‹ Traité d'anatomie pathologiqueChapitre 37 sur 218 · III. — Chromatose · texte numérisé non relu

III. — Chromatose

Ce désordre consiste en un changement de coloration dans la substance cartilagineuse, qui prend une teinte brunâtre ou presque noire. Chez un homme de soixante-sept ans examiné par Virchow, les cartilages costaux, les fihro-cartilages interarticulaires, les cartilages intervertébraux, ceux des extrémités osseuses, du larynx, de la trachée, du nez et de l’oreille, offraient une coloration noire, comme s’ils avaient été iiribihés d’encre. Sur une coupe fine, vue au microscope, la teinte était brune ou jaunâtre et plus prononcée au niveau de la substance intercellulaire ; les capsules et les cellules de cartilages prenaient part à cette coloration seulement dans les endroits les plus fortement colorés.

Cette lésion assez commune chez le vieillard, où elle siège presque exclusivement dans les cartilages costaux, a été observée chez l’adulte dans des cas de mélanémie, d’obstacle mécanique à la petite circulation et d’ictère prolongé, et par conséquent le pigment qui la constitue lui vient du dehors, et ne s’est pas formé au sein des cellules cartilagineuses. Les matières colorantes dissoutes provenant du sang, ou de la bile, arrivent dans les tissus par la voie de la diffusion et s’en vont de même; elles se fixent toutefois dans les cellules dont le protoplasma est préalablement modifié, et abandonnent les cellules et la substance intermédiaire non altérée, ou du moins n’y laissent pas de traces de leur présence. Effectivement, les substances jaune et noire ont pour siège unique les cellules qui contiennent des gouttelettes graisseuses, ce qui semble indiquer l’existence d’une profonde intimité entre les pigments pathologiques et les graisses.

IGO

Bibliographie. — R. Virchow, Un cas d'ochro7iose génêi'alisée des cartilages et des fibro-cartilages (Archiv f. pathol. Anatom.und PhysîoL, 1866, t. XXXVII, p. 212, avec pl. ; anal, dans Gaz. inéd. de Paris, 1869, p. WA). — Wilh. Zahn, Ueber Pigment infiltratmi der Knoi’pel (Archiv f. pathol. Anatom. und Physiol.y 1878, t. LXXII, p. 110).

anomalies de circulation § 1. — Hémorrhagies.

Les hémorrhagies des cartilages sont des accidents très rares, ce qui s’explique facilement, étant connue la vascularité faible ou nulle de ces parties organiques. Les maladies où ces lésions se rencontrent sont des maladies toxiques ou infectieuses, et alors elles -se révèlent par de petites taches ecchymotiques disséminées à la surface ou dans la profondeur du périchondre. Indépendamment de ces cas, on observe quelquefois chez les aliénés, et particulièrement chez les sujets atteints de paralysie générale, une tumeur sanguine du cartilage de l’oreille externe, qui a été désignée sous le nom d’othématome, à cause de sa ressemblance avec la tumeur sanguine des os du crâne ou céphalématome.

La conque, au lieu des sinuosités naturelles, présente une masse arrondie, saillante, remplie de sang, et qui donne une sensation de fluctuation. Cette altération commence par un gonflement congestif de consistance pâteuse, de coloration violacée ou rougeâtre, qui a été regardé à tort comme un érysipèle, et désigné sous le nom d’érysipèle de l’oreille. Le gonflement, qui, en général, occupe le côté interne de la conque, devient plus saillant au bout d’un certain temps, par suite d’un épanchement de sang entre le périchondre et le cartilage, et de là une sorte de kyste sanguin dû au décollement du périchondre. De même que dans le céphalématome, le kyste est produit par ledécollementdu périoste. Le contenu de ce kyste est coagulé, ou du moins formé d’un sang moins^ séreux que celui du céphalématome; mais, avec le temps, les caillots se désagrègent et finissent par être résorbés. Irrité par le sang, le périchondre s’enflamme, s’épaissit, revient sur lui-même et s’applique sur le cartilage, en même temps que les parties molles qui prennent souvent part au processus inflammatoire, d’où une difformité de l’oreille plus ou moins persistante, une sorte de recroquevillement particulier. La conque se rétracte de haut en bas, de dehors en dedans, se recourbe en certains points, et arrive à une conformation particulière qui est précisément

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celle que les sculptures antiques ont donnée à l’oreille des pancratiastes.

Le cartilage de la conque, examiné dans ces conditions, est rarement sain ; il présente, même dans les othématomes récents, des altérations diverses, et en particulier des foyers disséminés de ramollissement. Ces foyers, produits de la fonte de la substance hyaline et de la désagrégation des cellules, Unissent par engendrer des fentes remplies d’un liquide visqueux, et ces fentes, comme les fissures des os crâniens, prédisposent manifestement aux ruptures et aux hémorrhagies sous l’influence du plus léger traumatisme. Ainsi, l’othématome se trouve préparé par une lésion cartilagineuse de la conque, qui parfois coexiste avec une altération semblable dans les cartilages costaux, et la rupture qui se produit sous l’influence du traumatisme détermine une hémorrhagie dont l’évolution ne dillére pas sensiblement de celle de tout autre désordre de même genre.

La nature de la modification cartilagineuse n’est pas très bien connue; cependant, si l’on tient compte des conditions dans lesquelles apparaissent les tumeurs sanguines des oreilles, il y a des raisons de croire que cette modification est l’effet d’un désordre trophique. Les tumeurs de l’oreille se rencontrent, en effet, chez des individus dont le système nerveux est en souffrance, et particulièrement chez des paralytiques généraux et des lypémaniaques. La nutrition du cartilage, soumise à l’action du système nerveux, est tout d’abord troublée; il se produit par places, dans la conque de l’oreille, une transformation du cartilage en un tissu jeune, embryonnaire, pourvu de vaisseaux dont la rupture engendre l’hémorrhagie.Le traumatisme, que l’on a accusé en pareil cas, n’est en somme qu’une cause occasionnelle, insuffisante à produire des épanchements sanguinsdeToreillecomme de toute autre région dont les cartilages sont intacts.

Bibliographie. — Bird, dans Archiv. gén. de mêd., 1834, sér. 3, t. IV. — Ferrus, Leçons cliniq. faites à l’hôp. de Bicètre, et recueillies par Dugast (Gaz. des hôpitaux, 1838). — Cossv, Tum. sang, de l’oreille (Arch. gén. de médecine, 1842, t. XV, p. 290). — EJ. ScmiAi.TZ, Mém. sur l'hématome. Leipzig, 1846.

— Fr. Fischer, Bie Ohrblutgeschwulst der Seelengestorten, etc. (Allgem, Zeitschrift fur Psijchiatrie, 1848, t. V). — Alt, De hcematomate auriculæ. Inaug. Dissert., Halis, 1849. — Merland, Thèse de Paris, 1853. — Bastien, Thèse de Paris, 1855. — Mallez, Thèse de Paris, 1858. — Stiff, Thèse de Paris, 1858.

— Delasiauve, Tuih. sang, des oreilles (Gaz, hehd. de méd. et de chirurg . , 1859, p. 306, 322). — Foville, Ibid., p. 450 et 469. — A. Motut, Tum. des oreilles chez les aliénés (Ibid., 502). — Pareidt, De Chondromalacia, quæ sit præcipua causa othæmatomatis. Halis, Inaug. Dissert., 1864. — L. Meyer, Die patholog. Geioebsveranderungen des Ohrknorpels und deren Beziehungen zur Ohrblutgeschwulst

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