TRAITÉ
L'aiiatomie pathologi(|ue est la partie de la science médicale qui s'occupe des altérations physiques des organes, en recherche Torigine et les conséquences plus ou moins funestes à l'organisme. C^ette branche de la médecine a par conséquent un triple objet : 1° présenter une description détaillée des changements survenus dans la position, la forme, le volume, la structure intime de Torgane malade, et considérer cet organe dans se^ rapports avec les autres parties du corps ; 2^ rechercher l'origine de ces changements et indiquer la manière dont ils se sont opérés, les influences et les lois qui ont présidé à leur développement (étiologie et pathogénie) ; 3* rapprocher les altérations organiques des phénomènes qui se manifestent dans le cours d'une maladie, analyser ces phénomènes et déterminer leur degré de subordination par mpport à ces altérations ( physiologie pathologique ) .
Ainsi envisagée, lanaiomie pathologique n'est plus restreinte à la description stérile des changements de structure, isolée des phénomènes qv|i ont précédé le désordre organique et de ceux que ce désordre a fait naître; elle comprend à la fois 1 étude de la lésion, de s^ cause, de son mode de production et de ses effets. Ce n*est plus l'organe altéré,. murij que Ion étudie, mais bien ce même organe vivant, agissant, et dans la plénitude de ses fonctions; c'est la connaissance de la vie pathologique qui se substitue à la contemplation de la nature morte.
Tel me parait être le véritaj)le esprit de l'anatomie pathologique. Toutefois, conmie ce n'est pas ainsi quelle a été considérée jusqu'à ce jour, il
LAKC&ftEALX. — Traité d*Aiuit. I — 1
2 ànàtomie pathologique.
ne sera pas inutile d'entrer dans quelques détails historiques pour montrer révolution successive de celte partie de la médecine, faire saisir les progrès qu'elle a accomplis, et la condition de ces pro^rrès : le perfectionnement de certains instruments de physique, celui des méthodes d'analyse chimique, etc., etc.
NtSe du désir bien ihiturel qu'ont toujours eu les médecins de se
* rendre compte des désordres morbid(*s (|ui ont lieu sous leurs yeux, Télude de lanatomie et de la physiologie pathologiques a passé par de nombreuses vicissitudes. D'abord entravée dans son développement par le respect exagéré que les anciens avaient pour leurs morts, elle se borne à constater et à décrire les altérations matérielles apparentes à la surface du corps. Mais lorsqu'une civilisation plus avancée et plus hardie vint lever l'interdit qui défendait de toucher à la dépouille mortelle de l'homme, les lésions matérielles des organes devinrent l'objet d'uo sérieux examen, et dès ce jour naquit Tanatomie pathologique descriptive. Des notions plus exactes sur la structure normale des tissus et l'application du microscope à l'étude de cette structure donnèrent ensuite naissance à Tanatomie pathologique générale et à l'histologie pa-
* thologique. C'est insensiblement que se sont opérés ces progrès succes- % sifs, inséparables du développement scientifique; chacun d'eux faisanf
époque dans l'histoire de Tanatomie pathologique, nous diviserons celle-ci ' €ti trois grandes périodes ou époques.
« ' EiHXjUE ANciumB. — Les anciens peuples de TOrient n'étudièrent ni fanatoinie normale ni Tanatomie pathologique. Les Babyloniens, les Assyriens, les Perses et les Chinois, hialgré un certain degré de civilisation, ignoraient le siégé et la forme des principaux viscères ; leur physiologie et leur pathologie étaient pii^ment fantaisistes.
Les Égyptiens, si habiles dans l'art d'embaumer les corps, auraient pu tîrer^c cette pratique quelqueis notions anatomiques exactes, tnais ils ne songèrent jMnfts à foire servir ce^, ouvertures à l'étude de l'anatomie
ti ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
pathologique. Du reste, ils ne possédaieut aucune connaissance physiologique ou pathologique précise.
