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MA-YO DES CHINOIS

Sauvages, cité par Isid. Bourdon (I), réduisaient au silence et à l'engourdissement les voyageurs qu'ils voulaient dévaliser, en leur faisant prendre une décoction de stramoine, et la comtesse de Saint-Géran fut sérieusement compromise par une léthargie provoquée à l'aide de moyens semblables à ceux qui viennent d'être rappelés.

5i IV. — lla-yo des Chinois.

Par une coïncidence bien propre à rappeler que l'idée de l'anesthésie chirurgicale est universelle comme la douleur, vers l'époque où les écrits de Dioscoride et de Pline vulgarisaient l'usage de la mandragore, une plante de la famille (les uriicées était fructueusement employée chez les Chinois comme agent aneslhésique. On peut en juger par la lecture d'un document dont la science est redevable à l'initiative du savant orientaliste Stanislas Julien (2), et qui est extrait de la notice biographique du médecin lïoa-tho, qui fîorissait sous la dynastie des Weï, entre les années 220 et 230 de notre ère.

Cette notice, placée avec celle de tous les principaux médecins de la Chine, en tête du recueil général des médecins anciens et modernes, en cinquante volumes {Koii-kln-i-tony), renferme les détails suivants : a Lorsqu'il reconnaissait qu'il fallait employer l'acupuncture, il l'appliquait en deux ou trois endroits; il faisait de même pour le moxa, s'il était indiqué par la nature de l'afTeclion qu'il avait à traiter; mais si la maladie résidait dans des parties sur lesquelles l'aiguibe, le moxa ou les médicaments liquides ne pouvaient avoir d'action, par exemple dans les os, la moelle des os, dans l'estomac ou les intestins, il donnait au malade une préparation de chanvre {ma-yo)^ et, au bout de quelques instants, // devenait aussi insensible que s il eût été plongé dans l'ivresse ou privé de vie. Après un certain nombre de jours (au bout d'un

(1) Uc /'('//tfVtsme, par Isid. Hourdon. Paris, 18i7,p. ICi.

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXVIll, p. 197.

12 ESSAIS d'A!^ESTHÉSIE CHIRURGICALE DANS LES TEMPS MODERNES.

mois, suivant les Annales de Ilan postérieur), le malade se trouvait rétabli sans avoir éprouvé pendant l' opération lapins légère douleur, »

On connaît les vertus enivrantes du chanvre indien , le haschisch; il est peu surprenant que les Chinois, dont le pays confine à l'Inde, aient songé à les utiliser. Ce qui étonne davantage, c'est de voir l'état d'ivresse choisi comme terme de comparaison pour montrer à quel degré d'insensibilité et d'anéantissement des forces on pouvait être amené par l'usage de ces préparations stupéfiantes. Un pareil langage révèle, en efïét, qu'il était, à cette époque reculée, de connaissance vulgaire dans l'empire chinois, que l'ivresse plonge l'organisme dans une anesthésie profonde.

AIITICLE JI.

ESSAIS p'aXESTHKSIE ClIIllURGICALE DANS LES TEMPS MODEHNES.

L'école d'AmbroiseParé garde le silence au sujet des préparations stupéfiantes usitées jusqu'alors. On sait que l'érudition était peu florissante dans le camp des barbiers-chirurgiens. De ce défaut de connaissances autant que des idées philosophiques nouvelles, naquirent sans doute ce mouvement d'in- (h'pendance scientifique, cet esprit d'observation, qui conduisirent à répudier les enseignements du passé, d'autant plus facilement qu'on le connaissait moins. Malgré cet abandon, l'idée de ran(^sthésio chirurgicale survécut; mais, au lieu de rhercher sa réalisation dans l'emploi régulier des agents de la matière médicale, l'esprit d'investigation s'égara dans des recherches individuelles dont le résultat fut d'utiliser les modifications apportées à la sensibilité par quelques influences de l'ordre physique ou biologi(jue.

Nous devons faire une exception en faveur de l'opium, le seul (h,'s médicaments stupéfiants qui ait été négligé par les anciens, cl cil iiarliculicr par Tbéodoric, à cause du danger

COMPRESSION DES TISSLS. 13

de ses préparations et de l'iiieiïîcacitc ou de rinconslance de ses effets anesthésiques.

