II. -7- Substances coagulantes
Les substances chimiques capables de modifier les tissus par la propriété qu'elles possèdent de coaguler le sang et les matières albuminoïdes font partie de deux catégories de corps, qui sont les acides caustiques et les sels métalliques.
Les acides caustiques sont nombreux : citons principalement les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, chromique, phénique, oxalique et acétique. Ordinairement employés à l'état liquide, ils produisent des lésions plus ou moins étendues et souvent mal circonscrites. Ces lésions varient avec le degré de concentration de l'acide, et, si elles consistent
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parfois en ouc inaainination superficielle, d'aulres fois elles sont carac
riséps par la complète deslnielion des tissus.
Les eschares produites par les acides, même les plus énergiques, i sont jamais considérables, ce qui lient sans doute ii ladimînulion progre sivedudegréde concentration de l'acide par l'alisorplion de l'eau ooutenue dans les tissus (lig. 267), Ces fschares, ordinairement molles à la surface
7. — ECelomac ouvert dans toulc son étendue et pi'einipre porlii' LilLilTés par l'eau-Torle (ncjclc iilttiqiic). La membrane muqueuse, slumacalfl eoQai el de teinte jaune dans la régioii pjlorique, esl tram-rormée en escliares noirâlre* le reste de son étendue. La muqueuse duodénale esl injcctéo el vicement enflai SCS glandes sont tuméllécs (cas du service de mon collègue le docteur Proust),
etdMNH
des membranes muqueuses, acquièrent la dureté de la corne lorsqu'elles sont exposées iirair.el laissent voir par transparence les vaisseaux remplie de sang coagulé. Elles ont une coloration variable, suivant la nature de la substance caustique ; ainsi l'acide sulfurique leur donne une teinte noire, tandis que l'acide azotique les colore en jaune, l'acide clilorhydrique en gris, Tacide chi'omiquc en rouge, etc. Ces diversités de teinte ne doivent pas être négligées du médecin légiste, qui peut en tirer profit pour la déterminationde la nature de lasubslanceemployéo dans uji but coii-
L'altération produite par cesacides, et notamment par l'acide sulfurique dont les eiïets ont été le mieux étudiés, n'est pas semblable pour tous les tissus. Les cellules épiihéliales se tumétlent tout d'almiJ, puis elles s'aiïaissent el se racornissent ensuite. Les éléments de tissu conjonctif deviennent granuleux, puisse transforment en une masse gélatioeu.'ic, dont une partie, dissoute jiar l'acide sulfurique, produirait la coloration noirâtre (Neyreneuf). L'injection d'acide sulfurique dans le tissu con-
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joncUf sous-cutané et les masses musculaires ne détermine aucune trace de suppuration ; mais, ainsi que l'ont constaté Nélaton et Th. Anger, il y a saponification de la graisse et formation de cristaux d'acide margarique, dissolution et transformation gélatineuse du tissu conjonctif, destruction des nerfs et mortification des fibres musculaires. Le sang, en tout cas, est coagulé dans les vaisseaux, d'où la suspension de la circulation et par suite la mortification des tissus indépendamment des lésions directement engendrées par la substance caustique.
Cette suspension de la circulation, absorption de l'eau des tissus, telles sont les causes de la ressemblance des eschares produites par les acides énergiques avec celles de la gangrène sèche; ajoutons que le travail *" d'élimination ne diffère pas dans ces diverses circonstances. Pourtant on ne peut affirmer que la mortification déterminée par les acides soit la conséquence unique de la coagulation du sang, quand l'altération directement produite par ces substances suffit à rendre impossible la continuation de la vie cellulaire.
Les sels métalliques sont des causes rares de l'altération des éléments de l'organisme, à moins qu'ils ne soient employés comme agents caustiques. La plupart de ceux qui servent à cet usage sont des chlorures, et notamment le bichlorure de mercure, les chlorures de zinc, d'antimoine, de brome, de platine, d or, le sulfate de cuivre, le nitrate d'argent, etc. En solutions concentrées ou incorporés à des pâtes, les chlorures métalliques produisent la mortification des tissus. Les eschares qu'ils déterminent, ordinairement circonscrites, ont une consistance qui varie avec la nature de l'agent caustique ; dures et cassantes, tout à fait sèches à la suite de l'emploi des chlorures d'or, de platine, du sublimé, elles offrent une consistance cireuse après l'action des chlorures de zinc, d'antimoine, de brome. La coloration de ces eschares diffère également avec la substance employée ; elle est d'un blanc jaunâtre (chlorure de platine et chlorure de plomb), d'un blanc de cire (chlorure de zinc, sublimé), d'un brun plus ou moins foncé (chlorure d'antimoine, chlorure de brome). Leur épaisseur dépend non-seulement de la qualité et de la quantité du caustique, mais encore de la nature du tissu cautérisé. Le sublimé et le chlorure de platine tiennent le premier rang au point de vue de la rapidité et de la profondeur des eschares ; le chlorure de zinc et le chloiyre d'antimoine agissent plus lentement et donnent lieu à des eschares moins profondes. Relativement à l'influence exercée par les tissus, on peut dire d'une façon générale que plus la substance caustique rencontre de tissus différents, moins profondément elle agit
Les tissus qui composent les eschares résultant de l'action des sels mé-
828 ànatomie pathologique.
