PREMIÈRE PARTIE
nu TRONC.
Le tronc est la portion splanchnique du corps.
Sa longueur j considérée dans notre espèce , mesure un peu plus que la moitié de la hauteur de tout l’individu. Sa largeur ne présente rien de général ; elle est beaucoup moins considérable que la première. L’épaisseur ou l’étendue antéro-postérieure est moins grande encore , ce qui donne au tronc une forme généralement aplatie.
La direction du tronc peut surtout bien être observée en arrière, elle est ondulée, de telle sorte qu’il s’avance antérieurement à ses deux extrémités , et rentre en arrière au milieu.
Son volume ne varie pas moins que sa direction ; renflé en haut, il se rétrécit bientôt pour formelle col; se renfle encore au niveau du thorax, et présente ensuite un étranglement peu considérable, auquel succède le renflement pelvien.
La première section de chaque membre vient encore augmenter l’étendue transversale et le volume total du tronc , en appuyant sur lui , comme on le verra par la suite.
Considéré à l’extérieur, le tronc nous présente
une partie centrale et deux extrémités. IJ peut aussi être considéré suivant quatre faces : l’antérieure ou sternale , aplatie et plus velue que les autres, présente en bas un raphé bien prononcé, et nul, ou presque nul en haut ; les faces latérales, pleurai des anciens, donnent naissance aux membres, avec lesquels elles sont en partie confondues ; la face postérieure ou spinale , est tracée dans toute son étendue et sur la ligne médiane par un raphé bien marqué, et placé dans une dépression allongée, au fond de laquelle on sent la série des apophyses épineuses du rachis *> tandis que sur ses côtés existent deux saillies musculaires allongées , plus fortes en bas qu’en haut.
L’analogie d’abord, plus tard l’examen du tronc, dans l’homme lui-même , ont montré qu’il est formé d’un certain nombre de tranches ou d’anneaux superposés , qui sont loin de se ressembler exactement, comme dans les animaux inférieurs, mais qui, cependant , conservent des analogies remarquables ; chacun de ces segments possède en effet une vertèbre , une portion du système nerveux cérébrospinal , une paire de nerfs, des vaisseaux et des muscles fort analogues.
Dans les annelides , par exemple , cette analogie est telle, qu’il suffit presque de la description d’une des tranches du corps, pour donner une exacte idée de l’individu tout entier. Dans l’homme il n’en est presque plus de même, tant le tronc a été modifié en avant et sur les côtés, pour la formation de vastes cavités , tapissées par des membranes séreuses et
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susceptibles de loger les viscères, en se prêtant a leurs fonctions. Toutefois, en arrière, les anneaux restent si visibles, qu’il convient ici de les examiner dans ce sens, en ne s’occupant cependant que des analogies, et renvoyant les différences caractéristiques des régions , au moment de la description de celles-ci (Voy. les régions cervicale postérieure , du dos , des lombes , du sacrum ). Tette face postérieure du tronc, dont Béclard formait la gr 'aride région spinale, a pour squelette la portion postérieure ou apophysaire des vertèbres; par conséquent, le canal vertébral lui appartient, ainsi que les gouttières vertébrales , séparées l’une de l’autre par la série des apophyses épineuses ; ce squelette protège immédiatement la moelle épinière, qui ne descend pas jusqu’en bas chez l’adulte seulement, chez lequel elle peut être considérée comme revenue et affaissée sur elle -même, de bas en haut 1 ; elle est enveloppée par trois membranes, Fune externe , très dense , non adhérente aux os comme dans le crâne, dure - mère ; une autre tout-à-fait interne , formant le tégument immédiat de l’organe , pie-mère ; la dernière intermédiaire, véritable membrane séreuse qui permet
1 Ce qui établit cette disposition, c’est ce qui existe chez le fœtus, ou , comme on le verra , la moelle remplissait tout le canal vertébral , ce que l’on observe dans les animaux vertébrés inférieurs , ou la moelle descend très bas , et dans l’homme même , c’est l’origine des dernières paires de nerfs, clans des points très rappro chés, sur le bulbe crural de cette même moelle.
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certains glissements, arachnoïde; le muscle sacro-spinal (de Chaussier ), est encore commun à tous les points de cette face du tronc, ses faisceaux transversaires épineux , sont immédiatement adhérents aux os ; d’autres muscles sont superficiels , bornés seulement à des points circoncrits , et seront plus tard examinés; le système vasculaire est encore disposé partout de la même manière; il est extérieur ou intérieur au canal vertébral : en dehors , les artères latérales du tronc x, répandent dans les gouttières vertébrales un rameau considérable, qui se perd dans les muscles ; ces mêmes troncs extérieurs envoient en dedans, par chaque trou de conjugaison , un autre rameau qui suit le nerf correspondant, fournit un filet dans le corps de la vertèbre , un autre sur les membranes de la moelle , tandis que lui-même , poursuivant son trajet , s’anastomose avec les artères spinales, qui parcourent toute la profondeur de cette région. Deux longues veines 1 2 descendent sur la paroi antérieure du canal vertébral, communiquent en dehors avec les veines latérales du tronc, et réunissent des anneaux veineux intérieurs , proportionnés en nombre aux vertèbres : d’autres forment, en dehors , un réseau sur les lames vertébrales et se rendent ensuite , près des trous de conjugaison, dans les veines précédentes.
