu, dont il amène la chute, d’autre part sous la couche cornée qu’il détruit ; il arrive enfin jusqu’à la couche papillaire qu’il modifie, comme j’ai pu le voir avec mon interne, M. Ch. Remy (fig. 25à). La dépression centrale et la disposition en forme de godets des petites masses hémisphériques d’un jaune soufré, à la surface du cuir chevelu ou de la peau, connues sous la dénomination de godets faviques, est due au dépérissement du champignon bien plus qu’à son adhérence au poil.
Le favus commence par une rougeur érythémateuse peu vive, circon-
PARASITES VÉGÉTAUX
scrite et de forme circulaire, ou diffuse et étendue. Les poils deviennent ternes, perdent leur couleur et se laissent facilement arracher; dans quelques circonstances, une éruption pustuleuse discrète précède l’apparition des godets faviques. Plus tard le champignon apparaît extérieurement sous forme de concrétions jaunâtres, friables, faciles à réduire en poussière par la pression ; les cheveux s’altèrent davantage, mais le bulbe continue encore de sécréter les éléments nécessaires à leur nutrition.
Survient enfin l’altération des conduits pilifères d’où résulte une calvitie définitive, et le parasite, au bout d’un certain temps, ne trouvant plus à la surface enflammée du derme les éléments nécessaires à sa nutrition, périt ; c’est alors que des cicatrices fibreuses plus ou moins irrégulières et nues lui succèdent.
Pendant le cours de cette évolution, le favus présente des caractères objectifs assez différents pour que les auteurs aient été conduits à lui reconnaître trois variétés de forme : le favus urcéolaire ou favus isolé disséminé en godets, le favus scuti forme ou favus nummulaire en écu, en anneaux, en cercles, et le favus squarreux ou favus granuleux, en saillies anfractueuses.
Chez l’enfant représenté figure 255, il existait sur le tronc une masse favique de l’étendue d’une pièce d'un franc.
Des recherches récentes tendent à établir que le Pénicillium glaucum est l’origine du favus. Rallier, avant
O 1 KJ
nourri Y Ac horion Schœnleinii avec du
A. KARMANSKl
Fig. 255. — Enfant âgé de 10 mois, atteint d’un favus scutiforme occupant à la fois le tronc et la tête, q, masse favique située un peu au-dessous du mamelon; ci\ cetle masse grossie offre l’aspect de pièces de monnaie empilées et de plus en plus petites. Des masses semblables se rencontrent sur la tête.
suc de citron dans un appareil à isolement, vit les conidies de ce champignon germer et produire le pénicillium; d’un autre côté, ce même expérimentateur, après avoir déposé des spores de pénicillium sur la peau d’un homme, produisit une éruption analogue à celle du premier degré de développement du favus. Baumgarten prétend aussi avoir pu produire le pénicillium par la culture de l’achorion sur de la colle d’amidon ; mais
d’autres expérimentateurs n’ont pas obtenu les mêmes résultats, de sorte que ces données, pour être acceptées, demandent à être confirmées par de nouvelles recherches.
Le chien et le chat, mais surtout la souris et le rat, sont des animaux sujets à l’affection qui nous occupe. On trouve chez ces animaux, dans certaines régions, principalement aux pattes et à la naissance de l’ongle, des croûtes épaisses, cassantes, d’une couleur jaune soufre ou gris terne; elles affectent, grâce à une dépression centrale et à une élévation des bords, la forme d’un godet dont le diamètre varie depuis un à deux millimètres jusqu’à un centimètre. Par la suite, les godets faviques se multiplient, s’étendent en surface et se réunissent.
Etiologie. — Le favus nous vient quelquefois de nos semblables, le plus souvent des animaux, et ainsi s’explique le fait de la plus grande fréquence de cette affection dans les campagnes et de sa rareté excessive à Paris. Bazin et son élève Deffis ont démontré la transmissibilité du favus par inoculation de l’homme à Phomme. Saint-Cyr, après avoir répandu sur la tête d’un chat épilé à l’aide d’un épispastique de la poussière faveuse provenant d’un autre chat, et fixé pendant deux jours cette poussière par un emplâtre de diachylon, a vu apparaître sur la surface dénudée un ou plusieurs tubercules grisâtres, très-petits, doux au toucher, ayant à leur centre une dépression traversée par un ou plusieurs poils. D’abord grise, la croûte prit ensuite une teinte soufrée, d’autres godets se formèrent au voisinage du premier, puis ils s’agrandirent, se rencontrèrent et finirent par se confondre. Le même expérimentateur, après s’être assuré que la teigne du chat se communique au chat, inocula à cet animal la teigne de Tentant et obtint les mêmes résultats. Ainsi, la teigne de l’homme est transmissible aux animaux ; la réciproque est également vraie, car Tripier
de Lyon, s’étant inoculé au bras la teigne de la souris, a obtenu deux godets bien caractérisés. Conséquemment, il y a lieu de croire que ce sont les animaux les plus inférieurs qui, en raison de leur genre de vie, contractent le lavus qu’ils transmettent aux animaux domestiques plus élevés, lesquels le communiquent à l’homme. D’un autre côté, si la transmission du favus a lieu par inoculation, on comprend qu’elle puisse se produire par un contact médiat ou immédiat, principalement sur une partie privée d’épithélium; la contagion par l’air est à notre sens fort douteuse, bien qu’admise par Bazin.
Indépendamment de ces conditions absolument nécessaires à la trans¬
mission du favus, il est des circonstances plus ou moins favorables au développement de cette affection. La contagion, facile à produire chez les jeunes animaux, présente des difficultés chez les animaux adultes. Le
PARASITES VÉGÉTAUX
favus, il est vrai, se rencontre à tout âge chez l’homme, mais il est plus commun dans l’enfance et chez les individus lymphatiques ou sciofuleux. En ce moment même, j 'observe cette affection chez deux enfants débilités par une mauvaise alimentation et récemment entrés dans mon service à leur retour de la campagne, où ils étaient en nourrice, chacun d eux jouait habituellement avec un jeune chat. La malpropreté et la misèie favorisent le développement de l’achorion ; d’autres circonstances y prédisposent, malheureusement nous les ignorons. Jusqu ici, en effet, il est impossible de dire pourquoi le favus inoculé a plusieurs individus s arrête chez quelques-uns, continue de croître chez quelques autres, ou même ne peut germer.
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3° Triehophyton tonsurans (Malmsten). Teigne tonsurante. Ce champignon, cause déterminante de l’herpès circiné, de la teigne tonsurante et de la mentagre, se compose de filaments articulés constitues pai des spores enchaînées en filaments moniliformes qui se développent dans l’épaisseur de la substance des poils en suivant la direction de leur longueur (fig. 256). Ces spores sont rondes ou ovales, transparentes, incolores, à surface lisse, d’un diamètre qui varie entre 0,003 et 0,006; quelques-unes offrent une fâche distincte ou un noyau mal circonscrit,
d’autres sont étranglées vers leur milieu (Ch. Robin). Ce champignon, si
1 on en croît Rallier et Rick, appartiendrait à une végétation inférieure du Pénicillium glaucum.
Le trychophyton siège de préférence sur les régions couvertes de poils ; mais il ne parait pas que le cuir chevelu soit un milieu qui en favorise 1 extension, car iî s’y multiplie peu. Les caractères objectifs de l’affection qu’il détermine varient avec la région lésée et diffèrent notablement suivant que le cuir chevelu, la face ou le troncsont le siège de la localisation. Le trichophyton prend naissance, au cuir chevelu, à l’intérieur des cheveux sous forme d’un petit amas de spores arrondies. Au fur et
a mesure que le cheveu s’accroît, le cryptogame pousse de son côté ; mais une fois que la partie envahie est arrivée a deux ou trois millimètres audessus du niveau de l’épiderme, le cheveu se brise. Ainsi la présence de ce végétal détermine la rupture des poils, d’où calvitie plus ou moins étendue ; en outre, elle provoque dans quelques cas la formation d’élevures et de croûtes qui recouvrent les parties tonsurées. Sur la face on voit apparaître des points rouges légèrement saillants, ou de véritables taches érythémateuses circulaires, dont les dimensions varient depuis l’étendue d’une pièce de vingt centimes jusqu’à celle d’une pièce de deux francs. Ces plaques, quelquefois à peine surélevées, sont d’autres lois saillantes, du moins à
Tige de cheveu b cassée au leur circonférence où existe un bourru veau de la peau c et spontanément , ... , ., ..
rompue à quelques millimètres au-des- reiet sensible a 1 œil nu et ail doigt
sus a. Cette tige est infiltrée de chaînes (érythème circiné et marginé). Au lieu de spores ( Trichophyton tonsurans ), ,, , ‘ /
écartant ses fibres longitudinales. c üue plaque ou d un cercle érythémateux, un cercle vésiculeux à extension piogressive trahit quelquefois, au tronc ou à la face, surtout à une période un peu plus avancée, la présence du champignon; il arrive aussi de voir plusieurs cercles vésiculeux concentriques (herpès iris). Desérupîions pustuleuses signalent encore dans certains cas le début de l’affection, principalement lorsqu’elle occupe la face; plus rarement ce sont des lé-
Iùfr . 25 G.