Sassard (1), chirurgien de la Charité, publia, en 1781, un mémoire dans lequel il recommande, avant les opérations chirurgicales, l'usage d'une préparation opiacée, appropriée à l'âge, au sexe et aux conditions de santé de l'opéré; mais, comme il est facile de s'en assurer, le but que se proposait Sassard était beaucoup moins d'abolir la douleur physique pendant l'opération, que de modérer l'ébranlement nerveux qui est la conséquence habituelle des grandes opérations. Il n'en est plus de même dans le fait suivant : Cornaz (de Neufchâtel), cité par M. Courty (2), a été témoin d'une désarticulation coxo- fémorale pratiquée par le professeur Hermann Demme à l'hôpital de l'Isle, à Berne, chez une femme narcotisée à l'aide de l'opium. Cette opération ne provoqua qu'un seul cri plaintif chez la malade, qui fut comme endormie pendant tout le temps.

Les moyens dont nous allons nous occuper n'ont guère réussi que chez les animaux, ou chez l'homme dans quelques cas exceptionnels. La rareté suspecte de leurs effets anesthésiques était peu propre à faire avancer la question de l'anesthésie chirurgicale.

^ I. — l'oni|irc.«isiion lU-s titisus.

L'inf[u(3nce de la compression sur l'état de la sensibilité est un fait d'observation journalière. En exerçant sur un membre une compression circulaire, suffisante [)our interrompre le cours de la circulation et l'innervation, on rend l'organe insensible, après une courte période de fourmillement et de douleur.

Mais si l'insensibilité peut être obtenue de cette façon, ce

(1) Sassard, Dhserlalion sur les moyens de calmer la donleur {Journal de physique, 1781).

(2) (inmty, (liùsc de concours. Mont|»clIicr, 18i9, p. 17.

ili ESSAIS d'aNESTHÉSIE CHIRURGICALE DANS LES TEMPS MODERNES.

n'est pas avec certitude ni sans danger. Employée circulairement, la compression ne devient efficace (jii'à la condition d'être très énergique et de suspendre la circulation dans les plans superficiels et profonds. Elle provoque ainsi la stagnation du sang dans les capillaires, le gonflement du membre, et pour peu qu'elle se prolonge, elle prépare la mort des tissus ; d'un autre côté, les troncs nerveux soumis à une compression suffisante pour abolir leurs fonctions, subissent rapidement une altération de structure qui les frappe de paralysie d'une façon temporaire ou permanente.

Néanmoins, vers la fin du siècle dernier, un chirurgien anglais nommé James Moore, tenta d'ériger la compression exercée exclusivement sur les troncs nerveux, en méthode régulière pour anéantir ou diminuer la douleur des opérations chirurgicales (1).

Pénétré des avantages que la chirurgie opératoire trouverait dans la découverte d'un moyen anesthésique, Moore paraît s'être livré à ce genre de recherches dès le début de sa carrière médicale. Il avait songé d'abord à provoquer l'insensibilité des parties, en pratiquant la section des nerfs qui s'y distribuent, puis bientôt il chercha à atteindre le même but, avec moins d'inconvénients en substituant la compression à la section.

Ce fut sur lui-même qu'eurent lieu les premiers essais avec faide du tourniquet ordinaire; il n'obtint qu'un résultat incomplet. Tne pelote appliquée sur le nerf scialique, au niveau du grand trochanter, ne modifia en rien la sensibilité du membre fémoral; maintenue dans le même point pendant quatorze minutes, elle finit pourtant ])ar déterminer de l'engourdissement et une certaine insensibilité du pied, de la jambe et de la face externe de la cuisse. Peu satisfait de ce résultat, dont il attribua, avec juste raison, l'insufTisaiicc à

(l) A niethod of pracntnifj or flitninishing pain in several opcralions of surgery. London, 1784.

