DEUXIÈME DIVISION
OALCUr.S COMPOSES. 9 ESPKCES.
•j" espèce. Acide inique et phosphate terreux en couches distinctes ,
environ un douzième.
8* — Les mêmes, mêlés intimement, environ un quinzième. 9* — Phosphate de chaux et phosphate ammoniaco - ma{»né-
sien, intimemeïit mêlés (calculs fusibles) (t), environ un
quinzième.
10* — Oxalate de chaux et phosphates en couches distinctes, environ un quinzième.
Il* — Oxalate de chaux et acide urique en couches distinctes,
environ un trentième.
12* — Urate d'ammoniaque et phosphate en couches distinctes,
environ un trentième.
l3' — Les mêa;es, mêles intimement, environ un quarantième. l4* — Oxalate de chaux , aride urique on urate d'ammoniaque et
phosphates terreux, environ un soixantième. l5* ^^ Silice, acide urique , urate d'ammoniaque et phosphates
terreux, environ un cent cinquantième.
Telles sont les ])art'\cularités les plus remarquables que présentent les concrétions et calculs formés au dedans de nous. Je sortirais des généralités dans lesquelles je dois me renfermer, si j'entrais dans de plus grands détails.
Pour terminer Thisloire anatomo-patliologique générale des corps étrangers, il me reste à parler de leurs effets généraux sur l'économie.
Effets (jénérans sur l'économie de la présence des corps étrangers.
1° Lésion de canalisation. Un des effets les plus généraux et les plus graves, l'effet priniitif de ]a présence des corps étrangers dans les conduits muqueux , c'est un trouble
(i) On leur a donné le nom de cakuls fusibles, parce qu'ils entrent en fusion lorsqu'on les chauffe au rouje dans un cieuset ou sur une lame de platine.
19/t ANATOMIK PATHOLOGIQUE GÉNKRALE.
plus OU moins considérable dans la circulation qui s'ojîère dans ces conduits; et ce trouble peut être porté jusqu'à son interception par l'obturation, l'occlusion complète qu'ils produisent.
Les coros étrangers sont donc une des causes les plus importantes des lésions de canalisation, et c'est pour cette raison que j'avais d'atord compris la classe des corps étrangers dans le groupe des lésions de canalisation; et si je les en ai séparés, c'est parce qu'il est un grand nombre de corps étrangers qui n'appartiennent pas aux canaux muqueux, et par conséquent qui ne troublent nullement la circulation qui s'opère dans ces canaux. Tels sont , par exemple , les corps étrangers qui pénètrent traumatiquement dans nos organes.
Or, si la fonction à laquelle appartient le canal muqueux intercepté n'est pas indispensable à la vie, il y a suppression ou suspension plus ou moins complète de la fonction sans trouble général de l'économie : telles les occlusions par corps étrangers du conduit auditif, du conduit cystique; mais si une circulation active non interrompue dans le conduit muqueux obturé est indispensable à la vie, la mort peut être la conséquence immédiate de cette obturation : tel est le cas d'un enfant de trois ans qui, jouant avec une bille d'ivoire devant la porte de ses parents, tomba roide mort. Absent de chez moi, quand on vint me chercher, je n'arrivai qu'une heure après l'accident. A l'ouverture, je trouvai la bille d'ivoire remplissant la portion sus-glottique du larynx.
La mort est moins immédiate lorsque l'exercice de la fonction interceptée par le corps étranger est moins indispensable à la vie , mais elle n'en est pas moins certaine lorsque la circulation ne peut être rétablie : tels sont les corps étrangers des voies alimentaires. Les effets de rintercej)tion de la circidation par corps étrangers étant d ailleurs les mêmes cjue ceux de Tinter-
SEPTIÈME CLASSE. DKi; COtiPS ÉTBANGERS. 19 5
ception par rétrécissement, par oblitération organique ou par compression , leur description sera mieux placée à l'occasion des lésions de canalisation par rétrécissement et oblitération. ( Voyez 8* classe : Lésions de canalisation par rétrécissement et oblitération.)