PARASITES VÉGÉTAUX. ^3
sions papuleuses, surtout si le dos de la main elle poignet sont le siège du champignon, et parfois des dartres fur furacées. Ainsi ce parasite, germant dans le tissu cutané, y joue comme Lachorion le rôle d un corps étrangci, d’une épine, et provoque des éruptions qui varient suivant son siège, la constitution du sujet, et probablement aussi suivant d autres cii constances que nous ne pouvons encore apprécier. En même temps, le poil change de couleur, il devient terne, sec, friable, et finit par se casser a quelques
millimètres de la surface tégumentaire.
A une période avancée, le champignon se montre tout a la lois sui les poils brisés et à la surface de l’épiderme. Sur les poils, il prend la forme d’une gaine amiantacée d’un blanc mat, complète ou incomplète , a la surface de l’épiderme, il donne lieu à une substance blanchâtre floconneuse ou lamelleuse de teinte blanche, de sorte que l’ensemble peut simuler une surface couverte de gelée blanche. En dernier lieu, le triehophyton qui a envahi le follicule pileux détruit la capsule et le bouton, arrive jusqu’à l’organe sécréteur du poil et l’enfiamme; de nouvelles éruptions symptomatiques se manifestent, et 1 inflammation, fixée dans des parties plus profondément situées, a une durée plus longue et des caractères différents- de ceux qui appartiennent aux éruptions primitives. Dans quelques cas enfin, il n’existe plus que des pustules accompagnées ou suivies d’induration profonde, des nodosités, de véritables tubercules cutanés ou sous-cutanés : c’est alors que le végétal détruit par le pus disparaît de la gaine du poil et que la guérison spontanée peut avoir lieu; autrement, il faut pratiquer 1 épilation et faiic usage d’un agent parasiticide.
La teigne tonsurante n’existe pas seulement chez 1 homme, elle se rencontre encore chez un certain nombre d’animaux et principalement chez le bœuf, le cheval, le chien et le chat. Ce fait, des plus importants à connaître, nous renseigne sur les conditions étiologiques de l’affection trichophv tique de l’homme. Les observations de Reynal, Baerensprung, Yincens, et les nôtres, ont en effet démontré d’une façon positive que le triehophyton est transmissible des animaux a 1 homme ; aussi, je ne doute pas que le plus souvent nous recevions cette affection des animaux domestiques. J’ai soigné trois enfants qui étaient affectés d’herpès circiné à la face, au cou et aux mains pour avoir joué avec de jeunes chats trouvés par hasard dans un grenier. L’affection dont chacun d’eux était atteint correspondait parfaitement aux points qui sont ordinairement touchés lorsqu on vient a porter un jeune c hat sui son épaule et à le caresser. Une autre lois j’ai été consulté par un soldat d’un régiment de chasseurs à cheval, qui présentait sur les bourses et sur
I avant-bras des plaques d’herpès circiné. Or l’avant-bras malade était précisément le gauche, c’est-à-dire celui qu’on a l’habitude d’appliquer sur la peau du cheval que l’on panse; quant à l’affection du scrotum, elle provenait sans aucun doute du contact des ongles.
La cause efficiente des affections produites par le Trichophyton tonsurans est par conséquent la transmission de ce parasite d’un animal à l’homme, ou de ce dernier à son semblable; mais il faut ajouter que, poin germer et se développer, le trichophyton a besoin, comme l’achonon, d un terrain approprié, et qu’il a surtout de la tendance à se produire chez les jeunes gens et sur les personnes lymphatiques.
Bibliographie. — Gruby, Comptes vend. Acad, des sciences , t. XYIÏ et XVIII, 184à. — Malmstein, Arch. f. Anat. u. Physiol. von J. Muller , 1848. - Malherbe et Letenneur, Etudes cliniques sur l'herpès tonsurant. Nantes, 1852. ~ Bazin, Recherches sur la nat. et le trait, des teignes. Paris, 1853, p. 68, pl. II, fig. 2 et à, et Aff. cut.parasit ., p. 141 . — Ch. Robin, Hist. nat. desvégét. parasit. Paris, 1853, p. 408. — Kœbner, Arch. f. path. Anat. und Physiol ., t. XXII, p. 372, 1861. — Ziemssen, Dermatolog. Jahrb. Greifswaldmed. Beitr ., lï, p. 99, 1863, et Schmidt s , Jahrb. , 298, t. CXXIII. — Rallier, Die Pflanzlichen des menschl. Kôrpers. Leipzig, 1 866.— J. -F. Pick, JJnters. überdïe pfl. ïïautparasiten. Verhandl . der K. K. geologisch-botcin. Gesellsch. XV. Wien, 1865). — W. Forster, Trcinsp. cont. par animaux , p. 144, t. I. — Asciié, Berlin, klinische Wochenschr ., II, 20, 1865, et Schmidt s Jahrb , t. CXXX, 338. — Lafont Gouzi, Transmission à l’homme d un herpès tonsurant de l'espèce bovine. Toulouse, 1864. — Ch. Bouchard, Sur V identité de V herpès circiné et de l’herpès tonsurant. Lyon, 1860. — Raynal, Dartre tonsurante du cheval et clu bœuf , contagieuse de ces animaux à l'homme (Mcm. de l Acad, de méd., t. XXR, p. 403). — Mahaux, Becherches sur le Trichophvton tonsurans et sur les affections cutanées qu'il détermine. Paris, 1870. — Vincens, Rech. expér. sur l herpès tonsurant chez les animaux. Paris, 1874. — E. Lancereaux, Note sur la transmission de l’herpès circiné du chat à l'homme (Bull, etmém. de la Soc. des hôpitaux de Paris , série 2, t. XI, p. 126, 1874).
I . Michelson, Transmission à l'homme d'herpès tonsurant provenant d’un animal à la fois trichophy tique et galeux ( Berlin . Klin. Wochenschrift, mars et août 1874). — Halberg, Ibid., 27 sept. 1875.
4° Microsporon furfur , Ch. Robin. Pityriasis versicolor. — Ce champignon, encore désigné sous le nom de Mycoderma Eichstadtii , se compose d un mycélium formé de filaments ondulés, transparents, courts et inarticulés, sorte de cellules étroites et allongées, dépourvues de granules intéiieuis, quelquefois bilurquées, formant avec leurs branches une couche a 1 extérieur de la quelle sont les spores (fig. 257). Celles-ci, léunies en groupes ou amas situés entre les filaments, à contours simples
PARASITES VEGETAUX.
ou doubles, réfractent fortement la lumière ; elles mesurent de Qmm,004 à 0mm,006 de diamètre, sont sphériques, transparentes et dépourvues, comme les filaments, de granules intérieurs.
Le Microsporon fur fur est la cause du pityriasis versicolor, du pityriasis nigra, de quelques éphélides lenticulaires, etc. 11 vit aux dépens de l'épiderme dont il habite la couche cornée, mais il ne semble pas pénétrer jusqu’au corps muqueux de Malpighi ; il se développe sur toutes les parties du corps, et principalement sur les régions du thorax et de l’abdomen. Ce parasite donne lieu à la formation de taches cutanées dont la couleur varie du jaune pâle à un jaune verdâtre foncé et presque noir.
Ces taches sont plus ou moins larges, diversement configurées : ici, ce sont des points isolés; là, de larges plaques arrondies, à bords réguliers ou légèrement festonnés; ailleurs, de vastes surfaces continues qui s’étendent à toute une région. Elles Fig. 257. — Tubes vides et spores agglo- ,i i ,i, . • mérées du Microsporon fur fur, obtenus
SOllt le siégé , au bout d un CCI tam par ie raciage de la peau au niveau
temps, lorsque le champignon a d’une tache de pityriasis versicolor (456 rompu la lamelle extrêmement mince '
qui le recouvrait, d’une exfoliation furfuracée, formée tout à la fois de débris épidermiques et de matière parasitaire.