Le peuple juif, dont les préceptes d'hygiène et les données positives touchant Tétiologie de quelques maladies sont si remarquables, n'avait que de faibles connaissances anatoniiques. Pourtant, d'après Israëls ^ {Tent, histor. med. talmud.^ p. b7), les médecins juifs pratiquaient
Touverture de cadavres de femmes, et ces ouvertures, d'après le Talmud, pouvaient quelquefois être faites sur la demande des rabbins et de la cour de justice (Wunderbar, BibL taimudische Mediciiu^l, p. 21; II, p. 5). . C'est dans la Grèce, aussi fertile en savants qu'en guerriers, que l'a- ^ijliatomie prit naissance. Les Âsclépiades disséquaient des animaux, et quoiqu'ils n'aient eu à leur disposition aucun cadavre humain, ils n'étaient pas entièrement ignorants de l'anatomie 4^ l'homme, llippocrate l> ,-'Jiérita de leurs connaissances anatoniiques, qu'il agiandit, mais le respect
' ;v4cs anciens pour les restes mortels de l'honmie l'obligea à se contenter de constater les altérations matérielles apparentes à la surface des corpi*; ou dans les cavités naturelles. Dans la collection de ses œuvres on trouve ^^/ en effet la dénomination et une description des fistules, des hémoiThoïdes, des carcinomes (oxcppoç, xopxivo;, *apxivu>fta), des tubercules (<^ûfiaTa), des polypes, des ulcères, des abcès et de beaucoup d'autres lésions extérieures. Les altérations des organes internes ne s'y rencontrent pas ; néanmoins, k cette époque, les médecins faisaient servir à l'interprétation des maladies les connaissances anatomo-pathologiques qu'ils puisaient dans la (^ssçction des animaux. Ainsi l'auteur de la maladie sacrée attribue ce ma>à une espèce d'hydropisie du cerveau, a comme on peut s'en convaincre, dit-il, chez les animaux devenus épileptiques et principalement $ur les chèvres : Barum si caput secueriSt cerebrum humidum et sudore redun%
dans deprehenderes, » Observateur habile, Hippocratc se borna à*
décrire les lésions anatomiques ; ses disciples l'imitèrent , mais ils # ^ % ajoutèrent peu à ses connaissances, de sorte qu'il faut arrivera TéçifUli^
* d' Alexandrie pour trouver un progrès dans la science anatomique.***-^ ^
Érasistrate et llérophile, les principaux représentants de cett«réc«(lè| É» imprimèrent à l'anatomie un degré de perfection qu'elle ne devai^jA^
dépasser pendant près de vingt siècles. Ils s'appliquèrent à élucider la
connaissance des maladies par l'ouverture des c^idavres, et les rois d'E-
* gyptc, au rapport de Pline, auraient par leur exemple eucoui'agé ces
recherches. Malheureusement, les écrits dt ces médecins ne sont pas arrivés jusqu'à nous, et les auteurs ^ui en ont eu connaissance ne nous ^ ont transmis que des vestiges de leurs pftcieuses découvertes. L^ disciples de ces grands anatomistes ne^uivirent point la «rr^^iy qui leur
APBRÇr HISTORlOrK. 5
êlait ouverte. Tout en conservant le renom de la première (^cole du inonde, Alexandrie» perdit peu a peu les av<'intages qui le lui avaient mérité; les dissections des cadavres humains v devinrent de moins en moins liréquentes, de sorte que Tusage en était perdu au temps de Rufus d*Ephèse, un siîîcle après l'ère chrétienne.
Sans doute instruit par les écrits sortis de l'école d'Alexandrie, Arétée de Cappadoc^ (1) signale certaines altérations des cavités splanchniques. U attribue quelques vomiques à Tirruption d'une collection purulente de la plèvre à travers les bronches, et fait mention de l'ouverture des abcès du foie dans l'intestin ; il rattache certains ictères à lobstruction des conduits biliaires par un squirrhe ou par l'inflammation de ces canaux;*«| même encore à l'inflammation du foie. La description qu'il donne des ulcère^ intestinaux ottoduit à penser qu'il % dû puiser ses connaissances
chez des itkédecins qui avaient pratiqué des autopsies ; ce qu'il di^lle , la production de l'hémiplégie d'un côté du corps par la lésion de VmF» .; misphère opposé du cerveau, et de Thémiplé^ie directe par lésion m<klul-
laire, vient du moins à l'appui de cette manière de voir. Ajoutons que ce . •
médecin décrivit l'éléphantiasis mieux qu'on ne l'avait fait avant lui, et )j^^
qu'il si^aia, après Hippocrate, les tophus des goutteux. Celse continua à mettre en lumière les faits d'anatomie pathologique
appréciables sur le vivant. On lui doit une description des polypes des
fosses nasales, de la carie des os du nez, du gonflement inflammatoire ^amygdales, du cancer de la bouche et de bien d'autres lésions. Il connaissait les hernies inguinales et celles de l'ombilic, et fit mention d'une affection qui a rapport au sarcocèle.
Galien, esprit éminent dont l'œuvre est considérée comme le point culminant de la médecine grecque, proclame en principe le rapport intime entre le trouble fonctionnel et la lésion (actionem lœdi necesse est, tnstru^ menio efficiente illam quamodolibet lœso; et un peu plus loin ; nullarn aetmem lœdi nisi pars qna* illam efficit, afficiatur). Comme Hippocrate et âbe, il ne s'occupe guère que des lésions accessibles à la vue et au toucher; il attribue néanmoins certains désordres de la voix à une modificationdu nerf récurrent laryngé, il signale les érosions intestinales de la dysenterie, distingue les ulcères des poumons de ceux de la trachée et divise les anévrjsmes en deux groupes répondant à notre division des anévrysmes >Tais et des ané^Tvsmes faux. Imitant en cela ses prédécesseors, il rapporte aux tumeurs toutes les altérations caractérisées par
{\) Traité des signes, des causes et de In cui'e des maladtes niguès et ehronigues, trad^ fnnç., if§^ L. lAenaud, Paris, 1834. .
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Faugmentation généralo du volume d'un organe, et décrit ainsi Tinflammalion, Térysipèle, Therpès, les abcès, Tanthrax, le furoncle, la gangrène, le cancer, le squirrhe, Téléphantiasis, la lèpre, les varices, Tathérome, le stéatome, les hernies, le sarcocèle, Thydrocèle, Tœdème, Tascite, la tympanite, etc.
