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LE MÉLANGE DES COULEURS

Supposons qu’un débutant ait entre les mains la boîte que nous venons d’analyser, boite garnie de couleurs anglaises, dites moites, et classées ainsi que nous l’avons dit. Il doit d’abord découvrir les quatre couleurs suivantes : le noir d’ivoire, le brun rouge, Y ocre jaune et le cobalt. Il n’a besoin que de ces quatre couleurs; car dans toute sa boîte, en contiendrait-elle vingt fois plus, il n’en trouvera pas d’autres ; il y rencontrera toujours des bleus, des jaunes et des rouges à des degrés différents d’intensité; mais ce seront toujours des bleus, des jaunes et des rouges; or, connaissant la combinaison de ceux-ci, il connaîtra la valeur de ceux-là.

Le bleu mélangé avec le jaune donne le vert; de la pureté et de l’éclat de ces deux couleurs primitives dépend naturellement l’intensité du mélange.

Le rouge mélangé avec le bleu donne le violet ; mélangé avec le jaune, il donne l'orangé.

Par le mélange du noir avec les trois couleurs primitives, on obtient les tons rompus suivants : avec le bleu, le gris bleu; avec le rouge, le gris rouge ; avec le jaune, le gris jaune.

Si au gris bleu nous ajoutons le rouge, nous aurons le gris violacé, par conséquent moins froid.

Si au gris bleu nous ajoutons le jaune, nous aurons un gris plus chaud.

Dans tous les mélanges qu’on pourra faire ainsi, ce sera toujours ou le bleu, ou le rouge, ou le jaune, c’est-à-dire un seul ton qui dominera; l’intensité seule de ce ton variera, selon le mélange plus ou moins abondant de l’une de ces couleurs avec le noir.

Or la nature n’offre jamais autre chose qu’une variété infinie de ces gris, et les quatre couleurs que nous appellerons essentielles pourront toujours les donner.

Le. jaune représente la, lumière. Le noir représente /’ obscurité, la nuit. Le bleu représente le ciel, l'air , la distance. Le rouge est terrestre ; combiné avec les autres couleurs, il représente le mouvement,

LE MATÉRIEL

In vie. Lors donc que vous arrivez devant la nature, cherchez si, soit dans l’ombre, soit dans la lumière, c’est le bleu, le jaune ou le rouge qui domine, el mélangez toujours le noir avec la. couleur dominante; en modifiant ce mélange selon l’intensité de la coloration, vous obtiendrez les linesses de ton dans l’ombre et dans la lumière, et aucune coloration ne vous sera étrangère. Un volume écrit sur ce chapitre ne dirait, ne prouverait, n’apprendrait rien de plus.

L'œil peut, subissant tour à tour diverses influences, voir dans un tableau l’aspect général plus ou moins rouge, plus ou moins jaune, plus ou moins bleu; c’est ce qui explique la différence de coloration que dix peintres trouveront en traduisant le même motif; mais c’est aussi ce qui affirme la réunion constante et obligée des trois tons pour obtenir l’harmonie de l’ensemble, la dominante, qui n'est qu’une vérité relative, résultant à la fois des variations de l'atmosphère et des conditions particulières du rayon visuel de chaque spectateur.

Voici la théorie du célèbre Raphaël Mcngs sur les couleurs :

« La peinture a pour but Limitation de la nature et, pour arriver à ce but, elle a à sa disposition, comme matériaux, cinq couleurs primitives, qui sont: le blanc, le jaune, le rouge, le bleu et le noir; quoique le blanc et le noir ne soient pas véritablement des couleurs, le peintre doit néanmoins les regarder comme telles, par le grand avantage qu'il en retire pour représenter la lumière et l’ombre, puisque l’art n’offre point d’autre moyen pour y parvenir, quoique ce ne soit même encore qu'imparfaitement *. »

Reynolds s’exprime ainsi sur le même sujet :

« Je suis convaincu que moins on emploie de couleurs et plus I cllet de ces couleurs est net et que quatre couleurs suffisent pour faire toutes les combinaisons possibles. Deux couleurs mêlées ensemble ne conservent pas la vivacité qu’a chacune de ces couleurs

I. Mengs traite ici de la peinture à l'huile, pour laquelle, en effet, rien ne saurait rom | .1 h it le blanc. I. aquarelliste, lui, ne peut et ne doit compter que sur le blanc du papier.

A 1 article de la gouache, nous parlerons du blanc considéré comme couleur.

LES COULEURS

quand elle est pure, et le mélange de trois couleurs a moins d’éclat encore que celui de deux. L’artiste quLvcut avoir un brillant colorisreconnaîtra la valeur de cette observation, quelque simple qu’elle puisse paraître. »

C’est cette théorie si simple et si claire que nous espérons avoir fait comprendre suffisamment pour qu’avec un peu de réflexion on trouve toujours la coloration cherchée.

Nous conseillons beaucoup au débutant de faire des études pendant plusieurs mois avec les quatre couleurs essentielles; de celte manière, il se familiarisera vite avec les mélanges et son œil s’habituera aux finesses de ton. S'il se présente devant lui une nature de printemps, aux feuilles vertes et fraîches, qu’il ajoute aux quatre couleurs la gomme-gutte : elle lui facilitera les tons frais. Mélangée avec le noir, elle donnera d’admirables verts dans l’ombre ; s’ils sont un peu froids pour les premiers plans, il suffira d’ajouter un. peu de rouge.

LES PAPIERS

l)o tous les objets employés par l’aquarelliste le papier est un des plus importants; aussi doit-on apporter le plus grand soin à le bien choisir. « Il est, de lous les instruments du peintre, le plus passif », dit Topffer, « il laisse toul faire et ne fait rien; il prête son dos et voilà tout ». C’est ce dos si complaisant qu’il nous faut étudier au point de vue des qualités différentes qu'il présente.

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