LIVRE V
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
L'abdomen, vulgairement appelé ventre, est cette grande cavité splanchnique dans laquelle se loge la plus grande partie de deux de nos plus importants appareils organiques, l'appareil digestif et l'appareil uro-génital.
1° Limites. — Intermédiaire à la poitrine et au bassin, l'abdomen est limité en haut par le rebord des côtes ou, plus exactement, par une ligne oblique qui, partant de la base de l'appendice xiphoïde, viendrait aboutir à l'apophyse transverse de la douzième vertèbre dorsale. Mais il s'en faut de beaucoup que cette limite, toute extérieure, corresponde à la limite intérieure de la cavité abdominale (fig. 1) : la cavité abdominale, en effet, est fermée du côté du thorax par la voûte diaphragmatique qui, étant fortement concave en bas, agrandit d'autant le diamètre vertical de l'abdomen. La cavité abdominale, à sa partie supérieure, remonte donc beaucoup plus haut que ses parois latérales.
Il en est de même à sa partie inférieure. Extérieurement, nous voulons dire au niveau de ses parois, l'abdomen se trouve délimité, en bas, par la crête iliaque et par le pli de l'aine, qui lui fait suite. Intérieurement, nous lui assignerons pour limites, d'accord en cela avec la plupart des auteurs, la base du sacrum et la ligne innominée, autrement dit k détroit supérieur du bassin : nous rattachons ainsi à l'abdomen ce que, en anatomie descriptive, on désigne sous le nom de grand bassin. La limite intérieure de la cavité abdominale est donc placée sur un plan de beaucoup inférieur à celui qu'occupe sa limite extérieure et, ici encore, la cavité précitée est plus étendue que ses parois latérales.
Constatons, en passant, que, tandis que la cavité abdominale est nettement fermée en haut par le muscle diaphragme, qui la sépare du thorax, elle est largement ouverte en bas du côté de l'excavation pelvienne. Abdomen et bassin ne font pour ainsi dire qu'une seule et même cavité, la cavilç ahdomino- pelvienne, et l'on comprend jusqu'à un certain point que quelques anatomistes, à la suite de Blandin, les aient réunis dans une même description.
2" Forme générale. — ■ Envisagé au point de vue de sa configuration générale, l'abdomen est une sorte de cylindroïde, plus ou moins aplati dans le sens antéropostérieur. Si on considère la cavité elle-même, on peut la comparer à un ovoïde,
ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE. — T. II, k" ÉDIT. 1
dont le grand axe, allant du centre de la voussure diaphragmatique au centre du détroit supérieur, serait oblique de haut en bas et d'avant en arrière.
Du reste, l'abdomen est extrêmement variable dans sa forme et ses dimensions, et cela se conçoit : ses parois antéro-latérales, en effet, dépourvues de pièces squelettiques, sont exclusivement formées par des parties molles et,
comme telles, s'adaptent toujours aux dimensions du contenu, se projetant en avant et sur les côtés lorsque ces dimensions augmentent, revenant sur elles-mêmes lorsqu'elles diminuent. C'est ainsi que le ventre est bombé ou proéminent dans la grossesse, dans l'ascite, dans la péritonite diffuse et, normalement, chez les sujets doués d'un certain embonpoint, etc. ; qu'il est plat ou même rentrant {centre en bateau) chez les sujets amaigris par les privations ou par une longue maladie, et aussi au cours de certaines maladies (méningite), etc.
On sait que, chez le nouveau-né et chez l'enfant, l'abdomen est relativement plus volumineux que chez i'adulte : cela tient au faible développement du thorax et du bassin et surtout aux dimensions considérables du foie.
Chez la femme, en raison de l'évasement de son bassin et aussi par suite de l'usage du corset, l'abdomen est plus large en bas qu'en haut : c'est la disposition contraire qu'on observe ordinairement chez l'homme.
Le diamètre vertical de la cavité abdominale est beaucoup plus fixe que ses deux diamètres antéro-postérieur et transverse : il représente, en moyenne, le quart de la hauteur totale du sujet.
Fig. 1.
La cavité abdominale, vue sur une coupe frontale du tronc, après l'ablation des viscères et du péritoine (segment postérieur de la coupe).
1, poumons. — 2, diaphragjne. — 3, onzième côte. — ■ 4, paroi latérale de l'abdomen. — 5, crête iliaque. — 6, fosse illaque interne. — 7. ligne innominée.
A, abdomen. — B, thorax. — C, bassin.
XX, ligne transversale indiquant la limite séparative de l'abdomen et du bassin et répondant au détroit supérieur. — yy, axe vertical de l'abdomen. — a, hauteur extérieure de l'abdomen. — 6, hauteur intérieure (on voit que la hauteur intérieure est beaucoup plus grande que la hauteur extérieure).
30 Importance chirurgicale. — De tous les segments du corps humain, l'abdomen est, au point de vue chirurgical, un des plus importants. Les affections des nombreux organes qu'il renferme et de la séreuse péritonéale qui tapisse sa cavité, affections qui, jusqu'à ces dernières années, étaient presque exclusivement du domaine de la médecine, ressortissent aujourd'hui en grand nombre à la chirurgie. Tout le monde connaît l'essor considérable qu'a pris, grâce à l'asepsie, cette chirurgie abdominale qui, née d'hier, n'en est plus à compter ses succès : on suture le foie, on incise les conduits biliaires, on enlève la vésicule, on extirpe la rate, on anastomose entre eux les divers segments du tube digestif, on en résèque de longues portions, on incise ou l'on extirpe le rein, etc., etc. Toutes ces interventions, dont l'ab-
domen est l'objet, donnent un intérêt de premier ordre à l'étude anatomo-topographique de ses parois, à l'étude surtout de sa cavité et des organes qui y sont contenus.
4° Division — Nous étudierons successivement, à propos de l'abdomen, dans deux chapitres distincts :
1° Les parties qui constituent ses parois ; 2° Ija cavité elle-même et son contenu.