Les auteurs gi'ecs et latins qui suivent Galien se contentent de reproduire les connaissances acquises ; on ne compte guère parmi eux que des abréviateurs et des copistes ; Oribase, Fauteur présumé de VIsagoge anatt^ mica, et Âétius d'Amide sont de ce nombre. Il faut excepter peut-être Alexandre de Tralles qui a laissé un écrit sur les vers intestinaux, et Vjfgà d*Égine dont les œuvres particulièrement intéressantes pour le chirdrgien renferment une bonne description des ulcères des parties génitales. • ^•' é
Vers le milieu du v* siècle, le flambeau des sciences s'éteigifk presque jAtièrement en Occident par suite des invasions réitérées des Huns, des Vandales, des Goths, des Alains, des Suèves et des Lombards, et de cette époque date aussi la décadence des sciences et des arts en Orient. La médecine, jadis si florissante en Grèce, se réduisit peu à peu à un empirisme superstitieux, et c'est dans ces conditions que le sceptre de cette science passa entre les mains des Arabes. L'anatomie normale ou pathologique ne fit entre leurs mains ou sous leur direction presque aucun progrès, ce dont on ne sera pas surpris, si Ton songe que leur religicm leur défendait de toucher à aucun cadavre humain. Rhasès, Ali, Avicenne^ n'avaient d'autres connaissances que celles qui leur venaient des médecins grecs, notamment d'Aristote et de Galien ; Albucasis néanmoins fit des observations judicieuses sur quelques lésions chirurgicales.
Bientôt la culture des sciences commença à s'aflaiblir parmi les Arabes, d*abord en Orient, où les Turcs détruisirent la plupart des califats pour y substituer leur gouvernement despotique, puis en Espagne et en Afrique. Dès lors la science médicale devint forcément le partage des ecclésiastiques qui en étaient les seuls dépositaires. Obligés par état de s'interdire toute effusion de sang, ils n'acquirent aucune connaissance anatomique ; bien plus, malgré l'éclat jeté par l'école de Saleme, malgré l'illustration de quelques médecins juifs de cette époque, l'art médical se trouva réduit à de simples applications topiques, la médecine tomba momentanément dans un grossier empirisme.
Ainsi finit cette première époque qui dura près de deux mille ans. Comme un germe qui, faute d'un milieupconvenable, ne peut se dévelop- ^r, l'anatomie pathologique, pendant tout ce temps, reste sans expansion. Le respect exagéré des anciens pgur les morts, l'extfême sévérité
APERÇU HISTORTQdE. 7
avec laquelle leurs lois en punissaient la profanation, telles furent les causes qui arrêtèrent Tessor médical et entravèrent le développement de cette branche de la médecine. Mais il est juste de reconnaître, à la gloire deamèdecins de cette longue période, qu'ils s'efforcèrent de faire tomber là»{iréjugés et qu'ils surent tirer profil du peu de temps pendant lequel Touverture des cadavres leur fut permise.
L'&Datomie normale et pathologique des animaux est, dans cette pééûde, un objet d'étude pour un grand nombre de naturalistes et de médecins qui en font des applications à la pathologie humaine. Nous avons déjà signalé une de ces applications tirée de la collection hippocratique ; ailleurs, apportant des arguments en faveur d'une théorie sur les hyduK pisies de poitrine chez l'homme, le père de la médecine parle de l'existence dans' les poumons du bœuf, du chien et du porc, de tumeurs aqueuses ifai ne sont vraisemblablement que des kystes hydatiques.
Aristote fait mention de la ladrerie du porc, de l'angine et de la VHfjb du chien, de la morve de l'âne et du cheval, et il indique l'existence des lésions pulmonaires et hépatiques chez plusieurs de ces animaux. Pline donne aussi, dans son Histoire naturelle, quelques notions touchant l'histoire pathologique des animaux. Si l'ouvrage de Celse sur l'agriculture a été perdu, par contre, celui de Columelle {De re rustica)^ qui nous est conservé, renferme l'indication de la phthisie pulmonaire. Galien rapporte qu'en disséquant des animaux il a trouvé dans le péricarde une humeur abondante semblable à de l'urine, ou une tumeur squirrheuse qui ressemblait à plusieurs membranes épaisses superposées (péricardite). Longtemps après, un célèbre hippiatre, Apsyrtus de Pruse, décrivait la morve et beaucoup d'autres maladies particulières au cheval. Ainsi, on voit que l'étude des lésions organiques chez les animaux est tout au moins contemporaine de celle des lésions de l'homme, si elle ne l'a précédée.
L'état de torpeur intellectuelle dans lequel tomba l'humanité au moyen âge ne pouvait avoir qu'un temps. Après un moment de repos, l'esprit d'initiative et de recherche reparaît ; les préjugés s'effacent, les opinions religieuses se modifient, et la levée de l'interdit qui pesait depuis longtemps sur l'ouverture des cadavres rend enfin possibles l'élude du corps humain et la recherche des altérations qui s'y produisent. La médecine alors s'engage dans la voie d'un progrès auquel elle devra de plus en plus d'être une science exacte et positive.
