CHAPITRE m
Le oorps sooial. — Le monarque absolu représentant de dieu sur la terre. — Durée de cette monarchie égyptienne. — Les g^rands znonuments sont construits par un peuple de manœuvres levés en masse. — Conséquences de ce travail collectif. — Premiers contrastes entre les œuvres de l*Bgypte et celles de la Grèce. — Grandeur et incohérence des édifices égyptiens; petitesse et perfection des temples grecs. — L*art égyptien est national» populaire et complet. — Scènes de bastonnade. — La mort et les banquets.
Maintenant que nous connaissons l'individu, examinons le corps social. L'Egypte a toujours été la plus absolue de toutes les monarchies: et c'est à ce prix, sans doute, qu'elle a pu durer 4000 ans, avec trente dynasties qui se succèdent de Menés à Neclanébo, le dernier de ses rois, en 340 avant notre ère.
Le roi est en môme temps le prêtre par excellence. 11 est l'incarnation de dieu, le fils du soleil, comme il le proclame bien haut partout où il inscrit son nom. Seul il regarde le dieu face à face dans l'ombre impénétrable du sanctuaire. Pontife suprême, sommet de toute hiérarchie, maître sur la terre de toute destinée humaine, conquérant auquel les dieux frayent une route triomphante à travers le monde, il est parmi les vivants l'image de Râ, du dieu-soleil, de l'essence la plus haute de la divinité bienfaitrice. Tous les Pharaons morts deviennent des dieux, de sorte qu'après chaque règne le Panthéon égyptien s'enrichit d'une nouvelle divinité. Le roi rend un culte à ses ancêtres comme à des dieux. Mesurez l'in^mense distance qui le sépare du peuple et vous verrez qu'il en est presque aussi loin que ce beau soleil dont il se croit le fils.
Le sentiment que son omnipotence inspire c'est plus que du respect, plus que de la vénération, c'est de l'adoration et de l'idolâtrie.
Aussi le roi sera-t-il seul capable d'inspirer au sculpteur égyptien un type idéal et national.
Le colosse royal étalant la simplicité majestueuse de sanudité,(0 taillé avec des efforts inouïs dans la pierre la plus dure, ceint de la schenti ou
(0 Voyez notre Planche V qui représente la statue du roi Ghephren. Cette statue nCest pas un colosse, mais elle est taiUée d'après les lois du colosse, comme je le démontrerai plus loin.
44 EGYPTE ET ÔRÈCÉ
pagne traditionnel, coiffé de Ténorme klaft géométrique qui orne aussi la tête du Sphinx, voilà le plus grand chef-d'œuvre du sculpteur égyptien, voilà du moins le plus haut résultat qu'il lui soit donné d'atteindre dans son essor vers l'idéal, voilà la seule manifestation où son génie s'élève au-dessus du symbolisme uniforme de ses dieux ou du réalisme de ses portraits de scribes et de riches bourgeois.
La personne du roi absorbe donc en elle toutes les forces et le génie môme de la nation et des artistes. Plus que les dieux elle inspire à l'Egyptien, esclave du monarque absolu, la forme plastique, tangible, que revôt la représentation de l'idée nationale.
Tailler le portrait idéalisé du roi, c'est là le dernier mot de l'art égyptien.
Au contraire, le Grec que la démocratie a habitué à considérer tous les hommes comme des égaux, cherchera son idéal au-dessus de l'humanité. Il lui faudra des colosses divins à forme humaine, sans doute, mais représentant des êtres d'une essence supérieure, nés de l'imagination d'Homère ou de Phidias, réunissant toutes les beautés, toutes les énergies, tous les caractères de la nation ; il lui faudra le Zeus olympien aux longs cheveux d'or souriant, dans les fêtes, sous ses branches d'olivier, aux athlètes vainqueurs sur les bords de l'Alphée ou l'Athêné du Parthénon, paisible image de la paix conquise par la victoire.
L'idéal égyptien se rattache donc toujours à la terre par un côté puisqu'il représente les traits de la personne royale qui existe réellement.
L'idéal grec plane au-dessus de toute réalité dans les espaces infinis de la fantaisie.
Cette différence d'inspiration est fondamentale et nous aurons l'occasion d'y revenir souvent dans le cours de cet essai.
