GLANDES ET VOIES LACRYMALES
Située à la partie supérieure et externe de l’orbite, la glande lacrymale se compose de deux parties, l’une, supérieure ou orbitaire, occupe la fossette lacrymale ou frontale, l’autre, inférieure ou palpébrale, continue la portion orbitaire et s’étend jusqu’à la paupière supérieure. D’autres glandules, qui versent le produit de leur sécrétion au niveau des sillons oculo-
palpébraux supérieur et inférieur, ont encore été rattachés à cette glande.
La glande lacrymale est formée, suivant le modèle des glandes en grappe, de lobes et lobules arrondis et serrés les uns contre les autres, lâchement unis et séparés par de minces cloisons de tissu conjonctif, parcourues par des vaisseaux. Chaque lobule se compose d’un plus ou moins grand nombre de culs-de-sac glandulaires ou acini, dont la surface interne est tapissée par une couche de cellules épithéliales arrondies. Tous les culsde-sac aboutissent à un petit canal excréteur du lobule dont ils font partie, et la réunion d’un certain nombre de canaux lobulaires devient l’origine des conduits excréteurs définitifs. Ces conduits perforent au nombre de six à douze le cul-de-sac conjonctival supérieur dans sa partie externe; ce sont des canalicules extrêmement fins, formés de tissu conjonctif avec quelques noyaux de fibrilles élastiques et tapissés d’un épithélium cylindri({ue.
Ces canalicules déversent à la surface de la conjonctive les larmes qui sont reprises ensuite par deux ouvertures toujours béantes ou points lacrymaux situés sur chaque paupière à la réunion de la portion arrondie avec la portion plane de leur bord libre.
Des points lacrymaux partent les conduits lacrymaux qui aboutissent dans une cavité située à la partie interne et inférieure de l’orbite et désignée sous le nom de sac lacrymal. Le canal nasal fait suite à ce sac, et, après un trajet de 12 à 15 millimètres, il s’ouvre dans le méat inférieur. La structure des canaux excréteurs des larmes n’est pas moins simple que celle des conduits excréteurs des glandes lacrymales. Ils sont formés d’un tissu conjonctif serré parcouru par de nombreux réseaux de fibres élastiques, qui se continue avec la conjonctive et la membrane des fosses nasales. Ce tissu est recouvert par un épithélium pavimenteux et stratifié dans les canaux lacrymaux, vibratile dans le sac lacrymal et le canal nasal, comme aussi dans les fosses nasales.
Bibliographie générale. — W. Mackensie, An essay on the diseuses of the excreting parts of the lachrymal organs, London, 1819. — Bourjot Saint-Hilaire, Consid. gén. sur les malad. des voies lacrymales {Journ. des conn. méd. chir., Paris, 1834-35, II, 173-181). — G. Merkel, lur Anatom. Physiol. und Patholog. der Thrcmenableistungs organe, Erlangen, 1859. — J.-R. von Hasner, Beitràge zur Physiol. und Pathol, d. Thrânenableistungsorgane, Prag., 1850. — J. Kôning, Zur Anat. Physiol. und Pathol, d. Thrânenableistungsorgane, Ulm, 1867. — A. Guillaumin, Consid. sur la dacryocystite,Pdi\:\s, 1874. — A. Ferrand, Sur les affect, oculaires produites par les altérât, des voies lacrymales, Paris, 1873. — Panas, Leçons sur les affections del’appareillacrymal, etc., Pa.ris, 1877. — S. -J. Armstbom, Maladies des conduits lacrymaux, Stockholm, 1877.
ANOMALIES DE FORMATION
Ces anomalies, étant donnée la disposition de la glande et des voies lacrymales, paraissent devoir être relativement fréquentes, et c’est en ell'et ce qui a lieu. Elles se manifestent par absence ou par excès de formation.
