I. — Cyclocéphalie
Les noms de cyclocéphaliey cyclopie, monoptie^ monophthalmie, servent à distinguer des anomalies caractérisées par la fusion médiane ou le ample rapprochement des deux yeux avec atrophie plus ou moins complète de l'appareil nasal.
Ce vice de conformation présente un certain nombre de degrés, dont
Is. Geoffroy Sainl-Hilaire a fait autant de genres de monstres auxquels il a donné des noms particuliers. Un premier groupe, dans lequel les deux fosses orbitaires existent, mais très-rapprochées Tune de Tautre, comprend deux genres : 1° le genre . ethmocéphale, caractérisé par deux yeux rapprochés, mais distincts, un appareil nasal atrophié, ayant ses rudiments apparents à l'extérieur sous la forme d'une trompe au-dessus des orbites ; 2* le genre cébocéphale, qui possède encore deux yeux très-rapprochés et distincts, un appareil nasal atrophié, mais qui est dépourvu de trompe. Un second groupe, où il n'existe plus qu'une seule cavité orbitaire, est composé comme il suit : 1" un genre rhinocéphale, caractérisé par deux yeux contigus ou un œil double occupant la ligne médiane et un appareil nasal atrophié formant une trompe ; 2® un genre
cyclocéphale^ différent du précédent par l'absence de trompe ; 3" un genre $l0' matocéphalv^ qui aux caractères du genre rhinocéphale joint des mâchoires mdimentaires, une bouche imparfaite ou nulle.
Les anomalies cyclocéphaliennes présentent de la sorte autant de tfegrés qui conduisent, par nuances presque insensibles, depuis l'existence de deux yeux distincts, contenus dans le même orbite, jusqu'à celle d'un seul œil presque aussi simple qu'un œil normal, ou même dans quelques cas jusqu'à l'atrophie et la disparition de cet œil. Un premier degré est caractérisé par la duplicité et la symétrie de deux yeux placés l'un à coté de l'autre et par l'existence de quatre paupières.
Dans uft second degré, non-seulement les cavités orbitaires, mais les deux veux ., ^^ /, , X u 1 . . . ^ont unis et ne forment plus qu'un seul
riG. 29, — Cyclocéphale dont le corps i t
est asymétrique (d'après une photo- globc renfermant en lui les éléments plus graphie du professeur Depaui). ^u moins complets de deux globes ocu-
laires normaux (Kg. 29). Cet œil composé, ordinairement plus volumineux qu'un œil ordinaire, plus étendu transversiilement que verticalement, représente plutôt un ellipsoïde (ju'une sphère. 11 renferme deux cornées tantôt réunies en une seule cornée très-large et de forme ovale, tantôt, ce qui est plus rare, entièrement sé|>arées et complètes;
MALFORMATIONS. .•fl7
ces cornées se présentent à rextérieur sous l'aspect de deux cercles tangents ou même séparés par un intervalle linéaire. Au travers de ces cornées ou de cette double cornée on aperçoit un double iris, de forme ovale, deux pupilles, tantôt réujiies en une seule ouverture, tantôt complètement distinctes, et un double cristallin ou même deux cristallins, dont chacun correspond à l'Mné des pupilles. Le corps vitré, la choroïde et la rétine, aussi bien que la sclérotique, sont en général plus intimement réunis, si ce n'est quelquefois dans leur portion postérieure, et leur étendue plus considérable atteste presque seule leur état complexe. Dans un troisième degré, il n'existe plus qu'une seule pupille et un seul cristallin qui s'aperçoit à trav(îrs une coniée également unique. La duplicité toutefois est encore nettement indiquée par le volume considérable de l'œil, par la forme ovale et non circulaire de la cornée, de l'iris et du cristallin. Dans un quatrième degré, les deux cornées, les deux iris, les deux cristallins, sont confondus en une seule cornée, un seul iris, un seul cristallin; les*contours de l'œil sont sensiblement circulaires, et des différences de fonne et d'étendue indiquent seules la duplicité. L'ôpil enfin peut se trouver réduit à quelques membranes, la sclérotique* par exemple; il arrive même qu'on n'en trouve plus aucune trace.
Les modifications des organes accessoires de l'œil sont en rapport avec celles du gîobe oculaire lui-même. Dans les cas où les deux globes sont complètement séparés, les ^upières, les appareils lacrymaux, les 'vaisseaux, les nerfs, Iob muscles de chacun d'eux sont distincts; seulement dans quelques cas il y a réunion d'une portion des nerfs optiques et des muscles obliques internes. Quand l'œil est unique, mais presque complètement double, les parties accessoires sont aussi doubles pour la plupart; quand l'œil devient simple, les parties accessoires se simplifient de roéme,etrou ne trouve plus doubles que les parties placées au côté extenie de l'œil.
Les modifications du système osseux sont en rapport avec celles du globe oculaire. L'orbite, quand il existe deux yeux ou un œil complètement double, est de forme ovale et beaucoup plus large qu'à l'ordinaire. Sa circonférence est formée supérieurement par les frontaux réunis en un frontal unique ; la portion orbitaire du sphénoïde se trouve souvent soudée avec la portion orbitaire du frontal, et tandis que les os de la paroi externe sont doubles, ceux de la paroi interne, les unguis et l'ethmoïde manquent ou ne sont représentés que par des rudiments ; un espace memiraneux en marque généralement la place. Des modifications de même Ofdre affectent aussi le système nerveux. Les deux hémisphères céréiraux sont, du moins dans leur portion antérieure, soudés et réunis en
118 ànatomie pathologique.
un seul, comme les deux frontaux en un seul coronal ; les deux ventricules latéraux se confondent en un seul ventricule médian, ordinairement non distinct du quatrième ventricule. Cette réunion des hémisphères cérébraux est compliquée d atrophie du cer>'eau, d'absence du corps calleux ou même des circonvolutions cérébrales. Sauf les cas exceptionnels où les yeux manquent, les nerfs optiques existent confondus, au moins dans une portion de leur trajet. Les nerfs olfactifs font défaut de môme que la lame criblée de Tethmoîde, et c'est de la cinquième paire que viennent les nerfs qui se distribuent à la trompe, qui n*est que Tappareil nasal déformé. Quant aux nerfs moteurs des yeux, leur disposition est en rapport avec celle des muscles auxquels ils se distribuent.
Les cyclocéphales sont fréquemment atteints de polydactylie ; ils naissent ordinairement vivants, mais leur vie est très-imparfaite, et leur mort très-prompte est, sans aucun doute, le résultat de Tétat nidimentaire ou du développement incomplet du cerveau. La cause de la cyclocéphalie nous est jusqu'ici peu connue; Caraflec aurait observé fieUa anomalie deux fois dans une famille où le père et la mère s adonnaient à des excès alcooliques.
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