‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 59 sur 88 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la dilatation partielle , ou de ranévrisme

circonscrit du cœur.

§. 1029. Quoique les anévrismes du cœur différent entièrement de ceux des artères, on connaît néanmoins quelques exemples de poches ou de tumeurs anévrismales circonscrites , formées aux dépens des parois d'un des ventricules, et qui commxmiquaient avec sa cavité. Ainsi Corvisart ^ a vu une tumeur, aussi volumineuse que le coeiir luimême, placée sur la partie supérieure et latérale du

i Maladies du cssur, p. a 83.

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ventricule gauche et communiquant avec celui-ci par un orifice peu large , et dont le contour était lisse et poli.

Un homme, attaqué d'une fièvre qui alla toujours en augmentant jusqu'au onzième )our, (ut sujet à cette époque à une hémorrhagie nasale,. qui résista à tous les nioyens, et qui détermina sa mort au douzième. A l'ouverture du cadavre on trouva une grande quantité de sang coagulé dans l'estomac et les intestins ; mais ce qu'il y eut de plus extraordinaire^ ce fiit une protubérance ronde, supportée par un très-gros pédicule, ne ressemblant pas mal à la tète et au col du fémur. Cette tumeur, d'une couleur rouge assez vive , recouverte du péricarde , tensût à l'a partie postérieufe et latérale (hi ventricule gauche. En l'incisant, on tomba dans une cavité de la grandeur d'une noix, qui pénétrait dans le ventricule gauche au-dessus de la valvule mitrale, et qui était remplie de deux espèces de substances; d'une plus extérieure, grisâtre , et d'une autre semblable au parenchyme du cœur, mais molle en certains endroits; l'ouverture de communication avec le ventricule, entourée d'un cercle osseux, permettait le passage du doigt indicateur. La plupart des valvules du Goeûr étaient ossifiées. Le malade n'avait éprouvé aucun symptôme qui eût annoncé un trouble quelconque dans la circulation. ^ • M. BÉRARD, cité par Laennec^ a observé deux cas analogues. Dans Tun et l'autre, la dilatation exis-'

I Recueil përiod. ; t. 4^ P« ^93* a Anicuk. méd.j u 3, p. i3a.

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tait dans la partie iirferieure da ventricdle gaache et Avait k peu près le volume d'un œuf de poule et une forme plus globuleuse ; une sorte de coUet la distmguait extérieurement de la partie supérieure des yentrîcules. L'intéiieur de ces tumeurs était rempli de concrétions fibrineuses plus ou moins sèches , plus ou moins friables et molles , disposées en couches concentriques.

Une fille de trente-neuf ans, sourde et muette ^ menant la vie la plus dér^ée, entra à rhôpital de Dublin avec une grande dy^née, ses lèvres livides désignaient la région du cœur comme siège de sa maladie. Après un calme momentané » obtenu par un traitement approprié, elle eut une rechute, caractérisée par des palpitations extrêmement vives et par une grande douleur de poitrine, qui ne permettait pas la moindre compression de cette prtie. Il y avait de yiolens accès d'asthme : les jambes étaient infiltrées; le pouls petit , faible et intermittent; elle mourut bientôt d'orihopnée et de suffocation. A Touverture du cadavre on fiit surpris de la dilatation du péricarde ; qui était en même temps opaque, très-dense et adhérent d'une part au poumon gauche et d'autre part au cœur lui-même ; celui-ci étant incbé, on trouva qu'il était soulevé par une tumeur ronde et très -résistante, placée vers sa pointe. Cette tumeur était aussi volumineuse que le cœur lui-même , et lui était intimement uiiie, ainsi qu'au péricarde. Dans quelques endroits elle avait la dureté du cartilage et même de l'os, et çà et là on pouvait distinguer quelques jMircelles

