CONTUSIONS
La contusion est une solution de continuité des parties molles produite par une violence extérieure directe ou indirecte, sous-cutanée el sans communication avec Fair extérieur. Elle se distingue de la plaie contuse par Fabsence de déchirure du tégument, en sorte que tous les phénomènes de réparation et de restauration se passent à Fabri de Fair extérieur.
Toute contusion comprend des désordres plus ou moins sérieux qui ont été classés pour la facilité de Fétude. On distingue quatre degrés dans les eiïets de cet accident, depuis Dupuytren : le premier degré est carac-
TRAUMATISBfE MÉCANIQUE. 799
térisé i^rliirupture de vaisseaux très-fins, sans altération de la structure des tissus; le sMond, par la formation de foyers sanguins plus ou moins reconnaissables ; le troisième offre une altération plus profonde des tissus, qui sont rompus dans une grande étendue ; le quatrième présente un véritable-broiement des parties, dans lequel le sang et les tissus contusionnés formeflf.tine sorte de bouillie livide.
La Mntusion la plus faible consiste anatomiquement en un gonflement peu étendu delà peau ou du tissu sous-jacent, avec ou sans ecchymose. Â un degré plus avancé, l'ecchymose est plus considérable, la douleur est - plus vive, et le gonflement par cela même est plus marqué, d'où la possibilité d'une inflammation phlegmoneuse, qui finit par un abcès sanguin. Le troisième degré de la contusion, dont le caractère essentiel est la désorganisation du tégument, laisse voir une eschare grise ou brunâtre, sèche, insensible, qui est nécessairement éliminée; il peut être l'occasion de complications sérieuses, telles que érysipèle phlegmoneux, suppuration difluse, etc. Dans le quatrième degré, les tissus, réduits à l'état de bouillie, ne présentent plus qu'une masse informe, plus ou moins molle. La partie ainsi altérée, peu douloureuse, conduit parfois à une sécurité trompeuse; il faut en effet redouter les accidents consécutifs, phlegmon diffus, gangrène, emphysème traumatique.
Chaque tissu contusionné est l'origine de désordres spéciaux. Le tissu conjonctif, l'un des plus résistants, est le siège de petites accumulations de lymphe jaune. Le muscle ne laisse rien échapper ; les vaisseaux sont le point de départ d'hémorrhagies qui se produisent, ou bien sous la forme d'ecchymoses, ou bien sous la forme de foyers sanguins. Dues à l'infiltration du sang dans les mailles du tissu conjonctif, les ecchymoses surviennent avec plus ou moins de rapidité, suivant la laxité plus ou moins grande de ce tissu ; de môme elles s'étendent dans la direction où elles rencontrent le moins de résistance, comme aussi vers les parties les plus déclives : aussi les voit-on, dans certains cas, former des taches ou des bandes des plus curieuses. La coloration de l'ecchymose varie avec les diverses transformations subies par le sang épanché dans les tissus, et surtout par le fait du changement de l'hémoglobine en hématine. Ainsi l'ecchymose la plus noire passe de la teinte ardoisée au bleu foncé, puis au bleu clair, enfin à la coloration jaune-paille, et cela des parties périphériques vers les parties centrales.
Les épanchements traumatiques de sang s'observent, en général, dans tes parties où existe un tissu conjonctif lâche et extensible, peu abondant. Ils sont connus sous le nom de bosse sanguine^ surtout quand du sang infiltré autour de la partie liquide donne aux tissus une notable
800 ANATOMIE PATBOLOGIQUB.
fermeté. On les appelle dépôts sanguins^ lorsque le sang est eitravasé en grande quantité, et qu'il forme une vaste collection sous les téguments ou dans la profondeur du tissu. Le sang ainsi extravasé ne taitle pas à être modifié : le sérum est rapidement, résorbé ; l'hémoglobine se sépare de la globuline, qui subit une métamorphose granulo-graisseuse ; puis elle se décompose, en donnant naissance à de l'hématine ptrfois mêlée à des cristaux d'hématoïdinc. Tel est le mode d'altération du sang épanché, que la partie infiltrée de ce sang disparaît d abord, tandis que la partie foiTiiant foyer persiste plus longtemps. La résorption est quelquefois rapide ; mais, d'autres fois, le sîHig reste liquide pendant un temps considérable, et peut sortir, rutilant et limpide, de la poche qui le ronfcrme.