Les Egyptiens naissent, travaillent et meurent sur les bords du Nil sans songer à demander des droits ou des privilèges. Ils ne connaissent que le devoir de l'obéissance. Ils sont — pour ainsi dire — coulés dans le moule monarchique et ne conçoivent pas d'autre manière d'être.
Ces quelques traits du caractère social suffisent déjà pour faire comprendre, sinon le génie qui a présidé aux formes de l'architecture, au moins la manière dont les grands monuments égyptiens ont été construits: « Un ordre, dit G. Perrot (0, arrivait au gouverneur qui le faisait crier de village en village ; le lendemain, toute la population mâle de la province était poussée, comme un troupeau, vers les chantiers. Chacun prenait avec lui, dans un petit sac ou dans une corbeille, sa provision pour quinze jours ou pour un mois, quelques galettes sèches, des oignons, des aulx(*),
(>) Histoire de l'art dans l'antiquité. I, p. SG. — Hérodote prétend que la pyramide de Ghéops porte le chiffre de ce qu'on a dépensé en radis, en oignons et en aulx pour les travailleurs: le total s'élèverait selon lui à 1,G00 talents d'argent.
des fèves d'Egypte comme les Grecs appelaient cette espèce d'amande que contient entre ses cloisons le fruit du lotus. Des enfants aux vieillards, tous partaient . . . Stimulée par le bâton, toute cette multitude travaillait, sous la direction des architectes, des contre-maîtres, des gens de métier qui restaient, du commencement à la fln, attachés à Tentreprise; elle faisait la partie de l'ouvrage qui ne demandait pas une éducation technique. Au bout d'un certain temps C\ de nouvelles escouades arrivaient, arrachées aux campagnes de quelque autre nome; alors les premiers venus repartaient, tous ceux au moins que n'avaient point usés sans retour ce dur et continuel labeur. »
Cette levée en masse de tout ce qu'il y a de bras solides dans le pays, explique seule la grandeur des travaux. Les Pyramides supposent bien l'intervention d'architectes habiles, mais la masse de l'œuvre est due à l'effort de toute une population d'esclaves gâchant la brique pendant des générations sous les coups de bâton qui pieu vent ça et là.
Ici nous rencontrons un nouveau contraste entre l'Egypte et la Grèce.
Considérez le Parthénon : dans sa petitesse il vous fera songer aux vers d'Alfred de Musset :
On eut dit que sa mère
L'avait fait tout petit pour le faire avec soin.
Comparés aux œuvres de TEgypte, tous les temples grecs paraissent petits, mais parfaits dans leur petitesse. Leurs proportions admirables, leurs lignes simples en apparence qui nous charment et nous pénétrent d'une impression d'harmonie délicieuse, sont dues à des études profondes, compliquées, persistantes de géométrie et de mathématiques, à un véritable raffinement de perspective. Ces édifices doivent leur solidité à leurs proportions, à leur merveilleuse structure, à toute la finesse de leur organisme et non pas à leur masse. Les sanctuaires grecs sont achevés jusque dans les moindres détails. Pour leur arracher certains secrets de leur beauté mystérieuse il a fallu des siècles de recherches patientes, et c'est en 1851 seulement que l'Anglais Penrose démontra que les lignes du Parthénon ont une légère courbure tout en paraissant droites, ce qui ajoute à la majesté de l'ensemble. L'artiste grec a prodigué à ses œuvres le travail avec loisir et amour pour réaUser une conception idéale qui lui était personnelle; en sorle que les parties mômes de l'appareil qui ne sont pas visibles sont aussi finies, aussi parfaites que celles qui doivent frapper la
C) D*aprés Hérodote, cent mille hommes travaiUaient à la Pyramide de Chéops, chacun trois, mois.
vue (lu spectateur (*). C'est que toutes les parcelles de ces marbres immortels sont dues à des artistes qui travaillaient pour eux-mômes et non pas pour obéir aux ordres du prince-Dieu. Ils travaillaient pour étancher leur soif du beau idéal et ne lâchaient leur œuvre que lorsqu'ils la croyaient parfaite.