2° Gangrène par distension. Indépendamment de l'interception du cours des matières, les corps étrangers sphéroïdaux et même lisses à leur surface, incapables de nuire autrement que par leur volume, peuvent être funestes par la distetision qu'ils produisent sur les canaux muqueux, distension dont la conséquence est souvent la gangrène immédiate par compression ou la gangrène consécutive à l'inflammation. Telle est! observation deGuattani, qui raconte qu'un homme ivre, ayant avalé une châtaigne bouillie, mourut le dix-neuvième jour. A l'ouverture, on trouva sur la partie latérale gauche du cou un foyer purulent contenant la châtaigne , avec destruction de lœsophage à ce niveau. Ce foyer communiquait avec la trachée. M. le docteur A. Thierry a présenté à la Société anatomique l'œsophage d'un enfant de cinq à six ans, dont la partie inférieure contenait un marron avalé quelques jpwrs auparavant, il y avait gangrène de l'œsophage et de Ja plèvre gauche et épanchement dans la cavité thoracique. Il n'est pas rare de voir des escarres de la vésicule du fiel se produire consécutivement à l'inflammation occasionnée par la présence des calculs biliaires dans cette vésicule.
,3° Perforation, lacération des conduits muqueux. Lorsque les corps étrangers sont inégaux, anguleux, ils peuvent lacérer les conduits à leur passage, ou bien, placés en travers dans ces conduits, s'y accrocher, les perforer, et déterminer des accidents mortels : tels sont les fragments d'os arrêtés en travers dans l'œsophage ; on a même vu un os retenu dans l'œsophage perforer non seulement ce conduit, mais encore laorte. Je me hâte de dire que ces lacé-
rations, ces perforations, ces gangrènes de l'œsophage ont été plus souvent le fait de tentatives immodérées soit d'extraction, soit d'enfoncement, que de la présence du corps étranger lui-même, et que ces tentatives ont produit ou aggravé le mal qu elles étaient destinées à prévenir. Le cas suivant peut servir de type:
Un conscrit bas breton , en mangeant gloutonnement sa soupe à FHôtel-Dieu où il était entré pour une légère blessure, avala un fragment d'os de bœuf qui y avait été laissé par mégarde (c'était en 1813) : des tentatives immodérées, je dois le dire, d'abord d'extraction, puis d'enfoncement, sont faites le même jour, réitérées le soir, recommencées le lendemain matin , puis encore le soir, et encore le surlendemain ; la tige de baleine garnie d'une éponge, dont on se servait pour cet objet, finit par arriver jusque dans l'estomac ; la déglutition des liquides et même de la soupe put se faire, mais péniblement et avec douleur. Cependant ce malade, qui accusait toujours la sensation de la présence du corps étranger, fut pris d'un frisson considérable suivi de fièvre très vive, d'oppression, de point de côté; il mourut le huitième jour. A l'ouverture, je trouvai l'œsophage largement déchiré ainsi que la plèvre gauche , une inflammation gangreneuse de la plèvre médiastine, un grand épanchement dans la cavité pleurale gauche, au milieu duquel se distinguaient des matières alimentaires : le corps étranger n'avait pas été enfoncé.
En core un exemple funeste de ces tentatives d'extraction , bien que le corps étranger eût été retiré. Dans la même année 1813, un homme vint à la consultation de l'Hôtel- Dieu, se plaignant d'avoir avalé un os. Dupuytren, après plusieurs tentatives, fait l'extraction d'un os très irrégulier, et renvoie ce malade en lui recommandant de ne vivre que de lait. Cinq jours après , ce malade se fit transporter à l'Hôtel-Dieu, oîi il mourut au bout de deux jours.
SEPTIÈME CLASSE, DES CORPS ÉïliANGEP.S. 197
A l'ouverture, nous trouvâmes l'œsophage déchiré et gan grené; une gangrène du tissu cellulaire du médiastin postérieur se propageait dans Tabdomen par Touverture œsophagienne jusqu'à la racine du mésentère. Les plèvres étaient intactes.
Ce n'est donc pas une petite chose qu'un os retenu dans l'œsophage ; mieux vaut s'abstenir de toutes tentatives d'extraction ou d'enfoncement , et abandonner le malade à lui-même que de les pratiquer avec violence et sans mesure (1). Lorsqu'il y a lieu de soupçonner la j)erforation de l'œsophage, il faut condamner le malade à l'abstinence la plus complète d'aliments et de boissons, sous peine de voir ces aliments et boissons pénétrer dans le médiastin postérieur, et de là dans les cavités pleurales.