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calcaires. Ses parois étaient d une épaisseur variable; elles étaient très-minces à la partie antérieure, où la tumeur àvait contracté des adhérences avec là plèvre, avec la cinquième, la sixième et la septième côte, et avec les muscles intercostaux; elles étaient plus épaisses à la partie inférieure , où il y avait une couche calcaire. On la pouvait supposer formée par une dilatation partielle du ventricule gauche, puisqu'à sa partie supérieure on trouva les parois du sac composées de substance musculaire. Il est vrai qu'à sa partie inférieure ces parois n'étaient plus formées que du péricarde épaissi ; mais on put admettre que la substance charnue intermédiaire avait été usée et absorbée. La tumeur contenait une masse coagulée , disposée en couches, dont les plus excentriques étaient les plus coriaces et les plus internes les {^us molles. Un caillot, qui paraissait récent, bouchait le trou de communication entre la cavité de la tumeur et celle du ventricule gauche. Les autres parties du cœur étaient saines. ^

§. 1030. Un anévrisme circonscrit, que j'ai observé sur le cadavre d'un homme adulte , m'a offert les détails suivans : te sac janévrisnial se trouvait au milieu du bord postérieur du ventricule gauche; il représentait une tôillie parfaitement ronde de vingtdeux lignes de~ diamètre, formée aux dépens de la paroi même du ventricule , dont la substance avârit

totalement disparu. La plus forte épaisseur des paix)is

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i RoBBiT Adams, The Dublin hospital reports and commun. in med. and surg.} t. 4» p* 353 : obséiration communiquée pav le docteur Haukisoj^.

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cartilagineuses de ce sac était d'une ligne , et k plus petite d^une demi-ligne. Sa surface interne était absolument lisse. L'orifice de coaununication avec le ventricule avait un diamètre longitudinal de quatorze lignes et un transversal de cinq. Ce sac s'était développé derrière la valvule mitrale gauche et postérieure , et probablement dans les nombreux eofoncemens et sinus creusés entre les colonnes charnues. Il renfermait une masse de sang coagulé, à couches concentriques 9 dont les plus externes étaient rouges, sèches et coriaces, et les plus internes moins rotfges, mais d'une même densité. La plus interne de toutes était tapissée par une fausse membrane molle, pulpeuse et blanche , qui pouvait facilement être enlevée; mais qui, considérée à la loupe, n'offrait aucune trace d'organisation. Le ventricule ^uche lui-même était affecté d'anévrisme actif; ses parois, assez distendues , étaient d'une densité remarquable ; . elles avaient un pouce d'épaisseur au-dessus et au-dessous de la tumeur, et sept lignes à la pointe du cœur. Il n'y avait rien de particulier aux orifiees auriculoventriculaires et artériels;; ni au reste du cce^r; tnais les deux artères q^i en sortent aivaient plus de càpdté qu'à rordi|iaire. L'artère pulmonaire et l'aorte, mesurées au-de/ssus de leur origine, avaient vingtdeux lignes de diamètre (dimension naturelle, qua* torze liffàe^):

Ce cas de dilatation partielle res^mblait beaucoup à qelui qu'on a trouvé à l'ouverture du corps du célèbre acteUr Tàlma, dont le ventricule gauche du cœur contenait clans ses parois une poche anévris-

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matique, de la grosseur d'un petit œuf, remplie de couches fibrineuses et tenaces.

§• 1031. Des observations de cette espèce ne se rapportent*elles pas à la maladie que l'on appelle anévrisme circonscrit des artères? Nous voyons ici des tumeurs du cœur qui communiquent avec ses cavités distendues ou non distendues, mais non altérées dans le reste de leur tissu; quelquefois leurs parois sont ou friables et ramollies, ou cartilagini* fiées ou ossifiées, ou diversement changées, comme on Tobserve sur les sacs des anévrismes circonscrits des artères. M. Breschet, qui a publié un intéressant mémoire sur cette sorte d'anévrisme du cœur S en a recueilli dix observations, d'où il a cru pouvoir déjà tirer quelques inductions générales.

On a trouvé d'abord que presque tous ces anévrismes avaient leur siège vers le sommet du ventricule gauche, tandis que le droit n'en a jamais offert de semblables. On les a vus en second lieu plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes. On les a remarqués à tous les âges intermédiaires, de dix-neuf à soixante-dix-sept ans. On peut aussi soupçonner que, soit un travail manuel, soit des passions vives, contribuent à leur formation. On cite, par exemple, l'histoire d'un pécheur, qui gagna la maladie après être tombé sur le bord de sa nacelle. Un autre malade (Talma) était, comme ^ on sait, agité lui-mtoie des passions qu'il voulait peindre

sur la scène tragique.