1 Les lombaires, intercostales, sacrées latérales et les rameaux de la vertébrale.
2 Ces veines ont à peu près la structure des autres, structure dont la dénomination de sinus , qui leur est appliquée, semble détourner l’idée.
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Le système lymphatique suit ia direction du veineux ; il est peu connu dans le canal vertébral. Une paire de nerfs, formée de deux racines d’inégale grosseur 1 , l’une , postérieure , constituée de filets sensitifs ; l’autre, antérieure, conductrice du mouvement, sort du canal au niveau de chaque vertèbre, après avoir parcouru un trajet oblique , mais dont l’obliquité et l’étendue , vont en augmentant graduellement de haut en bas ; chacun de ces nerfs envoie derrière la vertèbre, dans les muscles, un filet proportionné par son volume, à celui de ceuxci, mais partout identique pour la disposition. Du
1 Sous ce rapport, les anatomistes tombent si peu d’accord , que Béclard , dont l’exactitude est connue de tout le monde, avance ( Anatomie générale ) , que la racine postérieure est plus volumineuse que l’antérieure au col * que l’inverse a lieu aux lombes. M. Gail s’était plus approché de la vérité, en disant que la racine postérieure est toujours prépondérante : il était important de fixer ce point d’anatomie, devenu surtout curieux depuis les belles expériences de M. Magendie. J’ai fait des recherches à ce sujet, et, dans ma thèse , j’ai établi que la racine postérieure , est à l’antérieure : au col, :: 2 : i* au dos, :: 1 : q au sacrum et aux lombes, :: 1 £ : 1, ce qui s’accorde parfaitement avec ce que l’on connaît des fonctions des parties où se rendent ces différents nerfs. Quelques recherches de mon ami, M. Bouvier, étaient déjà venues, avant les miennes , appuyer les expériences du physiologiste célèbre que j’ai cité, en montrant l’entrelacement plexiforme des deux racines à leur réunion et leur répartition entre tous les filets qui naissent du tronc commun. Ainsi, l’anatomie et la physiologie se prêteront toujours un mutuel appui.
tissu cellulaire, occupe le canal vertébral, on en trouve aussi «à F extérieur; le premier, plus lâche que le second, existe uniquement entre la duremère et les parois osseuses du canal vertébral , lieu ou Ton rencontre aussi , presque exclusivement des vésicules adipeuses. Remarquons enfin, que la peau offre une épaisseur partout considérable et qu’elle conserve pendant toute la vie la trace du raphé, au niveau duquel elle est déprimée, par l’adhérence intime qu’elle contracte, avec le sommet des apophyses épineuses des vertèbres.
Développement. — Les faits isolément recueillis par un grand nombre d’anatomistes célèbres, Meckel, Tiedemann, Béclard,Chaussier, Blainville, etc., sur le mode de développement de la plupart des organes et des régions du tronc, nous permettent, par voie d’analyse, de poser les lois générales suivant lesquelles, dans l’état normal, se développe la portion splanchnique du corps. C’est elle qui se trouve la première dessinée sur la vésicule ombilicale, son centre ou sa partie abdominale, avant ses extrémités; et quoique l’inspection directe ne l’ait pas démontré , il paraît que d’abord deux segments latéraux la forment dans toute sa longueur , mais que promptement leur réunion a lieu, non par la surface cutanée , mais par un point central , placé au niveau du corps des vertèbres1, et qu’alors
1 MM. Serres et Geoffroy St. -Hilaire, pensent que Tétât osseux du corps des vertèbres, commence par deux points latéraux : Réclard le nie; mais i! disait , dans ses leçons y
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se trouvent formées deux larges rigoles , l’une antérieure plus profonde , l’autre postérieure , qui l’est moins , ce sont les rudiments des cavités splanchniques antérieures au rachis et de la cavité rachidienne. Plus tard , et cela a été directement observé, on voit les deux bords de ces cavités ouvertes, s’accroître, marcher à la rencontre l’un de l’autre, puis bientôt se rencontrer et; se confondre par une suture médiane ou raphé, qui s’établit d’abord en haut, plus tard en bas, et dont les traces permanentes décelleraient à elles seules la marche de la nature, telle qu’elle vient d’être décrite. La forme annelée de cette partie du corps est d’autant plus apparente, que l’embryon est plus jeune ; la moelle épinière, en descendant dans les premiers temps , jusqu’au bas du canal vertébral , donne plus de similitude à ses différents segments; ajoutons , pour le développement spéciale de sa face postérieure , que la moelle épinière , formée d’abord de deux cordons distincts, qui se réunissent promptement en une lame, présente successivement une rigole postérieure , qui se ferme en arrière pour former un canal central, oblitéré ensuite par la substance grise , et qu’en fin ces phases se succèdent en haut plus rapidement qu’en bas. Variétés.— Suivant les âges, le tronc présente une fouie de variétés fort curieuses : dans les premiers , sa longueur mesure celle de tout le corps ; elle s’ar-
que peut être l’état cartilagineux s’établit suivant cette marche.