Au contraire, dans ces grandes chiourmes de travailleurs indifférents qui se succédaient sur les chantiers de Memphis, il y avait bien quelques hommes préparés, mais la plupart étaient des manœuvres. Le résultat de leur activité s'en ressent, il ne respire pas ce soin religieux, cette conscience qui pénètre tout ce qui a touché le ciseau magique des corporations grecques. Les grands édifices des Egyptiens sont pleins d'incohérences, d'inégalités, et leurs ruines, malgré leurs dimensions énormes, laissent à l'âme l'impression de tout ce qui est désolé. « On ne sent point ici, dit Georges Perrot, ce respect de soi-même et celle prévoyance infinie, cet amour passionné de la perfection qui font le caractère des monuments grecs de la belle époque O. »
Maintenant pour compléter cette vue à vol d'oiseau de la société égyptienne il sufifit de ranger au-dessous du roi les prêtres, les guerriers, les interprètes (') et les scribes ou fonctionnaires royaux. Hérodote y joint les bouviers, les porchers, les marchands et les pilotes. C'est aux classes privilégiées des prêtres, des guerriers et des fonctionnaires qu'appartient toute la propriété rurale. Quant aux agriculteurs, ce sont de pauvres serfs attachés à la glèbe, taillables et corvéables à merci, qui cultivent les domaines des privilégiés. Cependant les artisans et les trafiquants
(0 Le môme phénomène se retrouve dans certaines œuvres de la sculpture grecque. Le dos des statues du temple d'Athèné à Egine était achevé avec lo môme soin que leur face, bien qu'il ne fût pas destiné à être aperçu.
(') Il faut cependant remarquer que les ruines égyptiennes frappent les modernes par leur immensité. Denon raconte que l'armée de Bonaparte en arrivant devant les ruines de Kamak s'arrêta d'eUe-même et se mit & battre des mains. Ces mêmes soldats ne se seraient peut-être pas arrêtés devant le Parthénon dont ils n'auraient pas pu comprendre la finesse idéale.
(') Voici d'après Hérodote l'origine de cette classe des interprètes : c Aux Ioniens et aux Gariens qui l'aidèrent dans cette conquête, Psammétique alloua des terres situées vis-à-vis l'une de l'autre et divisées par le Nil. Elles reçurent le nom de Camps. Indépendamment de ces terres, il leur donna tout ce qu'il leur avait promis, et leur confia même des enfants égyptiens pour qu'ils leur apprissent leur langue. C'est d'eux que descendent les Egyptiens qui sont actuellement interprètes > C'est à l'aide d'un interprète qu'Hérodote communiquait avec les Egyptiens, comme il le dit lui-même là où il parle de la pyramide de Ghéops. C'est sans doute d'un interprète qu'il apprit : t Qu'en égyptien Apollon s'appelle Horus, Cerès Isis, Diane Bubastis, Bacchus Osiris^ Pan Mendès, etc. » Ce parallélisme ingénieux a sans doute aussi été inventé par ces interprètes et ne repose que sur des apparences extérieures.
devaient avoir une certaine liberté d'allure exigée par la nature même de leur métier. D'ailleurs ces castes égyptiennes dont on a tant parlé, sur la foi d'Hérodote, n'ont jamais eu l'intensité exclusive que l'on ajoute habituellement à ce mot. Jamais la séparation rigoureuse des différentes classes sociales, l'hérédité tyrannique des professions, l'interdiction du mariage entre les membres des différents groupes n'ont existé en Egypte C). Dans les plus anciens textes, on voit les fils des généraux épouser les filles d'un prêtre (*). Il s'agit donc, en réalité, de corporations et non pas de castes. De la plus basse condition l'Egyptien pouvait atteindre aux plus hautes fonctions. D'ailleurs les sujets sont à une telle distance du roi que l'égalité des subordonnés est complète et que le caprice du prince-dieu suffit pour tirer du néant un de ces infimes atomes et en faire un personnage égal aux plus nobles.
Il résulte d'une société ainsi composée qu'en dehors des dieux et des rois l'art égyptien devra représenter aussi d'autres sujets chers au cœur des privilégiés. Les gros bourgeois, les scribes, les marchands, font représenter sur leurs tombeaux leurs portraits, leurs occupations, celles de leurs fellahs, leurs plaisirs et leurs peines. De là, un art très national, on peut dire populaire et même réaliste si on le compare à l'inspiration grecque sans cesse tendue vers le monde idéal des dieux et des héros (®).
Les bas-reliefs égyptiens représentent des laboureurs remuant d'une houe légère le limon du Nil, des semeurs, des moissonneurs, des vanneurs, des prêtres, des danseuses aux voiles transparents, des scribes comptant la récolte, pesant la redevance en nature qui leur revient et distribuant la bastonnade à leurs sujets en fait de récompense pour les services rendus.
