XIV INTRODUCTION
Cette crainte qui engage l'avenir, fortifiée encore par la contemplation du passé, a mis plusieurs fois en échec l'existence de la méthode anesthésique. On se sent ému de pitié en présence de ces victimes pleines de vie et de confiance, qui trouvent la mort quand elles n'avaient rêvé que l'ouhli de leurs souffrances; on se demande avec anxiété s'il n'y aurait pas quelque chose de mieux à tenter. Plusieurs chirurgiens, guidés par un sentiment philanthropique facile à comprendre, ou dominés par l'émotion de quelque récent mécompte, ont même proposé de proscrire l'éthérisation.
Rien n'est parfait dans les institutions humaines. Leur raison d'être n'est jamais absolue, elle se déduit d'une sorte de balance établie entre leurs avantages et leurs inconvénients.
La méthode anesthésique ne fait pas exception.
Le grand reproche qu'elle mérite, c'est que son application peut devenir funeste au moment où Ton s'y attend le moins. Nous avons pu réunir plus de cent cas de mort qui lui sont imputables, puisque l'accident s'est déclaré pendant l'état éthérique.
Mais supposons un instant que la crainte de ce danger conduise à l'abandon du chloroforme, on n'aura évité un écueil que pour tomber dans un autre.
Si la pratique de l'anesthésie est une cause actuellement incontestable de mort subite, la pratique des opérations en est une autre non moins certaine. Le fait ne saurait être mis en doute.
Un homme robuste mourut brusquement de douleur pendant (les eflbrts faits pour réduire une prétendue luxation du genou (1).
Un soldat de vingt-cinq ans affecté d'un phimosis qui cachait des excroissances fongueuses, se soumit avec beaucoup de peine à l'opération. A peine eut-il vu la main du chirurgien armé du
(1) .1. L. Petit, Traité des maladies des os.