Cette abstinence complète d'aliments et de boissons doit s'étendre à tous les cas où le pharynx et l'œsophage ont éprouvé une solution de continuité. Ainsi dans un cas d'abcès situé entre le pharynx et la colonne ver tébrale,(|ui menaçait un jeune malade de suffocation , j'ouvris l'abcès par une petite ouverture, et bientôt survint une fièvre continue très vive; les mouvements delà région cervicale devinrent douloureux et bientôt impossibles : amaigrissement rapide, mort. A l'ouverture, je trouvai un foyer purulent prévertébral ou post-pharyngo-œsophagien, dont l'étendue en hauteur était mesurée par celle des six dernières vertèbres cervicales et de la première dorsale. 11 y avait à ce niveau destruction des muscles prévertébraux et du ligament vertébral commun antérieur, et carie superficielle du corps
(i)ll arrive, en effet, quelquefois que le corps étranger, accroché seulement à la muqueuse œsophagienne, se détache de lui-inéme. Dans le cas où on aurait la certitude de la présence et du siège accessible du corps étranger dans l'œsophage , il ne faudrait pas hésiter, à l'exemple de Goursaud, à inciser ce conduit; la saillie du corps étranger n'est pas une condition nécessaire pour l'opération. M. Px'gin a pratiqué deux fois avec succès l'œsophagotomie en l'absence de toute saillie. — Voyez le Mémoire intéressant qu'il a publié à ce sujet [Journal universel hebdomadaire de médecine^ l'aris, l833, t. XI, [i. g3 et suiv.)
des vertèbres correspondantes. La plupait des personnes qui assistèrent à l'autopsie eurent la pensée que cette carie des vertèbres avait présidé à la formation de l'abcès, et par conséquent était antérieure à son ouverture. Quant à moi , j'ai la conviction que cette carie superficielle était cbilsécutive et le résultat de la pénétration des aliments et des boissons dans le foyer (1).
La même chose s'est certainement produite dans le cas suivant que j'ai observé tout récemment avec mes honorés confrères MM. Nélaton, Cullerier et Augouard :
Un fabricant très recommandable, âgé de soixante ans, demeurant barrière d'Ivry, étant à dîner, avala par mégarde un petit os de lapin qui s'arrêta dans le pharynx. Plein d'énergie, voulant atout prix se débarrasser de ce corps étranger ({u'il sentait dans l'arrière-bouche, et ses doigts n'ayant pu y suffire, il introduisit dans le pharynx, les uns après les autres, avec une sorte d'acharnement, divers instruments, et, en dernier lieu, le manche d'une cuiller à thé, à l'aide de laquelle il finit par amener le corps étranger. Plusieurs jours se passèrent sans accidents. Une inflammation se déclara dans le pharynx : elle fut combattue sans succès. Au bout d'un mois , symptômes de suffocation qui font croire à une angine œdémateuse. M. Nélaton, appelé, reconnaît la présence d'un abcès rétropharyngien qui fut immédiatement ouvert par une incision verticale. Cette incision fut assez longue et même prolongée le plus bas possible, dans le but d'éviter un culde-sac inférieur, et par conséquent la rétention du pus. Il s'échappa une grande quantité de pus fétide ; le malade fut soulagé. Trois semaines après, fièvre vive, oppression considérable. Ce fut alors (li novembre 18^9), deux mois après l'accident, que je fus appelé en consultation. Voici
(i) Je ne doute pas d'ailieurs qu'un ceilain nombre d'abcès prévertébraux ne reconnaissent pour cause la carie deo corps de vertèbres correspondant?.