C'est donc aussi un art complet, en ce sens qu'il représente toutes les scènes de la vie humaine, tous les membres de la société depuis le roi, fils du soleil, jusqu'aux misérables pétrisseuses d'argile (*), dont le corps
(*) Gfr. Georges Perrot (oavr. cité). Cependant Hérodote dit positivement des guerriers : t II leur est parelUement interdit de pratiquer aucun métier, ils ne s'exercent qu'à la guerre et cela de père en fils. • Ailleurs il remarque qu'à la mort du grand-prétre, c'est son fils qui lui succède.
(') n est vrai que les filles d'un prêtre ne seraient pas des prêtresses, si du moins j'en crois cette affirmation d'Hérodote : « Les femmes ne sont prêtresses d'aucune divinité, ni mâle ni femelle : ce sont toujours des hommes qui rempli&sent ces fonctions. >
(') L'absence de tout culte rendu aux héros avait beaucoup frappé Hérodote. Il considérait cette lacune comme une des singularités de l'Egypte.
(^) Les pétrisseuses du Musée de Boulacq sont à mon avis des pétrisseuses de glaise (au moins l'une d'entre elles, celle qui est accroupie). C'est du moins ce que semble indiquer ce passage d'Hérodote : < Ils pétrissent la pâte avec les pieds, et la glaise avec les mains, etc. •
accroupi semble avoir pris la forme et comme le moule de leur labeur ingrat. Cet art est réellement humain, mais nous ne pourrons pas dire qu'il est démocratique : car derrière le potier, Tagriculleur, le moissonneur et le semeur, nous voyons se dresser sans cesse la silhouette du maître avec son bâton ou son fouet à deux lanières, elle manque bien rarement, pas plus que la mort dans les danses macabres d'Holbein. D'ailleurs les scènes de bastonnades émaillent çà et là les bas-reliefs égyptiens et semblent nous avertir à chaque, pas que nous avons à faire à un peuple de serfs façonnés au joug des travaux forcés.
Cependant les rois et les princes, sauf quelques exceptions, n'étaient pas sanguinaires. L'Egyptien était naturellement doux et peu porté à la violence. C'était d'ailleurs un précepte égyptien que les puissants doivent ménager les humbles et les petits; et les rois sur leurs tombeaux, dans les inscriptions, se vantent surtout de cette vertu de charité qu'ils ne mettaient peut-être pas toujours en pratique. Le Livre des Morts, ce Vade mecum des Egyptiens dans l'autre monde que l'on déposait sur chaque momie contient à cet égard la formule suivante : « J'ai donné (c'est le mort qui parle) du pain à qui avait faim, j'ai donné de l'eau à
qui avait soif, j'ai donné des vêtements à qui était nu , je n'ai pas
calomnié l'esclave auprès de son maître. »
Nos rois et empereurs chrétiens ne mettraient pas un plus bel éloge sur leurs tombeaux.
Aussi la régularité de la vie, la monotonie des occupations champêtres, cette tranquillité d'âme que donne à l'homme le sentiment que son pain du lendemain lui est assuré, sont-ils la cause que les Egyptiens, malgré les grands labeurs dont on les a accablés à plusieurs époques, restent toujours patients, confiants et joyeux. Un grand connaisseur de tout ce qui concerne l'Egypte, Brugsch-Bey, proleste avec énergie contre le préjugé qui a fait des Egyptiens un peuple grave, étranger aux joies de la vie, et qui les a représentés comme les songe-creux de l'antiquité sans cesse préoccupés de la mort. Au contraire, ils aimaient la vie, et leur excellente santé maintenait en eux la douce habitude de vivre. En effet, Hérodote estime que les Egyptiens sont les plus sains de tous les hommes ce qu'il attribue avec raison à la stabilité de leur climat. Dans cette vieille Egypte qu'on se représente trop souvent comme un pays de rêveurs sinistres, plus d'un riche propriétaire de nomes et de terrains fertiles eût été de l'avis de Méphistophelès, lorsqu'il s'adresse à Faust en ces termes : « Je te le dis un drôle qui spécule est comme un animal qu'un esprit malin fait tournoyer sur l'aride bruyère, tandis que tout autour s'étendent de beaux pâturages. » C'est-à-dire qu'on spéculait peu sur les bords du Nil. En revanche, on chantait beaucoup, on buvait le vin d'orge (la bière de l'épo-
que), on dansait, on jouait aux échecs, on aimait la chasse et la pêche. D'après Hérodote, les cailles, les canards, la menue volaille crue et salée, toutes les autres espèces de volatiles bouillis ou rôtis, les poissons desséchés au soleil ou préparés dans la saumure, les fruits du lotus el la racine de papyrus, ornaient la table des Egyptiens. Les banquets et les fêles se prolongeaient jusque dans la nuit à la lueur des lampes pleines d'huile de ricin qui répandaient en brûlant une odeur fétide.
