ESTOMPER L’AQUARELLE
Lorsqu’on fait une aquarelle d’après nature, on n’est jamais complètement sur d’en réussir également bien toutes les parties; il est donc utile d’avoir à sa disposition et de connaître toutes les ressources et tous les moyens qui peuvent aider l’exécutant à conduire à bien et à perfectionner l’œuvre qu'il entreprend.
Supposons, par exemple, qu’un paysagiste vienne de faire une aquarelle d’arbres qui étendent leurs groupes de feuillage à droite et à gauche et dont le dessous est formé de parties reflétées; si, involontairement, dans ces parties d’ombre, les détails ont été trop accentués, il y a nécessité d’assourdir ces parties et en même temps de conserver les détails; il faut, dans ce cas, mouiller dans une eau bien claire le pinceau qui a servi à l’exécution de l’aquarelle et le passer ainsi mouillé deux ou trois fois sur les parties qu on veut atténuer; mais ici encore, il faut savoir s’arrêter à temps; car, si l'on persistait à passer ainsi le pinceau mouillé, il mêlerait toutes les couleurs et ne formerait plus qu’une teinte neutre unie là où il n’avait qu’à estomper quelques détails; tel est le danger oii le passage répété du pinceau peut faire tomber.
Nous devions le signaler; mais on comprend l’immense ressource que ce travail met entre les mains de l'aquarelliste, puisque à sa volonté il peut, en faisant la revue de son aquarelle déjà presque terminée, estomper toutes les parties qui ont besoin d’être assourdies.
Pour le peintre de figure, l’emploi du pinceau comme estompe ainsi qu’il vient d’être expliqué ne conduit pas à un moins bon résultat. Si, par exemple, dans une composition de plusieurs ligures, une tète du second plan est trop accentuée, si elle vient trop en avant, on n’a qu’à prendre le pinceau raisonnablement mouillé et à le passer deux ou trois fois sur cette ligure : elle se trouvera alors légèrement estompée et prendra la place qu’elle doit occuper.
De même, si la partie fuyante d’une figure du premier plan est aussi trop accentuée de ton ou de détails, quelques coups légers de pinceau-estompe lui auront vite rendu sa valeur et son caractère.
Avons-nous besoin d’ajouter que le peintre de Heurs peut également trouver un utile auxiliaire dans le pinceau employé en estompe, soit pour atténuer quelques bords de Heurs trop vivement découpés ou pour vaporiser quelques parties de fond peu transparentes? H y a plus, ces quelques coups d’estompe, habilement donnés, peuvent, dans tous les genres, en complétant l’aquarelle, lui donner un grand charme.
Une condition exclusive de réussite pour le travail de l’estompe, est l’emploi d’excellent papier.