‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 79 sur 123 · DE LA CONDUITE A TENIR PENDANT I/OPKRATION · texte numérisé non relu

DE LA CONDUITE A TENIR PENDANT I/OPKRATION

laborieuse , incertaine , sans tenir compte des menaces de la syncope, inhérentes à toute intervention importune ; quelquefois même on est bien forcé de reprendre des inhalations prématurément interrompues, et de donner le spectacle de ces chloroformisations interminables, fatigantes pour tout le monde, et dont les vicissitudes ne témoignent que trop du peu de confiance que le chirurgien a dans l'étendue des services que l'expérience l'autorise à réclamer de l'éthérisation. Quelles que soient la nature et la durée de l'opération, il est avantageux de continuer les inhalations jusqu'à ce qu'elle soit complètement terminée. Une fois obtenue, l'anesthésie confirmée , la plus petite quantité de vapeurs stupéfiantes suffit pour entretenir l'éthérisme à un degré satisfaisant : pour ce motif nous avons adopté la pratique de M. Chassaignac, qui consiste à se débarrasser du mouchoir ou de la compresse pour ne conserver que l'éponge ou le tampon de charpie. Encore suffit-il de maintenir ce dernier au maximum d'écartement ; s'il survient quelques mouvements embarrassants ou quelques signes de sensibilité, il suffit de rapprocher un peu l'appareil; si au contraire on remarque plus d'affaissement, il suffit de l'éloigner ou de suspendre un instant les inhalations.

Il est à peine utile d'ajouter que l'aide chargé de l'éthérisation ne doit rien perdre de sa vigilance. La syncope pouvant se produire à toutes les périodes, l'exploration de l'artère sera scrupuleusement continuée jusqu'à la fin. Les accidents survenus à cette période nous paraissent reconnaître l'hémorrhagie pour cause déterminante principale. Ils nous est arrivé bien souvent de voir le pouls faiblir, la syncope devenir menaçante à partir du moment où les vaisseaux donnaient du sang en abondance. Il faut donc en tenir compte, surveiller son action sur le cœur avec la plus grande attention.

/lOO DES RÈGLES DE U CHT.OROFORMTSÂ.TION.

§ XI. — Acliiiiiii^^ti'atâon du cliloi'oioriiic cl <lo l'éllicr à l'aido d'inliaSalciirs inécasiiquc^.

La cliloroformisation à l'aide d'inhalateurs mécaniques exige toutes les précautions dont nous venons de parler, et de plus la connaissance de la structure de l'appareil et l'habitude de son fonctionnement.

11 en est de même de l'administration de l'éther. Celui-ci peut donner naissance aux mêmes irrégularités et aux mêmes perturbations contingentes que le chloroforme, mais moins fréquemment, selon quelques auteurs. Avec lui , l'appareil mécanique devient indispensable pour s'opposer à la dissémination des vapeurs. L'expérience s'est prononcée en faveur des appareils sacciformes à l'aide desquels on coiffe presque hermétiquement la tête des patients. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ici que cet appareil à air confiné, (jui donne, malgré la gêne inévitable apportée à la respiration, d'excellents résultats avec un agent peu énergique , comme l'éther, serait excessivement dangereux avec le chloroforme, et doit être formellement proscrit de la pratique. Nous croyons savoir qu'un accident irrémédiable survint entre les mains d'un chirurgien très habile de la province, après qu'il eut ajouté dans le sac inhalateur quelques gouttes de chloroforme dans le but d'obtenir une anesthésie trop lente à se produire avec l'éther.

^ \II. — »cs soins à donner an niailade apB'«'s H'opéralion.

L'opération terminée, ainsi que les parties les plus douloureuses du pansement, s'il y a lieu, l'agent anesthésique est immédiatement éloigné ; l'aide, continuant à surveiller la circulation, asperge d'eau froide la figure et la poitrine de l'opéré, et laisse se dissiper spontanément les derniers effets du chloroforme. Ordinairement, le réveil ne se fait pas long-

DES SOINS A DONNER AUX MALADES APRÈS l'OPÉRATTON. AOl

lomps attendre; dans le cas où rétliérisme se prolonge, il ne faut pas oublier que le malade reste encore exposé à la syncope. Le pouls sera surveillé jusqu'au complet rétablissement des fonctions. Lorsque le réveil est lent, que le blessé reste affaissé et comme profondément endormi, il convient d'ouvrir les fenêtres et de faire respirer librement l'air frais extérieur. En même temps, les aspersions d'eau froide seront renouvelées, des frictions énergiques, quelques flagellations seront pratiquées sur la poitrine, à l'épigastre. Au moment où l'intelligence a reparu, et qu'il ne reste plus qu'un certain accablement, quelques chirurgiens ont l'habitude de faire prendre des vins cordiaux, vin de cannelle, vin sucré, etc. On peut encore en ce moment adresser la parole au malade, ramener son esprit vers l'objet habituel de ses préoccupations, lui annoncer que tout est terminé, que la guérison sera prompte, et provoquer de la sorte une excitation modérée qui ne peut être que très utile. L'opéré ne devra quitter la salle d'opération qu'au- moment oii il a recouvré ses sens; il sera alors transporté sur le brancard ordinaire. M. Chassaignac, pour prévenir la syncope, emploie un brancard spécial dans lequel la tête est placée dans une position déclive ; dans tous les cas, un aide devra toujours l'accompagner jusqu'à son lit, que l'on aura pris soin de faire chaufl'er, et il ne devra pas se presser de quitter les salles, dans la crainte d'une syncope tardive.

/j92 MOYENS DE COMBATTRE LES ACCIDENTS DE l/ÉTIIÉRISATION.

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