‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 70 sur 75 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la dilatation des veines , de leur état variqueux ou de la phlébectasie, et de leur rupture.

§. 1125. La phlébectasie1 peut affecter toute une portion du système veineux, par exemple toutes les veines d'une extrémité inférieure, celles de la région précordiale, la veine porte abdominale : la dilatation s'étend alors uniformément du tronc dans les rameaux ; d'autres fois les veines , dilatées seulement dans certains points, forment soit des nodosités, soit des saillies arrondies, soit des tumeurs isolées et circonscrites, qui reçoivent le nom de varices Ou de tumeurs variqueuses , de renflement variqueux.

§. 1126. Les exemples qui constatent les dilatations de la première espèce sont très-nombreux. On a vu la partie thorachique de la veine cave inférieure tellement dilatée, qu'elle avait entièrement déplacé le cœur2. Le cadavre d'un phthisique offrait une dilatation considérable de la veine azygos , dont le diamètre égalait celui de la veine cave3. Portal a trouvé chez un hypocondriaque mort d'une fièvre lente après la suppression d'un flux hémorrhoïdal , la veine porte si distendue, qu'elle avait la capacité d'un intestin. Chez une femme attaquée d'induration des ovaires et de carcinome de la vessie, M. Puchelt a rencontré la veine cave inférieure tellement dila-

i Composé de (pÀë-\J< , veine, et d^êHTctartç , dilatation, i Miscell. nat. curios.j t. 5, déc. î, vol. 4°- 3 Morgagki, epist. anat. 26, n.° 29.

AflATOMlE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 6o5

tée entre le cœur et les veines iliaques, qu'on pouvait commodément y introduire les trois doigts de la main1. Dans des cas de cette espèce ALBERTiNi2a remarqué comme symptômes un pouls large et intermittent, et Burins3, dans une dilatation de la veine cave inférieure, une pulsation ondulatoire de l'épigastre. Dans un autre cas, où les deux veines caves étaient dilatées, il y avait des attaques répétées de dyspnée, avec cyanose de la face et des mains, et oedème des pieds. 4

§.1127. Une pareille dilatation peut amener une rupture de ces vaisseaux. Sur un individu qui dans les derniers temps de sa vie rendait plusieurs livres de sang par le haut et par le bas, Brassavola a trouvé la veine splénique énormément dilatée, et l'estomac7 ainsi que les intestins, remplis de sang5. M. Larrey69 de Toulouse^ a ouvert le cadavre d'une femme dont la cavité péritonéale était remplie d'une grande quantité de sang noir et fluide à la suite d'une rupture de la veine cave. La mort avait été précédée de douleurs abdominales excessives, d'anxiétés, de sueurs froides et visqueuses, de syncope, d'intumescence du ventre , de vomissemens. Des attaques de nerfs à la suite d'affections morales avaient déterminé cette maladie. Outre ces exemples de rupture de la veine

i Das Venensystem ; S. 1 5 7 -

a Opusc. ex edit. Romberg. BeroL, 1828, p. 18.

3 Von den Herzkrankh, ; Uebers.y S. 3o5.

4 Hufeland's Journ, der prakt. Arzneyk.^ B. 5, iS". 82g.

5 Borsieri, Institut, med. ; t. 4» p- 291*

6 Bull, des scienc. raéd.j t. 10, p. 65.

6o4 LIVRE IL

cave, une foule d'auteurs1 ont constaté celle des veines pulmonaires, des veines du cœur, des jugulaires, des sinus cérébraux, de l'azygos, des veines du bras, de la veine porte, des iliaques primitives chez les femmes grosses, des veines du plexus spermaticjue interne , enfin des veines des extrémités inférieures.

§. 1 128. Il est vrai que la cause de la rupture n'est pas toujours due à la dilatation seule, mais à la friabilité ou au ramollissement des parois veineuses. Cette phlébomalacie , observée par M. Andral 2, tant sur la membrane moyenne que sur la membrane interne, et avec diverses nuances de coloration, rend le vaisseau si facile à déchirer, qu'il se rompt par la traction la plus légère.

§. 1129. Les tumeurs variqueuses attaquent préférablement les veines des extrémités inférieures : elles consistent dans une augmentation de volume et de dureté de ces vaisseaux, qui décrivent alors des sinuosités nombreuses et de larges plexus. Quelquefois les varices arrivent à un volume tel , qu'elles finissent par s'ouvrir et par donner lieu à des hémorrhagies fort redoutables. D'autres fois la peau qui les recouvre s'amincit, s'enflamme et contracte avec le vaisseau des adhérences intimes.

§. 1130. M. Briquet3, qui a fait de l'état variqueux des veines une étude particulière, admet,

i Cités dans l'ouvrage de M. Otto , Handb. d. pathol. Anal. y S. 353 u. 35/|.