Il n’est pas prouvé jusqu’ici que le Microsporon fur fur nous vienne* des animaux comme l’achorion et le trichophyton. Manifestement transmissible de l’homme à l’homme, ce parasite peut se propager par la dispersion de ses spores dans l’air ; j’ai été victime de ce dernier mode de propagation. Voulant placer dans mon Atlas d’anatomie pathologique un dessin microscopique du Microsporon fur fur, je me rendis à l’hôpital Saint-Louis où je recueillis sur une feuille de papier ce champignon que j’avais gratté à la surface de la peau d’un malade; puis je mis cette feuille de papier dans la poche de mon gilet, et j’eus la maladresse de l’v laisser pendant plusieurs jours. Or environ un mois plus tard, ma femme me fit remarquer qu’elle portait sur la poitrine des taches qu’elle n’avait jamais vues et qui n’étaient autres qu’une éruption de pityriasis versicolor ; m’étant alors examiné moi-même, je me trouvai porteur de la même affection qui , sans aucun doute, m’avait été communiquée par les spores du champignon rapporté de l’hôpital Saint-Louis.
On ne sait pas mieux l’origine du Microsporon fur fur que celle de l’achorion et du trichophyton . Ce champignon, suivant Hallier, ne serait que l’une des formes (forme achorion) de Y As per g il lus glaucus qui végéterait et produirait des conidies entre les cellules épidermiques ; mais les recherches sur lesquelles s’appuie cet auteur n’avant pas été confirmées par d’autres observateurs, son opinion ne peut être définitivement acceptée.
Bibliographie. — Eichstaedt, Froriep’s Notizen, 1846, vol. XXXIX, p. 270. — Sluyter, De vegetab. organismi animal, parasit. Berol. 1847, p. 25, fig. 2 et 3. • — Gudden, Arch. f. pli. Heilkunde , XIÏ, p. 496-506, 1853. — Ch. Robin, Hist. nat. des paras, vég., etc. Paris, 1853, p. 436. — Wedl, Grundz. der path. Histologie. Wien, 1853. — Rallier, Die pflanzl. Parasiter , etc., vol. III, fig. 47. Leipzig, 1866. — Bazin, Loc. oit., et art. Microsporon du Dict. encyclopédique des sc. méd ., série 2, t. VII, p. 608.
5° Microsporon Audouini . Teigne pelade. — Ainsi dénommé par Grubv, qui l’a découvert en 1843 dans la forme de teigne qu’on appelait alors le Porrigo decalvans , ce champignon fut regardé comme la cause de cette affection que Bazin, plus tard, désigna sous le nom de pelade. Toutefois, la plupart des micrographes et des dermatologistes n’ayant pu retrouver le microsporon d’Audoin, on en vint à douter de son existence. Récemment, Courréges et Malassez ont de nouveau signalé la présence de ce cryptogame dans les pellicules que l’on obtient en raclant légèrement le cuir chevelu au niveau des plaques de pelade, bien plutôt que dans les cheveux de la périphérie de ces plaques. A la vérité, on peut douter qu’un cryptogame aussi superficiellement placé parvienne à produire les désordres anatomiques de la pelade, et par conséquent une étude nouvelle de ce champignon dans les différentes phases de cette affection semble encore nécessaire.
L q Microsporon Audouini , qui, suivant Gruby, commence son développement à la surface des cheveux, à un ou deux millimètres de l’épiderme, est composé de branches, de tiges et de sporules. Bazin admet qu’il est formé de filaments ondulés, quelquefois bifurqués, auxquels font suite des spores globuleuses, petites, d’environ 0,003 millimètres ; qu’il entoure, à sa sortie du bulbe, le cheveu qui se renfle ou se brise; qu’enfin il se propage dans le follicule pileux jusqu’au bulbe et déracine le poil, d’où la calvitie. Pour Malassez, ce cryptogame est uniquement constitué par des spores sphériques, très-petites, d’un volume qui varie de 0,002 à 0,005 millimètres, et qui forment parfois de petits chapelets de cinq à six spores ou plus. Bien qu’accidentellement rencontré sur les cheveux, ce champignon est rapproché du trichophyton par tous les observateurs.
PARASITES VEGETAUX.
Ces données divergentes, qui ont sans doute leur explication dans des études faites à des périodes diverses du mal, ne sauraient lever tous les doutes relativement à la nature de la pelade; pourtant, la marche clinique de cette affection ne différant pas de celle des lésions cutanées produites par des cryptogames, on peut, jusqu’à preuve du contraire, lui attribuer une origine parasitaire. Bazin lui-même admet qu’elle n’est souvent qu’une variété de la teigne tonsurante. En tout cas, les poils offrent d’abord un aspect sale et terne; ils se décolorent, puis ils tombent en grand nombre, et l’on voit se dessiner des tonsures de l’étendue d’une pièce de deux ou de cinq francs, ordinairement ovalaires et remarquables par la décoloration du tégument à leur niveau. Le nombre de ces plaques d’un blanc de lait est variable : on peut en compter jusqu’à quinze et vingt, dispersées sur le cuir chevelu. La décoloration de la peau témoigne d’une action spéciale exercée sur la matière pigmentaire; mais il nous est difficile d’attribuer, comme certains auteurs, la disparition de cette matière à son absorption par le parasite, quand nous voyons la plupart des lésions parasitaires produire des colorations variées à la surface de la peau.
En présence de la divergence d’opinions sur le caractère du parasite dans la pelade, on est tenté de croire que sous cette dénomination sont comprises des affections diverses dont quelques-unes, peut-être, seraient parasitaires, tandis que les autres auraient une tout autre nature. Dans des expériences récentes, ïïorand tenta d’inoculer la pelade non traitée à des jeunes chiens sans avoir jamais pu réussir; il n’eut pas plus de succès sur un jeune enfant. Aussi ce pathologiste pense-t-il, avec d’autres observateurs, que la pelade n'est qu’une atrophie cutanée d’origine nerveuse.
Bibliographie. — Gruby, Comptes rend. Acad, des sciences , 1843, t. XVII, p. 301, et 1844, p. 585. — Bazin, Recherches sur ta nat. et le traitement des teignes. Paris, 1853. — Le même, Leçons sur les maladies cutanées parasitaires. Paris, 1858, et Dict. encyclopédiq. des Sc. méd., art. Microsporon, 1873. — Ch. Robin, Hist. nat. des végét. parasites. Paris, 1853, p. 426. — Courréges, Etude sur la pelade. Thèse de Paris, 1874. — Malassez, Note sur le champignon de la pelade ( Archives de physiol. normale et pathol . , 187*4, p. 203). — Horand, Considérations sur la nature et le traitement de la pelade ( Annales de dermatologie et de syphiliographie , t. VI, n° 6, et t. Vil, n° 1).
6° Oïdium albicans (Ch. Robin). Muguet. — Le champignon du muguet est constitué par des filaments tubuleux , sporifères, et par des spores globuleuses ou ovoïdes. Les filaments sont cylindriques, allongés, drods
ou incurvés en divers sens, larges de 0,003 à 0,004 millimètres sur 0mm50 à 0mra60 de longueur, et même plus, suivant la période de leur développement. Ils sont nettement délimités, cloisonnés d’espace en espace et formés de cellules allongées, articulées bout à bout, et souvent séparées par des étranglements; à l'état adulte, ils sont ramifiés, et les ramifications sont composées de cellules plus courtes que celles des filaments. Ces diverses
cellules renferment ordinairement quelques granulations moléculaires de teinte foncée , et souvent douées de mouvement brownien. L’extrémité d’origine ou adhérente des filaments est cachée au centre de spores isolées ou mêlées avec des cellules épithéliales, tandis que l’extrémité libre ou sporifère est simplement arrondie ou se termine par une ou plusieurs spores grosses et ovales, disposées en série linéaire, renfermant des granulations (fig. 258).
Les spores sont sphériques ou ovales, à bord net ou foncé ; elles réfractent fortement la lumière et contiennent une fine poussière douée de mouvement brownien. Elles adhèrent pour la plupart aux cellules épithéliales de la muqueuse buccale.
Ce champignon germe et se développe principalement sur les membranes muqueuses de la bouche, de la gorge, de l’œsophage, même sur celle de l’estomac, où il est sans doute transporté par la salive. Plusieurs fois il m’est arrivé de constater sa présence sur la muqueuse gastrique, pendant mon clinicat à LHôtel-Dieu, chez des enfants morts d’inanition ou par suite d’une alimentation non appropriée à leur âge. Il est quelquefois transmis au mamelon des nourrices, et on peut l’observer à l’anus, aux grandes lèvres et jusque dans le vagin (Haussmann). Dans un cas rapporté par Zenker, il existait dans le cerveau, en même temps qu’un muguet de la bouche, du pharynx et de l’œsophage, des points purulents qui renfermaient, outre des globules de pus, des filaments tubuleux parasitaires ayant, selon toute vraisemblance, leur origine dans la bouche ou l'œsophage d’où ils avaient été transportés par les vaisseaux. Le champignon du muguet a été trouvé par Parrot sur l’épiglotte, les cordes vocales inférieures, et jusque dans les alvéoles pulmonaires ; par contre
b-KARMANSKI
FiG. 258. — Cellules épithéliales, filaments et spores du muguet.
