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Traité d'architecture dans son application aux monuments de Bruxelles

et dans ses environs immédiats. Souvent nous avons été frappé de l’insuffisance des connaissances archéologiques des auditeurs et à ceux qui nous demandaient de leur signaler un manuel où ils auraient pu s’instruire sans fatigue et rapidement, nous ne pouvions rien indiquer qui répondît exactement à leur désir. Ce n’est pas que les manuels fassent défaut, mais les uns sont trop vastes, trop savants, je dirai même trop complets pour des débutants, les autres sont d’une généralité telle que même ceux qui sont au courant déjà de l’architecture. les lisent sans profit. Dès lors, il nous semblait qu’il y avait place pour un manuel simple et clair, adapté aux besoins que l’expérience de l’enseignement nous avait révélés.

Il nous suffisait, d’ailleurs, de réunir systématiquement les notes de nos leçons, de les j oindre aux commentaires faits directement devant les monuments pour avoir les bases d’un manuel qui présentât cet avantage exceptionnel d’exposer l’histoire complète de l’architecture à l’aide des seuls monuments d’une ville. Cette entreprise n’a jamais été tentée jusqu’ici, croyons-nous, et en disant histoire complète, nous n’exagérons rien, car nos édifices sont suffisamment nombreux et variés pour permettre d’étudier sur place toute l’évolution de l’art de la construction, depuis la période romane — xi® - XII® siècle — jusqu’à l’époque néo-classique de la fin du xviii® siècle et du début du xix®. Ce n’est pas, remarquons-le bien, un cours d’architecture bruxelloise que nous entendons présenter au public, mais un cours à! architecture dans son application pratique aux monuments de Bruxelles. Il a une portée générale, et quel que soit le milieu dans lequel on se trouve, il fournira les notions indispensables pour classer les édifices qu’on

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visite, pour les dater, du moins approximativement, en tenant compte bien entendu des différences locales ou régionales qui pourraient exister, de l’époque aussi à laquelle un style a fait son apparition dans une contrée déterminée.

Qu’on ne se méprenne pas non plus sur le but proposé. Ce traité ne s’adresse pas aux architectes, aux praticiens, mais aux amateurs d’art, aux gens du monde qui voyagent et qui désirent comprendre ce qu’ils voient. Aussi le point de vue auquel nous nous sommes placé est-il avant tout un point de vue pratique, et voilà pourquoi nous avons voulu que ce manuel soit simple, débarrassé de toute littérature inutile, dégagé d’une terminologie trop technique et capable de rebuter.

L’illustration en est abondante. A chaque idée correspond une image. L’image parle à l’esprit mieux que n’importe quelle description. Il va sans dire que toutes ces illustrations sont empruntées aux monuments de Bruxelles et qu’elles sont sans cesse en rapport direct avec le texte. Nous les avons accompagnées d’une note indiquant leur provenance et, surtout, nous avons tenu à ce qu’elles soient datées, besogne difficile et souvent ingrate, mais à laquelle nous n’avons pas voulu nous soustraire. Nous expliquons dans le paragraphe introductif de ce traité, la méthode suivie, les divisions adoptées, toujours les mêmes pour chaque style et se succédant dans un ordre invariable.

Bien qu’élémentaire, ce traité n’est pas une simple juxtaposition de notions. Comme dans notre livre sur les Monuments civils et religieux de Bruxelles, nous avons voulu faire œuvre d’historien tout autant que d’archéologue; le point de vue historique éclate même à chaque instant, car l’archéologie, on semble trop souvent l’oublier, n’est qu’une branche auxiliaire de l’histoire, au même titre que la numismatique ou la diplomatique. Dès lors, nous nous sommes attaché à faire connaître le milieu historique et artistique dont les monuments sont l’expression vivante et concrète, à marquer la persistance des formes, leur transformation rationnelle. De là le rappel constant des directives qui sillonnent l’exposé,

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le souci de faire de temps en temps une halte, de respirer, de méditer, de remémorer sommairement les étapes parcourues avant de s’acheminer vers une étape nouvelle.

Nous n’ignorons pas tout ce que nous devons à nos devanciers, à Schayes qui ouvrit chez nous, dès 1849, la voie des études d’architecture par son Histoire de V architecture en Belgique, vieillie sans doute, mais non encore remplacée; à l’abbé H. de Bruyn qui a écrit un traité à' Archéologie religieuse appliquée à nos monuments nationaux (1869), à Schoy qui a composé un mémoire, trop peu connu, sur V Histoire de V influence italienne sur V architecture dans les Pays-Bas (1879), au chanoine Reusens, dont le manuel à.' Archéologie chrétienne est toujours fort apprécié, à l’abbé Lemaire qui a publié un livre excellent sur les Origines du style gothique en Brabant, dont la première partie, consacrée à V Architecture romane, a malheureusement seule paru jusqu’ici.

Je ne puis oublier non plus les maîtres de l’archéologie française qui ont élaboré des théories dont je n’ai pas manqué de m’inspirer, Louis Courajod, dont les Leçons professées au Louvre ont été publiées sous la direction de Henry Lemonnier et d’André Michel (1899- 1903), Camille Enlart, dont le Manuel d' archéologie française (1902) m’a été extrêmement utile, Brutails, dont le Précis d’ archéologie du moyen âge (1908) est un guide clair et précis. Pour l’étude de la Renaissance, nous avons eu recours au bel ouvrage de Conrado Ricci, V Architecture baroque en Italie (1911), au livre de Charles Herbert Moore, Character of Renaissance Architecture (1905), à la monographie très documentée du père Braun sur les Églises des Jésuites en Belgique,

Je termine en adressant de chaleureux remerciements à M, V architecte Georges Rosenberg, qui a traduit dans une forme architecturale dont on appréciera la valeur, les croquis très incomplets que j’avais crayonnés sur place. Sa collaboration, aussi désintéressée qu’intelligente, m’a été d’un précieux secours. Je dois des remerciements aussi au Touring club de Belgique qui, en dépit

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des difficultés matérielles du moment, n’a pas hésité à publier ce manuel d’éducation esthétique, corollaire et complément indispensable du Guide illustré de Bruxelles.

Puisse ce traité aider à répandre le goût des études archéologiques, à faire aimer nos monuments qui sont les témoins de la belle civilisation qui s’est développée sur notre territoire, à attirer une fois de plus l’attention sur Bruxelles, cette superbe capitale dont les destinées se confondent si intimement avec les destinées de la Belgique. Si nous atteignons ce but, nous nous croirons suffisamment récompensé de nos efforts.

G. Des Marez.

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