2 Précis d'anat. pathol. 5 t. 2 , p. 3g5 et 396.

3 Archiv. gén. j t. 7, p. 200.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 6o5

i.° une simple dilatation , dans laquelle ces vaisseaux sont plus amples que dans l'état normal , sans qu'on remarque aucun changement de tissu dans leurs parois ni perte de contractilité pendant la vie; 2.0 une dilatation uniforme , avec épaississement , dans lequel la veine dilatée prend la texture des artères , et offre un orifice béant lorsqu'elle est coupée en travers : elle présente à sa surface interne des rides longitudinales régulières, formées parla tunique interne, tandis que la tunique moyenne est véritablement hypertrophiée , et formée , comme dans les artères, de fibres transversales épaisses, qu'on peut détacher par fibrilles; 5.° une dilatation inégale, avec épaississement ou amincissement. Dans cette dilatation les veines sont peu sinueuses; elles sont fusiformes , se renflent et se rétrécissent insensiblement. Les plis de la membrane interne ne sont plus régulièrement longitudinaux, mais plus ou moins obliques ; cette membrane est amincie , et presque nulle dans certains points ; dans d'autres les fibres sont ramassées par paquets. On a aussi remarqué que dans ces cas le vaisseau veineux s'aplatit et représente un ruban aminci et comme festonné sur ses côtés ? qui offrent une suite de petits enfoncemens, marqués par des lignes rentrantes, comme dans les gros intestins. A mesure que l'altération augmente, ces lignes rentrantes font décrire des courbes à la veine, et la cavité est alternativement renflée et rétrécie, garnie de loges latérales assez semblables aux vésicules spermatiques. A ce degré de la maladie les parois se désorganisent, les fibres de la membrane

moyenne n'existent plus dans beaucoup d'endroits, la membrane interne est épaissie et les valvules en partie détruites; la tunique externe est également épaissie, et le tissu cellulaire, dense et blanc, qui l'unit aux parties voisines, maintient la courbure de la veine.

§. 1131. Toutes les veines sont susceptibles de dilatation morbide, mais particulièrement les veines sous-cutanées de l'extrémité inférieure. Après elles viennent, dans l'ordre de leur fréquence, les veines du bassin, telles que les hémorrhoïdales , les utérines, les vaginales, les vésicales, les spermatiques ; puis les veines superficielles du cou, et enfin les veines du cuir chevelu et des lèvres.

§. 1132. La phlébeetasie partielle s'observe rarement avant l'âge de trente ans : elle est plus fréquente chez l'homme que chez la femme ; elle attaque facilement les individus qui se livrent à des travaux pénibles., et chez lesquels la position verticale est l'attitude la plus ordinaire. Quant à la cause efficiente , M. Briquet, en rejetant les causes mécaniques qu'on avait assignées à la maladie, admet un afflux d'humeurs , par lequel les parois de la veine se ramollissent d'abord, puis augmentent d'épaisseur, et enfin deviennent le siège de l'hypertrophie.

§. 1133. Quant à l'état du sang dans les varices, on le trouve tantôt fluide et s' écoulant en totalité après l'incision du vaisseau, tantôt plus ou moins coagulé et de couleur rutilante. Les veines internes, surtout celles qui se ramifient dans le bassin, renferment de petites masses polypeuses, contenant sou-

vent un noyau dense et fibrineux susceptible de se changer en concrétion dure et calcaire. Les varices des veines hémorrhoïdales , ou les boutons hémorrhoïdaux proprement dits, rentrent dans la même catégorie. Leur examen anatomique m'a appris , i.° qu'exactement placés l'un à côté de l'autre au pourtour de l'anus, ils forment par leur arrangement une bande circulaire de plusieurs lignes de largeur 5 2.0 que , situés entre la membrane musculaire et la membrane muqueuse de l'intestin rectum, ils sont intimement adhérens à la première ; 5.° que cette membrane s'identifie avec les parois de la veine, qu'elle s'use peu à peu, et qu'elle finit par se rompre. J'ai reconnu de plus que ces boutons, en interceptant la circulation du sang , font à l'égard du vaisseau l'office d'une ligature, et qui en entraîne peu à peu l'oblitération totale (§. 53 1).

§. 1134. Une dernière cause de dilatation des veines, est l'irruption du sang artériel à la faveur d'une communication établie entre une artère et une veine, le plus ordinairement après une saignée du bras , dans laquelle l'instrument , après avoir percé de part en part la veine, a blessé aussi l'artère brachiale. Lorsque ces plaies , faites dans les deux vaisseaux , conservent leur parallélisme , il se forme une adhérence entre elles, et le passage reste constamment ouvert au sang de l'artère dans la veine. Lorsque, au contraire, ce parallélisme manque, on a vu s'établir entre la veine et l'artère une poche ou un anévrisme faux circonscrit, qui servait d'intermédiaire entre ces vaisseaux. Ces cas, connus sous

608 LIVRE il.

le nom ftanévrisme variqueux ou de varice anevris* maie, et dont la première description est due à Wi Hunter1, ont été tant de fois observés et décrits dans les ouvrages de chirurgie , que je m'abstiens d'y insister plus long-temps. Je me bornerai à dire que ce n'est pas seulement à la suite de blessures que se forme cette maladie , elle peut aussi résulter de la rupture d'un sac anévrismal dans une veine avec laquelle il avait contracté des adhérences. Je trouve dans un ouvrage récent un exemple extrêmement remarquable2 d'un anévrisme total de la crosse de l'aorte , qui s'est ouvert dans la veine cave supérieure. La cloison qui séparait les deux vaisseaux avait une épaisseur de deux lignes, une dureté presque cartilagineuse; elle était percée d'un trou triangulaire, dont la base avait sept lignes et la hauteur trois lignes et demie,

Page 1