Les tubes du champignon, régulièrement cylindriques, contiennent des granules moléculaires dans leur cavité. L’extrémité d’origine est cachée dans des amas de spores et de lamelles épithéliales, l’autre est arrondie, ou bien elle est formée de cellules ovoïdes, articulées bout à bout; les spores sphériques ou ovales sont isolées ou réunies en chaîne (320 diamètres).
PARASITES VÉGÉTAUX
cet observateur ne l’a pas rencontré dans la trachée, et ne pense pas qu’il puisse se fixer sur les épithéliums vibratiles.
La membrane muqueuse de la bouche est celle qui permet le mieux de suivre l’évolution du muguet. D’abord cette membrane rougit à l’extrémité de la langue, et bientôt la rougeur, de plus en plus vive, s’étend à toute la muqueuse buccale; puis on voit poindre sur cette muqueuse comme un semis de taches blanches plus ou moins rapprochées les unes des autres, qui s’élargissent et se rejoignent pour former de petites lames mamelonnées. Celles-ci se montrent sur la langue, à la face interne des joues et des lèvres, enfin sur la voûte palatine et les gencives. Elles forment peu à peu des masses d’un blanc de neige éclatant, qui par leur réunion peuvent envelopper une partie ou la totalité de la langue et de la muqueuse des joues. En vieillissant, ces masses s’épaississent, perdent leur brillant, revêtent une teinte jaune ou brunâtre, à moins qu’il n’y ait une évolution très-rapide, auquel cas tout l’intérieur de la bouche peut apparaître
comme recouvert de couches de lait concret. Les cellules épithéliales de
la bouche se tuméfient, s’obscurcissent, s’infiltrent de granulations protéiques, et plus tard de granulations graisseuses; elles sont le siège d’un véritable processus phlegmasique qui se propage jusqu’aux glandes.
Le muguet se voit principalement chez les nourrissons qui éprouvent de la difficulté à prendre le sein et qui font des tentatives infructueuses de succion, chez les jeunes enfants insuffisamment alimentés et affaiblis, chez les adultes dans le cours ou à la fin des fièvres graves, notamment ta fièvre typhoïde. Le dernier stade de la tuberculose et de la carcinose et les maladies cachectiques en général prédisposent à cette affection. Une des conditions qui favorisent la germination et le développement du muguet dans ces diverses maladies , est, comme l’a montré Guider, l’acidité des produits de sécrétion muqueuse, et sans doute aussi une mauvaise nutrition des épithéliums. Le champignon du muguet se nourrit dans la bouche, surtout aux dépens de la salive; sa transmissibilité est fort contestable.
Suivant des recherches récentes (Hallier), le champignon du muguet ne différerait pas de X Oïdium lactis , champignon de la fermentation lactique. U serait produit par le développement du leptothrix, ainsi que cela aurait lieu en dehors de l’organisme quand on laisse le lait s’acidifier. Ces recherches ont besoin de confirmation avant d’être définitivement acceptées.
Bibliographie. — Berg, hygiea , 1842, et JJ cher die Schivammchen von Kindern, traduit du suédois en allemand par Busch, 18ù8. — Gruby, Comptes rend, de VAcad. des sciences , 1842, t. XIY, p. 634, et 1844, t. XVIII, p. 585. Lancereapx. — Traité d’Anat. path. I.
— Annales cVanat. et de physiol. pathol. , 1846, p. 286. — Yogel, Gaz. mèd . e Paris , 1842, p. 234. Icônes path. histol ., 1843, pl. XXI, 1-3. — Gubler
Note sur le muguet (Gaz. mèd. de Paris , 1852, p. 412). — Le meme, Etudes sur V origine et les conditions de développement de la mucédinée du muguet (Oïdium albicaris) Mém. lu à l’Acad. de médecine, séance du 4 août 1857. Paris, 1858.
— Ch. Robin, Histoire naturelle des parasites végétaux. Paris, 1853, p. 50, et pl. I. — Bazin, Recherches sur la nature et le traitement des teignes. Paris, 1853, p. 12, pl. III, fig. 2. — Empis, Etude de la diphthérite (Arch. gén. de méd., 1850, t. XXII, p. 281). — Kuchenmeister, Parasiten , t. lï, p. 110, 1855.
— Reubold, Archiv f. path. Anat. und Physiol ., 1854, t. VII, p. 76. — BurcriARDT, Annalen cl. Berliner Charité , XII, 1, p. 1, 1864, et Schmidt' s Jahrbü cher , t. CXXV, p. 190. — Quinquaud, Archives de physiologie norm. et pathoh , 1868, t. I, p. 290-305, pl. VUE — J. Paruot, Du muguet gastrique et de quelques autres localisations de ce parasite. Ibid., p. 504 et 599.
Un cryptogame différent du champignon du muguet s’observe quelquefois
sur la membrane muqueuse de la langue, à laquelle il donne une coloration noire toute particulière. Signalé par Maurice Raynaud, qui a fait connaître ses principaux caractères, ce parasite a été retrouvé par nous à la surface de la langue d’un homme âgé de cinquante-neuf ans, et dont une parente fut plus tard atteinte de la même affection. Quoique jouissant d’une bonne santé, cet homme était incommodé par une sensation de gêne légère, et surtout fort inquiet de l’état de sa langue, qu’il examinait plusieurs fois dans le cours de la même journée. Celle-ci présentait une coloration noire très-prononcée, comme si on l’eût barbouillée avec de l’encre. Cette coloration, qui se montra tout d’abord vers la partie moyenne de l’organe et en avant du Y lingual, s’étendit peu à peu, de façon à atteindre toute la face dorsale de la langue et à laisser seulement les bords intacts et rosés (fig. 259). Elle formait une large plaque manifestement saillante et tout à fait noire, plus allongée dans le sens de l’axe de
Fjg. 259. — Langue couverte d’une sorte de duvet noirâtre limité à sa face dorsale et constitué par des cylindres épithéliaux infiltrés de spores.
PARASITES VÉGÉTAUX
l’organe que dans le sens transversal, et nettement circonscrite sur ses bords. Cette plaque tomenteuse, ou mieux villeuse, représente une sorte de gazon toulTu, et semble constituée par de lins cheveux, les uns entrecroisés, les autres régulièrement disposés principalement vers la pointe de l’organe où il existe par moments comme une raie médiane. Une spatule promenée à la surface de la langue ramène un magma noir, abondant, qui, agité dans l’eau, laisse voir un grand nombre de filaments semblables à des poils de différente grandeur, pouvant atteindre jusqu’à un centimètre de longueur.
Placés sous le champ du microscope et vus par transparence, ces filaments apparaissent sous la forme de petits cylindres d’un jaune ocreux, offrant une partie centrale plus claire, bordée de chaque côté par une bande plus foncée. Ils sont formés d’éléments épithéliaux fortement tassés les uns contre les autres, aplatis et souvent difficiles à reconnaître; leurs bords sont hérissés de lamelles épithéliales adhérentes par une extrémité, libres par l’autre, et assez régulièrement étagées à la manière des barbes d’une plume (fig. 260). Traités par la potasse, ils offrent une structure épithéliale
Fig. 260. — Cylindre épithélial infiltré Fig. 261. — Tubes et spores obtenus par de spores, a; autre cylindre sans infil- le raclage de la langue représentée
tration, b. (100 diamètres). fig. 259 (350 diamètres).
encore plus nette, qui ne manque pas d’une certaine analogie de structure avec les poils ou encore avec les ongles (M. Raynaud). Ces cylindres qui,
en somme, ne sont que le revêtement épithélial hypertrophié et allongé des papilles filiformes de la langue, offrent, sinon tous, du moins un certain nombre, comme incrustés à leur surface des corps cellulaires très-réfringents, insolubles dans l'éther, ordinairement disposés en amas, et qui sont manifestement des spores. Ces spores, sphériques, plus rarement ovoïdes, ont un diamètre qui varie entre 0,004 et 0,005 millimètres; elles sont réunies en petits amas plutôt que disposées en chapelet; ordinairement attachées aux cylindres épithéliaux, elles sont quelquefois libres ou fixées sur des cellules épithéliales isolées (fig. 261).
Il existait en outre, chez mon malade, des tubes sporifères, ondulés, ramifiés, comme l’indique la figure 261. Toutefois ces tubes n’ont peut, être pas une existence constante, car après les avoir trouvés une première fois en compagnie de nombreuses spores, il m’a été impossible de les rencontrer une autre fois, alors que les spores étaient d’ailleurs moins abondantes; mais il est juste de dire qu’à cette époque le malade était depuis près d’un mois soumis à un traitement par le chlorate de potasse et le bicarbonate de soude.
