III. — Anomalies coccygienncs
Ces anomalies méritent une mention spéciale, à cause surtout de la légende répandue sur les hommes à queue. Les vertèbres du coccyx, au nombre de quatre à l’état normal, et quelquefois portées à cinq, se soudent fréquemment entre elles, mais on n’a jusqu’ici aucune donnée précise relativement à l’augmentation de leur nombre dans les prétendus cas d’hommes à queue. En effet, si, mettant de côté la légende qui a eu cours dans la science (1), nous examinons les observations qui ont pour but la description d’un appendice caudal, nous ne trouvons pas qu’il y soit question du caractère le plus important de cet appendice, à savoir un nombre de vertèbres dépassant le chiffre normal. Il est simplement fait mention d’un prolongement ordinairement mou, puisque, dans un cas où il fut enlevé par Gosselin, il était constitué par un étui cutané renfermant du tissu fibreux et de la graisse, d’où la dénomination de rnolluscum caudiforme que lui donna ce professeur. Un individu de vingtsix ans, natif de Livadia, fortement constitué, mesurant 1“,G8, observé parle docteur Ornstein, médecin de l’armée grecque, portait un appendice
(I) La croyance à l’existence lie certaines peuplades d’hommes à queue n’est plus possible depuis les récits des voyageurs modernes, récits desquels il résulte que la prétendue queue n’est qu’un simple appendice faisant partie d’un vêtement spécial à ces peuplades. Dejean, Sclnveinfurth et Stanley se sont surtout attachés à anéantir l’erreur qui, jusque dans ces derniers temps, existait à propos des Niams-Niams. Quant à la tradition antique, elle reposait vraisemblablement sur des anomalies du genre de celles dont il est ici question.
semblable formé par l’extrémité inférieure du coccyx. Cet appendice, de forme ronde, était dirigé en bas, légèrement courbé en dedans et à peu près nu, tandis que la région du sacrum était ornée de deux lignes de l)oils, remarquablement étroites, disposées symétriquement de chaque coté. La largeur de cet appendice était égale à sa longueur, mais au niveau de sa partie libre, il se rétrécissait et formait un cône. Il avait une longueur de 5 centimètres y compris la partie libre qui mesurait 2 2/3 centimètres; il était recouvert d’une peau grasse. Dans ce cas, pas plus que dans les autres, il n’est nullement certain que. le nombre des vertèbres coccygiennes fût augmenté. Néanmoins les recherches récentes de Ecker, d’après lesquelles l’extrémité inférieure de l’embryon humain présenterait un allongement en forme de queue se transformant d’une façon insensible en saillie coccygienne, ont conduit plusieurs auteurs à attribuer l’anomalie en question à la persistance d’une phase primitive de développement. Nous ferons remarquer que, si cette explication est exacte pour quelques cas, elle peut ne pas l'être pour d’autres et qu’il est facile, si l’on n’y prend garde, de considérer la monstruosité généralement désignée sous le nom de tumeur sacro-coccygienne (voy. t. I, p. 99) comme une anomalie de ce genre”; cependant une pareille erreur ne saurait tenir devant un examen microscopique un peu approfondi.
Bibliographie. — A. Forster, Die Missbildungen des Menschen. léna, 1865, p. 4L. — Ornstein, Zeitschrift fur Ethnologie. Berlin, 1875, t. VII, p. 279; 1876, t. VIII, p. 287. — L. Gosselin, Clinique chirurgicale de la Charité^ 2° édit., 1876, t. II, p. 658. — Greve, Ein Fall von Schwanzbildung beim Menschen (Archiv f. pathol. Anatom. und Physiolog., 1878, t. LXXII, p. 129). — R. Virchow, Ueber Schwanzbildung beim Menschen [Ibid., 1879, t. LXXIX, p. 176). — De Ruyter, Ueber einen Sacralanhang beim Menschen {Ibid., 1880, t. LXXXII, p. 554). — Max Bartels, Eine schwanzühnliche Neubildung beim Menschen {Ibid., 1881, t. LXXXIII, p. 189). — R. Virchow, Schwanzbildung beim Menschen (Ibid., t. LXXXIII, p. 560). — P. Bert, Des anomalies du coccyx, et de la légende des hommes à queue {Revues scientifiques, 3® année, Paris, 1881 , p.239).