LIVRE PREMIER
àKOMàhËEB DE rORHATION ET DE DAvELOPPEUENT
Considérées comme des jeux ou des écarts de la nature, comme des diâtiments de la puissance divine, les anomalies de l'organisme humain ne Aireot longtemps connues que par des observations superficielles ou incomplètes, et les imaginations effrayées, séduites par des ressemblances illusoires et grossières, se plurent à les rapporter à une foule de types franges, honteux ou ridicules. Cet état d'enfance d'une branche imporl^lede la biologie se prolongea jusqu'au commencement du xviii* siècle. A parlir de cette époque , les anomalies de l'organisation humaine , nueux décrites, sont soumises à des théories plus naturelles et plus philosophiques. Ilaller et Morgagni les attribuent à des causes accidentelles ou à des maladies fœtales. Dès le commencement de ce siècle, Sœmmerring, Meckel, Tiedmann, les deux Geoffroy Saint-Hilaire, Serres, Breschet, Cruveilhier et beaucoup d'autres auteurs s'appliquent à rapporter les anomalies de l'organisation aux lois qui président à la formation successive des divers organes et appareils ; ils fondent la tératologie sur l'embryogénie. Dans son très-remarquable ouvrage, véritable progrès scientifique, Is. Geoffroy Saint-IIilaire démontre que les anomalies de l'organisme se rattachent à un petit nombre de types déterminables, sinon déterminés. Cependant, malgré les expériences intéressantes entre-
LANCEBSÀUx. — Traité d'Anat. I. — &
prises par Geoffroy Saint-Hilaire père, l'étude de ces anomalies est surtout théorique, et les monstres n'étant guère examinés qu'après la naissance ou après Téclosion, leur mode fl'évolulion n'est pas expliqué et leur pathogénie reste à créer. Cosle, Lere])oullet, Panum, Camille Darcste, cherchent à éclairer ces points de la tératologie en soumettant la formation des monstres tout à la fois *à l'expérimentation et à l'observation directe. Leurs recherches tendent à prouver qu'il est des anomalies de l'organisation pour lesquelles l'expérimentation est impuissante, mais (ju'il en est d'autres qui peuvent être artificiellement produites, et qui ne sont en définitive que le résultat de troubles matériels développés sous des influences du genre de celles qui, plus tard, agissent sur l'adulte de façon à altérer les parties constituantes de son organisme. Ces anomalies trouvent donc naturellement leur place dans ce traité; la tératologie est en résumé la pathologie des premières phases de la vie de l'individu.
La fréquence des anomalies humaines nous est peu connue ; les données statistiques qui existent à cet égard, portant les unes simplement sur les anomalies extérieures, les autres en môme temps sur les anomalies des organes internes, fournissent des résultats très-différents. Ainsi, Is. Geoffroy Saint-Hilaire (t. III, p. 55) calcule qu'il y a à Paris une naissance monstrueuse sur un total de 3000 naissances, tandis que cette proportion, d'après Riccke [CanstatfsJahrb.^ 185/», t. IV), serait de -^^y^ pour le Wurtemberg, et d'après Forsler, qui a opéré sur un plus grand nombre de cas, de -pjîj. Ces divergences considérables tiennent évidemment à la faiblesst^ des chiffres sur lesquels reposent cts statistiques ; mais il y a lieu de croire qu'elles sont dues aussi en partie au sens mal défini du mot monstruosité, que pour cette raison nous devrons chercher à préciser. A cette condition seulement on parviendra à fournir des éléments à une statistique qui serait de la plus grande utilité si elle existait dans un grand nombre de lieux, puisqu'elle conduirait sans doute à des notions écologiques véritablement sérieuses.
L'importance d'une classification pouvant embrasser tous les cas connus d'anomalie n'a pas échappé aux auteurs qui se sont occupés de l'étude des monstruosités. Il n'est pas dans mon plan de présenter ici l'exposé technique et de faire la critique des divisions adoptées. Chacune d'elles a sa valeur propre, mais la plus perfectionnée est certainement celle de Is. Geoffroy Saint-Hilaire (1). Pour être définitive, une classiti-
(1) Suivant ce savant, tout monstre double ou plus que double, multiple, peut être considéré comme compose de deux individus complets ou incomplets, ayant les régions homologues sensiblement égales en volume, ou, au contraire, très-inégales^ d*où deux
ANOMALIES DE FORMATIOK. ^?, ^' 51
cation de ce genre nous parait devoir reposer sur la connaissance -^
intime du germe, des lois embryogéniques et des circonstances étiologiques qui président à la formation dés monstres. Toutes ces conditions, il est vrai, ne sont pas entièrement connues ; néanmoins, il est déjà possible de les faire servir à une division de^anomalies de l'organisation. Cn certain nombre de ces anomalie^ ont pour caractère d'être ^.constituées par des produits jumeaux, sinon complets, du moins r^imentair^, renfermés dans un chorion unique ef ainsi développés dans un seul œuf. Ces anomalies toujours graves ne sont jamais Teffet d*un artifice; elles paraissent avoir leur origine dans une conformation vicieuse de Tovule ou dans une modification spéciale du blastoderme ; elles forment une classe distincte et naturelle à laquelle seulement nous réservons le nom de monstruosités.
Dans une seconde classe non moins importante se rangent des anomalies intimement liées au développement embryonnaire ou fœtal et qui sont indépendantes de la conformation primitive de Tovulc. Ces anomalies, susceptibles d'une genèse artificielle, se rattachent k un désordre nutritif qui a pour conséquence ordinaire un arrêt de développement, beaucoup plus rarement un développement exagéré. Elles sont constituées par des produits toujours uniques et en général d'autant plus aptes à lexistence que le désordre nutritif a été plus tardif; ce sont des vices de conformation que nous désignerons par le mot mal fornatim,
Dans cette classe viennent se ranger les Ae76Vo/(ï:n*e5, anomalies c^iusées par un vice de situation ou transposition des organes.
In grand nombre d'auteurs se sont occupés de l'étude des anomalies humaines; mais ne pouvant faire un historique complet sur la matière, je me contenterai de donner ici l'indication de leurs travaux.
opfrw, les autositaires et les parasitaires. Le premier de ces ordres comprend trois ?randes divisions. Dans la première sont classés les monstres doubles dont les deux sujets oe sont réunis que par une seule région, où se retrouvent les éléments complets des deux composants. Cette division est représentée par deux famiUes offrant des fWMtères faciles à saisir. L'une, les monstres doubles eusomphaliensy offre le degré le phu rapproché du type normal, et chacun des sujets a même un cordon ombilical propre; l'autre, les monstres doubles mononipha liens ^ a pour caractère principal l'etislence d'un seul ombilic ou mieux d'une seule région ombilicale. Pour nous arrêtera ces deux Tamilles d'une même tribu, ajoutons que les monstres doubles, ffluf an petit nombre d'exceptions, rentrent tous dans l'un des trois groupes suivants : donblesinrérieurement et simples supérieurement; doubles supérieurement et simples ioférienrement ; doubles supérieurement et inférieurement ; et (icoffroy Saint-Hilaina proposé les trois terminaisons adc/p/tc, dyme et jyage^ qu'il est facile d'ada|)tcr selon le cas, c'eit-à-dire selon la région qui sert de point de jonction aux individus.
52 ^ ànàtomie pathologique.
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