Époque moyenne. — Non moins brillante pour la médecine que pour les lettres et les beaux-arts, l'époque de la renaissance voit s'accomplir en anatomie la révolution la plus remarquable qu'une science
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ait jamais subie. Les Ordonnances de Frédéric II ayant, dès le xui* siècle, levé l'interdit qui pesait sur l'ouverture des corps humains, Mondini de Luzzi disséquait en 1306 le premier cadavre livi'é depuis les temps anciens au scalpel des médecins. Il publia bientôt après un ouvrage d'ana^ tomie que Ton peut considérer comme appartenant à Tanatomie pathologique, car il a fait suivre la description des organes de celle des maladies auxquelles ils sont sujets et des moyens thérapeutiques dirigés contre elles. Son ouvrage, qui a joui d'une grande renommée, a eu plusieurs éditions, dont la dernière en 15/!il. Guy de Chauliac, le restaurateur de la chirurgie, parait aussi s'être livré à quelques dissections qui ne furent pas entièrement stériles pour Tanatomie pathologique chirurgicale. Bartholomée de Montagnana, professeur de Técole célèbre de Padoue, assure avoir fait quatorze ouvertures de cadavres, chose prodigieuse en ce temps-là ; mais c'est en réalité Antoine Benevieni à Florence et Alexandre Benedetti à Venise qui ouvrirent Tère nouvelle de Tanatomie pathologique, le premier surtout en secouant le joug des théories galéniques et en cherchant dans la dissection des corps la cause des maladies et de la mort. Ainsi, le signal de l'indépendance de la pensée scientiGque partit d'une chaire d'anatomie pour retentir plus taixi dans les chaires de philosophie. Du reste, à partir de cette époque, on commence à connaître la valeur des faits ; les lésions observées après la mort dans les principaux viscères sont notées avec soin. J. de Vigo, Bérenger de Carpi, le grand Vésale luimême, ne dédaignent pas ce genre de recherches auquel s'adonnèrent également Fallope, Ëustachi, Ingrassias, Riald, Columbus, J. de Wier, Coiter, A. Paré, Dodoëns, Salus Diversus, Marcel Donatus, Pierre Forestus, Fabrice de Hilden, Fabrice d'Aquapendente et plusieurs auteurs contemporains qui, pour la plupart, s'étaient inspirés de leurs études dans les écoles florissantes de l'Italie. «
Schenck de Graefenberg, dans un ouvrage trop f)eu cité, rassemble laborieusement les matériaux connus de son t«mps, et les ajoute à des travaux compulsés jusque dans les annales les plus reculées de l'art pour en former le premier ouvrage important sur la matière.
Si ces premiers travaux ne portèrent pas tout le fruit qu'on pouvait en attendre, c'est que les hypothèses, tour à tour en faveur, vinrent fasciner les yeux d'un grand nombre d'auteurs qui trouvaient plus d'attraits dans des explications toutes faites que dans les secrets qu'il fallait arracher à la mort. Les autopsies n'étaient d'ailleurs pas toujours pratiquées avec un soin suffisant pour renverser des faits vus à travers le prisme des théories et au milieu d'une ignorance fort grande des lois de la physiologie positive. Ajoutons que l'esprit de superstition et de crédulité qui régnait à
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celte époque conduisit 4rop souvent les observateurs ù s'attacher spécialement aux caa^jpves,*extraordinaircs, fabuleux même, dans lesquels ils trouvaient un aliment à leur amour du merveilleux, sans s'inquiéter le plus souvent d'en vérifier Texistence ou même la possibilité.
Loin d'accroître le mouvement commencé, lexvîi* siècle, à son aurore, vit Télan imprimé aux recherches anatomiques se ralentir tout à coup. I^es princes de l'Italie, qui avaient d'abord encouragé ces recherches, cessèrent de les protéger, et il devint difficile de s'y procurer des cadavres. En France, les hommes qui auraient dû se livrer à la culture de la science, médecins et chirurgiens, partagés en deux corps et comme en deux camps opposés, épuisaient tous leurs eiïorts en des disputes aussi acharnées que ridicules. Épuisée par la guerre de ti'ente ans , l'Allemagne était perdue pour les sciences. Toutefois le siècle dans lequel le chancelier Bacon posa les principes de la philosophie expérimentale et dans lequel se formèrent les plus célèbres académies (Académie des curieux de la uaiure; Société des sciences de I^ndres, 1658 ; Académie des sciences de l*aris, 1664) ne fut pas sans jeter quelque lumière sur l'objet qui nous occupe.
Harvey, aidé par l'expérience, fait connaître la plus importante des fonctions, la circulation du sang, et cette découverte est bientôt suivie de celles des vaisseaux chylifères, du canal thoracique et des vaisseaux lymphatiques. A côté de Harvey se placent Aselli, Malpighi et Ruysch, les grandes lumières de l'anatomie et de la physiologie à cette époque où Ion commence à comprendre l'importance de l'anatomie pathologique pour la connaissance exacte des maladies.
Quelques auteurs, comme Schneider, Molinetti, Willis, J. Wepffer, Chr. Bennet, s'occupent plus spécialement des altérations propres à un organe ou à une partie déterminée dy eôrps. Un grand nombre de médecins éditent des centuries ♦d'observations; tels sont : G. Baillou , J. R. Salzmann, Ph. Salmuth, N. fonteyn, J. D, Horsl, mais surtout Thomas Bartholin, Nicolas Tulpius, Dominique faranoli, Beniard Verzascha, G. Blasius, Stalpart Van der Wiel, Hagedom. Plusieurs autres, Gérard Bla.sius, J. N. Pechlin, J. J. Harder, J. G. Peyer, F. Plater, J. Helvig, R. Morton, J. B. Fantoni, contribuent parleurs ouvertures cadavériques à éclairer la nature des affections observées sur le vivant. Enfin quelques auteurs, comme Marc-Aurèle Severin, G. J. Welsch, J. Schrader, J. M. D. HoiTmann, Et. Blancard, mais surtout Th. Bonnet et J. J. Manget, rassemblent les faits épars et en forment do vastes collections, riche répertoire d'anatomie pathologique.
L'un des ouvrages les plus importants de ce temps est celui dans lequel
Bonnol passe en revue la plupart des maladie^ quiil range dans un ordre anatomique. Mettant à contribution les écrits de sel coa^^porains plutôt que les faits puisés dans sa propre pratique, cet auteur s'est laissé aller à des répétitions fastidieuses de faits entièrement controuvés et même fabuleux, et souvent il considère conune une cause morbifique des accidents qui n ont aucune relation avec la maladie.
