‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 109 sur 143 · Persistance · texte numérisé non relu

Persistance

DU PLAN CRUCI- FORME. Cependant la forme traditionnelle de la croix latine ne disparut pas tout de suite.

Tout en donnant à leurs constructions un vêtement baroque, nos architectes n’abandonnèrent pas toujours les principes constructifs de l’architecture gothique. L’église du Béguinage est à cet égard un exemple remarquable et nous

L’ARCHITECTURE ITALO-FLAMANDE

aurons à la citer souvent. Au point de vue du plan, elle a conservé le plan en forme de croix latine des églises du moyen âge (fig. 262). L’architecte y introduisit pourtant quelques innovations. C’est ainsi qu’il plaça dans l’angle sudouest et nord-ouest du transept et des collatéraux une chapelle éclairée par une lanterne. Bien plus, il abandonna le principe gothique du chœur à pans coupés pour adopter celui de l’abside arrondie de la Renaissance.

Par une déduction logique, il donna aux chapelles latérales une abside également arrondie. Il se fit ainsi que les architectes de Béguinage et des Augustins travaillèrent en sens contraire, le premier maintint la croix latine mais abandonna la forme traditionnelle du chœur à pans coupés, le second, lique romaine mais conserva l’abside à trois pans. Une fois de plus, la grande indépendance de l’architecte flamand se manifeste ici. Il n’est l’esclave d’aucune règle absolue. Il transpose et combine au gré des circonstances.

Le plan de l’église des Riches Claires semble à première vue s’écarter du plan cruciforme. Il ressemble à un trèfle magnifiquement tracé (fig. 264). Cependant à l’examiner de près, nous y découvrons sans peine la croix latine traditionnelle, et même une croix parfaite, si l’on fait abstraction des parties arrondies. L’architecte Luc Fayd’herbe a visiblement adopté la croix comme point de départ de son plan. La croix étant tracée, il a ajouté aux bras et à la tête une abside arrondie, et il lui a paru élégant de placer à droite et à

Fig. 263. Plan de l’église de N.-D. de Bon Secours, par J . Cortvrindt, (1664).

par contre, appliqua le plan de la basi-

gauche du chœur une petite abside, de manière à rompre la ligne hozirontale supérieure des bras de la croix.

Devenue église paroissiale, l’église conventuelle des Riches Claires fut agrandie par l’adjonction de collatéraux. En 1824,

la tribune A du plan primitif fut transformée en bas-côté gauche.

Plus tard, en 1833, l’entrée B disparut et on éleva le bas- . côté droit. Enfin, on ajouta une travée, dans laquelle on pratiqua une nouvelle entrée. La fig. 265 permet de se rendre compte de ces transformations. Elle complète la fig. 264 par le pointillé qu’on y voit au transept.

Ce pointillé indique l’emplace- Fig. 264. Plan primitif de l’église des Riches- ment des arcs-dou- Claires, par Luc Fayd’herbe (1665). — A. Tri- bleaux et le tracé bune. — B. Entrée du public. — C. Partie (J0 ^3^ coUDole. réservée au public. — D. Partie réservée aux

religieuses. 3- PLAN CEN-

TRAL. Si l’église du

Béguinage et celle des Riches Claires se rattachent, toutes deux, au plan traditionnel par la croix latine qui les caractérise, V église de N.-D. de Bon Secours, par contre, nous met en présence d’un type tout différent (fig. 263). Le plan n’est plus longitudinal mais central. Il a la forme d’un hexagone dont trois côtés sont occupés par des constructions semicirculaires. Aux trois autres côtés viennent s’adapter des parties longitudinales, restes atrophiés des nefs.

Dans l’élaboration de ce plan l’architecte, Jean Cortvrindt, s’est inspiré directement des églises baroques italiennes. Son œuvre marque une rupture complète avec les idées en cours aux Pays-Bas. Non seulement il a exécuté un plan entièrement inédit, mais le tout premier, il a introduit à Bruxelles le système des tribunes au-dessus des collatéraux.

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Les entrées. Nous savons que les églises romanes avaient une ou deux entrées latérales, sans entrée du côté de Taxe même de l'église, à cause de la tour qui s’élevait en tête du monument et qui était fermée sur ses trois faces extérieures (fig. 9). Les églises gothiques avaient trois entrées : une entrée percée dans la façade principale et deux entrées latérales du côté des bras du transept. Les églises importantes avaient même, vers la façade, trois entrées (fig. 96).

En principe, l’église de la Renaissance ne connaît plus les entrées latérales. L’accès se fait toujours par la façade, soit par une porte centrale, soit par une porte centrale, accompagnée de deux portes latérales plus petites, comme à l’ancienne église des Augustins (fig. 261 et 287) et aussi à l’église des Jésuites (fig. 260 et 288), les deux églises de Bruxelles qui se rapprochent le plus du type baroque italien. Ailleurs, nos architectes se sont uniquernent inspirés, semble- 1- il, des nécessités pratiques. L’église du Béguinage a une entrée centrale (fig. 290) et deux entrées latérales pratiquées dans la quatrième travée des collatéraux (fig. 262); l’éghse l’une, centrale.

Fig. 265. Plan modifié de l’église des Riches- Claires. — A. Tribune transformée en bas-côté (1824). — B. Bas-côté droit et agrandissement (1833). — C. Nouvelle entrée du public.

des Riches-Claires avait deux entrées, réservée aux religieuses, l’autre, latérale, accessible au public (fig. 264). Quant à l’église de Bon Secours elle reçut, dès le principe, deux entrées, l’une percée dans la

façade principale (fig. 286), l’autre, aujourd’hui bouchée, dans le mur septentrional, entre l’abside nord et la deuxième travée du collatéral (fig. 263).

Quant à la tour, ou bien elle fut maintenue tout en changeant de place, ou bien elle fut remplacée par un simple clocheton. L’architecte introduisit alors une nouveauté, inconnue des églises gothiques du moyen âge, la coupole. Nous parlerons avec précision de la tour et de la coupole au paragraphe 18.

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