LE GRATTOIR
Le grattoir est un instrument magique, qui, conduit par une main sûre cl exercée, peut faciliter beaucoup, en le variant, le travail de l'aquarelliste.
Nous donnons ici (fig. 37) le modèle qui nous paraît le meilleur; le manche en est en ivoire et aplati à son extrémité; ce manche sert pour coller le papier et remplace avantageusement l’ongle.
Voici les différents cas où le grattoir peut être utile :
Dans les bords de rivière, pour l’eau, pour les étincelantes lumières que donne la marche de l’eau ou le miroitement direct du soleil, on peut obtenir ces lumières de deux manières : d’abord, en grattant vigoureusement, lorsque l’aquarelle est bien sèche ; ensuite dans l’humidité ; dans ce cas, on prend le blaireau plat et, le trompant dans l’eau, on le passe vivement sur les parties où l’on veut enlever les lumières. Après avoir attendu un instant que cette eau soit un peu absorbée, on passe la pointe ou le plat du grattoir sur les mêmes parties : les lumières s’enlèvent alors avec la plus grande facilité et la plus grande netteté. On peut aussi, par ce moyen, rappeler facilement des détails dans les parties sombres, soit en demi-teinte, soit en clair; on donnera plus tard à ces détails le coloris de la nature.
Lorsqu’on a bien étudié son grattoir et qu’on le possède bien dans la main, on peut, et cela se fait souvent, gratter la moitié de son aquarelle en enlevant l’épiderme du papier, puis brunir cette place et repeindre comme si de rien n’était. Cette opération ne peut avoir lieu que sur les whatmans forts; le harding ne la comporte pas.
OBJETS DIVERS
LE BRUNISSOIR
Nous ne nous arrêterons pas à décrire le brunissoir ; faisons seulement remarquer qu'il est rond (fig. 38) ou plat (fig. 39), et que la pierre qui le constitue est, en général, une agate ou un silex.
Yoici à quoi sert cet instrument et les circonstances dans lesquelles il peut être utile de l’employer :
Lorsqu’on a enlevé plusieurs fois avec l’éponge une même partie de l’aquarelle, il en résulte souvent que, dans cette partie, le papier, si bon qu’il soit, est fatigué, qu’il a perdu son épiderme et qu’il est devenu cotonneux; la teinte que l’on placerait alors dessus viendrait sale et ferait tache à côté des autres parties du travail. Pour obvier à cet inconvénient, on prend le brunissoir rond ou le brunissoir plat, selon la largeur de la place enlevée, et l’on brunit cette dernière, c’est-à-dire qu’on la frotte doucement pendant un certain temps avec le brunissoir : le papier redevient lisse et capable de recevoir la teinte, comme s’il n’avait pas encore été travaillé.
Si l’on veut avoir un pre- Fig. 38. Fir. 39. mier plan pittoresque et piquant
LE MATERIEL
comme travail, qu’à cet effet l’on se serve de papier-torchon, mais ijue derrière ce premier plan viennent des lointains, comme ils doivent toujours être tins, vaporeux et d’un travail ne ressemblant en rien à celui des premiers plans, il faut prendre le brunissoir larue et frotter toute la partie des lointains en aplatissant le grain du papier : le lavis du fond sera alors lin et aérien. Ce n’est même que dans les parties réclamant cette finesse de travail qu’on peut employer utilement le brunissoir.
Le peintre de genre surtout, s’il lui plaît d’employer le papier à gros grain, peut obtenir une grande variété de travail en brunissant les parties lisses de son sujet, telles que les figures, les mains ou autres fins détails.
En général, on peut brunir après ou avant le travail; mais, sur le harding, il vaut mieux brunir après.
Les ciels peuvent également être rendus légers et aériens à l’aide du brunissoir.
Les Anglais, quand ils exécutent une aquarelle sur papier torchon, font souvent passer au laminoir la partie aérienne de cette aquarelle, ce qui lui donne une finesse de lavis inimitable. Quoique n’approuvant pas beaucoup ce moyen, nous avons cru devoir l’indiquer ; libre à l’aquarelliste d’en faire usage, s’il le croit nécessaire.