Au xvni' siècle, 1 étude de Tanatomie pathologique est plus fidèle et plus impartiale. Moins influenoés par l'autorité des anciens, les médecins d'alors observent avec plus de justesse et d'exactitude que leurs prédécesseurs. Leurs observations ne sont plus des faits très-souvent colligés pour la curiosité, mais des matériaux amassés dans le but d'asseoir la médecine sur une base solide et inébranlable. Ainsi Tillustre élève de Valsalva, Morgagni, arrange et coordonne ses observations de façon à les faire servir à la clinique, il s attache à déterminer les rapports des altérations trouvées après la mort avec les troubles fonctionnels observés durant la vie, et de la sorte il vivifie Tanatomie pathologique et crée la physiologie des lésions matérielles. Si son grand ouvrage snr la cause et le siège des maladies ne présente aucune de ces idées fécondes, de ces aperçus neufs qui répandent une vive lumière sur les phénomènes de l'organisation, il i*enfenne du moins une masse prodigieuse de faits rigoureusement observés et judicieusement expliqués qui constituent un véritable progrès,
L'Italie reconquiert pour un instant le sceptre de Tanatomle pathologique; mais en même temps s'élève en Hollande une école qui sera bientôt célèbre. A la tête de cette école se placent, par l'importance de leurs recherches, Albinus et Sandifort, qui ont laissé des observations anatomo-pathologiques précieuses. A leur suite viennent se grouper, dans des centres différents, un grand nombre d'auteij^r^mptamnl^nt J. M. Hoffmann, Salzmann, P. Barrère, Clossy, Metzg^, P. Camper, Baader, Ch. G. Ludwig, Hautsierck, J. C. Walter, Werner^Home, Leveling, Mdhteggia, etc., dont les faits intéressants sont consinté^avec fruft.
Plus encore que dans le siècle précédent, quelques médecins s'attachent spécialement à l'étude des altérations de quelques organes isolés. Ainsi l'anatomie pathologique du cœur est cultivée par Lancisi, Senac et Meckel, celle du foie par Bianchi, celle de l'oesophage par Bleuland, celle de l'intestin par Roederer et Wagler, celle du cerveau par Gennari, celle des parties génitales par de Graaf, Ph. Bœhmer, Schurig, tandis que les lésions osseuses sont principalement étudiées par Cheselden,Troja, Bonn, Wiedmann, Van Heckeren et Scarpa.
Les plus grands médecins de l'époque comprennent alors l'importance de
lassociation de ranatomïe palhologique à la cl inique ; Fr. Hoiïmann à Halle, H^m. Bœrhaa'Vè^ Leyde, de Haen, Stoll à Vienne, Pringle et Fotbergill en Angleterre, Borsieri en Italie, Sauvage et Pinel en France s'appliquèrent à donner à leurs observations cliniques une base anatomique, et plusieurs d'entre eux furent des modèles à suivre sur la manière dont il Tant observer les lésions physiques des organes internes. Les altérations propres au domaine de la chirurgie furent principalemej^t^ étudiées par Saviard , Petit, Heister, Ledran et les membres deWaJjplheuse Académie de chirurgie ; puis par Siebold, Ricbter,«B. Bell, wlli^ Hunter, John Hunter, Pott,Desault, Bertrandi et Abemethy. Les^atowistes et les physiologistes contribuèrent aussi pour leur part au progrès de Tanatomie pathologique; tels sont : Palfin, Vallisnieri, Prochaschka, Wrisberg, les Meckel, Sœmmerringet surtout le célèbre Haller,qui a embrassé toutes les branches des sciences médicales.
Lieutaud, à Vexemple de Bonnet et après Moritz Hoffmann, recueille avec une excessive concision tous les faits parvenus à sa connaissance ; il rassemble plus de trois mille observations, constituant autant de faits isolés, qu'il se garde d'analyser, de grouper et de lier par des vues physiologiques ou pathologiques. Ch. F. Ludwig cherche à réduire les lésions organiques en un tableau concis ; malheureusement il manque aussi de ^iies générales «t il ne suit d'autre distribution que celle de Tordre anatomique. Mathieu Baillie, l'auteur d'un des premiers traités d'anatomie pathok)gique, se' préoccupe déjà de la structure des organes malades et de leur physiologie. A. F. Hecker fait paraître un essai de physiologie pathologique ; mais la fin de son livre ne répond pas au commencement. Conradi et Voigtel publient des ouvrages uniquement consacrés à l'anatomie pathologique.
Plus important que ceux qilf avaient paru jusqu'alors, le livre de ce dernier auteur n'indique pas plus que ceux d^ sq3 prédécesseurs les rapports qui existent entre les phénomènes pathologiques et les altérations des organes. Néanmoins, dès cette époque, Vett^, dans l'introduction d'un ouvrage dont il n'existe que le premier volume, s'élève à des considérations générales, essaye d'établir une classification de toutes les maladies organiques, de remonter au mécanisme et à la cause première de tous les changements d'organisation, qu'il rapporte aux inflammations et à leurs diverses terminaisons.