L’impossibilité d’avoir sous la main le malade porteur de cette affection ne m’a pas permis de faire une étude suivie du végétal dont il est ici question. Néanmoins j’ai tenu à en donner un dessin, lequel, je l’espère, pourra servir à des observations ultérieures. L’hypertrophie épithéliale et la présence d’un champignon sont évidemment la cause de la coloration si particulière de la langue; mais lequel de ces deux éléments joue ici le piincipal rôle ? Il me serait difficile de le dire; jen oserai toutefois avancer avec Maurice Raynaud que c est l’épithélium d’abord transformé en cylindre filiforme, car si parfois on ne trouve pas de spores, il n’est pas certain que celles-ci n’aient pas existé au préalable.
Bibliographie. — Eulenberg, Ein sclnoarzer ÏAingenbeleg ( Archiv f. physiol. Eeillmnde , t. XII, p. 490. Stuttgart, 1853). — Maurice Raynaud, Note sur une nouvelle affection parasitaire de la muqueuse linguale (Mém. lu à la Soc. méd. des hôpitaux le 26 février 1869, et Union méd ., sér. 3, t. VIII, p. 3, 1869). — E. Lancereaux, Société méd. des hôpitaux, 1876.
— SCHIZOMYCÈTES (NAGELl). FERMENTS.
Le nom de schizomycètes diviser, gôxy?; champignon), qui est
de oate récente, sert à désigner un groupe de champignons composés de
PARASITES VEGETAUX.
cellules incolores, de formes diverses, le plus souvent sphériques ou ovoïdes, isolées ou réunies en chaîneltes par l’intermédiaire d’une gangue glutineuse, et susceptibles de se multiplier par division.
Les champignons de ce groupe vivant à l’état parasitaire ne déterminent aucun effet mécanique; ils absorbent, au contraire, pour vivre une portion des substances organiques solides ou liquides en présence desquelles ils se trouvent, et partant ils exercent sur ces substances une action chimique en vertu de laquelle elles sont dédoublées ou décomposées en principes de plus en plus simples, d’où le nom de ferment donné à ces cryptogames. C’est de cette façon que ces êtres inférieurs peuvent produire les désordres les plus considérables, tantôt sur les tissus, tantôt sur le sang des animaux sur lesquels ils viennent à se développer. Or si l’on tient compte de l’évolution définie et de la contagion de la plupart des maladies épidémiques , il est au moins raisonnable d’admettre la possibilité de l’influence de ces agents dans la genèse de ces maladies.
Ces parasites présentent des formes et des propriétés très- diverses ; aussi croyons-nous devoir séparer leur étude en deux parties : la première comprendra les organismes dont les formes végétales sont nettement déterminées ; la seconde renfermera ceux qui, en raison de leur faible volume, de leurs formes et de leurs propriétés spéciales, ne sont pas encore définitivement rangés dans le règne végétal.
1° Sarcina ventriculi (Goodsir), Merismopœdia venin culi (Ch. Robin). — La sarcine est un végétal qui, chez l’homme, se présente sous la forme de masses généralement cubiques ou prismatiques, avec des angles quelquefois arrondis ou irréguliers. Plus lourdes que l’eau, ces masses se déposent au fond des matières vomies et des liquides; elles sont incolores et transparentes, ou bien légèrement brunâtres et peu réfringentes, teintées en brun ou en jaune foncé. Elles sont formées de cellules cubiques rarement allongées, prismatiques, à angles mousses, et plus ou moins irrégulières, qui ont en moyenne 0mm,008 de côté, et qui présentent vers le milieu de chaque face une légère dépression d’où partent, en s’écartant à angle droit, quatre sillons donnant lieu sur chaque face à quatre petites saillies arrondies (fig. 262). Situées les unes à côté des autres au nombre de quatre, huit, douze, seize, trente-deux, etc., ces cellules sont maintenues par simple contact ou à l’aide d’une petite quantité de matière mucilagineuse susceptible d’être gonflée ou détruite
par les alcalis et les acides étendus, sans modification aucune de l’élément figuré. Chacune d’elles est composée d’une masse homogène sans noyau ni granulations, ou bien renferme de deux à quatre noyaux, et souvent trois. Prismatiques, allongés, à angles arrondis, les noyaux ont une teinte qui varie du brun jaunâtre au brun clair. Les sarcines se multiplient d’une manière continue par division ou segmentation quadruple, en donnant naissance à des cellules d’abord arrondies, plus lourdes que l’eau, qui tombent au fond des liquides.
Le milieu dans lequel se rencontrent ces parasites est ordinairement le contenu liquide de l’estomac, dans certaines conditions morbides; c’est
dans ce liquide qu’ils ont été découverts. Les vomissements qui les renferment sont de couleur brunâtre ou verdâtre, de la consistance d’une crème, acides avec une odeur aigre très-prononcée; ils contiennent des acides divers, acétique, lactique, chlorhydrique, etc. Chez une femme de quarante ans n’ayant aucune lésion matérielle de 1 estomac, que j’ai pu suivre pendant plusieurs mois à la consultation de 1 Hôtel-Dieu et du Bureau centrai, les vomissements survenaient principalement dans la nuit, sous une forme tout à fait intermittente. Au contraire, chez un homme âgé de cinquante-cinq ans, observé à l’hôpital de la Pitié, ils avaient lieu de préférence pendant le jour. Dans ces deux cas, ils étaient abondants, mais surtout chez le dernier malade, qui avait l’estomac manifestement dilaté et probablement cancéreux (1). La sarcine a encore été observée dans les fèces (Bennett) ; Hellerl a trouvée dans les matières fécales d’un individu atteint d’un cancer du rectum, dans les sédiments de l’urine d’une jeune fille; Virchow l’a vue dans un abcès gangréneux du poumon, et moi, dans un foyer de gangrène qui, du sacrum, avait gagné la région lombo-iliaque. Ce parasite a pour effet très-vraisemblable, dans l’estomac, d’amener la fermentation du contenu, dans les poumons et dans certains tissus, de favoriser le développement de la gangrène. Son origine n’est pas encore bien connue ; toutefois, suivant ïtzigsolm, la sarcine dériverait de l’une des espèces d oscillatoires que l’on observe dans les sources.
Fig. 262. — Sarcines.
Bibliographie.
Observ a lions . E d in b u r g ,
John and Harry Goodsir, Anatomical ancl pctthological 1841-45. — Heller, Archiv f. physiolog. Heilkunde ,
(1) Le nombre des sarcines contenues dans les vomissements de ces deux malades était extrêmement considérable; elles apparaissaient, sous le champ du microscope, sous la forme de pavés formant des îlots plus ou moins étendus.
PARASITES VÉGÉTAUX
1848, part. I, et Archiv f. physiol. und pathol. Chemie und Microscopie , 1852, p. 30. — Busk, Microscopical Journal , 1843. — R. Virchow, Sarcina ( Archiv f. pathol. Anat. und Physiol ., etc., 1847, t. ï, p. 264). — Sciilossberger, Wurtemberg Correspondenzbl. , 1846, n° 26, Arc/iw f. physiolog. Heilkimde , 1. V, p. 747, 1847. — G.-W. Simon, De Sarcina ventriculi , Dissert, inaug. Halle, 1847. — Lehmann, Lehrb. der physiolog. Cliemie. Leipzig, 1850, II, p. 128. — Hasse, Beobcichtung. über clie Sarcina ventriculi (Mittheilung . cl. Zurisch. Nciturforsch. Gesellsch ., 1847, p. 95). — Ch. Robin, Ilist. nat. desvég. parasites. Paris, 1853, p. 331-345 ; allas, pl. I,fig. 8, eipl.XlI, fig. 7. — Itzigsohn, Arch. f. path. Anat., t. XÏR, 541, 1858. — Eberth, Ibid., t. XIII, 522. — Rossmann, Ibid., t. XIV, 393. — W. Jenner, Med. chir. Pœview, oct. 1853, p. 329, London. — H. Hassall, The Lancet, April, p. 338. London, 1853. — R. Neale, Med. Times and Gdzette , Juny 1853, p. 623, London. — Budd, On tlie org. cliseases and fond, disorders of the stomach. London, 1855, p. 233.
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2° Cryptococcus eerevisiœ. Synonymie : T ovula ceremsiœ (Turpin). — Autrefois rangé parmi les algues, ce cryptogame est aujourd hui considéré comme un champignon. Il jj
se compose de cellules de 0mm,004 à 0 mm ,007 de diamètre, rondes ou ovales, incolores, avec un ou deux corpuscules nucléaires, d’apparence graisseuse à leur intérieur (fig. 263). Ces cellules en engendrent de nouvelles par bourgeonnement, et celles-ci se multiplient de la même manière ou par segmentation, de sorte qu’il se produit des séries de cellules (3 à 5) adhérentes les unes aux autres, mais non disposées en filaments.