SEI'TlEiMh CLASSE. DES CORPS ÉTKAlNGEliS. 199
Tétat dans lequel je trouvai le malade : Fièvre vive, rigidité de la répion cervicale qu'il est impossible au malade de mouvoir dans aucun sens ; œdème très prononcé de cette région; sensibilité de la même région, surtout du côté gauche. La déglutition est facile; mais, à chaque fois qu'elle s'accomplit, le malade est pris d'une quinte de toux et expectore une assez grande quantité de pus sanguinolent et fétide. Il me paraît évident qu'à chaque mouvement de déglutition les boissons s'introduisaient dans le foyer préveriébral ; que cette introduction , qui a dû avoir lieu dès le premier jour de l'ouverture de l'abcès, avait déterminé une iuflauunation très vive des parois du foyer, et probablement la destruction des muscles prévertébraux, du ligament cervical commun antérieur^ la dénudation et la carie superficielle du corps des vertèbres cervicales; il ne serait même pas impossible que, de proche en proche, les liquides ingérés n'eussent déjà fusé dans le médiastin postérieur. Mon pronostic, comme celui de mes honoiés collègues, lut donc des plus fâcheux. Nous prescrivîmes l'abstinence aussi complète que possible des boissons, l'usage de bouillies cpii pussent traverser le pharynx sans s'engager dans le foyer. Jai appris que le malade avait succombé huit jours après la consultation, et que l'autopsie n'avait pas été faite.
Les faits précédents prouvent combien est redoutable i'inflammation du tissu cellulaire lâche qui entoure le pharynx etFœsophage, dans le cas de corps étrangers, soit qu'il y ait lacération superficielle, soit que le canal pharyngo-œsophagien ait été traversé dans toute son épaisseur. Lorsque existe un abcès rétro- pharyngien, il faudrait peut-être abandonner l'ouvesture à elle-même, pourvu toutefois qu'il n'y eût pas menace de suffocation. S'il y avait nécessité d'une ouverture artificielle, il faudrait la faire très petite, condamner le malade à l'abstinence de tout
aliment et de toute boisson pendant plusieurs jours, et commencer Talimentation par des substances molles et cohérentes, telles que la bouillie (1).
A la suite des corps étrangeis offensifs qui agissent par perforation, je dois dire quelques mots des épingles et aiguilles avalées, dont la migration, généralement inoffensive au travers de nos tissus , est un des phénomènes les plus remarquables de l'histoire des corps étrangers. Il n est pas douteux que le plus grand nombre des épingles et aiguilles ingérées dans les voies digestives avec les aliments ne parcourent impunément ces voies et ne soient éliminées avec les selles : mais il arrive quelquefois que ces petits instruments piquants, se présentant en travers, perforent par leur pointe soit l'œsophage , soit l'estomac , soit l'intestin, à la manièred'une aiguille à acupuncture (2), et qu'une fois parvenus hors de ce canal, ils parcourent dans l'épaisseur du tissu cellulaire les trajets les plus iliverS;, en éludant les vaisseaux, les nerfs, tous les organes, et viennent se présenter sous la peau des diverses régions du tronc et des membres , sans avoir déterminé le plus petit accident. Or ces migrations qui poussent presque toujours les épingles et les aiguilles à la périphérie n'ont pas peu contribué à faire admettre dans l'économie une force centrifuge.
Toutefois ce serait une erreur de croire que les épingles et les aiguilles respectent constamment les organes; car on en trouve dans l'épaisseur des muscles : il en est qui ont
(i) M. Jarjavay, qui avait assisté à la leçon dans laquelle je traitais celte question , a eu l'occasion de faire avec succès l'application de ces préceptes à l'hôpital des cliniques.
(2) M. Broca a présenté à la Société anatonnque une épingle contenue dans l'appendice iloo-cœcal : la tête était en bas ; la pointe, dirigée en haut , avait perforé la base de l'appendice. Une pseudo-membrano ontouiait cette pointe. Le même observateur a trouvé une aiguille dans l'épaisseur de l'épiploon, chez un enfant de trois ans. Il n'y avait aucune trace de perforation, soit de l'cstoinac, !oit de l'inteslin.
SEPTIÈME CLASSE. DES COltl'S ÉTKANGEBS. 201
pénétré dans la cavité de la vessie, où elles sont devenues le noyau d'un calcul (1). J'ai rencontré sur le corps d'un supplicié une très longue aiguille qui traversait de part en part le ventricule gauche du cœur, perpendiculairement à son grand diamètre, et je me suis demandé si la présence de cetle aiguille n'était pas îa conséquence d'une tentative de suicide. La chose me parut impossible, vu la direction que présentait l'aiguille. Les parois thoraciques ne présentaient d'ailleurs aucune trace de perforation.