Agénésie. — L’absence de la glande lacrymale est chose rare, si ce n’est chez les anophthalmes. Toutefois Himly et Schmidt, cités par Polaillon, en rapportent un exemple; Seiler l’a observée chez un anencéphale; Wengler et Morton ont noté l’absence de l’appareil lacrymal, et dans quelques cas enfin, on a constaté l’occlusion des canaux excréteurs de cette glande.
Les points et les conduits lacrymaux font plus souvent défaut. Leur absence totale, ou seulement celle de queh[ues-uns d’entre eux, a été constatée par dillérents auteurs, notamment par Blanchet, Magnus, Emmert, etc. La sécrétion des larmes n’est pas interrompue dans ce dernier cas où il existe du larmoiement; par contre, la sécheresse de la conjonctive est le fait du premier.
Bibliographie. — Seiler, Beobacht. urspriingl, Bildungsfehler und ganslichmangels d. Augen bei Menschen u. Thieren, Dresden, 1833. — J. Himly, Die Krankh. und Missbild. d. menschl. Auges, Berlin, 1843. — Ammon, Klin. Darstellung d. angeb. Krankh. des Auges, Berlin, 1844. — Wilde, Essay upon the mal format, and congen. diseuses of the organs of sight, 1845. — Cornaz, Des abnormités congénitales des yeux, Lausanne, 1848. — Wengler, Fehler der Thrânenapparates (J. d. Chii'm'gie und Augenheük., Berlin, 1850, t. XXXIX, p. 82-88). — Polaillon, Glande lacrymale {anatomie), dans Dic<. encyclopédique des sciences méd., Paris, 1868, sér. 2, t. 1, p. 23. — A. -S. Morton, Congénital unilatéral absence of lachrymation {Trans. ophth. Soc. u. Kingdom, London, 1883-84, IV, 350). — Blanchet, Absence congénitale des points lacrymaux {Bull. Acad, de méd., Paris, 1846-7, t. XII, p. 621). — Magnus, Beiderseitiger Mangel d. unteren Thrànenpunkte {Klin. Monatsbl. f. Augenh., Stuttgart, 1875, XIll, 199). — E. Emmert, Angeborenes Fehlen aller vier Thrànenpunkte und ThTanénrôhrchen{Archw f. Augen und O/wen/ieiVÉ., Wiesbaden, 1876, t. V, 399) .
Hypergénésie. — Les points lacrymaux sont quelquefois en excès : Von Graefe, Galezowski, Fitzgerald et d’autres auteurs les ont trouvés doubles ou du moins plus nombreux que normalement; mais, à notre connaissance, aucun fait ne mentionne l’hypergénésie de la glande lacrymale.
Ce sont tantôt les points lacrymaux supérieurs, tantôt les points lacrymaux inférieurs qui sont augmentés de nombre, tantôt les uns et les autres. Le sac lacrymal et le canal nasal, par contre, sont généralement uniques.
Bibliographie. — A. von Graefe, Doppelter Thranenpunkte {Arch. f. Ophth., Berlin, 1854-1855, t. I, p. 288). — J. Ponti, Annotazione di due casi di punto e condottino lacrimale soprcmumerario (Gior. d'oftal. ital., Torino, 1859, II, p. 97-100). — A. Weber, Zwei Fdlle von ùberzdhligen Canaliculi lacrymales {Archiv f. Ophth., Berlin, 1861-1862, VIII, 352-354). — Galezowski, Doubles points lacrymaux (Journ. de méd. et de chirurg. pratiques, Paris, 1874, XIV, 22). — C.-E. Fitzgerald, Supernumerary lachrymal puncta (Ophth. hosp. Reports, London, 1874-76, t. A'III, p. 427-429). — J. Raab, Doppelter Thrànenpurikt (Klin. Monatsbl. f. Augenh., Sluttg., 1875, t. XIII, p. 331-333).