Le Cryptococcus ceremsiœ a été plusieurs fois rencontré chez l’homme ;
Fig. 263. — A. Cryptococcus eerevisiœ , provenant de l’estomac et rendu par vomissements ; B, le même champignon, tiré de la bière.
il se développe dans les liquides de la bouche, de l’oesophage, de l’estomac et de l’intestin (enduit de la langue, vomissements, selles diarrhéiques). Dans ces différents cas, il est souvent introduit par la bière. Lehert a constaté la présence de ce végétal dans la bouche d’une femme atteinte d’une affection chronique de l’utérus ; des faits analogues ont été rapportés par d’autres observateurs. Yogel l’a rencontré dans l’urine des diabétiques, ce qui n’est pas pour cela un signe certain de l’existence du sucre, car on l’observe dans des urines non sucrées; j’ai moi-même constaté sa présence dans les urines de personnes affectées de diabète.
Ce cryptogame se développe rapidement toutes les fois qu’il trouve un milieu acide et une température convenable, surtout dans les liquides du tube digestif et les urines. Sa signification pathologique est toujours douteuse; il n’aurait, suivant quelques auteurs, aucune action nuisible sur l’animal dans les humeurs duquel il se développe ; sa présence ne serait qu’un épiphénomène, une suite de l’altération des humeurs et non la cause de cette altération.
Bibliographie. — Vogel, Icônes his toi. pathol . Lipsiæ, 1843, p. 93. — Hannover, TJeber Entophyten auf den Schleimhauten des todten und lebenden Menschen ( Milliers Archiv f. Anal, und Physiol. , 1842, p. 281, tab. XV, fig. 1-4). — Gruby, Comptes rendus de V Académie royale des sciences de Paris , 1844, t. XVI1Ï, p. 586. — Ch. Robin., Des fermentations. Paris, 1847. — Le même, Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853, p. 322-327 ; Atlas, pl. II, fig. 10, pl. IV, fig. 3 et 4, pl. VI, fig. 1. — P. Sciiutzenberger, Recherches sur la levure de bière ( Bulletin de la Société chimique de Paris , t. XXI, p. 204, 1875).
3° Leptothrix buccalis (Ch. Robin). — Ce cryptogame est formé de filaments tubuleux incolores, assez roides, droits ou courbés, quelquefois coudés brusquement et en général sous un angle obtus à bords nets avec des extrémités brusquement arrondies et non effilées. Larges de 0mm,0005, longs de 0mm,020 à 0mm,100, ces filaments, non articulés et très-fragiles, renferment quelquefois de très-petits granules ronds dans leur intérieur; réunis par leur base à une gangue amorphe, granuleuse, ils forment des ioulïes plus ou moins serrées à côté desquelles on aperçoit des filaments isolés en forme de baguettes, des cellules épithéliales, des vibrions, etc.
(fig. 264). La manière dont se reproduit ce végétal n’est pas connue. Les petits corps ronds qui se voient parfois à l’intérieur des filaments sont peut-être des corps reproducteurs, mais rien n’est encore démontré à cet
égard .
PARASITES VÉGÉTAUX
Le Leptothrix buccalis se rencontre constamment dans les matières en décomposition de la bouche de l’homme (sur la pointe des papilles linguales, dans l’enduit des dents, le tartre, dans la cavité des dents cariées) ; de là il passe quelquefois dans les liquides de l’estomac et de l’intestin, ou même dans ceux des voies aériennes. Ces liquides toutefois ne semblent pas favorables au développement du leptothrix, car dans ces milieux les tubes sont généralement courts, isolés, très-rarement implantés sur un support, comme s’ils ne pouvaient atteindre leur complet développement.
La plupart des auteurs s’accordent à reconnaître que le Leptothrix buccalis
Fig. 264. — Parasites divers trouvés à la surface de la langue dans un cas de stomatite.
Leptothrix buccalis développé sur des cellules épithéliales; b, bactéries ; c, cercomonas.
n’est pas nuisible à l’homme, qu’il n’a aucune signification pathologique; mais c’est là une opinion par trop favorable si je m’en rapporte à ma propre observation. Sans vouloir parler ici des cas de carie dentaire et de gangrène pulmonaire où il est fait mention de la présence de ce parasite, je dois dire qu’il m’est arrivé plusieurs fois d’être conduit à lui attribuer des dyspepsies acides ou lîatulentes qui ont cédé à l’emploi de l’hvposulfite de soude et des pastilles de menthe. Dans un cas (1), ce végétal
(1) La nommée M..., Victorine, âgée de vingt ans, domestique, admise à l’hôpital de Lourcine dans mon service, le 18 janvier 1875, est une jeune personne bien constituée, et qui a toujours joui d’une bonne santé. Quinze jours avant son entrée, elle
m’a paru jouer un rôle véritable dans la genèse d’une stomatite qui cessa aussitôt après l’administration de l’agent parasiticide.
Bibliographie. — Ant. Leeuwenhoek, Arcana ncituræ détecta. Lugd. Batavor. 1722, t. XL, fig. A. — Mandl, Recherches microscopiques sur la composition du tartre et des enduits muqueux ( Comptes rendus de VAcad. des sc t. XVH, p. 213). — B em ak, Biagnost. undpathog. Untersuchimgen. Berlin, 1845. — Bowdicht, American Journ . of mecl. sciences , April 1850, p. 362. — Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853, p. 345-354 ; Atlas, pl. I, fig. 1-2. — Wedl, Grundzüge der path. Histologie , trad. anglaise par Busk, p. 746-749. — Ubiscii, Berlin, klin. Wochenschrift , 1875, p. 702.
Bactéries et vibrions. — Les bactéries sont des êtres organisés tout à lait inférieurs et qui apparaissent dans les matières organiques en voie
ressent au palais, à la langue et dans la gorge une douleur qu’elle compare à une sensation de feu. Huit jours plus tard elle perd l’appétit, se plaint de lièvre, céphalalgie et courbature; mais ces symptômes ne sont que passagers. Lors de notre examen, les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés, douloureux et volumineux. Dans son tiers antérieur la langue est desquamée et d’un rouge vif, les papilles sont à nu. Vers la partie moyenne de cet organe il existe, surtout à gauche, des plaques ovales, d’une étendue de 2 centimètres, rougeâtres et entourées d’un épithélium blanchâtre contrastant avec l’épithélium vrai. La partie gauche du voile du palais, de la voûte palatine et de la face interne de la joue, la lèvre supérieure surtout, sont le siège d’une rougeur framboisée, limitée par un bord festonné, comme si l’on avait passé sur ces parties un pinceau enduit de carmin ; dans le voisinage on aperçoit quelques taches rouges isolées. La face, inférieure de la langue, le pharynx, la face interne de la joue droite sont intacts. Les amygdales sont volumineuses, d’une coloration normale. La face dorsale delà langue est raclée à l’aide û’un scalpel; le produit examiné au microscope renferme : 1° des filaments de leptothrix implantés sur une substance granuleuse, à la surface des cellules épithéliales altérées; 2° des bactéries et des vibrions en très-grand nombre; 3° des ccrcomonas (fig. 26â).
Le 19 janvier, la rougeur a envahi la partie droite de la langue, avec les mêmes caractères. Douleur à la gorge, déglutition difficile. Collutoire au chlorate de potasse.
Le 20, la rougeur persiste et envahit les trois quarts de la face dorsale de la langue, la face inférieure reste intacte ; la rougeur s’étend à une grande partie de la face interne des lèvres et est toujours accompagnée de sensation de chaleur et de brûlure. Le collutoire est continué.
Le 21, on ne trouve plus au microscope le Leptotrix buccalis , les bactéries, les vibrions et les infusoires. Le 25, la rougeur a disparu, et le lendemain la malade nous demande sa sortie. (Obs. recueillie par Ch. Remy.)
PARASITES VEGETAUX.
de décomposition. Leurs faibles dimensions et la simplicité apparente de leur organisation ne permettent pas jusqu’ici de distinguer d’une manière certaine les unes des autres leurs diverses espèces. Semblable difficulté se présente encore lorsqu’il s’agit de séparer ces petits êtres d’avec les espèces appartenant à des genres voisins par leur organisation, les vibrions par exemple. Les bactéries et les vibrions font partie d’un groupe d’êtres désignés en France sous le nom de vibrioniens, en Allemagne sous celui de bactériens ; ils se produisent dans les mêmes circonstances et suivant les mêmes lois, jouissent de propriétés semblables ou analogues et exercent sur les milieux dans lesquels ils se développent des effets qui, pour être différents, n’en ont pas moins une grande similitude. Tous ces corpuscules, contrairement aux infusoires animaux, sont insolubles dans l’ammoniaque, quoique ce réactif arrête leurs mouvements. Ce caractère d’ordre chimique est considéré avec raison par Ch. Robin comme l’un des plus propres à faire rentrer les bactéries et les vibrions dans le règne végétal.