Un cas des plus intéressants d'aiguille dans le cœiu^ vient d'être présenté à la Société anatoraique (le 16 novembre 18Zi9), au nom de M. le professeur Laugier. L'aiguille, contenue dans le ventricule gauche, était dirigée suivant l'axe du ventricule. Sa tête était en bas, immédiatement derrière la pointe du cœur; sa pointe atteignait le niveau de l'orifice de l'aorte. Cette aiguille était, dans toute sa longueur, recouverte de concrétions sanguines décolorées, très cohérentes et irrégulières, lesquelles se prolongeaient en haut dans l'aorte, bien au delà de la pointe du corj)s étranger. Le péricarde était adhérent au cœur dans toute son étendue, et cette adhésion était celluleuse et fibreuse. C'était au milieu de ces adhérences qu'était cachée la tête deFaiguille, qui n'avait point encore traversé le tissu du cœur (2). Le malade étant mort par gangrène spontanée d'un membre inférieur, on s'est demandé si cette gangrène n'avait pas été provoquée par quelques caillots détachés du cœur qui auraient été projetés dans l'aorte;, et de là dans les artères des membres inférieurs, où leur présence aurait déterminé une artérite, et^ par suite, la formation de caillots et une oblitération assez complète et assez étendue de l'artère pour amener la gangrène.
(i) Il faut bien distinguer ces cas de ceux ûù les aiguilles et épingles ont été introduites directement dans la vessie.
(2) Cette pièce a ete déposée au inusée Dupuytren.
2U2 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉMÉKALE.
4° Corps étrangers inaperçus. Il est un certain nombre de corps étrangers aj3partenant à toutes les catégories, qui restent inaperçus ou temporairement, ou pendant toute la vie , quand ils ne troublent Texercice des fonctions ni parleur volume, ni par l'irritation qu ils produisent. Telles, pour €6 qui a trait aux corps étrangers venus du dehors >,. des balles, dont la présence dans l'épaisseur des chairs, et même dans l'épaisseur des os , n'a été accusée par aucun symptôme; telles les cinquante -deux pièces de monnaie pesant 1 livre 10 onces 6 gros, trouvées dans l'estomac d'un forçat de Brest qui les avait avalées à divers intervalles; pour ce qui a trait aux corps étrangers formés au dedans de nous, tels les calculs biliaires de la vésicule, et même les calculs urinaires de la vessie ou du rein, dont la présence n'avait été révélée par aucun symptôme; tels les helminlbes intestinaux , les acéplialocystes, cysticerques, etc.
5° Corps étranqers enkystés. Plusieuis de ces corps étrangers s'isolent des parties voisines à la faveur d'un kyste. Ainsi uni3 halle s'enkyste; ainsi les acéphalocystes, les cysticerques sont presque toujours enkystés. Les calculs biliaires de la vésicule s'enkystent quelquefois, et cet enkystement, ou enchatonnement, a quelque chose de remarquable : la vésicule, qui n'a plus de connnunication avec les voies biliaires . revient sur elle-même, se moulé sur le calcul, auquel elle adhère mécaniquement, et perd Lous ses caractères de membrane muqueuse. On dit avoir vu des calculs rénaux enkystés dans les calices et bassinet du rein , qui étaient alors complètement isolés de l'uretère.
Les corps étrangers qui séjournent dans les canaux muqueux se comportent de diverses manières : !« ils peuvent devenir le noyau de calculs; 2° ils subissent une dissolution chimique qui favorise leur élimination; 3° ils sont spontanément éliminés par des voies naturelles ou acci-
SEPTIÈMK CLASSIi. DIÙS COItF'S ÉTRANGERS. 2 0 O
dentelles; ^^ ils déterininent une inflammation chronique plus ou moins yrave.
6° Les corps étrangers deviennent le noyau de calculs. Tous les corps étrangers durs ou nlous qui séjournent dans un conduit ou réservoir muqueux parcouru par des produits de sécrétion chargés de sels en dissolution, peuvent devenir le noyau de calculs. La disposition par couches concentriques de ces calculs établit parfaitement leur mode de formation.