Ectopie. — La glande lacrymale chez les cyclopes et chez les anophthalmes occupe souvent la place du globe de l’œil, mais, à part cette circonstance et celle où elle peut faire saillie au dehors, elle est rarement déplacée; il n’en est pas tout à fait de même des points et des canaux lacrymaux dont la position pour des motifs divers est quelquefois viciée, ce qui a pour eU'et de rendre difficile l’écoulement des larmes.
Bibliographie. — H. Walton, Malposition of the lachrymal canaliculi, etc. (Med. Times and Gaz., London, 1858, 165, 398). — L. Mauthner, Glandula lacrymalis prolapsa (Wien. med. Presse, 1878, XIX, 110).
ANOMALIES DE NUTRITION
§ l'^ — Atrophie et hypertrophie.
L’atrophie de la glande lacrymale a élé si peu observée qu’il est difficile d’en parler sciemment; tout ce que l’on en peut dire, c’est qu’elle se produit dans les mêmes conditions que l’atrophie de tous les organes, par suite d’une gêne circulatoire (lésion artérielle, compression), d’un trouble de l’innervation nutritive, etc.
L’hypertrophie vraie n’a pas été beaucoup mieux étudiée, c’est du reste un état très rare sur lequel il n’existe qu’un petit nombre d’observations fort peu précises. W. Mackensie rapporte qu’il a vu les glandules, conglomérées des deux côtés, former des tumeurs granulées du volume et presque de la forme de pépins d’orange, et donner lieu à la saillie des pau-
APPAREILS DES SENS
pières à leur extrémité temporale; mais en l’absence de tout examen histologique, il est difficile de reconnaître dans ce fait l’existence d’une hypertrophie vraie de la glande lacrymale. Le même auteur donne encore, d’après Gluge, le fait d’un enfant chez lequel on avait observé à partir de la naissance une tumeur au niveau de la glande lacrymale gauche. Cette tumeur, extirpée à l’âge de cinq ans, et du volume d’un petit œuf de poule, se trouvait formée par la substance de la glande et de ses canaux excréteurs tous deux hypertrophiés. La surface interne des vésicules glandulaires était tapissée par des cellules épithéliales; tout dans la structure de l’organe paraissait normal, le volume seul s’était accru. Desmarres a publié, d’autre part, un fait d’hypertrophie de la glande lacrymale droite observée par Chassaignac chez une jeune femme âgée de vingt-six ans et qui était atteinte de cette alfection depuis l’âge de vingt ans. La glande, arrondie, saillante, élastique, occupait tout l’angle externe de l’orbite, elle avait environ 35 millimètres de long sur 2 centimètres de large et à peu près autant d’épaisseur. D’une forme qui se rapprochait de celle du testicule, elle était entourée d’une enveloppe fibro-cellulaire peu vasculaire. Lebert qui l’examina au microscope trouva les cæcums glandulaires allongés et hypertrophiés, en possession d’une membrane propre, finement grenue et non altérée.
Bibliographie. — Gluge, Ann. d’oculist., Bruxelles, 1850, t. XXIII, p. 145. — W. Mackensie, Traité pral. des mal. de l’œil, Irad. franç. par Warlomont et Testelin, Paris, 1856, p. 118. — Desmarres, Traité théorique et pratique des maladies des yeux, Paris, 1854, t. I, p. 267.
§ 2. — Phlegmasies de la glande lacrymale et de ses canaux (dacryoadénites et dacryocystites).
Ces phlé|:masies portent tantôt sur la glande (dacryoadénite), tantôt sur le sac lacrymal et le canal nasal (dacryocystite), tantôt simultanément sur ces diverses parties. Leurs caractères ne diffèrent pas de ceux de la plupart des inflammations ; aussi, contrairement aux auteurs qui les groupent sous deux chefs, suivant qu’elles sont aiguës ou chroniques, nous adopterons pour elles la classification que nous avons établie et suivie jusqu’ici pour toutes les affections phlegmasiques.