1 Rech. et obtenr. sur FanéTrisme faux consëcntif du cœur. liépert. gén. d^anat. et de pbjrs. patHol. j t. 3* p. 334'

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§. 1032. Quant au mode de formation de cet anévrisme, on peut in voquer , soit un ramolUsseroent de tissu , celui par exemple qu'on observe dans les cas appelés apoplexie du. cœur^ où la substance musculaire devient absolument pulpeuse et friable j soit une ulcération de la membrane interne, soit une rupture ou une sorte d'éraillement des fibres musculaires. Cette dernière pathogénie est la plus probable. Au reste, Tinvasion de la maladie est caractérisée par la sensation d' un liquide chaud , coulant dans la cavité thoracique gauche, au-dessous du seia Après ce premier symptôme , le malade éprouve de la gène dans la respiration , un battement de cceur, de la douleur dans la région précordiale, des pulsations sourdes et profondes à 1 epigastre; un pouls variable, tantôt petit, serré, faible et fréquent, tan- VOt plein , dur , et parfois intermittent

Je n'ai pas encore observé la dilatation partielle du cœur sur le vivant; mais, à en juger par la pèce que j'ai pu examiner et que j'ai décrite il n'y a qu'un instant, cette maladie n'a pas dû occasioner des symptômes bien prononcés : je crois qu'elle eût pu exister impunément pendant longues années, tant ses parois fermes me paraissaient inaltérables; mais, il y avait en même temps anévrisme actif du ventricule gauche, et celui-ci même ne fut pas h cause de la mort de l'individu qui en était affecté.

§. 1033. Nous dirons donc en résumé, avec M. Breschet , que l'anévrisme circonscrit du coeur se présente sous la forme d'une tumeur du volume d'une petite pomme ou d'une orange, tenant, soit à

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la pointe, soit à la sur&ce antérieure, soit près d^ la base du cœur, par un col ou pédicule large, offrant sur ses parois des fibres charnues, qui se répandent ça et là , mais qui finissent par s'effacer de telle sorte que la poche anévrismale n'est plus formée que par le feuillet cardiaque épsdssi du péricarde ; que les parois du sac sont tantôt minces et membraneuses » tantôt épaisses, dures, fibreuses, cartilagineuses, lardacées ou renfermant dans leur épaisseur une substance semblaMe à du plâtre; que son ouverture de communication avec le ventricule est quelque-* fois sinueuse, inégale et frangée par l'effet de la dé* chirure de la membrane interne du cœur; d'autres fois lisse et arrondie , et que son intérieur est rempli de caillots sanguins, disposés par couches concentriques.

J'avoue que, pour prévenir toute confusion et toute équivoque, j'aurais préféré donner à la dilatation partielle du cœur une dénomination qui ne fut pas la même que celle par laquelle on désigne la dilatation uniforme de ses cavités. Peut-être aurait-il convenu d'exprimer cette dernière maladie par le nom de cardiectasU^ ^ en laissant à celle qui fait le sujet de ce chapitre celui d^aneWismêj et cette innovation dans le langage conviendrait par la même raison aux deux espèces de dilatation du tube artériel* §. 1034. Laent^eg^ a observé une autre espèce de dilatation partielle du cœur qui rentre dans la

t De KAoSiet 9 cœur, et d^KTetfftÇy dilatation. d Avscnlutieik médiate) 3.* édit, t. 3, p. i35«

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cardîectasie , et qui .tient |>eut-^tre en grande partie à une conformation originelle; elle consiste dans deux tumeurs, situées Tune sous l'orifice auriculovoitriculaire et l'autre sous l'origine de Tartère pulmonaire, et formées toutes deux d'une dilatation du ventricule droit séparée par un étranglement. Quelquefois on n'observe qu'une seule de ces tumeurs.

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