L'importance de l'anatomie pathologique une fois reconnue, les faits sont mieux observés, les éléments de vulgarisation se multiplient, des musées se fondent dans plusieurs centres d'instruction, à Londres (1780), à Amsterdam (1789), à Leyde (1793), à Berlin (1796), et enfin à Halle,
Vienne, Pavie, Florence, Paris, etc., où, p;race aux persévémnts efforts et ^1^: h la libéralité d'hommes tels que J. Hunter, Bonn, Sandiforl, Waller,
Meckel, Dupuytren, ils deviennent de vastes champs d'étude où sont rassemblées et méthodiquement disposées les pièces naturelles conservées et des productions artificielles en cire qui permettent d'embrasser d'un seul coup d'œil un grand nombre d'altérations des plus remarquables. En outre, de vastes collectioî\s iconographiques reproduisent, par la gravure, les lésions les plus curjeuaes^f t ces illustrations, en rendant l'étude des modifications pathologiques Hes organes plus attachante, facilitent l'intelligence des textes et servent quelquefois à rectifier des appréciations erronées. Yater, Ronn, Sandifort, Baillie et plusieurs autres médecins s'engagent, après Ruysch, dans cette voie qui promet d'être féconde. Enfin apparaissent des journaux qui publient, h mesure qu'ils se produisent, les faits les plus intéressants. A cet égard, le journal de Vandermonde doit être cité en première ligne.
Les institutions cliniques se multiplient peu à peu, les investigations faites au lit des malades se complètent publiquement par des investigations anatomiques, et ce contrôle, en donnant une plus grande certitude au diagnostic, développe les connaissances d'anatomie pathologique. Portai, Prost, Corvisart, Bayle, occupent sons ce rapport, avec quelques autres, un rang élevé. - -
En même temps, l'étude de la pathologie comparée, enlîèrefnent négligée au xv« et au xvi* siècle, à peine abordée au xvn* parTessai de Lange, apporte son concours, au xvni* siècle, pjir diverses publications intéressantes. Ehr. Brunner, dans un travail intitulé : De la fréquence relative des maladies de Vhùmme et de celles des animavx, passe en revue un certain nombre de lésions observées chez cea derniers; Nebel, démontre que les animaux à Pétat sauvage sont rarement malades, contrairement à ce qui a lieu lorsqu'ils vivent à l'état de domesticité. Puis, en 1762, l'écolç vétérinaire de Lyon se fonde sous les auspices de Bourgelat, exemple que ne tardent pas à imiter Vienne, Berlin et les principales villes d'Allemagne, en créant des établissements analogues.
Cependant, malgré de nombreux travaux et les tentatives généralisatrices de quelques observateurs, les archives de l'anatomie pathologique ne se composent encore que de faits plus ou moins rigoureusement observés, de richesses disséminées, de documents épars et pour ainsi dire sans lien. Ce sont tout au plus des collections de lésions distribuées ou par régions, ou par appareils et par organes, en un mot d^ltprès une division anatomique. Il n'y a point encore de déductions dogmatiques, de
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gàiéralisation de principes, et partant point de science proprement dite. En somme, i'anatomie pathologique, restée jusqu'au xv* siècle à Tétat de germe infécond, prend naissance à partii* ik cette époque ; mais elle ne se développe en réalité qu'au xiV siècle. « . • '
« Epoque moderne. — C'est à Bichat que revient l'honneur d'avoir ouvert
une voie plus féconde à cette branche de la médecine; son génie lui im-* prime UD nouvel essor, assure sa marche et montre clairement le but à atteindre. Créateur de I'anatomie générale, Tillustre élève de Pinel est encore, par ses idées et par sa méthode, Tinspirateur des progrès accomplis au xii* siècle dans l'étude des lésions pathologiques. Non content de donner, dans son remarquable traité, une description détaillée des tissus et des systèmes organiques, Bichat a soin d'indiquer les principales altérations que comportent ces systèmes, et de la sorte il rattache l'étude de la lésion à la connaissance de l'organe sain et vivant, fonde runatomie \)aihologique des tissus, qui n'est autre chose que I'anatomie morbide générale, et met ainsi ses successeurs sur la voie (|ui doit les conduire à la pathologie cellulaii*e. Pour la première fois, il inscrit en tète de son traité cette importante proposition : chaque tissu a ses lésions propres^ principe fécond et hardi, qui pouvait étonner à une époque où la structure des organes élait encore incomplètement connue, mais dont le temps et les conqu^tM de la science devaient démontrer la justesse. Employant dans ses recfléiynes la méthode analytique basée sur les propriétés physiques, chimi<{ues et vitales des tissus, il ouvrait une carrière nouvelle à tons ceux qui tenteraient de l'appliquer dans le domaine de I'anatomie pathologique. Aussi ses études eurent-elles forcément sur ses contemporains, tant en France qu'à l'étranger, une influence des plus manifestes eLte plus heui%uses. Chacun comprit qu'il fallait faire pour les tissus malades œ que Bichat avait fait pour les tissus sains, et l'on se mit à l'œuvre. • •
Tout d'abord, Baj'U et Dupuytren, travaillant en comnmn, publièrent plusieurs mémoires sur les productions fibreuses et sur les productions tuberculeuses. Dans le môme moment I^ennœ composait un travail remarquable qu'il lut (décembre 180(i) à h, Société de la Faculté de médecine sous le titre modeste de Note sur Vanatomxe pathologique^ et dans lequel les lésions morbides et les productions accidentelles en particulier, comparées aux tissus normaux, se trouvaient divisées et classées pour Ja première fois suivant leur nature anatomique, abstraction faite de leur siège. ^
Les travaux de Béclard, de Cruveilhier, d'Aiidi-al, de Lobstein, de
Bouillaud, de Gendrin et de beaucoup d'autres auleui's de cette épocjuc, furent également inspirés par le "même génie. L'histoire anatomique des inflammations, publiée en i^gS^par Gendrin, est le reflet, la copie pour ainsi dire de VAnatomie géA^ak de Bichat, avec celte difi'érence qu au lieu des tissus normaux les* tîSsus enflammés y sont fort bien décrits. Deux ans après, paraissait à Edimbourg un ouvrage [EleinerUs of gênerai and pathological Anatomy) dans lequel David Craigie suivait exactement la méthode analytique employée par Tauteur de VAnatomie générale.