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croît absolument jusqu’à vingt-cinq ans , en même temps que proportionnellement elle diminue peu à peu ; dans les premiers temps encore , le diamètre antero-postérieur l’emporte sur le transverse ; la direction est uniformément celle d’une courbe à concavité antérieure ; disposition qui se montre chez le vieillard, après avoir disparu pendant la moitié delà vie. Les divers renflements du tronc, et les rétrécissements qui les séparent, s’établissent successivement.
Le tronc, chez la femme, offre une longueur proportionnelle, moindre que chez l’homme; chez la première, le point où son diamètre transverse est le plus étendu , correspond au bassin, c’est entre les épaules chez le second.
Toutes, ou presque toutes les variétés individuelles de l’âge adulte , reproduisent seulement l’état normal des autres âges de la vie, ou celui d’un sexe différent.
Usages . — Le tronc forme essentiellement des cavités, destinées à la protection des viscères les plus immédiatement nécessaires à la vie individuelle, viscères , aux fonctions desquels il concourt quelquefois par ses mouvements. Il suit de là, que les mutilations un peu considérables de cette partie , sont impossibles dans les opérations, et qu’ainsi beaucoup de ses ma ladies sont mortelles, lorsqu’elles fie peuvent céder aux moyens thérapeutiques ordinaires.
Déductions pathologiques et opératoires — L’évolution du tronc ne se fait pas toujours réguliè-
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rement , comme il a été dit; tantôt elle s’arrête dans sa marche , tantôt elle dépasse les limites ordinaires ; de là des scissions ou des réunions anormales , qui nous occuperont par la suite en particulier. Par une raison déduite du mode de développement indiqué , les extrémités du tronc peuvent manquer en totalité , tandis que l’on n’a jamais vu l’absence de son centre ; en effet, le -développement de l’individu en procédant, son existence , même dans l’état de mutilation , suppose ce point du tronc. On n’a jamais trouvé une scission complète de tout le tronc; mais, sur certains individus , on observe l’ouverture des cavités antérieures sur la ligne médiane ; la même chose a été souvent observée en arrière, pour la cavité de la moelle , le canal vertébral ; il est enfin des cas de scission du corps des vertèbres , tous vices de conformation, facilement expliqués dans leur formation par un simple arrêt de développement de l’embryon, puisqu’ils rappellent des états normaux de l’état embryonnaire. La formation du tronc, plus rapidement achevée par les raphés en haut qu’en bas, fournit une explication fort convenable de la fréquence plus grande des scissions anormales inférieure; c’est par conséquent bien à tort, que quelques personnes ont voulu trouver la cause de l’apparition ordinaire en bas, de la tumeur qui caractérise Le spina-bifida, dans la position qu’affecte le foetus dans le sein de sa mère, pendant les premiers temps de la gestation, position, au reste, sujette à des variations; le canal central de la moelle
existant de bonne heure seulement, explique la formation , dans ce temps , de quelques hydropisies centrales de cet organe, tandis que plus tard, la sérosité hydropique est toujours extérieure. Les muscles de tout le tronc , entrent quelquefois en contraction convulsive dans les diverses espèces de tétanos ; ce sont les postérieurs dans l’ opisthotonos , les antérieurs dans Y emprosthotonos , les latéraux d’un côté dans le pleurothotonos , enfin tous ensemble dans le tétanos tonique. La position souscutanée des apophyses épineuses du rachis, explique la fréquence de leurs fractures directes et de celles des lames par contrecoup , dans les chocs extérieurs , fréquence diminuée toutefois, par leur enfoncement dans la dépression médiane que forment, comme il a été dit , les muscles sacro-spinaux, chez les individus un peu forts. Le trajet oblique et plus ou moins long des nerfs rachidiens, avant de sortir de leur canal , impose la nécessité, si bon veut agir sur leur origine dans les paralysies partielles , de ne point diriger ses moyens sur un point de la région tranversalement placé au niveau de la partie paralysée; mais bien sur un autre d’autant plus élevé, que l’affection porte sur des nerfs plus inférieurs.
On divise généralement le tronc en extrémités et partie centrale , qu’il faut maintenant étudier.
DE LA TÈTE