CUMPilESSlON DES TISSUS. ^ 15

raclioli non interrompiie des nerfs crnral et obturatenr, ii fit construire nn compresseur à deux peloles, destiné à agir simultanément sur les nerfs sciatique crural et obturateur, sans toucher cà d'autres points du membre, et d'un mécanisme semblable à celui dont l'invention est attribuée ta Dupuvtrcn. Avec cet appareil perfectionné, Moore assure avoir déterminé une anestbésie complèt(^ dans toute l'étendue et sur tous les points du membre inférieur. Pour démontrer l'efficacité de son procédé, il relate dans son ouvrage les détails d'une amputalion de jambe au lieu d'élection, supportée sans douleur.

Benjamin Bell (1) fait valoir dans son Cours de clnrin^qie les idées de Moore; il leur reconnaît assez d'importance, pour recommander la compression et reproduire les appareils à l'aide desquels elle peut être faite, mais il laisse facilement supposer qu'elle est bien plutôt un moyen de calmer que de faire disparaître la douleur.

M. Liégard (de Caen) a de nouveau attiré l'attention sur cette pratique. Au lieu d'une compression limitée au trajet des nerfs, i! recommande la compression circulaire du membre, mais à la condition de la répartir sur une large surface, de la pratiquer avec mesure et pendant un certain temps avant l'opératirn (2). Les observations rapportées dans le travail de M. Liégard ne sont pas de nature à réhabiliter la méthode de Moore; elles sont relatives à de petites opérations de courte durée, et pendant lesquelles la sensibilité a été plutôt émoussée qu'abolie. Aussi la compression, quel que soit le mode employé pour l'obtenir, nous paraît-elle condamnée à un juste oubli ; toutefois des essais tentés jusqu'alors, découlent certaines connaissances dont Tanesthésie locale peut faire son profit dans quelques circonstances particulières.

(1) Henjainiri Bell, Cours complet de chirurgie, traduction de Bosquillon, t. V, IK 20 1.

(2) Oc la cumjiression circulaire très c.rncle des niemijres au-dessus du point malade avant et pendant l'opération {Mélanrjes de médecine et de chirurgie pra- ItqKCs.Cacn, 1837, in S, |i. 'MtO).

IG ESSAIS d'ANESTHÉSIE CHIRURGICALE DANS LES TEMl'S MODERNES. §11. — néfrigérnUon «ïe» tisi»ii»i.

Le froid porlé à un certain degré rend insensibles les parties sur lesquelles il exerce son action. Déjà John Hunter avait constaté qu'en entourant les oreilles d'un lapin d'un mélange rél'rigérant, on parvenait rapidement à les congeler; que dans ces conditions, les pondions, les incisions n'étaient accompagnées ni de douleur, ni d'écoulement de sang, et bien plus, que les parties vivantes étaient capables, au dégel, de recouvrer l'intégrité de leurs fonctions. Larrey avait observé chez l'homme des effets comparables. Il avait été frappé du peu de sensibilité des nombreux blessés, engourdis par le froid, qu'il fut obligé d'amputer après la bataille d'Eylau. Ces remarques intéressantes ne devaient pas rester tout à fait infructueuses pour la pratique. On sait avec quels avantages, de plus en plus appréciés, sont employées les irrigations et les applications réfrigérantes pour combattre la douleur et prévenir les inflammations causées par les lésions traumatiques.

L'impossibilité d'obtenir la réfrigération à travers une certaine épaisseur de tissus vivants, le péril imminent qu'il y aurait pour la vie du sujet à provoquer la congélation ou un état voisin de la congélation dans une grande étendue et à une grande profondeur, indiquent dans quelles limites le froid peut être utilement employé, lin grand nombre de chirurgiens, et en particulier MM. Arnott et Velpeau, ont reconnu que dans les opérations de courte durée, n'intéressant que la peau ou les plans sous-cutanés, les mélanges réfrigérants étaient un agent précieux d'anesthésie locale dont l'usage est peut-être trop négligé de nos jours.

§ in. — ivi'Oi^sc.

La torpeur ébrieusc a été ulihsée dans (juchpies cas pour pratiquer des opérations urgentes.

lialler range l'ivresse au nombre des causes capables de per mettre l'accouchement à l'insu de la femme.

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