Les vibrioniens sont constitués d’après Cohn : 1° par une masse de protoplasma creusée de vacuoles et animée de courants dans son milieu, homogène et immobile vers sa périphérie ; 2° par une fine membrane cellulosique que met en évidence la teinture d’iode, qui la colore. Ajoutons qu’à leur intérieur se voient encore de petits corps granuleux qui sont probablement de nature graisseuse. Après la mort des vibrioniens, la substance contenue dans la membrane s’altère et occupe des espaces variables, laissant des intervalles vides qui permettent de la reconnaître facilement. C’est une particularité qu’il faut connaître, car ces vibrioniens en voie de décomposition, mêlés à d’autres encore vivants, peuvent fort bien donner lieu à une méprise et faire croire à deux espèces distinctes. D’un autre côté, l’aspect que ces êtres prennent en se desséchant sur une plaque de verre a porté Ehrenberg à conclure que chaque filament est composé d’une série d’animalcules à peine plus longs que larges et retenus par une division spontanée imparfaite ; mais cette opinion n’est pas justifiée.
La plupart des vibrioniens ont des mouvements variés; ils avancent, reculent, oscillent ou pirouettent autour de leur centre ou de leur extrémité, comme des tiges rigides, se redressent ou s’infléchissent en ondulant, comme le serpent. Toutefois ces mouvements ne sont pas constants; il est facile de voir que ces infusoires sont généralement immobiles dans la première période de leur développement et que cette période d’immobilité dure quelquefois plusieurs jours (Davaine). Ils peuvent cesser de se mouvoir, tomber dans un état d’inertie qui n’est pas toujours leur
mort, puisqu’ils ne présentent aucune altération dans leur constitution ; quelques-uns d’entre eux sont d’ailleurs toujours immobiles. Ces êtres se nourrissent aux dépens des liquides au sein desquels ils sont plongés, et sans doute par absorption endosmotique, comme le prouve la coloration rouge qu’ils revêtent au contact d’une larve rouge de mouche. Ils respireraient, suivant Pasteur, les uns l’oxygène libre (aérobies), les autres l’oxygène combiné (anaérobies), mais cette opinion n’est pas généralement partagée; Grimm a constaté que l’air atmosphérique était nécessaire à tous les bactériens, et Cohn a reconnu que ces êtres décomposent et réduisent l’acide carbonique comme tous les autres végétaux.
Les vibrioniens ne se développent jamais que dans un milieu déterminé, au point que, pour les faire disparaître, il suffit de modifier le liquide organique qui les renferme, de substituer une eau pure à une eau corrompue, de l’eau de mer à de l’eau douce ou réciproquement. Une température trop basse ou trop élevée s’oppose à leur développement, celle qui leur est le plus favorable oscille entre 30 et 40 degrés; il en est de même d’une pression atmosphérique trop faible ou trop forte, car P. Berta pu constater que sous une tension de 23 à 24 atmosphères toutes les putréfactions liées au développement des vibrions cessent de se produire. La présence de phosphates et de substances azotées, de l’ammoniaque surtout, dans un liquide, favorise leur développement; par contre, certains agents tels que le chloroforme, l’acide salicylique, ne manquent pas de les tuer. Quelques vibrioniens, la bactéridie du charbon par exemple, peuvent subir une dessiccation complète sans perdre leur vitalité, et cela pendant toute une année ; cependant ils ont perdu la faculté de s’inoculer, c’est-à-dire qu’ils périssent dès qu’ils sont placés dans une certaine quantité d’eau (Davaine).
Les vibrioniens n’ont qu’un seul mode de reproduction connu, c’est la scissiparité ; celle-ci se montre avant que ces infusoires aient atteint leur longueur ordinaire, et pour ainsi dire dès leur apparition, ce qui augmente beaucoup leur faculté de propagation. Sur la ligne de division, le protoplasma s’éclaircit, puis il se forme une cloison transversale qui sépare le contenu en deux portions; la cloison, d’abord très-mince, acquiert rapidement l’épaisseur de la membrane cellulaire primitive qui se ramollit et se liquéfie. Quelquefois les deux moitiés de la cellule, au lieu de se séparer, restent en contact, tout en continuant à se multiplier individuellement, et de la sorte elles arrivent à former des chapelets. Dans certaines conditions de milieu peu favorables au développement des bactéries, les deux portions de division de ces êtres s’enveloppent d’une
PARASITES VÉGÉTAUX
matière glutineuse commune, et si la division se répète un certain nombre de fois, il se forme des groupes ou amas plus ou moins volumineux.
Avant l’apparition des vibrioniens dans les infusions artificielles et d’ailleurs dans la plupart des circonstances, il se passe en général un certain temps, il y a comme une sorte incubation, après quoi la multiplication de ces êtres a lieu avec une prodigieuse rapidité. Ce moment d’hésitation apparente tient surtout au milieu et à l’imperfection de notre examen, car si, par exemple, on place le vibrion ferment de l’acide tarlrique droit dans une solution aqueuse de tartrate d’ammoniaque, on peut prouver après quelques heures de contact qu’il y a du tartrate transformé. L’absence d’incubation tient, dans l’espèce, à ce que nous possédons un procédé pour reconnaître immédiatement le développement du vibrion tarlrique. Dans tout autre cas, la période d’incubation n’est sans doute qu’apparente et la génération par scissiparité peut nous en donner la raison, comme elle peut rendre compte ensuite de l’apparition rapide et presque soudaine des vibrioniens. Semblables effets se rencontrent dans un certain nombre de maladies.
Malgré les nombreuses discussions auxquelles elle a donné lieu, l’origine des vibrioniens qui se rencontrent chez l’homme paraît aujourd’hui nettement établie. Ces êtres, d’après les expériences concordantes de Pasteur, Lichtenstein, Douglas, Cunningham, Tyndall, etc., existent partout dans l’atmosphère, et pénètrent l’organisme humain par l’intermédiaire de l’air à peu près comme certains vers, cysticerques et échinocoques, y sont introduits par l’eau. Effectivement, quel que soit l’endroit où on l’examine, l’air contient toujours un grand nombre d’infusoires, beaucoup moins toutefois sur les hautes montagnes que dans les vallées. Mais il suffit, comme le recommande Pasteur, de filtrer l’air à travers du coton pour éviter les effets produits par la présence de ces organismes. Beaucoup plus rarement, ces êtres sont apportés par l’eau; c’est là néanmoins un second mode d’introduction dans l’organisme. On comprend ainsi qu’un grand nombre de maladies aient été attribuées aux vibrioniens; il est à remarquer qu’elles ont presque toutes leur localisation anatomique dans le système lymphatique.
La classification des vibrioniens doit reposer sur leurs caractères extérieurs, mais c’est à la condition de ne pas oublier que ces êtres ont pour cachet spécifique le milieu particulier dans lequel ils se développent, autrement dit leur fonction physiologique. Déjà Davaine et Cohn ont tenu compte de ces différents caractères dans la classification qu’ils donnent de ces organismes. Malheureusement, nos connaissances des formes diverses que peut revêtir un même individu sont très-insuffisantes, et par-
tant la difficulté d’isoler chaque espèce apporte la plus grande obscurité dans la détermination des vibrioniens qui nous intéressent le plus. C’est pourquoi nous ne parlerons ici que des types les mieux connus (1).
1° Bacterium. — Corps filiforme, roide, devenant plus ou moins distinctement articulé par suite d’une division spontanée; mouvement vacillant, non ondulatoire (Dujardin).
Bacterium terrno (Dujardin). — Ce microphyte a la forme d’un filament cylindrique un peu renflé au milieu; deux à cinq fois aussi long que large, il mesure 0mm,002 à ümm,003 en longueur et se trouve parfois assemblé avec un filament semblable résultant d’une division spontanée; il est animé d’un mouvement vacillant.
Cette bactérie, l’un des êtres les plus petits du règne organique, apparaît au bout de très-peu de temps dans les matières animales en putréfaction, elle se multiplie bientôt d’une façon excessive pour disparaître ensuite à mesure que d’autres espèces qui ne sont peut-être qu’une forme différente viennent à se développer. Le Bacterium terme paraît avoir été observé dans plusieurs maladies, la variole notamment; Chauveau a constaté que sa présence dans le sang d’un bélier bistourné favorise le développement de la gangrène de l’organe privé de son aliment habituel. Cet être respire l’oxygène libre (Pasteur), s’empare de ce gaz dans les liquides qui contiennent des matières organiques et périt ensuite, ou bien il continue de vivre à la surface, formant une pellicule qui protège les liquides contre faction de l’air atmosphérique. 11 possède encore la faculté de fixer l’oxygène de l’air sur certains produits organiques, et contribue ainsi à leur destruction complète.