A partir de ce moment, l'impulsion est donnée, Tanatomie pathologique est considérée comme l'une des branches les plus importantes de la science médicale, et comme telle elle a ses traités spéciaux. Le célèbre anatomiste de Halle, J. F. Meckel, publie un ouvrage malheureusement resté inachevé, et deux ans plus tard Otto met au jour le sien.
L'un des plus grands anatomo-pathologistes de ce siècle, J. Gruveilhier, après un premier essai d'anatomie pathologique, entreprend et conduit à bonne fin l'œuvre la plus complète et la plus riche de toutes celles qui ont été publiées jusqu'alors, son immortel ouvrage d'anatomie pathologique du corps humain. Vers la même époque parait le premier exposé systématique général sur la matière, le précis d'anatomie pathologique du professeur Ândral. Albers de Bonn, Hope, Carswell, Gluge^ livrent à la publicité des atlas moins importants que celui de Cruvej^hi^r; mais néanmoins très-remarquables. Les ouvrages spéciaux se multiplient : Hasse et Kokitansky publient presque en même temps des traités qui ont un grand retentissement, et qui contribuent largement à vulgariser les connaissances anatomo-pathologiques.
Un grand nombre d'auteurs anatomistes et cliniciens s'attachent dès le commencement de ce siècle à l'étude des altérations propres à (^i]|Shis organes. Les affections du cœur ont pour interprètes Corvisart et ensuite Bouillaud qui montre leur rapport avec le rhumatisme ai^, <^lles des poumons doivent un progrès considérable à Bayle,'à«L^is, qjftis surtout à l'illustre Laennec. Les affections du cerveau sont étudiées par Abercrombie et Lallemand, les lésions ^es reins par Bright et Rayer, celles du foie par Andral, Budd et Frerlchs. L'anatomie pathologique chirurgicale est représentée par A. Cooper, Dupuytren, Langenbeck, Velpeau, J. Guérin, Chassaignac, Holmes, etc. Les maladies des enfants et des nouveaunéft s«nt suivies par Billard, Bednar, F. Weber, Rilliet et Barthez; celles des vieillirds par Durand Fardel et plus tard par Charcot.
Le$ deux Geoffroy Saint-Hilaire impriment un progrès réelé l'étude des iiioustruosités et créent la tératologie. En même temps l'anatomie patholo-
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gique est publiquement enseignée, elle a sa chaire officielle dans les principaux centres universitaires ; des sociétés savantes se proposent sou étude pour but, notamment la Société anatomique fondée par Dupuytren et la Société pathologique de Londres. Des journaux spéciaux répandent les connaissances acquises tant en France qu'en Allemagne et en Ângleten*e ; chaque jour enfin cette branche de la science des maladies prend une importance plus grande et apporte de nouvelles lumières.
La nécessité de pénétrer plus avant dans la connaissance de la structure des parties affectées se fit alors sentir impérieusement, parce que des lésions anatomiques appréciables aux sens faisaient défaut. Forcés d'admettredes maladies dites essentielles, les esprits rigoureux comprirent qu'il était indispensable de porter l'investigation dans les parties les plus élevées de l'organisme où siège la vie. Le microscope, employé au xvn* siècle par Leeuwenhoeck avec tant de succès, puis par Malpighi, Needham, Gruithuisen, va fournir, grâce à un nouveau perfectionnement, le moyen d'éclairer la structure intime des animaux et celle des végétaux. Jean Mûller en fait l'application à l'étude des productions morbides, et par son travail sur les tumeurs il crée définitivement l'histologie pathologique. II a bientôt de nombreux imitateurs. En Allemagne, ce sont Henle, Gruby, Gluge et J. Vogel qui publie le premier atlas sur la matière, puis Virchow, le célèbre auteur de la Pathologie cellulaire ^ Kôlliker, l'histologiste habile, Wedl, Billroth, 0. Weber, E. Wagner, Recklinghausen^ Cohnheim, Rindfleisch, Rud. Maier et beaucoup d'autres chercheurs non moins expérimentés que nous aurons l'occasion de citer plusieurs fois dans le cours de notre travail ; en France, Lebert qui publia tout d'abord un traité de physiologie pathologique bientôt suivi d'un grand atlas où Phistologie commence à trouver place à côté de Tanatomte^pathologique, Ch. Robin, l'auteur d'un traité sur les végétaux parasites, très-remarquable pour l'époque, d'un traité de chimie anatomique wah moins important et d'un grand nombre de mémoires d histologie pathologique. Broca, Follin et Vemeuil suivirent les traces de ces deux maîtres et contribuèrent par des mémoires divers à implanter chez nous l'étude de Thistologie pathologique. Enfin, Villeffl'm, Yulpian, Charcot, Cqrnil» Ranvier et beaucoup d'autres s'efforcent d agrandir chaque jour le champ de l'histologie pathologique. L'Angleterre compte |)anni ses savants qui se sont les premiers engagé? sjr Je même terrain, Bennett, Simon, Pagct, Beale, Wilks, etc. L'A^i^HqM a Peasiee, la Hollande Schrœder van der Kolk, Schi-ant, Donder^ Tk^lie Porta et Sangalli.