talliques sont comme momifiés ; le sang des vaisseaux qui s V distribueniest coagulé, et les caillots se prolongent ordinairement au delà des parties mortifiées dont Télimination se fait d'ailleurs tout d'une pièce. A Texamen histologique, les tissus cautérisés,simplementdesséchéset très-friables dans les parties superficielles, présentent un état de dégénérescence graisseuse plus ou moins complète des parties profondes deTeschare. Les cellules épithé- Haies du corps muqueux de Malpighi, celles des membranes muqueust's sont gonOées, augmentées de volume et remplies de granulations graisseuses. Les muscles ont subi une transformation complète ; sinon, leurs fibrilles sont interrompues çà et là par des amas graisseux. Les cellulesdu tissu conjonctif, les cellules cartilagineuses et les cellules osseuses présentent le même état de dégénérescence. Cette altération respecte quelquefois les parois vasculaires, à l'exception de la couche endothéliale; d'autres fois, et le plus souvent, elle envahit toutes les tuniques, qu elle ramollit, d'où la possibilité de la destruction du vaisseau à la limite du coagulum sanguin et d'une hémorrhagie consécutive à la chute de Teschare, comme l 'ont montré des expériences pratiquées par Bryk sur des lapins avec le chlorure de brome. Quant aux vaisseaux de l'eschare^ ils sont remplis d'uu caillot brun, granuleux, dans lequel on peut reconnaître les globules sanguins d'autant plus adhérents à la paroi que la cautérisation a été plus énergique. Indépendamment de ces désordres, on rencontre, au sein des tissus, des dépôts métalliques de forme et de volume divers, principalement sur la limite des différents tissus et au niveau des parties qui avoisinent le sillon d'élimination.
Introduits dans l'estomac en solution concentrée, les sels métalliques produisent des eschares plus ou moins profondes et nombreuses des membranes muqueuses de la bouche, du pharynx, de l'œsophage et de l'estomac, assez semblables à celles que déterminent les alcalis et les acides caustiques (fig. 267). Ces eschares, qui ne diffèrent pas de celles de la peau, laissent à leur suite des cicatrices qui, dans certains cas, peuvent amener des rétrécissements et tous les désordres consécutifs à ces lésions.
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Nous terminons ici l'étude générale des altérations pathologiques du corps humain. Ces altérations, que nous avons pu grouper sous quelques chefs, sont on somme peu nombreuses. Loin d'être l'effet de causes mystérieuses, elles se produisent, ainsi qu'on a pu le voir, sousTinfluence (l'a}çe\its matériels faciles à déterminer. La plupart d'entre elles, en effet, - 'ont leur origine soit dans Tair qui nous entoure, soit dans les aliments et les boissons, c'est-à-dire dans ce qui est essentiellement nécessaire à Tenlretien de la vie. Inutile de rappeler les conditions diverses en vertu desffhelles l'air et les aliments parviennent à modifier les tissus de l'organisme ; ce qu'il importe de remarquer, c'est que, pouvant changer ces conditions, l'homme a par cela même le pouvoir d'éviter les altérations organiques autres que celles qui sont dépendantes de son évolution naturelle. Par une hygiène bien entendue, il parvient non-seulement à se préserver des infirmités qui viennent trop souvent attrister son existence, mais encore à se prémunir contre les lésions matérielles qui y mettent fln avant le temps. Il est toutefois une série de désordres plus difficiles à éviter, parce qu'ils ont non plus leur cause prochaine, mais leur cause éloignée, dans le milieu ambiant; pour s'opposer à ces désordres, expression d'une modification ancienne et profonde de l'organisme, et qui s'appellent cancer, tubercule, etc., il faut à une hygiène sévère et appropriée ajouter la pratique de la sélection sexuelle.