7° Corps étrangers éliminés par dissolution chimique. La dissolution chimique ou macération, qu'il ne faut pas confondre avec l'absorption, s'exerce sur les corps étrangers, les pénètre, les ramollit, les entame peu à peu, et finit par les dissoudre complètement, ou au moins par les rendre assez ténus pour qu'ils puissent être éliminés; sous ce rapport, la nature du corps étranger doit être piise en grande considération. iVinsi les substances végétales et animales peuvent se ramollir, se réduire en fragments ou en molécules qui peuvent tantôt se faire jour au dehors, tantôt se digérer si elles appartiennent au canal digestif , s'absorber dans d'aurres cas. N'est-il pas évident que la châtaigne et le marron retenus dans Fœsophage , qui ont déterminé la mort par gangrène, auraient été parfaitement digérés s'ils avaient pu pénétrer dans l'estomac. Ainsi le haricot introduit dans les voies aériennes, s'il n'avait pas produit la mort par asphyxie, aurait pu se ramollir et être expulsé par fragments, comme cela a lieu quelquefois pour des haricots introduits dans les fosses nasales et même pour quelques uns de ceux qui ont pénétré dans les voies aériennes. C'est évidemment par dissolution chimique que 'es manches de corne des couteaux introduits dans l'estomac ont disparu en totalité ou en partie; que des lames de couteaux et des fourchettes de fer ont été érodées. Je ne ferai que mentionner ici les tentatives de dissolution chimique de calculs urinairei. vésicaux par
l'introduction directe des menstrues dans la cavité de la vessie.
8° Corps étrangers éliminés par des voies naturelles , accidentelles ou artificielles. D'autres fois ces corps étrangers des canaux muqueux sont éliminés de diverses manières, et cette élimination qui se fait soit par les voies naturelles, soit par des voies accidentelles, peut se produire longtemps après leur introduction. \j élimination par les voies naturelles peut avoir lieu soit par l'ouverture de sortie du canal muqueux, lorsqu'il y a ouverture de sortie (et il n'y a que le canal alimentaire qui présente deux ordres d'ouverture), soit par l'ouverture d'entrée. Cette éliminatian se fait spontanément ou par le moyen de l'art : 1° Spontanément : ainsi une multitude de corps étrangers des voies alimentaires introduits par la bouche sont rendus par l'anus. Plusieurs corps étrangers des voies aériennes ont été spontanément et violemment expulsés dans un effort de toux. 2° Artificiellement : tels les corps étrangers retirés de l'œsophage, du canal de l'urètre, etc. \j' élimination par des voies accidentelles peut être le fait de Fart : ainsi, œsophagotoraie, trachéotomie, lithotomie, etc. Elle peut se faire spontanément par une perforation spontanée qui est elle-même la conséquence d'une inflammation.
9° Elimination par perforation spontanée. Ainsi les calculs biliaires de la vésicule ont assez souvent pour conséquence la perforation de cette vésicule, soit dans la cavité péritonéale, soit dans le duodénum, l'estomac ou l'arc du côlon, bien rarementà la peau. Ainsi on a vu des corps étrangers par des voies accidentelles au milieu d'un abcès, expulsés à la région cervicale : os de l'œsophage, grosse aiguille de cuivre, arête de poisson; par divers points de l'abdomen: lames de couteaux, affdoir de charcutier; par perforation spontanée de deux canaux adossés : ainsi un calcul biliaire de la vésicule passe dans le duodénum.
SRPTIKMF, CLASSE. nF.S COP.PS KTP. ANGFIiS. 205
10° Inflammation; tubercules. \]n des effets les plus généraux, sur réconomie, de la présence des corps étrangers, c est {'inflammation. Cette inflammation, assez souvent éliminatrice, peut devenir cause de mort, hmû un matelot américain quiavaitavaléunepremière fois quatrecouteaux, une deuxième fois quatorze, qu'il rendit successivement, une troisième fois dix-sept, mourut au milieu de douleurs atroces. A l'ouverture, on trouva quatorze lames de couteaux et leurs ressorts. Les manches avaient été dissous. Un ressort avait perforé le canal intestinal . Quelquefois l'inflammation chronique survit à Textiaction artificielle ou à l'expulsion spontanée du corps étranger: c'est ce qui a été observé plusieurs fois dans le cas des corps étrangers des voies aériennes. Dans un certain nombie de cas, l'inflammation n'est pas limitée à l'organe dans lequel est contenu le corps étranger; elle s'étend au loin dans toute l'étendue de l'appareil muquenx auquel il appartient. Ainsi , la présence d'une pierre dans la vessie s'accompagne-t-elle trop souvent d'une inflammation des uretères, des bassinets, des calices, du tissu propre des reins.
