‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 90 sur 104 · II. — Plaies contus€s · texte numérisé non relu

II. — Plaies contus€s

Ces plaies peuvent être considérées par la pensée comme le résultat composé d'une solution de continuité par instrument tranchant, d'une altération variable dans la texture des parties qui ont été frappées. Elles représentent une solution de continuité dont les bords sont en général inégaux et irréguliers, excepté dans quelcjues cas où les tissus mous surmontent un plan résistant, comme à l'angle orbitaire externe. Ces plaies ont ceci de remarquable qu'elles ne sont pas en général saignantes, ce qui s'explique par la lacération des parties et par l'obturation des vaisseaux au niveau des couches désorganisées ; d'un autre côté, elles sont très-variables quant à leur profondeur, leur étendue et la désorganisation plus ou moins complète des tissus aiTectés. Pour toutes ces raisons, on admet deux degrés dans les plaies contuses : les unes oiïrent une altération si peu profonde des tissus, que la guérison a lieu sans élimination ; les autres sont le siège d'une désorganisation tellement considérable, que le travail de restauration a lieu seulement à la suite de réiiraiiiation des parties mortifiées : de là des complications diverses, et surtout la gangrène.

Il résulte de ces données que si les plaies par instrument piquant et par instrument tranchant ont une tendance naturelle à la réunion immédiate, les plaies contuses au contraire ne peuvent guérir qu'à la suite d'un travail régénérateur dont les éléments sont : élimination ou expulsion, à la façon d'un corps étranger, des parties escharifiées ; inflammation

suppurative des parties moins désorganisées. Par conséquent, toute plaie contuse suppure et ne devient le siège d'un travail de cicatrisation et d'adhésion qu'autant qu'elle est ramenée à l'état de plaie par instrument tranchant, qui suppure.

Je n'ai pas à m'occuper ici des complications de ces plaies. Pourtant j'en dirai quelques mots, afin de montrer que ces accidents sont toujours subordonnés à des conditions spéciales à l'individu malade et au milieu dans lequel il vit. Les plus importantes parmi ces complications, en dehors des désordres nerveux réflexes, tels que spasmes musculaires, tétanos, etc., sont l'hémorrhagie, l'infection purulente, la gangrène et la pourriture d'hôpital. L'hémorrhagie est artérielle, veineuse ou capillaire, suivant la source d'où elle provient, et partant plus ou moins grave. En outre, suivant qu'elle survient au moment de la blessure ou plus tard, elle est dite primitive ou consécutive ; dans tous les cas, elle est subordonnée à la disposition générale du sujet ou encore à certaines modifications des organes, notamment le foie, la rate et les reins. Abondantes chez les hémophiles, les hémorrhagies traumatiques sont généralement fréquentes chez les albuminuriques, les cirrhotiques, les impaludiques, etc. (Verneuil).

L'infection purulente, la gangrène et la pourriture d'hôpital sont des complications que Ton observe surtout chez les individus placés dans de mauvaises conditions morales et dont le svstème nerveux est ébranlé; mais il importe de savoir qu'elles ne se développent jamais que dans un milieu spécial, au contact d'un principe septique. Deux conditions sont ainsi nécessaires à la production de ces accidents redoutables des plaies, savoir, un état général mauvais et la présence à la surface de la plaie de germes ou ferments délétères, qui, après s'être multipliés sur place^ pénètrent dans l'organisme et l'infectent. C'est ainsi que l'on explique aujourd'hui, avec mison selon nous, les phénomènes de la pyohémie (voy. p. 239), des gangrènes (voy. p. 513) et aussi ceux de la pourriture d'hôpital (1).

Bibliographie. — John Hunter, Œuvres complètes, trad. en français par G. Richelot, t. HT, p. 21li. Paris, 1840. — John Bell, Discourses on the nature

(i) Voyez, pour la bibliographie de la pourriture d'hôpital : E. Follin, Traité de pathologie externe. Paris, 1861, t. I, p. Û88. — Bonnard, Rec, de niém. de médy chir. etpkarm, milit.^ t. XVI, p. 302. — Pitha et Billroth, Handbuch der allgm. und spec. ChirurgiCy vol. 1, 2® part., 1" fasc, livr. 1, p. 187, art. Hospitalbrand, par C. Heine. — E, Wolff, Recherches sur la pourriture (Vhôpital^ thèse de Fins, 1875. — Nussbaum, Eine Mittheilung uber den Hospitalbrand {Langenbeck's Archiv ftr klin. Chirurgie, t. XVUÎ, p. 706).

and cure of Wounds. London, 1795; trad. franc, par Estor, Paris, 1825. — DupuYTREN, Traité des plaies d* armes de guerre {Leçons cliniques, t, V et VI, 183/i). — Parmf.ntier, Quelques recherches sur la cicatrice des plaies exposées au contact de Vair, thèse de Paris, 1854. — Gihouard, Cicatrisation des plaies à l'air libre, thèse de Paiis, 1858. — Ritzinger, De la cicatrisation en général et de celle des plaies en particulier, thèse de Strasbourg, 1859, n"/i71. — Wal- DEYER, Zur patholog. Anatomie der Wundkrankheiten (Archivf.pathoL Anat, und Physiol,, 1867, t. XL, p. 879). — Wiwodzoff, Étude expérimentale des diffé^ rents phénomènes qui se passent dans la cicatrisation des plaies par première intention {Journal de V anatomie et de la physiologie norm. et path, de l'homme et des animaux, 1868, p. 130). — Consultez les principaux traités de chlet des animaux, 1868, p. i30). — Edw. Klebs, Beitraege zur pathoL AnaU der Srhusswanden. Leipzig, 1872. — Consultez les principaux traités de chirurgie.

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