Le plus souvent le liquide extravasé se concrète en caillots fibrineux, se dépouille de son sérum, et forme ensuite unemasse poisseuse, conipam* avec raison au raisiné. Dans ces conditions, la matière fibrineuse, lorsque le caillot est considérable, peut acquérir une dureté très-grande et faire croire à une exostose. Le sang épanché est une cause d'irritation des tissus voisins, en vertu de laquelle se développe une membrane qui favorise l'absorption du liquide, et ensuile donne naissance à des colleclioiis liquides dont la coloration varie de la teinte chocolat à la teinte jauiiepaille, suivant qu'une plus ou moins gi'ande quantité de malière colorante est encore contenue dans la poche. Ces modifications subies par le sang hors des vaisseaux sont celles d'un tissu qui a cessé de vivre et qui se trouve à l'abri de l'air extérieur ; par conséquent, il n'y a pas lieu de croire aux prétendues transformations de ce liquide en tissu fibreux ou cancéreux.
Au lieu de sang, c'est quelquefois de la sérosité qui s'accumule dans le tissu conjonctif sous-cutané, où elle forme des épanchements plus ou moins considérables. Ces épanchements apparaissent à la suite d'un décollement cutané de grande étendue, comme en produit la pression brusque d'une roue de voiture ; ils ont pour siège ordinaire le tissu souscutané, rarement le tissu intermusculaire. Leur contenu est un liquide limpide et légèrement citrin, dans lequel l'analyse microscopique révèle Texislence d'un petit nombre de globules rouges du sang déformés, de leucocytes et de globules de graisse. Cette lésion résulte très-vmisemblablement de la rupture des vaisseaux les plus fins, dont les extrémités froissées ne laissent échapper que le sérum du sang, ou encore de la rupture des lymphatiques.
Les parties contusionnées se comportent d'une façon différente, suivant la plus ou moins grande intensité du désordre anatomique. La réunion des tissus divisés se fait en même temps que la résorption du sang
dans la contusion au premier et au deuxième degré. Les parties plus profondément ahérées, ne pouvant fournir un travail de réparation, se mortifient et sont éliminées au milieu du pus ; une plaie contuse succède ainsi à la contusion ; c'est ce qui arrive dans le troisième et surtout dans le quatrième degré de la contusion, où les parties désorganisées sont souvent séparées des parties restées saines.
Les causes des contusions, quoique très-nombreuses, se groupant assez naturellement sous deux chefs, suivant qu'elles agissent par pression ou par percussion. Les premières sont toutes les masses plus ou moins lourdes qui pressent sur les membres; les secondes sont les projectiles lancés par la poudre à canon, la pression des roues de voitures, la chute d'un lieu élevé, un contre-coup.
Bibliographie. — Em.-Chr. Lœbkr, HistoiHa contusionunit diss. léna, 1726. — J.-B. LousTAUNAU, De Contusionibus, diss. inaug. Paris, 1753. — Pelletan, Mém. sur les épanchements de sang (Clmiq, chirurg., 1810, t. II, p. 98). — RiEUx^ De V ecchymose, de la sugillation, de la contusion et de la meurtrissure. Thèse de Paris, 181/i, n* 63. — Raonet, Delagangréne causée par la contusion. Thèse de Paris, 1813, n® 67. — J. Cruveilhier, Des contusions. Paris, 1816, et Traité d'anat. pathol. générale, t. I, p. 77. Paris, 1819. — Velpeau, De la contusion dans tous les organes. Thèse de concours. Paris, 183/i. — J.-J. La- FAURiE, Considérations cliniques sur la contusion des membres. Tlièse de Paris, 18/i6, n** /i5. — MonEL-Lky ALLÉE, Epanchements traumatiques de sérosité {Arch. de médecine, juin 1853).