II PRÉFACE
l'anatomie systématique et, puisqu'elle suppose cette dernière connue, elle doit, non pas la précéder, mais venir après elle : elle en est comme le complément, plus exactement comme la synthèse.
Mais une anatomie topographique qui se bornerait à la description pure et simple des différents plans constitutifs d'une région, quelque intéressante qu'elle fût pour l'anatomiste, n'aurait pour le praticien qu'une importance fort restreinte ou même nulle.
Pour être ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une des parties les plus importantes des sciences médicales,, il faut que, tout en étudiant les rapports réciproques des formations et organes qu'elle décrit, elle montre en même temps tout l'intérêt qui se rattache à ces rapports au triple point de vue de la médecine, de la chirurgie et de la médecine opératoire. Elle doit montrer, notamment, comment tel symptôme morbide, au premier abord singulier ou même bizarre, trouve son explication dans la disposition anutomique de la région qui en est le siège : c'est ainsi, pour donner un exemple, qu'elle nous apprend que la raucité de la voix qui survient au cours d'un anévrysme de la crosse aortique, s'explique nettement par les rapports de ce vaisseau avec le récurrent gauche. Elle doit montrer aussi comment tels rapports entre les organes d'une même région peuvent, dans les interventions chirugicales, devenir des points de repère qui serviront de guide à l'opérateur ; comment tels autres peuvent, au contraire, constituer un écueil que le chirurgien devra éviter avec le plus grand soin : c'est ainsi, pour citer encore un exemple, qu'elle nous apprend conmient les rapports de la carotide primitive, d'une part avec la trachée, d'autre part avec l'apophyse transverse de la sixième vertèbre cervicale, permettent au chirurgien de découvrir sûrement l'artère ; comment, par contre, les rapports intimes de cette même artère avec le pneumogastrique et la jugulaire interne exposent l'opérateur, dans la ligature du vaisseau, à blesser le nerf ou la veine.
En un mot, l'anatomie. topographique — à l'inverse de l'anatomie descriptive qui, telle qu'on l'enseigne aujourd'hui dans nos écoles, est purement morphologique — doit être avant tout une anatomie appliquée^ s'adressant à la fois au médecin et au chirurgien, et voilà pourquoi certains auteurs la désignent, avec beaucoup de raison du reste, sous
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le nom d'anatomie médico-chirurgicale. Voilà pourquoi nous-mêmes, tout en conservant le titre aujourd'hui classique d'anatomie topographique, nous avons ajouté, en sous-titre, acec applications médico-chirurgicales. Et, en effet, au médecin, l'anatomie topographique vient constamnmient en aide pour diriger et éclairer le diagnostic : pour ne citer qu'un exemple, la topographie des voies de conduction nerveuse motrice ou sensitive illumine toute la pathologie du système nerveux central. Au chirurgien, elle fournit, non seulement des moyens de diagnostic, mais encore des indications thérapeutiques et des procédés opératoires : c'est ainsi que la topographie cranio-encéphalique nous explique la pathogénie de l'épilepsie Jacksoniemme circonscrite à un membre ; elle nous permet, en outre, de localiser exactement le point où se trouve y « épine » irritante pour le cerveau ; elle guide, enfin, la trépanation. On a dit, il y a bien longtemps, que pour le chirurgien, qui est appelé à chaque instant à fouiller les diverses régions de l'organisme, le corps humain devait être transparent comme du cristal. Reconnaissons que c'est l'étude de l'anatomie topographique qui donne au corps cette transparence, grâce à laquelle le bistouri, se jouant pour ainsi dire de la complexité de nos régions, pi'ogresse sûrement au milieu des formations anatomiques les plus diverses, traversant celles-ci (qui n'ont qu'une importance tout à fait secondaire), contournant celles-là (dont la lésion pourrait avoir des conséquences graves) et, finalement, arrive sur le point cherché : suivant les cas, une artère à lier, un nerf à réséquer, un abcès à ouvrir, une tumeur à enlever, etc. Aussi peut-on affirmer, sans crainte d'être taxé d'exagération, que c'est à l'école de l'anatomie, de l'anatomie topographique en particulier, que se forment les meilleurs chirurgiens.
Intimement liée à la médecine et à la chirurgie pratiques, l'anatomie topographique doit naturellement se modifier avec ces dernières.
Plus exactement, elle doit se préciser et se compléter au fur et à mesure que la chirurgie progresse et qu'augmentent ses besoins : à toute opération nouvelle, il faut une description nouvelle, à la fois plus détaillée et plus exacte, et de l'organe sur lequel on a à intervenir, et de la région elle-même où cet organe se trouve contenu. Or, à ce point de vue, on connaît l'essor qu'a pris la chirurgie opératoire dans ces dernières années. Longtemps limitée aux interventions sur les