Dujardin décrit encore un Bacterium catenula , ou en chaînette; Ehrenberg a fait connaître le Bacterium punctum; l’un et l’autre sont peu différents du Bacterium terme. Davaine admet de plus l’existence d’un Bacterium pu-
(1) Davaine classe les vibrions comme il suit :
Filaments droits ou inflé- \ se mouvant spontanément ( rigides. . . Bacterium
dus, mais non tournés en > j flexueux . Vibrio
Hélice ) immobiles . f Bacteridium
Filaments tournés en hélice . Spirillum.
Tels sont les genres. Les espèces sont généralement déterminées d’après le milieu qui leur convient.
Colm a adopté la classification suivante :
1° Sphærobaetéries (Kugelbacterien) G. Micrococcus.
2° Microbactéries . G. Bacterium.
3° Desmobactéries . G. Bacillus, Vibrio.
4° Spirobactéries . G. Spirillum, Spirochæte.
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tredinis dont il a étudié les différentes formes. Ce microphyte détermine dans les plantes une pourriture plus humide que celle qui est causée par le mycélium des champignons.
2° Bacteridium (Davaine). — Corps filiforme, droit ou infléchi, plus ou moins distinctement articulé, par suite d'une division spontanée imparfaite, toujours immobile.
Bactéridie charbonneuse (Davaine). — Ce végétal a la forme de filaments droits, roides, cylindriques, quelquefois composés de deux, trois et rarement quatre segments, offrant des inflexions à angles obtus en rapport avec les articles. Ces filaments sont très-minces relativement à leur longueur qui va jusqu’à 0mm,01 et 0mm,012 pour un seul article, et jusqu’à 0mm,05 pour un filament composé. Ils mesurent 0mm,01 dans la pustule maligne, ils sont moins longs dans le sang des gros vaisseaux; c’est dans la rate qu’ils ont leur plus grande dimension. Si ces filaments sont quelquefois rares dans le sang du cœur, on les trouve en grande quantité dans les concrétions fibrineuses placées entre les colonnes charnues ou dans les oreillettes (fig. 261) ; on les observe encore dans le corps muqueux de la peau de l’homme (pustule maligne). Leur développement, en rapport avec leur âge, est en outre soumis à d’autres influences, car on les trouve beaucoup plus courts chez certains individus que chez d’autres.
Les bactéridies se distinguent des cristaux en aiguilles, avec lesquels elles ont quelquefois une très-grande ressemblance de forme, par leur résistance à l’action de la potasse caustique et de l’acide sulfurique; elles se différencient des vibrion iens qui se forment dans le sang putréfié, en ce que ceux-ci sont doués de mouvements spontanés ; ajoutons que les bactéridies charbonneuses sont détruites par la putréfaction.
Ces bactéridies se développent chez l’homme, chez le mouton, le bœuf, le cheval, le lapin, etc. ; elles ont une relation très-étroite avec la maladie connue sous le nom de charbon.
Par contre, la bactéridie charbonneuse ne se rencontre point chez le chien, le chat, les oiseaux, ni chez les animaux à sang froid. Davaine décrit en outre des bactéridies intestinales qui sont des filaments droits avec espace clair médian, indice d’une segmentation binaire, quelquefois coudés en ce point.
Fig. 265. — Bactéridies charbonneuses et amas de globules rouges provenant du sang du cœur d’un malade mort d’une pustule maligne.
3° Vibrio (Müller et Ehrenberg). — Corps filiforme, plus ou moins distinctement articulé par suite cFune division spontanée imparfaite, susceptible d’un mouvement ondulatoire comme celui d’un serpent (Dujardin).
Vibrio lineola (Müller). — Le Vibrio lineola ressemble beaucoup au Bacterium termo et se trouve souvent dans les mêmes infusions, de telle sorte qu’il est difficile de savoir si i’un n’est pas le premier âge de l’autre. Il a le corps diaphane, cylindrique, deux ou trois fois plus long que large; ses articles, assemblés au nombre de deux ou trois en une ligne mince et flexueuse, ont une largeur de 0mm,0035, une épaisseur de 0mm ,00 1 2 à 0mm,0003.
Vibrio rugula (Müller). — Ce vibrion, dont le corps est diaphane, se montre sous la forme de fils alternativement droits ou flexueux, longs de 0,008 à 0,013 et qui se meuvent avec vivacité en ondulant ou en serpentant. La faculté que possède ce petit être de s’allonger et de rester droit le distingue des Spirillum, qui sont, toujours plus ou moins enroulés. Il se trouve dans les matières intestinales de l’homme et surtout dans les déjections des cholériques.
Une autre espèce, le vibrion-baguette ( Vibrio Bacillus Müller), n’a que des mouvements d’inflexion ; il se distingue du vibrion rugule par une longueur plus grande des articles ; on le retrouve dans la matière blanche du tartre qui s’amasse autour des dents. Tous ces vibrions sont des agents de la putréfaction.
Pasteur décrit un vibrion lactique qui se rapproche beaucoup du Bacterium termo , et qui est formé d’articles globuleux très-courts, un peu renflés aux extrémités. Ce vibrion se développe dans les liquides sucrés et détermine la formation de l’acide lactique. Le même savant admet en outre l’existence d’un vibrion butyrique et d’un vibrion tartrique.
4° Spirillum (Ehrenberg). — Corps filiforme, contourné en hélice, non extensible, quoique contractile (Dujardin).
Spirillum undulatum. — Ce microphyte a le corps filiforme, contourné en hélice lâche â un tour et demi ou deux tours, déprimé dans le sens de l’axe de l’hélice et plus mince vers le contour; sa longueur totale est de 0mm,008 à 0mm,012, sa largeur de 0mm,Q05. Il ne s’étend jamais en ligne droite, et par là il se distingue du vibrion rugule. En repos, il représente un Y majuscule, en mouvement, la lettre M; il se développe dans les infusions végétales et animales fétides. Une espèce parasitaire appartenant au genre Spirillum aurait été observée par Obermever ( Berlin .
PARASITES VÉGÉTAUX
klin. Wochenschrift , 1873, n° 13, p. 152, et il0 33, p. 391) dans la fièvre récurrente.
5° Micrococcus. — Ce genre, créé par Ilallier, renferme toutes les bactéries globuleuses : ce sont des corpuscules ronds ou ovales, réfringents, à contours nets, et animés d’un mouvement oscillatoire lorsqu’ils sont placés dans un liquide étendu. Colin fait de ces bactéries, qui sont trèsnombreuses , trois groupes : les espèces simplement pigmentaires ; les espèces pigmentaires et zymogènes; les espèces contagieuses. Billroth, au contraire, admet comme probable l’opinion que vibrions, bactéries et micrococcus appartiennent à un même genre d’algues, les oscillatoires. On voit par là combien on s’entend peu jusqu’ici sur la détermination spécifique de ces êtres. D’un autre côté, on est loin de s’accorder sur leurs effets au sein de l’organisme vivant ; car, s ils sont considérés par plusieurs auteurs comme pouvant être la cause de désordres pathologiques, il est encore des médecins qui ne leur attribuent aucune influence nuisible. La vérité, à notre avis, est entre ces deux extrêmes. Les microphytes ne se développent pas dans les tissus d’un individu jouissant de la plénitude de sa santé ; mais iis ont la plus grande tendance à envahir toutes les parties où la nutrition languit, et a plus forte raison celles dans lesquelles se produisent des composés chimiques pouvant servir à leur alimentation. C’est ainsi qu on les voit apparaître à la surface des plaies, et, par leur absorption, contribuer à la genèse de l’infection putride, de l’infection purulente (voy. p. 253) et de la gangrène, et, lorsqu’ils ont été injectés dans le sang ou qu’ils y qnt pénétré d’une façon quelconque, localiser leurs effets sur les parties dont la nutrition est affaiblie ou nulle, comme l'ont montré les expériences de Chauveau chez des béliers auxquels il avait préalablement pratiqué le bistournage. De cette façon, on peut se rendre compte des suppurations et des gangrènes des parties génitales, de la bouche et des extrémités chez les enfants ou les adultes, à la suite de fièvres graves, puisque ces parties sont celles où la nutrition est le moins active, et souvent aussi celles où les microphytes ont le plus de tendance à séjourner lorsque malheureusement on néglige les soins de propreté. En somme, la présence des microphytes au sein de l’organisme se lie invariablement à une modification préalable des solides ou des liquides; mais il n’en est pas moins vrai qu’elle devient à son tour l’occasion de désordres tout à fait spéciaux comme les êtres qui en sont la cause. La conséquence pratique à tirer de ces données, c’est qu’il faut chercher par tous les moyens à détruire ces êtres. si nuisibles à l’organisme humain. lanceueaux. - — Traité d’Anat. patli.
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Note sur un nouveau cas de bactérie dans le sang d'un homme mort d'une fièvre
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