La joie bruyante des vivants pénétrait jusque dans le silence des tombeaux, et sur tel bas-relief funéraire on représentait, par exemple, une partie d'échecs, ou bien une joute sur l'eau où les Egyptiens, sur deux barques opposées, s'attaquent mutuellement avec de longues perches, cherchant à se renverser, comme dans une sorte de tournoi nautique. Ailleurs, c'était la mort qui jetait sa note mélancolique au milieu des plaisirs de la table, mais seulement pour ajouter encore à leur saveur. Comme dans les refrains du vieux Caveau français, on narguait un peu « La vieille à l'œil cave. » — « Dans les sociétés des gens riches, dit Hérodote, quand on est après dîner, un homme porte autour de la table un cercueil de bois contenant la figure d'un mort(^), artistement imitée par la peinture, et grande d'une ou deux coudées. Il la montre à chacun des convives en disant : « Regarde cette image, bois et te réjouis; car une fois mort tu seras tel ! »
Il est impossible de lire ce passage d'Hérodote sans songer aussitôt à ce curieux récit de Pétrone d'un fait analogue qui nous vient à travers l'antiquité classique: « Comme nous buvions, dit cet auteur, et que nous admirions le luxe raffiné de la table, un esclave apporta un squelette d'argent (*) dont les articulations et les vertèbres déliées pouvaient se tourner de tous côtés. Lorsqu'il l'eut abaissé sur la table plusieurs fois et que, grâce à la mobilité de son mécanisme, il lui eut fait prendre différentes poses. Trimalcio ajouta : • Hélas! Hélas! Misérables que nous sommes! Comme il est vrai que tout ce pauvre être mortel n'est rien! Voilà comme nous serons tous un jour, lorsque la Mort nous aura emportés. Vivons donc, pendant qu'il nous est permis d'être heureux ! » L'antiquité classique a-t-elle eu en pratiquant cette coutume comme une réminiscence de l'Egypte ? C'est possible et souvent encore dans le cours de cet ouvrage nous aurons à constater les analogies que présentent les croyances sur la mort en Egypte, en Grèce et en Italie.
0) n s'agit de la représentation d'une momie dans son étui, ou d'une statuette funéraire appelée oushahiiou comme celle que nous donnons sur la planche II. F.
(') On sait cependant que l'antiquité classique ne représente pas généralement la Mort sous la forme d'un squelette. Les squelettes que l'on trouve sur des bas-reliefs antiques représentent seulement les Laroœ^ les fantômes des méchants qui ne trouvent pas de repos après la mort.
La majesté du souverain et la pompe qui t'entourait n'excluaient pas cette humeur joviale des anciens Egyptiens. • La manière de vivre du roi Amasts, dit Hérodote, était celle-ci : Le matin, jusqu'à l'heure où le marché se remplit. Il expédiait avec zèle les affaires qui lui étalent présentées; mais depuis ce moment il buvait et raillait ses convives, il était folâtre et badin. Fâcbés de cette conduite, ses amis l'avertirent en ces termes : roi, tu as tort de te livrer à trop de frivolité. Il te faudrait sur un trône auguste siéger avec majesté, et t' occuper d'affaires tout le long du jour. Ainsi les Egyptiens sauraient qu'ils sont gouvernés par un grand homme et tu aurais meilleur renom. Mais ta conduite actuelle n'est nullement royale. — Amasis leur répondit : Ceux qui ont des arcs les tendent quand ils veulent s'en servir, après quoi ils les relâchent; car si les arcs restaient toujours tendus, ils se rompraient et au besoin l'on ne pourrait en faire usage. Il en est de même de l'homme. S'il voulait constamment travailler, sans jamais se délasser par le jeu, il deviendrait insensiblement fou ou imbécile. J'en al la certitude; c'est pourquoi je donne à chaque chose son temps.
Telle fut sa réponse à ses adversaires. ■