Ainsi, grâce au développement dé l'histologie pathologique, l'analyse
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des lésions morbides est poussée plus loin, leur structure est mieux connue ; on arrive à constater non plus seulement l'altération du tissu, mais celle de Télément qui le constitue. De là est née la pathologie cellulaire, dernière expression de lanalyse anatomique comme de Tanalyse physiologique. Toutefois, il ne suffit pas de connaître le siège intime des lésions morbides, il importe encore d'en pénétrer Torigine et d'en poursuivre l'évolution. C'est pourquoi l'histologie tend de phis eu plus à devenir histogénie. Son terrain de prédilection pour l'instant est cette frontière indécise qui sépare le tissu sain du tissu en voie d'altération, là où l'état normal confine à l'état morbide commençant. On peut prévoir que pendant longtemps encore cette partie de l'anatomie pathologique soulèvera d'ardentes discussions ; mais aussi il y a tout lieu de croire qu'elle conduira à une intelligence plus complète de la maladie et de ses effets, parlant à une intervention plus rationnelle de l'art de guérir.
L'anatomie comparée, dans cette dernière époque, suit le mouvement imprimé à l'anatomie pathologique de l'homme. Bergmann étudie dans sa remarquable dissertation inaugurale un grand nombre de maladies existant chez différents animaux, il signale entre autres lésions propres aux poissons parvenus à un certain âge l'oblitération des vaisseaux chargés de fournir à la nutrition des écailles et le remplacement de celles-ci par diverses sortes d'excroissances; il établit que les singes sont sujets à la phthisie pulmonaire, aux scrofules et autres affections. Plus taixl Reynaudet Rayer étudient également, chacun de leur côté, les tubercules pulmonaires du singe. Rayer publie en 18(i2 ses Archives de médecine comparée, recueil précieux, malheureusement abandonné, mais qui mériterait d'être repris. Heusinger, dans un ouvrage paru en 1844, fait un parallèle intéressant des diverses maladies des différents appareils chez l'homme et chez les animaux, et doQne des indications précieuses sur l'art vétérinaire chez les anciens. Dupuy, Leblanc, Bouley, Delafond, Reynal et Goubaux en France, Gluge et Thiernesse en Belgique, Gurlt et Hertwig à Berlin, Haubner et Leisering à Dresde, Gerlach à Hanovre, Pillwax et Roell à Vienne, chacun de leur côté, contribuent à l'avancement de la zootomie vétérinaire.
En résumé, l'anatomie pathologique ne se borne plus, comme autrefois, à collectionner des observations, elle ne se contente pas davantage de décrire les caractères extérieurs des organes altérés, elle cherche à pénétrer inî^lllicture intime des altérations, leur mécanisme et leur mode de format\(m.Célément malade est devenu pour le biologiste ce qu'est le corps simple pour le chimiste, le but suprême de l'Unalyse. De plus, les liquides de l'économie sont, comme les solides, l'objet de recherches minutieuses
€t suivies de la part de plusieurs observateurs, entre autres Ândral et Gulîarret, Becquerel etRodier, Robin et Verdeil, elc.Tout récemment un insti*u- Toent nouveau, le spectroscope, est venu aider à ces recherches et permetln; de foire une analyse plus approfondie des humeurs de Torganisme.
Après avoir été une science de pure observation, la médecine lend chaque jour à devenir en même temps une science d'expérimentation. Ci|le tendaftee commencera se révéler dès le xvii* siècle, et le mouvement s'aco«ntue au xviii* et au xix' siècle. De nos jours il s'étend du domaine de lapatEologie et de la thérapeutique à celui de Tanatomie pathologique Lei recherches expérimentales de Magendie, de Claude Bernard et dt^ plusieurs autres physiologistes conduisent à faire une application de lu iuélhode expérimentale à l'étude de la genèse des lésions matérielles des organes, à la pathogénie. Il importe de chercher à créer artificiellement ces lésions, soit pour en déterminer la cause, soit pour en saisir le mécanisme véritable; en agissant de la sorte on arrivera à rendre l'anatomie morbide indépendante et on la fera senir utilement à la pathologie.
Des tentatives déjà nombreuses ont été faites dans ce sens ; les unes ont eu pour but de confirmer dçs données cliniques, les autres d'expliquer J'étiologieoulagenèsede certains désordres anatomiques. Cette voie vers laquelle nos recherches pathologiques paraissent avoir conduit quelques expérimentateurs promet d'être féconde. On arrivera de la sorte à prouver te qu'enseigne déjà l'observation, à savoir que les altérations pathologiques sont toujours subordonnées à l'action d'un agent quelconque, qu'elles ont, pour une cause déterminée, des caractères constants, ot qu'il est par conséquent possible de les réduire à un certain nombre de types définis. Ces types ou espèces seront étudiés dans la seconde partie de ce travail, la première sera consacrée à la description des familles et des genres.
Ce rapide exposé est simplement destiné à montrer l'évolution scientifique de l'anatomie pathologique. La bibliographie qui va suivre fera connaître les nombreux travaux qui constituéht la richesse de cette scienw.