Les corps étrangers longtemps retenus, soit dans les cavités muqueuses, soit dans l'épaisseur même de nos organes, peuvent-ils déterminer des tubercules? Il y a à cet égard des faits contradictoires. Ainsi M. H. Royer-Collard a rapporté à la Société anatomique : 1° Le fait d'un individu qui mourut avec un clou fiché dans une bronche. Le poumon du même côté était tuberculeux ; le poumon du côté opposé était parfaitement sain. 2» Le fait d'un autre individu dans une bronche duquel il trouva un fragment d'os qui y avait été introduit longtemps auparavant. Les deux poumons de cet individu ne contenaient aucun tubercule. M. H. Royer-Collard concluait de ces deux faits, qu'il faut une prédisposition pour le développement des tubercules. Mes expériences sur l'injection du mercure dans les voies aériennes me paraissent résoudre la ques-
206 ANATOMIF PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
tien en faveur du développement des tubercules par des causes accidentelles indépendamment de toute prédisp(?sition. 5
Conséquences thérapeutiques.
Que fait l'art dans le traitement des corps étrangers? Il imite la nature : il extrait, quand iî peut les atteindre, ces porps étraufjers par les voies naturelles; il les atténue, il les brise, il les divise; il les broie par des moyens ingénieux. Le moicellement par division artificielle des calculs urinaires na-t-ilpas été inspiré par quelques exemples de morcellement spontané des calculs urinaires qui se sont brisés en éclats?
Ce n'est pas tout, la chimie ayant appris la comj)osition des corps étrangers formés au dedans de nous aux dépens des produits de sécrétion, la dissolution de ces calculs par des moyens chimiques a été tentée soit en inti'oduisai^t dans l'économie, par les voies alimentaires, des agents de dissolution, soit en portant directement les menstrues djuis les réservoirs où les corps étrangers sont contenus. Ainsi, sous le premier point de vue, les eaux alcalines ingérées dans l'estomac pour les calculs d'acide urique, le remède de Durande pour les calculs biliaires, sont mis tous les jours en usage , non sans quelque succès. Sous le second point de vue, l'injection directe dans les réservoirs (et cela ne peut s'appliquer qu'à la vessie urinaiie) de liquides dissolvants , n'ayant pas répondu aux espérances qu'elle avait fait concevoir, a été, peut-être trop tôt, aban donnée.
De même que la nature toute seule débarrasse soijvent réconomie des corps étrangers par des voies artificielles; de même la chirurgie a imaginé des opérations ingénieuses à l'aide desquelles on airive directement sur le corps étranger, pourl'extraireimmédiatement.Iln'est peutêtre pas de partie de la chirurgie qui ail plus exercé ]b, Sia-
SKrnÈME CLASSF. UKS CORPS KTRANOEns. 207
gacité (les hommes de Tart. La fréquence des corps élranjjers, et particulièrement des calculs iirinaires, la gravité de la maladie, Timportance et le danger de ropération , expliquent pourquoi un certain nombre d'hommes de l'art se sont livrés prescpie exclusivement à la pratique de l'opération de la taille sous le nom de lithotomistes, et pourquoi de nos jours un plus grand nombre peut-être se consacrent en grande partie à la pratique de l'extraction de la pierre par broiement, en y associant la lithotomie lorsque la lithotritie ne saurait convenir, et le traitement de toutes les maladies des voies urinaires. Ainsi, la trachéotomie, Tœsophagotomie sont-elles mises en usage pour l'extraction des corps étrangers de la trachée et de l'œsophage.
Dans quelques cas , et ce précepte ne s'applique qu'aux corps étrangers de l'œsophage , l'art, ne pouvant pas extraire sans danger les corps étrangers par les voies naturelles, et ces corps étrangers étant d'ailleurs inoffensifs, donne le conseil d'enfoncer ces corps dans l'estomac. Un pareil conseil ne pourrait être donné pour les corps étrangers du canal de l'urètre.
Telle est l'anatomie pathologique générale des corps étrangers dont voici le tableau :
DEUX ORDRES
I" GENRE
Ectozoaires.